sexualité

Une approche (méta)philosophique et littéraire de la sexualité

Par Philippe Le Cavorzin, Emilie Leblong et Nathalie Dessaux

La sexualité dérange continûment les représentations que nous avonsconstruites de nous-mêmes. Cet affrontement intime transparaît tout autant chez l’homme « moderne » que chez ses prédécesseurs, qu’il soit écrivain, philosophe ou patient dans le cabinet du sexologue.

INTRODUCTION

Parce que sexologie, philosophie et littérature s’attaquent d’abord à interroger nos croyances, pour permettre peut-être l’émergence ultérieure d’une pensée, il s’offre peut-être là une riche combinatoire, où nos représentations mentales seraient interrogées à la triple
lumière des idées (au travers de la philosophie), de l’émotion (à travers la littérature) et enfin du corps (dans certaines sexothérapies). Se pourrait-il que nos représentations sexuelles soient intimement liées à nos représentations du monde, elles-mêmes manifestations d’une pensée, à son tour inscrite dans le contexte d’une époque ? Une pensée formalisée par le philosophe, exprimée par l’écrivain, « imprimée » dans les corps... Serait-il alors envisageable de construire une « méta-philosophie » de la sexualité, interrogeant les époques successives, usant pour cela de l’optique des idées, de la métaphore des mots pour enfin travailler le corps ?

L’entreprise semble difficile, ne serait-ce que parce que : « La sexualité est la question qui soit la plus occultée en philosophie. Elle y est souvent vue comme un obstacle à
la pensée, voire comme un empêchement politique. L’amour d’un individu singulier favorise en effet la particularisation, qui empêche le souci du genre humain en son
ensemble. [...] Ainsi jusqu’à une période récente aucun philosophe n’a osé parler crûment de son sexe, et ce depuis Platon. » Il est vrai que, pour aborder la singularité d’une situation ou d’un individu, l’abord conceptuel de la philosophie ne semble pas suffire. Il aurait bénéfice d’être complété d’un abord plus narratif, c’est-à-dire d’un abord plus littéraire.

Roland Barthes écrivait : « Il faut affirmer le plaisir du texte contre les indifférences de la science et le puritanisme de l’analyse idéologique ; il faut affirmer la jouissance du texte contre l’aplanissement de la littérature à son simple agrément ». La mimésis d’Aristote faisait ainsi émerger en nous, d’après sa peinture d’une action et à travers le texte, une représentation originale qui n’y était pas d’emblée contenue. Et c’est là même la source du plaisir que le texte suscite. C’està- dire que la littérature nous emmène,
et dans le plaisir par surcroît (dans la jouissance, dirait Roland Barthes), à revisiter nos représentations, à les réécrire en nous-mêmes.Pour se comprendre, faudrait-il alors
revenir aux origines de la langue : « Le feu couve sous la langue. Gaude mihi (Réjouis-moi) devint « godemiché ». Cunnus, con [...]. Sans cesse la langue souche, la langue protomaternelle est celle de l’outrage, c’est-à-dire est la langue où l’obscénité se désire le plus. La sépulture de Musa n’est jamais refermée. C’est la langue latine. Ce qui
est avant notre langue renvoie à ce qui est avant notre naissance. La couche la plus ancienne (le latin) dira la scène la plus ancienne. »

LE COMMENTAIRE DU SEXOLOGUE :

Le langage, celui-là même utilisé par les philosophes, interroge la raison, il est vecteur de la rationalité, il nourrit des concepts, des abstractions, produits de la pensée, là où le langage utilisé par les poètes et les littérateurs l’est pour créer l’émotion, éveiller des images, des sons, des sensations, comme la sexualité. Les philosophes peuvent discourir sur la sexualité, ils ne sauront jamais parler de l’émotion sexuelle : leur langage est trop abscons, il parle à la tête, alors que la sexualité parle au corps, aux sens. Comme la poésie, la littérature.

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L'éducation à la sexualité en danger ! Catherine LEBOULLENGER


En 1907, Sigmund Freud répondait, dans une lettre à un médecin français, à des questions sur le sujet : « Peut-on d’une façon générale donner aux enfants des explications sur ce qui concerne la vie sexuelle ? A quel âge et de quelle manière cela peut-il être fait ? » Il répondait ainsi : « … L’intérêt intellectuel des enfants pour les énigmes de la vie sexuelle… se manifeste en effet même à un âge étonnamment précoce… »

Il relate alors l’analyse du petit Hans (5 ans) dans laquelle il découvre l’angoisse de castration propre à cet âge et l’appréhension de la différence des sexes par les enfants. Il ajoute : « C’est à l’école d’abord qu’il appartient de ne pas éluder la mention qui a trait au domaine sexuel. La curiosité de l’enfant n’atteindra jamais un niveau très élevé pourvu qu’elle soit satisfaite de façon appropriée à chaque niveau de l’enseignement». Des psychanalystes plus contemporains (Françoise Dolto, Didier Dumas) avaient constaté que les parents éprouvaient des difficultés à parler sexualité avec leurs enfants. De même, les enfants peuvent éprouver quelques réticences à aborder le sujetque ce soit dans des familles très privilégiées ou d’origine immigrée.

ET À L’ÉCOLE ? QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?

Dans l’enseignement primaire, l’éducation à la sexualité, prise en charge par des professionnels volontaires (infirmières, professeurs, partenaires agréés), n’est pas pratiquée partout. Tout dépend de la volonté des professionnels, du chef d’établissement et de la bienveillance des parents. Certains, hostiles, s’y opposent, empêchant la parution du guide « Repères à l’éducation à la sexualité » pour l’enseignement maternel et primaire.


