troubles sexuels

Impuissances. Phases du couple et troubles sexuels

Par Frédéric Berben - Psychologue clinicien, hypnothérapeute, thérapeute familial, instructeur en méditation pleine conscience.


Tant d’impossibilités, de changements irréalisables sont allégués par les couples consultants ! Quels sont ces vécus d’impuissance ? Le thérapeute peut en identifier trois types qui correspondent à autant de phases de la vie du « couple impuissant », ils se traduisent par des symptômes sur le plan de la sexualité. Dans ces situations particulières, la thérapie brève et l’hypnose sont des outils précieux, particulièrement de nouvelles approches en hypnose instantanée de couple.


« Depuis seize ans que ça dure, je n’en peux plus. Il a l’emprise sur moi ! Il m’a fait faire des choses… que je ne voulais pas. Je n’arrivais pas à dire non. Maintenant, c’est fini, j’ai dit : stop ! Je devrais le quitter mais je n’y arrive pas.» (Claudine et Pascal)

« Je n’en pouvais plus de ses crises de colère et de son trouble bipolaire. Je l’ai quitté. Nous avons été séparés pendant un an. Il s’est bien soigné. Durant la séparation, j’ai eu une liaison avec un autre homme et la sexualité était vraiment épanouie. Et puis il avait trop de défauts, j’ai rompu. Jesuis revenue avec Guy il y a deux ans, je ne sais pas pourquoi. Après toutes ces années, je ne suis pas arrivée vraiment à me séparer de lui… et il avait changé. Le problème, c’est que je n’ai plus d’orgasmes comme avant depuis que nous sommes à nouveau ensemble. Il est devenu un peu vieux et mou… » (Jocelyne et Guy)

« Il buvait le samedi soir et devenait jaloux, il me faisait des crises impossibles. J’ai pris un appartement, ça a été horrible. Après six mois, je suis revenue à la maison. Je vois bien qu’il a changé, il partage les tâches domestiques, il est prévenant, il est patient mais je n’ai plus de désir sexuel, c’est comme éteint. » (Jean-Paul et Emilie)

 

IMPUISSANCE À S’ÉCHAPPER

De nombreux couples consultent lorsqu’un événement intervient tels une hospitalisation ou un début de thérapie individuelle. A cette occasion, un conjoint commence à se confier et se plaint d’une « emprise » de l’autre. La thérapie de couple débute alors comme un procès. Une litanie de reproches est énoncée, la défense se déploie, la symétrie des relations rigidifie tout dialogue et empêche les contacts. L’un réalise qu’il a été jusquelà dans l’incapacité de s’extraire d’une relation de dépendance, d’emprise, d’enfermement, d’humiliation. L’autre reconnaît des excès, cherche à changer sans y parvenir. Le pattern relationnel se répète, créant une souffrance chez chacun des conjoints. L’un comme l’autre se voit dans l’impossibilité de stopper une spirale souvent conflictuelle voire violente.

La sexualité est touchée immédiatement par un retrait total du conjoint qui développe une aversion sexuelle. Tout contact, des bisous du matin aux petits gestes d’apaisement et de tendresse sont dorénavant bannis du quotidien. L’autre oscille entre colère et neutralisation mais plus il s’oppose au blocage, plus il alimente le comportement vécu comme maltraitant. Il finit le plus souvent par s’adapter au symptôme de retrait. Les consultations de couple regorgent ainsi de situation où l’impuissance à stopper un pattern dysfonctionnel de distance depuis des années constitue la définition de la relation.

Sylvie et Jean-Louis sont mariés depuis vingt-deux ans. Ils consultent à l’initiative de Sylvie qui s’inquiète de n’avoir pas de vie sexuelle de couple depuis des années. Elle a eu plusieurs relations extra-conjugales, « pour le sexe », acceptées par son mari. Ils sont d’accord pour affirmer que leur première année de couple connut une sexualité épanouie. Ils avaient 25 ans lors de leur rencontre. Un an après le mariage, ils ont conçu leur premier enfant et dès ce moment « j’ai ressenti un problème de sexualité, dit Sylvie, tu t’es enfermé, l’affectif aussi s’est transformé. J’ai été surprise de choses sexuelles surprenantes pour un homme de ne pas aimer, comme les fellations. » Pour Jean-Louis, il n’y a pas de soucis. « Je n’ai pas la même appétence que toi pour le sexe. Pendant ces dernières années, on a été comme des frère et soeur et avec une fusion familiale. Mon seul problème, c’est que tu te plains de la sexualité et que je ne te sens pas heureuse avec moi. Tu veux revenir d’un coup à une situation du départ, tu es trop rapide. »