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Solitude et sexualité : une possible rencontre ?

Les souffrances du lien à travers Peter Pan

Par Camille Lauer - Psychologue clinicienne. Docteur en psychopathologie et psychanalyse

Drôle d’idée que d’associer Peter Pan, ce petit personnage fantasque créé par l’écrivain écossais James Matthew Barrie au début du XXe siècle et… sexualité ! L’étude approfondie de ce mythe littéraire peut nous apporter beaucoup pour penser certaines douleurs d’une surprenante modernité que nous pouvons rencontrer dans notre pratique clinique.

INTRODUCTION

Peter Pan nous parle de solitude, de cette solitude impensable, abyssale, véritable puits sans fond qui malmène toute relation intersubjective. Se sentir seul avec les autres, se sentir seul avec l’autre, en présence de l’autre, avec celui ou celle qui partage notre vie, se sentir seul malgré l’apparente intimité, c’est dans cette solitude trop peuplée que nous pouvons rencontrer Peter Pan, et réfléchir sur la difficulté pour certains de nos patients à rencontrer l’autre.

BRÈVE PRÉSENTATION DE L’OEUVRE

Le personnage de Peter Pan, qui emprunterait le « Pan » de son patronyme en référence à la divinité inquiétante du Grand Dieu Pan, fait sa première apparition en 1902 dans le roman The Little White Bird (traduit en français par Le Petit oiseau blanc) et il fut la source d’inspiration de Barrie pour créer par la suite la pièce de théâtre Peter Pan or The Boy Who Wouldn’t Grow Up (traduit par Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir). La première représentation eut lieu à Londres le 27 décembre 1904. En 1906, la partie de The Little White Bird concernant Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens, traduit en français par Peter Pan dans les jardins de Kensington, et illustrée magistralement par Arthur Rackham qui révèle la tristesse de l’oeuvre de Barrie, repérant avec poésie et sensibilité la solitude tragique de son personnage principal.


Enfin, devant le succès rencontré par lapièce, Barrie adapta celle-ci en un roman publié en 1911, intitulé Peter and Wendy, connu actuellement en France sous le titre Peter Pan. Loin du héros édulcoré de Disney devenu si célèbre dans l’imaginaire collectif, le Peter Pan de l’oeuvre originale est un enfant sombre et troublant. Bébé sans mère et enfant sans mémoire, Peter Pan est d’abord un nourrisson qui, tombé du berceau, s’est enfui à Neverland, traduit par le « Pays du Jamais-Jamais », au nom déjà lourdement équivoque. Cette première chute est en soi un drame d’une tristesse écrasante et porteur d’un chagrin à jamais inconsolable. Car comment imaginer la chute d’un bébé insuffisamment « porté » au sens winnicotien, un bébé si insuffisamment aimé qu’il peut en tomber d’affliction ? Barrie luimême n’exclut pas que cette chute précoce symboliserait la mort.


C’est ainsi qu’il explique dans ses notes sur le programme de la pièce en 1908 : « De Peter vous pouvez penser ce que vous voulez. Peut-être était-il un petit garçon qui mourut jeune et c’est ainsi que l’auteur conçut ses aventures. […] » Prisonnier de son no man’s land intérieur, Peter Pan est revenu quelques années plus tard dans le monde réel et a volé vers sa maison pour retrouver une mère qu’il n’avait jamais pu complètement oublier. Mais il a trouvé fenêtre close. Seul dans la nuit glacée, Peter Pan s’est confronté à l’impensable : sa mère l’avait remplacé par un autre enfant et l’avait oublié.

Ce second traumatisme fut insupportablepour Peter Pan qui s’exila à jamais à Neverland. Dans ce Pays imaginaire, Peter Pan vit dans une temporalité éclatée, en miroir avec sa mémoire détruite dans laquelle rien ni personne ne peut venir s’imprimer. Soustrait au temps qui use le corps et à la gravité qui ancre dans la réalité, Peter Pan virevolte sans jamais se poser à travers d’incessantes aventures et des combats avec son ennemi juré, le Capitaine Crochet. Ce dernier est le seul adulte présent à Neverland. Le seul donc condamné à vieillir et à mourir…

Terrifié par sa mortalité, le Capitaine Crochet est par opposition à Peter Pan déjà « grignoté » par le temps, et ce vain combat contre cet ennemi invisible est symbolisé par l’amputation de son bras, tranché par un Peter Pan triomphant qui l’a jeté en pâture au Crocodile. Peter Pan est entouré d’enfants perdus, d’autres enfants également tombés de leurs landaus qui ont été recueillis par Peter Pan qui leur assure protection et assistance. Pourtant, ce sont en particulier les rapports qu’entretient Peter Pan avec ces enfants qui viennent jeter une lumière crue sur l’aura tragique qui entoure le personnage de Barrie : Peter Pan massacre en effet ces enfants sans pitié dès que ces derniers grandissent, car cela est contraire au règlement qu’il a institué. Ces actes barbares représentent ainsi l’horreur de l’existence de cet être qui évolue dans l’univers désertique et hostile de sa propre désertification psychique.


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Education sexuelle : de l'amour à la biologie à 14 ans

Coup de projecteur sur l’éducation sexuelle en pratique

Par Catherine LEBOULLENGER

En classe de 4e, nous séparons les garçons et les filles et leur demandons de formuler oralement ou sur un post-it, selon les sensibilités de chacun, deux ou trois mots sur le thème de la sexualité. D’un groupe à l’autre, les questions ont peu évolué. Elles ont été les suivantes : Sexe, amour, relation, rapport sexuel, préservatif, contraception, spermatozoïde, prostitution, ovule, affection, plaisir, puberté, vagin, virginité, fécondité, érection, éjaculation, sperme, père, foetus, testicule.

Il a fallu parfois retrouver le mot juste, par exemple faire des enfants, est devenu fécondité, bander, avoir une érection.

Les questions des groupes de ce niveau ont été riches et nombreuses :

• Où s’est développé le sida ?
• Comment ça se fait que notre pénis se met en érection dès que nous voyons une femme ?
• Qu’est-ce qu’un ménage à trois ?• Qu’est-ce que l’orgasme ?
• Existe-t-il un préservatif féminin ?
• Que fait-on si un garçon ne veut pas mettre de préservatif ? (on lui met une claque, a-t-on entendu).
• Est-ce qu’avec notre mari on doit mettre un préservatif ?
• Pourquoi certains préservatifs sont-ils parfumés ?
• Est-ce qu’on a le droit de faire mal ?
• A quel âge peut-on tomber amoureux ?
• Qu’est-ce que la masturbation ?
• Comment font deux hommes ensemble ?
• Pourquoi les filles saignent, la première fois ?
• Si l’hymen est déchiré, est-on toujours vierge ?
• Quand les filles n’ont plus d’hymen, ont-elles toujours du plaisir ?
• Pourquoi les garçons sont-ils des obsédés ?

Les garçons : dans une classe où les garçons sont majoritaires, la sexualité évoque pour eux des représentations mécanistes et uniquement biologiques.

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Le couple dans tous ses états.

Texte collectif rédigé par l’APRES : Michel Febvre, Catherine Leboullenger, Françoise Auville, Michèle Fauchery, Laurence Siroit, Pascale Poulain

Avant d’aborder quelques-uns des états du couple, essayons d’en cerner les contours. Le dictionnaire nous propose deux définitions. « Le couple est un lien servant à attacher ensemble deux ou plusieurs animaux de même espèce »… Sans commentaires ! La deuxième se rapporte à la mécanique « ensemble de deux forces parallèles égales entre elles, de sens contraire », toujours la notion d’attachement mais avec cette fois-ci un élément dynamique.

Nous proposons une typologie du couple, certes non exhaustive mais plus originale.Le couple « un plus un égale un » ou en communauté universelle caractéristique du couple fusionnel, avec une seule entité (résurgence du couple mère-enfant). Le couple « un plus un égale deux » ou couple en séparation de biens, couple « cohabitant » où chacun des partenaires conserve ses acquits, sans construction originale. Enfin le couple « un plus un égale trois », ou couple en communauté réduite aux acquêts, chacun conservant son identité mais avec création de cette construction très singulière qu’est le couple avec sa dynamique propre.De ces trois propositions, laquelle peut être la plus satisfaisante ? Nous laisserons à chacun le soin de construire son propre « chef-d’oeuvre ».

LES VIEUX COUPLES

Cette bougie à moitié consumée devant moi, allumée fidèlement tous les ans à la même date, sur laquelle s’inscrivent les anniversaires me rappelle que le sablier du temps est inexorable. Noces d’argent, d’or ou de chêne égrènent ces longues années de vie commune du couple et de ses partenaires. Ces « vieux couples » ont-ils une spécificité ? Qui sont-ils ? Y aurait-il une recette du bien vieillir ensemble ? Probablement moins fréquents aujourd’hui que du temps de nos parents et grands-parents, qu’ils soient recomposés ou « d’origine », mariés ou non, les vieux couples ont une histoire, un passé. Ils ont construit et se sont construits, se réalisant familialement, socialement, matériellement le plus souvent.

Leurs souvenirs communs, qu’ils soient heureux ou douloureux, sont des repères, véritables points d’ancrage pour chacun des partenaires, tout en conservant au couple la capacité à se projeter dans l’avenir, à continuer d’écrire l’histoire et de la vivre. Peut-être ont-ils davantage conservé cette part de rêve indispensable à chacun des partenaires, tout comme une tolérance plus grande envers l’autre.

Que devient la sexualité ? Si la passion amoureuse peut évidemment continuer à être présente, elle a le plus souvent fait place au sentiment amoureux, moins démonstratif, mais efficace pourle maintien du lien. La tendresse a pu remplacer la sexualité explicite, mais les progrès thérapeutiques de ces dernières années ont permis la poursuite d’une sexualité relationnelle adaptée satisfaisante chez bon nombre de ces couples. Le « no sex » se retrouve également chez
eux, avec la possibilité toujours ouverte à la sublimation comme transformation d’une pulsion sexuelle en activité créatrice artistique, par exemple.

Deux références me viennent illustrant ces propos. La première, le texte de Jacques Brel, « La chanson des vieux amants » :

« … Finalement, finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes…
Oh, mon amour
Mon doux, mon tendre, mon
merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime... »

L’autre référence, un poème de Joseph von Eichendorff mis en musique par Richard Strauss faisant partie du cycle des quatre derniers lieder :


« … Au soleil couchant
Dans la peine et la joie
Nous avons marché main
dans la main
De cette errance nous nous
reposons…
Ô paix immense et sereine
Si profonde à l’heure du soleil
couchant !Comme nous sommes las d’errer !
Serait-ce déjà la mort ?... »