Monsieur explique qu’il aime ce qui est « borné » et qu’il a « peur de lâcher prise car peur de déprimer ». Il parle de la naissance de sa fille aînée comme d’un « sacrement ». Il dit « faire avec la distance » et si Sylvie ne s’en était pas plainte, il « n’aurait pas cherché à changer quoi que ce soit ». Sylvie s’écroule en pleurs durant la seconde séance. Elle dit : « Soit je vais trop vite, soit je tourne en rond, je ne veux pas me résigner mais rien ne change. » Elle a questionné la relation il y a quelques mois suite à l’apparition de tremblements essentiels et d’une suspicion de maladie de Parkinson. Avec son autonomie qui se réduit, elle craint la distance, ce qui amène à questionner l’équilibre du couple autour de l’asexualité.

Nous constatons l’impuissance à changer une définition de la relation rigide et enkystée. Chacun se questionne, voudrait évoluer vers autre chose mais rien ne bouge. L’impuissance à signer un nouveau contrat de vie affective amène un maintien de symptômes sexuels marqués par la baisse voire la disparition du désir sexuel (Jean-Louis), l’adaptation au symptôme sexuel de l’autre (Sylvie) et son transfert de désir à l’extérieur du couple.


IMPUISSANCE À SE SÉPARER


Des couples viennent en consultation alors qu’ils n’habitent plus ensemble. Parfois, ils envisagent de reprendre la vie commune, d’autres fois ils se sont à peine réinstallés ensemble. D’autres fois encore, ils sont séparés et hésitent à rompre totalement. C’est le fameux « break pour voir ». Ce qui frappe le plus le thérapeute dans cette phase de la vie conjugale, c’est le chaos qui règne à la fois chez chaque conjoint et au sein de la relation de couple. Le couple est en crise. Celle-ci peut se produire également suite à une thérapie individuelle ou bien à une relation extra-conjugale. Un
des membres du couple se trouvebrusquement en révolte, refuse de continuer la relation. Chacun connaît beaucoup de souffrance, que la position soit celle de la victime ou celle du briseur de ménage culpabilisé. Quelle que soit la situation, une impuissance à se séparer fige la situation. Le désir sexuel est toujours présent mais des symptômes se font jour liés à l’impossibilité de consommer la relation du fait du conflit relationnel et de la culpabilité liés aux actes commis. Les troubles de l’excitation sexuelle, troubles de l’érection, dyspareunies sont les symptômes les plus courants.


Yann et Elise sont un couple de trentenaire. Ils ont une petite fille âgée de 3 ans. Ils consultent car depuis un an, ils sont séparés. Elise est partie suite à une énième dispute, un soir, Yann alcoolisé
et vindicatif. Les disputes étaient fréquentes mais sans violences. Durant la dernière année, chaque conjoint s’étonne de continuer à se voir chaque jour, même en ayant des logements séparés. Ils mangent ensemble, dorment dans le même lit. Ils ont décidé de faire une thérapie car ils ne comprennent pas leur incapacité à se séparer. De plus, quelques tentatives sexuelles se sont soldées par une dyspareunie chez Elise et des troubles de l’érection chez Yann, tous symptômes nouveaux après des années de sexualité satisfaisante. Ils se sentent perdus, dépités, des affects et comportements dépressifs apparaissent et croissent. Ils se disent très attirés sexuellement l’un par l’autre mais Yann ne supporte pas l’attitude parfoisindépendante et distante d’Elise tandis que cette dernière est malheureuse les soirs où Yann peut rester chez lui et s’alcooliser. Elle s’en rend responsable et en même temps estime que ces actes ont précisément contribué à la séparation.

Nous notons une relation marquée par l’impuissance à se séparer ou à se réengager. Le lien est en plein marasme, changeant et en même temps répétitifs. Les ingrédients qui ont amené l’éloignement perdurent alors que chaque partenaire voudrait les changer. Ils contribuent à maintenir la définition chaotique et ambivalente de la relation. Chacun désire et doute en même temps. Il s’ensuit une situation inconfortable et oscillante.