Cette interrogation introduit la crainte qu’on peut retrouver chez les vieux couples, celle de la fin du voyage. Il en va de même lors de l’émergence de la maladie ou du handicap. Ces deux références illustrent bien ce qui pour moi peut faire la spécificité de ces vieux couples, la coexistence d’une
dimension physique avec le lien charnel que l’on retrouve chez Jacques Brel, « il faut bien que le corps exulte… », et cette dimension métaphysique, ce lien spirituel et ces questions existentielles
que l’on retrouve dans le poème. Cet aspect des vieux couples peut paraître idyllique, le bon côté de la médaille. Mais toute médaille a aussi son revers, moins glamour, quand les souvenirs accumulés ne sont que récriminations ou acrimonies, chacun des partenaires cherchant à être le plus blessant pour l’autre. Nous nous situons dans une relation hautement pathologique, parfois seul ciment du couple. Deux références cinématographiques cette fois, le film de Pierre Granier-Deferre avec Gabin et Signoret, « Le Chat », tiré du livre de Georges Simenon, et le film de Jean Becker, « Un crime au paradis », avec Jacques Villeret et Josiane Balasko, d’après « La Poison » de Sacha Guitry. Quand la passion peut laisser la place à la haine et susciter le désir de tuer l’autre.

Terminons sur une note humoristique, un dessin paru dans un hebdomadaire.Un couple de pingouins est assis en vis-à-vis, chacun dans un fauteuil, une lecture en main. Madame lâche son
livre et s’écrit : « Oh ! je m’emmerde ! » Monsieur lâche son journal et dit : « Moi, je m’emmerde aussi, mais c’est extraordinaire, il y a tellement de couples qui ne partagent plus rien de commun !» Les vieux couples, c’est aussi cela… Mais qu’est-ce qu’un couple, au juste ?


LE COUPLE : ESSAI DE DÉFINITION


Le couple est un mot un peu dur à l’oreille, sec, concis, brutal, tout simple, court et pourtant si riche. Il est employé en physique, en astronomie, en optique, en électricité, en mécanique, pour le monde animal, et bien sûr pour l’homme et la femme, unis par les liens de l’amour. En général, le couple présente deux entités reliées dans le mouvement. Pour l’homme et la femme, il ne s’agit pas de deux, mais de trois entités : l’homme, la femme et le couple. Chacune de ces entités ayant son individualité propre. De l’extérieur, il est impossible de comprendre complètement le fonctionnement d’un couple. Le couple est bien cette rencontre, souvent inattendue, souvent imprévisible de deux personnes.

Les religions, les sociétés ont toujours prôné les couples unis pour le meilleur et pour le pire, se devant assistance quoi qu’il arrive. Le mariage civil exige que les époux vivent sous le même toit. Cette structure est bien secouée, à notre époque, par toute une évolution de la société, par la révolution sexuelle, mais surtout à cause d’une recherche fondamentale de l’individualité, la quête d’épanouissement personnel. La vie du couple subit une véritable transformation, d’un ordre social, familial et religieux bien établi, dans des codes à respecter, véhiculant souvent le non-dit et le secret de famille, cette nouvelle vie de couple s’ouvre à une multitude de possibilités, toujours en quête de plus de vérités, d’authenticité, de respect de chacun.

Nous le voyons plus précisément dans ce désir de préserver dans le couple, à la fois la vie personnelle et la vie communautaire à deux. Souvent en n’habitant pas sous le même toit. Cela permet des moments de solitude, de liberté, de ressourcement autant que des moments de rencontre, de retrouvailles, des temps forts choisis qui empêchent l’usure des habitudes, préservant le désir d’approfondir la relation. Cette unité de lieu permet les temps de rencontre spontanée, à des moments non fixés à l’avance, une continuité qui évite l’usure des petites ruptures répétées. Cette vie double dans deux lieux séparés ne convient pas à tous. Il est possible aussi de vivre dans un même lieu, c’est toute la recherche du nouveau couple amoureux.

Le couple moderne doit être uni « couple » et les couplons doivent être individualisés. La vie commune permet de développer le sens social d’une manière importante. Elle demande une capacité d’adaptationde respect mutuel et de soi-même, de négociation, de dépassement. Cette folie de rentrer dans une intimité si profonde avec un inconnu peut durer toute une vie. Le couple dépasse alors les épreuves en se renforçant. Certains rencontrent rapidement celle ou celui qui leur correspond. D’autres vont tâtonner et souffrir affectivement. Certains ont l’amour facile, d’autres pas. Il semble que la partie ombre et lumière, cette partie touchée ou non par la névrose familiale et personnelle, va repérer la personne à aimer. Il n’y a pas de mauvais choix amoureux car les amours difficiles sont souvent des amours nécessaires. Elles permettent l’avènement d’une partie de nous, restée infantile et fixée au stade de l’épreuve qui, à travers cette relation, peut se mettre à grandir. La rencontre reste un moment fort. La rencontre amoureuse est un des moments forts de la littérature romanesque qui permet au héros de vivre son histoire et au roman en tant que
genre littéraire d’exister. Mais l’amour, le coup de foudre ne sont pas le seul fait du roman : il a préoccupé la plupart de nos écrivains ou poètes. L’expression d’un lyrisme exalté ou exacerbé a donné certains de nos plus beaux récits.

La psychanalyse s’est intéressée à la question en la plaçant bien souvent dans le domaine de la pathologie, car une rencontre manquée affecte l’être humain profondément et bien souvent entraîne chez lui des troubles psychiques importants. Baudelaire, poète de la modernité, invente une poésie de la rencontre urbaine dans la rue, une passante « fugitive beauté » le temps de l’échange d’un regard, « Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais ». L’irréel du passé qui se reporte au présent de la rencontre donne le sentiment que cet instant est inscrit de toute éternité, rencontre si fugace qu’elle ne s’inscrit pas dans le temps présent tout en portant trace du souvenir.


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L'andropause. Patrick Leuillet

Si la réalité de la ménopause est incontestable, en revanche bien des spécialistes ont longtemps douté, et certains doutent encore, de l’existence d’un phénomène
masculin équivalent.


Si l’on parle abondamment de la ménopause et de son hormonothérapie qui font l’objet de recherches constantes, même si les données sont parfois contradictoires, à l’opposé on a, jusqu’à une époque récente, moins volontiers parler de l’andropause, comme si, en étant volontiers provocateur, on en faisait une « maladie honteuse », comme si l’andropause signifiait qu’un homme cesse d’être un homme. Cela s’explique sans doute par le fait qu’elle ne marque pas l’arrêt de la fertilité masculine et que tous les hommes ne sont pas concernés.

L’andropause ne se traduit pas par une frontière bien nette, avec un avant et un après, mais plutôt par une baisse partielle, progressive, inconstante et variable selon les individus de la testostéronémie, pouvant être à l’origine chez certains hommes d’un ensemble de signes cliniques divers dont le collectif doit alerter le clinicien en vue d’une prise en charge. Nous y reviendrons. Par ailleurs, il faut être prudent et ne pas étiqueter andropause ce qui est de l’ordre du vieillissement physiologique masculin.

De fait, le terme d’andropause paraît peu adapté. Il ne devrait plus être utilisé (Wagner et Costa, 2013). C’est à Werner en 1939 que l’on doit la première description du « male climactere» et ce n’est qu’en 1952 que le mot « andropause » est apparu dans le dictionnaire de la langue française, repris par Henker en 1977 pour désigner une symptomatologie clinique masculine pendant de la ménopause chez la femme. De nos jours, on parle plutôt de « Partial Androgen Deficiency of theAging Male » (PADAM), et en France le terme de syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge (SDT) est préconisé par le comité d’andrologie de l’Association française d’urologie (AFU) (Wagner et Costa, 2013). Autre dénomination courante, le « Déficit androgénique lié à l’âge » ou DALA.

Même si les hommes ne souffrent en effet d’aucun arrêt franc ni de la fertilité, ni de l’activité sexuelle, ni de la sécrétion d’hormones mâles par les testicules, néanmoins de nombreuses recherches démontrent que chez une proportion non négligeable de la population masculine peut survenir, avec l’âge, un déficit de la sécrétion de testostérone qui s’accompagne d’un ensemble de symptômes cliniques variés qui peuvent s’avérer délétères pour la qualité de vie. Ceci dit, la baisse générale et progressive des sécrétions testiculaires constatée par les différents travaux ne s’accompagne pas systématiquement d’un déclin brutal des aptitudes physiques et les valeurs de la testostérone plasmatique restent en général au-dessus des valeurs les plus basses observées chez les jeunes hommes bien-portants (Belaïsch, 2007 ;Bondil, 2008 ; Wagner et Costa, 2013).

De ce fait, on ne peut réellement parler d’« andropause » qu’en présence d’un déficit biologique androgénique associé à des signes cliniques évocateurs, notamment sexuels, et non face à une « presbybiologie sexuelle » isolée qui reste tout à fait compatible chez nombre de sujets âgés avec la poursuite d’une vie sexuelle (Bondil, 2008).

QU’EN EST-IL DU DÉFICIT ANDROGÉNIQUE LIÉ À L’ÂGE ?

Avec l’avancée en âge, dans une société où l’amélioration de l’espérance de vie est particulièrement nette dans les pays développés, on voit apparaître chez certains hommes des symptômes ressemblant à ceux observés en cas d’hypogonadisme. Dès les années 1980, plusieurs études transversales ont démontré une diminution de la testostérone circulante au cours du vieillissement chez l’homme en dehors de tout contexte pathologique. Cette diminution de la testostérone avec l’âge a été confirmée par des études longitudinales au début des années 2000 permettant de mieux cerner l’évolutivité de celle-ci. Cette diminution débute tôt, dès la troisième décennie, avec une décroissance constante, progressive, sans cassure brutale, pendant toute la vie, avec des variations individuelles (Lejeune, 2001). Par ailleurs, cette diminution est d’environ 1 % par an pour le taux de testostérone totale et s’accompagne d’une augmentation de la sécrétion de la protéine de transport, le SHBG, et d’une disparition de son cycle nycthéméral. Le taux de testostérone libre diminue aussi, un peu plus tardivement (vers 35 ans), mais avec une pente un peu plus prononcée de 1,5 % par an (Soustelle et al., 2007 ; Wagner et Costa, 2013).

Cette distinction entre testostérone totale et testostérone libre est importante car la fréquence de l’hypogonadisme de l’homme, dans la population générale, est différenteselon que l’on considère la testostérone totale ou biodisponible. Cette dernière fraction, mesurant la fraction de la testostérone disponible pour les cellules cibles, est seule facilement mesurable, contrairement à la fraction libre dont la mesure relève de méthodes très peu disponibles. Selon une étude de Vermeulen et al. de 1996 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), en dosant la testostérone totale, le pourcentage de sujets ayant une valeur inférieure à la normale des jeunes est de 7 % entre 40 et 60 ans, 22 % entre 60 et 80 ans, et atteint 37 % après 80 ans. Selon une étude de Tenover en 1997 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), 50 % des hommes de plus de 55 ans pourraient être concernés si l’on se réfère au taux de testostérone biodisponible.