IMPUISSANCE À RECONSTRUIRE

Une troisième phase de la vie du couple se situe lors de la reprise d’une vie commune suite à une séparation. Les conjoints ont communiqué, négocié la reprise de vie commune. Bien souvent,
un nouveau « contrat de couple » est en vigueur, qui évacue les comportements de l’un ou de l’autre désignés comme responsable de la crise précédente. Le plus souvent, il s’agit d’une femme
qui s’est estimée victime et a pris de la distance. Elle revient en exigeant des changements : thérapie individuelle quand il existe des troubles psychologiques, arrêt de conduites addictives,
réduction du rythme de travail, sorties, voyages, attentions, communication, témoignages de tendresse, etc. La plupart du temps, malgré des modifications majeures des conduites duconjoint et des gains affectifs dans la relation, la femme se bloque sexuellement, elle développe une aversion sexuelle. Une distance s’installe, génératrice de nouveaux conflits. La femme est culpabilisée de ses freins alors que la situation est devenue agréable, l’homme ne comprend pas qu’il soit repoussé alors qu’il a changé en tous points pour satisfaire sa compagne. Lui-même entre dans le doute et développe parfois une baisse du désir sexuel et des symptômes secondaires de « castration ».

Myriam et Stéphane ont la cinquantaine. Après une séparation d’un an, Myriam est revenue habiter dans la maison commune. Immédiatement, elle a fait chambre à part. Elle parle de nombreuses années où elle s’est sentie « la bonniche » et « sous l’emprise » de Stéphane. Ce dernier reconnaît une personnalité « dure », jaloux lorsqu’il fêtait la troisième mi-temps après les matchs de rugby. Il regrette les conflits et disputes fréquentes qui se réconciliaient toujours « sur l’oreiller ». Le couple a de nombreux souvenirs agréables, des albums emplis de voyages et sorties plaisantes. Myriam
parle de 80 % agréable dans la relation du couple. Stéphane a changé et correspond maintenant à ce qu’elle souhaite. Mais les 20 % négatifs sont constitués de griefs : « S’il était capable de changer, pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant !? Je ne crois pas du tout que ça va durer donc je préfère ne pas céder pour ne pas me faire encore avoir. » De son côté, Stéphane reste patient mais commence à se désespérer: « Ça ne va pas durer éternellement. Je commence à m’apercevoir
que je ne pense même plus au sexe pendant des semaines. J’ai perdu tout désir sexuel, je suis comme un vieux. »


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Approche EMDR dans le traitement des troubles conjugaux de la sexualité

Par Lionel Souche, Psychologue Clinicien, Psychothérapeute, Sexologue, Enseignant pour l’Institut de Psychologie de l’Université Lumière Lyon 2 & aux Cycles Sciences Humaines & Sociales de l’Université Catholique de Lyon. Membre Titulaire de l’AIUS, Membre du Collège Lyonnais de Sexologie

Il sera abordé ici un ensemble d’éléments permettant de prendre en charge la souffrance sexuelle conjugale.

Une fois le dispositif de base présenté, il semble nécessaire de montrer comment a pu germer la proposition d’une forme complémentaire de prise en charge. Il sera temps de présenter l’approche dite EMDR. L’axe central de l’article consiste à illustrer par la pratique puis le devenir auprès des patients, sans lesquels aucun modèle ne mérite d’être valorisé. Une situation conjugale viendra étayer ma proposition.

Anonymées autant que faire se peut, ces séquences extraites d’une psychothérapie de couple sont représentatives de plusieurs démarches où j’ai pu recourir à l’approche spécifique dont fait l’objet le présent article.