Comme l’attestent de nombreux auteurs, l’hypogonadisme de l’homme vieillissant est donc une réalité. Ceci dit, comme déjà souligné, il n’est pas synonyme de pathologie et l’on parle de contexte d’« andropause » devant un cortège de symptômes évocateurs. Je reprendrai volontiers la définition suivante de l’andropause donnée par l’International Society for the Study of Aging Male : « Syndrome biochimique associé à l’avancée dans l’âge et caractérisé par une diminution des androgènes dans le sérum avec ou sans diminution de la sensibilité aux androgènes. Il peut induire une altération de la qualité de vie et affecter la fonction de plusieurs organes. » (Soustelle et al., 2007 ;Wagner et Costa, 2013). Cette définition met bien l’accent sur la présence ou l’absence d’une éventuelle altération de la qualité de vie chez les hommes concernés, notamment au niveau de la sexualité.

QU’EN EST-IL DE LA QUALITÉ DE VIE ET NOTAMMENT DE LA SEXUALITÉ DES SENIORS ?

Sans vouloir trop insister, il me paraît nécessaire de faire un bref rappel sur l’originalité de la sexualité du senior masculin, afin de mieux appréhender la demande clinique et la prise en charge éventuelle. Les travaux de référence demeurent ceux de Masters et Johnson (1966). Après la cinquantaine, du point de vue purement physiologique, la fonction sexuelle de l’homme subit des modifications caractéristiques.


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"C'est le moment ou jamais" : Ménopause et sexualité.

Par Brigitte Letombe

Si au XVIIIe siècle seulement 30 % des femmes atteignaient l’âge de la ménopause, aujourd’hui, heureusement, elles sont 90 % à l’atteindre, ce qui correspond à 400 000 nouvelles femmes chaque année en France. L’espérance de vie des femmes étant de 85 ans, c’est un tiers de leur vie qu’elles passeront ménopausées.


La ménopause ne sonne plus le glas de la sexualité ni de la féminité pour la « génération pilule ». Il n’est donc pas question
d’occulter les problèmes psychosexuels liés à cette longue période de vie. De nombreuses études internationales se penchent désormais sur la sexualité et ses problèmes, ce dont on ne peut
que se réjouir d’autant qu’enfin elles s’intéressent aussi à la sexualité féminine. La plus importante d’entre elles retrouve une prévalence de problèmes sexuels féminins de 43 % (plus que chez les hommes...), si globalement on y note une amélioration des dysfonctions sexuelles avec l’âge, il n’en va pas de même avec la sécheresse vaginale et de ses conséquences qui augmentent dans la 5e décade.Incontestablement, la symptomatologie climatérique et la carence estrogénique de la transition ménopausique (et la perception de l’âge qui en découle) se conjuguent à des facteurs psycho-socio-professionnels, relationnels (conjugaux, familiaux) pour aboutir à des répercussions sur la fonction sexuelle et la qualité de vie.

La consultation de la transition ménopausique ou de la ménopause confirmée s’avère être particulièrement propice à l’instauration (s’il n’a pas encore eu lieu) d’un dialogue sur la santé sexuelle. Nombre de femmes souffrent de difficultés sexuelles à cet âge. Si certaines s’enhardissent et osent nous en parler, beaucoup avouent qu’elles espèrent que ce soit les professionnels de santé qui les interrogent spontanément sur cet aspect de leur qualité de vie. Les femmes jusque-là satisfaites du fait de toutes ces modifications physiques et psychologiques personnelles (ou de leur partenaire) pourront être amenées à faire face pour la première fois à des difficultés nouvelles. Quant à celles qui jusque-là souffraient mais n’osaient en parler, elles s’enhardissent alors souvent grâce à l’alibi fourni par la ménopause déculpabilisante permettant
une verbalisation de troubles bien antérieurs mais non exprimables jusque-là.

Le rôle du médecin est là majeur pour expliquer la physiologie des phénomènes de vieillissement, évoquer les moyens thérapeutiques éventuels à disposition, mais aussi pour rassurer, autoriser.
L’aménorrhée ménopausique n’est en effet plus vécue au XXIe siècle comme la retraite de l’utérus et de la sexualité ! Le changement d’attitude sociétale et médiatique vis-à-vis de la sexualité « des seniors » et des femmes, juste retombée du phénomène « Viagra », avec l’apparition des femmes « couguar », en est un peutêtre un signe. En France, des études récentes montrent bien par ailleurs que sur ces vingt dernières années, la fréquence des relations sexuelles et la satisfaction sexuelle ont augmenté chez les femmes de plus de 50 ans.Reste quand même que la ménopause est une étape très particulière dans la vie d’une femme, moment d’extrême fragilité où la relation aux enfants, aux parents, au sexe opposé est en pleine mouvance. C’est le temps des changements professionnels, voire de la retraite, du départ des enfants, des modifications corporelles accompagnant l’arrêt des règles. Cette période de changements, de pertes, de dévalorisation (encore souvent lue dans le regard des autres) est une période de crise qui s’accompagne d’un sentiment de danger, d’urgence du temps qui passe, d’urgence à utiliser le temps qui reste : « C’est le moment où jamais. »

Chaque femme, face à ces changements de repères, devra mobiliser ses capacités adaptatives, réagira différemment en fonction de sa structure mentale et de son vécu pour lutter dans une société qui, même si elle s’en défend, supporte encore mal la « maturité » et la vieillesse, synonymes toujours de chute de performance voire de déchéance.