I- Changement épistémologique : d’un modèle à l’autre

 Une formation initiale de psychothérapeute de couple d'orientation systémique m’avait fondamentalement laissé à penser que tout symptôme sexuel affectant un couple trouvait immanquablement sa source dans le déséquilibre d’une interaction particulièrement impactante comme sait l’être la vie conjugale. L’hypothèse systémique pourrait basiquement s’énoncer par la simple idée qu’un symptôme entrerait ici sous l’appellation de ce que la psychanalyse définit par un conflit de type névrotique ramené ici à un contexte commun : « Je veux, tu veux mais nous ne pouvons pas en même temps » ; « je te veux mais je ne te veux plus l’instant d’après, nous sommes désespérés » ; « je te veux en moi mais nous ne le pouvons plus » ; « je voudrais tant te pénétrer mais tu me fais peur autant que cela te panique »... Le conflit mettrait en jeu un point de vue subjectif au cœur de la conflictualité psychique du couple dont les extrêmes varieraient de la somatisation pure ou secondaire (dysfonctions primaires et/ou réactionnelles) à l’agir (violences conjugales, liaisons extra-conjugales, ruptures à répétition...).
        
Les couples peuvent ainsi réinterroger leur accordage tout comme leur complémentarité mis à mal suite à une demande conjointe de prise en charge en matière de souffrance sexuelle. En collaboration avec le couple, le psychothérapeute propose de mettre en réflexivité leur organisation dans une double dimension en tant que sujet singulier mais bien plus encore en tant qu’agent participatif – complémentaire ou asymétrique – d’une interaction. Le symptôme, ici sexuel, est investigué et qualifié d’allié en ce sens qu'il va permettre de mettre en travail les aspects pragmatiques comme les aspects créatifs dans l’équilibre du couple. Au détour de la relecture des perceptions et décodages de chacun des membres du couple, peuvent être dépassées par exemple les angoisses de performance et tout à la fois favoriser le partage de l’imaginaire amoureux. Au final, le couple de patients se donne les moyens de transcender sa crise en sortant des rétroactions négatives, c’est-à-dire tout comportement qui empêche ce même couple de se co-développer dans l’assimilation du changement.

A partir de l’observation des interactions et des capacités d’écoute de chacun dans l’ici et maintenant de la consultation, le système thérapeutique procède à un état des lieux qui débouche sur le repérage des traumas – ceux de chacun ou bien même ceux qui sont partagés – donc des failles et ressources mobilisables. Le déroulé des psychothérapies de couple témoigne d’une organisation conjugale récurrente : l’illusion plus ou moins temporaire que faire couple soignera les traumas respectifs le plus souvent dans une perspective pré ou in-consciente. Dans cette recontextualisation, le trouble sexuel est considéré comme l’une des expressions d’un défaut d’adaptation du couple à l’apparition d’un changement touchant la structure et/ou le processus du système conjugal. En effet, si le couple a, entre autres fonctions, le support des difficultés individuelles, qu’en est-il de la pérennisation de cet étayage à la survenue d’un changement de quelque nature que ce soit ? Cette schématisation présente l’avantage de deux fonctions distinctes. D’une part, elle permet la mise en évidence des fonctionnements et dysfonctionnements du couple. De l’autre, le modèle vise à souligner le descriptif du système conjugal, ou comment revisiter l’histoire du couple via la communication et les interactions sexuelles comme, par exemple, la fonction émotionnelle. Ensemble, nous découvrons au fur et à mesure des séances le théâtre du jeu conjugal en souffrance avec toujours le risque que les interactions conjugales sombrent dans la chronicité.
 
Quels constats découlent de ce premier modèle ? Ils sont à la fois simples et complexes. Les failles et souffrances individuelles viennent s’exprimer ou prendre forme dans la sexualité commune. Le danger guettant tout couple souffrant sexuellement s’illustre par la subsistance de croyances où l’on connaît à ce point l’autre que l’on n'aurait plus besoin de communiquer. Cette conjugalité se polariserait autour d’un règlement de comptes où l’autre est rendu responsable du dysfonctionnement tout en étant incapable de s’en séparer... et retour au fonctionnement névrotique qui co-alimente spirale du malaise et escalade dans le ressentiment (5). Dans le dysfonctionnement et l’asymétrie conjugale, des processus psychiques maintiennent, parfois même renforcent la souffrance allant de la projection à la persécution : « Si je n’arrive pas à maintenir une érection, c’est que tu fais tout pour » ; « si je souffre dans mon désir, c’est bien parce que tu ne m’aides en rien », entend-on rituellement dans les prémices d’une psychothérapie de couple. Quoi qu’il en soit, l’ambiance peine à rester colorée par le prisme de l’érotisme.
 