PRÉVALENCE DES DSF


Selon les études, elle varie de 20 % à 50 % tout âge confondu, et pour les femmes de 40 ans et plus, de 33 % à 51 %. Ces prévalences varient très largement en fonction des DSF étudiées, ainsi pour les troubles du désir cela va de 6 % à 43 %, pour les troubles de l’orgasme de 23 % à 34 %.
Les différentes définitions, méthodesd’étude, type de population étudiée (âge transition ménopausique ou ménopause installée), d’instruments employés validés ou non ainsi que l’utilisation ou non de la détresse personnelle en conséquence, expliquent ces grosses variations de chiffres et doivent nous laisser perplexes quant à la vraie prévalence des DSF.


NOTION DE DÉTRESSE


Les troubles de la sexualité responsables de détresse touchent globalement 12 % des femmes, de façon plus fréquente entre 45-64 ans (14,8 %), contre 10,8 % des femmes plus jeunes et 8 % des plus âgées. On peut en conclure que la période ménopausique semble ainsi être la plus critique.
L’impact de l’âge sur la fonction sexuelle et sur les DSF étudié dans la revue de la littérature par Hayes et Dennerstein montre qu’il existe avec l’âge chez la femme une baisse de la fonction sexuelle, spécifiquement au niveau du désir, de l’intérêt sexuel et de la fréquence de l’orgasme. Le niveau de détresse lié à ces difficultés reste quant à lui stable avec l’âge. Globalement, si l’on s’en tient à l’activité sexuelle, il semble que 75 % des femmes de 40 à 69 ans se déclarent sexuellement actives, dont deux tiers se disent satisfaites, ce qui correspond aux même taux que les plus jeunes femmes.

IMPORTANCE DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE JUSQUE TARD DANS LA VIE


Dans l’enquête de Laumann réaliséesur 26 000 personnes entre 40 et 80 ans dans 29 pays, 79 % des hommes et 65 % des femmes de 60 à 69 ans estiment que la sexualité reste importante pour eux, et c’est toujours important pour 64 % des hommes et 37 % des femmes de 70 à 79 ans. La même enquête confirme la fréquence toujours importante des rapports sexuels à cet âge. 70 % des hommes et 64 % des femmes pensent que la capacité sexuelle diminue avec l’âge, mais lorsque les auteurs les interrogent sur l’âge auquel cela se produit, les réponses sont les suivantes: les 40-49 disent entre 60 et 69 ans, les 50-59 à partir de 70 ans et les 60-69 à partir de 75 ans… donc toujours pour la décennie suivante !

IMPORTANCE DE L’ÉTAT DE SANTÉ GLOBAL ET DU PARTENAIRE DANS LA LONGÉVITÉ DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE


Si l’espérance de vie est de 85 ans pour les femmes en France, il faut modérer l’enthousiasme par l’âge moyen d’espérance de vie sans invalidité qui est chez nous de 63 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes. Une enquête récente sur 3 005 hommes et femmes aux USA montre que 73 % des 57-64 ans, 53 % des 65- 74 et 26 % des 75-85 ans ont une activité sexuelle, le facteur déterminant étant la présence de problèmes de santé, une des raisons les plus fréquentes d’inactivité sexuelle pour lesfemmes de cette étude étant un problème de santé masculin (64 %) ou un manque d’intérêt sexuel (51 %). Ce qui corrobore les conclusions déjà anciennes de Pfeiffer et al. qui montraient que l’arrêt de la sexualité qui se situait à 60 ans pour les femmes et 68 ans pour les hommes était imputable au conjoint et non à l’épouse.

LONGÉVITÉ NOUVELLE DE LA VIE SEXUELLE ET IMPACT DU STATUT CONJUGAL


Quand même, force est de constater, comme l’a montré récemment Beckman et al. dans une population de 1 506 adultes (946 femmes et 560 hommes) suivie entre 1971 et 2001, que les choses changent : les septuagénaires de 2000 sont 54 % à avoir eu une activité sexuelle dans l’année écoulée, ils n’étaient que 30 % en 1971; chez les femmes mariées, le taux est passé de 38 % à 56 %, chez les femmes célibataires de 1 % à 12 %. On note par ailleurs une proportion
de divorces et de nouveaux couples  qui augmente avec une proportion de satisfaction sexuelle qui s’avère élevée.

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Ménopause et sexualité. Michèle Lachowsky

Enfants, nous avons tous bien du mal à imaginer que nos parents fassent l’amour…

Puis vient le stade où, forts de notre savoir, nous les créditons d’un rapport par enfant... ensuite celui où notre propre corps et la découverte de ses possibilités nous passionnent bien plus que leur très aléatoire vie amoureuse. Leur corps nous paraît alors d’autant plus vieux que le nôtre est plus jeune. Devenus adultes, plus en moins en situation de parents nous-mêmes, leur sexualité ne nous concerne plus, sauf peut-être si elle est éclatante et nous gêne, ou à tout le moins nous étonne.

Notre manière d’envisager la séduction et la sexualité à la cinquantaine – ou de ne pas les envisager ! – procède un peu de la même démarche. Bien sûr, le problème médical existe, avec
deux questions majeures : la carence hormonale de la ménopause affectet-elle la vie sexuelle, comment et dans quelle mesure pouvons-nous y remédier par nos thérapeutiques ? Mais, sous-jacente à cette fort scientifique question, il y a l’autre, que nous nous posons tous, hommes et femmes, et qui passe, selon notre âge et nos angoisses, de « peut-on encore faire l’amour à la ménopause et après » à « comment peut-on encore faire l’amour à la ménopause, et surtout avec qui ? ».