L’évaluation de cette forme de psychothérapie de couple permet d’observer que la régulation des conflits aboutit à un terrain conjugal où peuvent s’exprimer désirs explicites et demandes concrètes à l’autre. Au final, c’est fondamentalement la complicité qui est restaurée par les efforts que le couple a bien voulu consentir pour lui-même.
 
Oui, mais voilà... Qu’en est-il des traumas persistants en dépit de l’amélioration du climat relationnel ? Enfin, qu’en est-il des dysfonctions où le recours parfois nécessaire au traitement pharmacologique n’amène rien de satisfaisant, que cela soit pour le couple comme pour l’individu ? C’est là l’intérêt de l’approche EMDR que je souhaite présenter par la suite.

II- L’approche EMDR

Partant du constat que le modèle original peinait à résoudre l’intégralité des situations qu’il m'était offert de rencontrer dans le cadre des consultations, je me suis questionné sur la pertinence de l’inclusion de l’approche EMDR, à commencer par la formation permettant son maniement. Classée dans les thérapies d’orientation cognitivo-comportementales, l’EMDR, ou Eye Movement Desensitization and  Reprocessing, vise à cibler puis à retraiter ce qu’il convient de nommer des cognitions négatives issues d’expériences précoces non digérées.
 
Plusieurs domaines font le nid des cognitions négatives ; ce sont autant de poisons à l’épanouissement de la personne, a fortiori de sa sexualité. Ils se rencontrent sur les axes de la vulnérabilité, du contrôle, de la honte ou bien encore de la culpabilité. Quiconque a expérimenté le plaisir charnel fera de lui-même le lien avec les ressources nécessaires à l’appropriation et à l’expression de sa sexualité. Comment jouir pleinement quand risque continuellement de s’abattre l’ombre d’un « je suis impuissant », d’un « mon corps est détestable », ou autre « je ne suis pas digne d'être aimé(e) » ? Le comble étant bien évidemment que le sujet souffrant d’éjaculation prématurée aura eu toute latitude de se formuler qu’il n'a décidément et n'aura jamais de contrôle ; la patiente dyspareunique noyée dans ses douleurs aura tôt fait de s’enrouler dans un manteau de culpabilité en se répétant en boucle qu’elle est fautive, voire décevante pour l’autre comme pour elle-même. La propension de l’humain à glisser dans la distorsion se charge d’enfoncer le clou vers la désastreuse idée qu'il n’est pas un vrai homme et qu’elle ne sera jamais une authentique femme.

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Les remaniements psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles

Une approche typologique d’angoisses et de profils d’hommes à partir d’une pré-enquête hospitalo-universitaire faite entre 2011-2013.

Par Dominique Lefèvre, Psychologue Sexologue clinicienne, Docteure en droit à Nogent-sur-Marne

Une enquête hospitalo-universitaire innovante

Les trois années d’études universitaires sur la sexualité humaine (sexologie), que j’ai achevé en septembre 2013 au sein de l’Université Paris 13 – sur le site de la faculté de médecine de Bobigny – ont abouti par un trépied évaluatif : l’examen national, un compte-rendu de titres et travaux et la soutenance d’un mémoire professionnel. Pour le mémoire, j’ai choisi une problématique rencontrée lors du suivi régulier des consultations de sexologie avec Gérard Tixier, médecin sexothérapeute psychanalyste, au CHU Henri-Mondor de Créteil.
Ces consultations se déroulent au sein des services d’urologie et d’oncologie dans le cadre des soins de confort et s’adressent à tout public s’y présentant. 95 % des consultants sont des hommes et 80 % des plaintes concernent les troubles érectiles. Les étiologies organiques, iatrogènes ou psychogènes de ces troubles sont relativement bien circonscrites dans le milieu médical clinique et de la recherche.
Par contre, les conséquences des troubles érectiles sur le psychisme des hommes restent méconnues. J’ai donc voulu explorer l’étendue de ces perturbations psychiques.
 
A partir de nos connaissances et des réalités du terrain, Gérard Tixier et moi-même avons construit un entretien suivi d’un questionnaire de sexualité (annexes 1-A et 1-B) validant l’existence d’angoisses engendrées par les troubles érectiles de l’homme sur lui-même et sur son couple. Un protocole de trois entretiens a été formalisé : le premier entretien inclut le questionnaire et le troisième fait l’objet d’un compte rendu personnalisé auprès du patient. J’ai rencontré plus de 300 situations, fait passer une centaine de questionnaires et choisi un échantillonnage de quarante hommes dans ce protocole d’enquête.
 
L’homme ou le couple se présente à la consultation avec une plainte liée aux troubles de l’érection. Dans notre binôme thérapeutique, nous avons pu repérer deux niveaux d’angoisses. En recherchant la motivation derrière ce motif, il s’avère qu’un premier niveau d’angoisses secondaires émerge, principalement dans la peur de perdre son couple ou de ne pas trouver de partenaire. Le deuxième niveau d’angoisses plus archaïques, est  perceptible dans l’écoute des propos tenus de manière récurrente par les consultants. Elles concernent principalement l’angoisse de castration : « C’est comme si j’avais perdu un bras » ; l’angoisse de mort : « Il vaut mieux que je meure que de ne plus pouvoir » ; et l’angoisse de féminisation : « Je suis comme une femme ». L’apparition évidente de ces angoisses a orienté subtilement notre questionnaire avec un souci de simplicité afin de le rendre transmissible.

Des constats toujours d’actualité : l’érection conforte l’identité masculine


Si l’érection est essentielle pour le rapport sexuel avec pénétration, elle fait partie aussi de l’identité masculine. Ses défaillances se mesurent par un double triptyque, d’abord par celui des dimensions psychologique, sociale et culturelle, et ensuite dans leur intrication aux peurs de « perte, de performance et de perfection » (2). La virilité – telle la féminité – est victime de constructions socio-culturelles dont l’érection reste emblématique de la puissance masculine. Si l’identité masculine se fonde sur une rencontre fondatrice sécure avec des images parentales et se poursuit dans une série d’identifications multiples de la petite enfance à l’âge adulte, elle véhicule des stéréotypes aliénant la personne. Le couple aussi a une importance considérable dans la démarche de prise en charge des troubles érectiles. Si pendant longtemps on a pensé que l’érection fait l’homme, nous dirons « que c’est l’homme (et la femme) qui font l’érection ».
Et pour parachever ce propos, la réhabilitation et l’investissement du corps érotique masculin contribuent à l’équilibre d’une prise en charge de l’homme et de son partenaire.


Quelle prise en charge psychologique des conséquences psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles ?


Les aspects physiologiques, organiques sont médicalement bien circonscrits avec une série de réponses mécaniques, chimiques, chirurgicales et prochainement cellulaires (recherche Inserm avec le CHU Mondor). Par contre, la question des effets des troubles érectiles sur l’homme a été peu étudiée. J’ai relevé, dans la revue de littérature scientifique, deux enquêtes, l’une en 2002 et l’autre en 2012, évoquant les influences négatives des troubles érectiles sur la qualité de vie et l’estime de soi sur les hommes ainsi que sur le bien-être émotionnel du partenaire. Les romans de Romain Gary témoignent aussi à quel point le psychisme masculin est imprégné de la puissance érectile comme moteur de vie et d’énergie.
Lors des consultations, la récurrence des propos sous-jacents à la plainte signale de réelles inquiétudes, craintes et angoisses face à cette perte ou de développement avec difficulté de pénétration ou de maintien d’érection, donc de ne pouvoir durer dans le rapport sexuel. Ces troubles induisent psychiquement une insatisfaction et une perte de gain de jouissance, ce qui en fait un symptôme différent des autres.
Les hypothèses de ce travail sont de démontrer l’existence des remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles et d’en vérifier le bien fondé. A partir de deux niveaux psychiques d’angoisses repérés, des profils se sont dessinés. Les réalités de terrain et le cadre théorique ont dû s’articuler pour l’entretien et le questionnaire de manière pertinente. Il nous semble essentiel d’évaluer sérieusement et de prendre en charge concrètement les remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles.


Résultats des statistiques du questionnaire


Par le biais des trois entretiens et de l’enquête statistique sur cet échantillon restreint de 40 hommes, 21 questions ont été élaborées. Le premier entretien se composait du questionnaire et le dernier de la retransmission des résultats auprès de chacun. Des statistiques ont été faites sur ce panel. Il s’agit d’une pré-enquête intéressante qui nécessiterait des moyens plus importants pour approfondir ces hypothèses novatrices.

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