Il est vrai que la sexualité comme la ménopause sont affaires individuelles et intimes, aussi impossibles à quantifier et à étalonner l’une que l’autre, même si la rue et les médias s’en sont emparées au moins autant que les médecins. Modèle de consommation, nécessité de performance, la sexualité se veut scientifiquement mesurable, comparable et « étalonnable ».
Penchant partagé par les médecins, puisque le nombre de fantasmes érotiques avant et après traitement hormonal, par exemple, a fait à plusieurs reprises l’objet de publications statistiques.
En pratique, quel qu’en soit le motif apparent ou officiel, la « consultation de ménopause » est souvent une « consultation de vie », où féminité, sexualité et âge sont remis en question.



Vue seule en consultation, la patiente (qui n’est pas une malade…) parlera peut-être plus facilement de ce qui la trouble, de ces inquiétants changements allant d’une baisse de désir à
une absence de plaisir, en passant par gêne, douleur et intranquillité pour l’avenir.Vue en couple, ce qui est moins fréquent, elle nous donnera l’occasion d’expliciter les difficultés physiques rencontrées par son partenaire et elle.



Si la responsabilité de la sécheresse douloureuse, de la lenteur à l’excitation, de la moindre qualité des contractions vaginales incombe à une carence plus hormonale qu’amoureuse, leur relation en sera revalorisée. Un schéma simple des quatre phases de la physiologiesexuelle (excitation, plateau, orgasme et résolution) donnera une explication physique et physiologique aux différentes situations et devrait permettre de dépasser avec tact une gêne souvent partagée. Parler le même langage, poser les bonnes questions, trouver les bonnes réponses, afin de remettre les problèmes dans leur contexte, donner des explications précises, voilà qui rendra médicale et non plus intrusive cette ouverture dans leur vie privée et même intime. Les prescriptions hormonales, heureusement un peu moins diabolisées ces derniers temps, feront alors partie d’une logique thérapeutique, bien comprise par nos consultants, ou du moins par la majeure partie, ce d’autant plus que les traitements locaux y ont une place privilégiée, tant par leurs effets que par leur fiabilité. Leur efficacité sur la sécheresse vaginale, cause de douleur physique mais aussi morale tant elle évoque la triste image d'un assèchement général, est rarement en défaut. Estrogènes (vaisseaux, muqueuses, lubrification) et androgènes (asthénie, libido) ont leurs domaines d’efficacité maintenant bien connus, au gynécologue d’en mesurer la balance bénéfice/ risque, comme dans toute pratique de soignant.

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Education sexuelle. Stéréotypes de rôles

Par Catherine LEBOULLENGER - Conseillère principale d’éducation. Poissy. Formatrice académique en éducation à la sexualité. Chatou.

En classe de 3e, nous avons choisi de travailler cette année les stéréotypes de rôles afin de permettre aux adolescents de mieux comprendre comment ces stéréotypes sexuels pouvaient influencer leurs attentes.

Cette décision est venue de l’institution s’interrogeant sur la façon de s’habiller des filles, surtout lorsqu’elle lui demandait un effort d’élégance lors des journées organisées lors de soutenance de rapports de stage. La plupart des filles revêtaient ces jours-là des tenues très « féminines », minijupes dénudant largement leurs jambes et talons très hauts, décolletés « ravageurs» les transformant en « objets sexuels » désirables, cette tendance se renforçant dans la filière professionnelle.

Les garçons, prosaïques, s’habillaient de costumes noirs, bleus ou gris, les transformant en comptables affairés. En séance, nous avons opté pour le groupe de discussion. Nous avons donné
la consigne de constituer deux groupes, l’un de filles et le second de garçons, devant lister les avantages et les inconvénients d’être de l’autre sexe. Un des garçons, Sean, est resté un moment au milieu de la salle, pour finalement regagner son groupe de pairs, après notre question : « Alors, Sean, chez les filles ou chez les garçons ? » Un petit clin d’oeil au genre.

Les réponses des filles ne nous ont pas surprises. Les garçons sont forts, musclés, ont la possibilité de « faire pipidebout », ils peuvent sortir le soir, ne font pas le ménage mais ils se battent, ne pensent qu’à « ça », leurs érections involontaires peuvent les gêner... Les garçons pensent que l’élégance et la séduction sont réservées aux filles mais elles sont fragiles, elles pleurent souvent, elles « ont leurs règles », portent les enfants dans leur ventre, accouchent (« ça fait mal »), restent davantage à la maison, ont des salaires moins élevés que les hommes, peuvent être violées…

Les trois dimensions de la sexualité humaine, physiologique, psycho-affective et sociale. Nous en profitons « pour tordre le cou » aux stéréotypes et interroger les préjugés. Il apparaît évident et observable que les femmes sont plus petites que les hommes : phénomène naturel ou culturel ? Tous les élèves présents ont répondu « naturel ». Nous leur faisons part des derniers résultats des recherches. Si les femmes depuis des générations sont plus petites, cela est dû au fait qu’elles auraient été moins bien nourries que les hommes alors qu’elles ont en général besoin de plus de
protéines pour enfanter et allaiter. Cependant, de l’Inde au Burkina Faso, en passant par la Dordogne, les femmes mangeaient les restes laissant les morceaux maigres aux hommes, particulièrement en période de disette.

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La sexualité vécue comme un besoin alimentaire

«Mais qu’ont donc les hommes à la place du cerveau?»


Par Armand Lequeux - Professeur et Docteur en Médecine. Université catholique de Louvain.

Le comportement sexuel humain n’est pas régi par un besoin, ni d’ordre physiologique, ni d’ordre psychologique. Il nécessite à l’évidence une base biologique (des organes génitaux, un système nerveux, des hormones…) et un « moteur » psychique (les pulsions, l’attachement, l’emprise…), mais il s’inscrit dans l’ordre du désir impossible à combler et non dans celui de l’instinct.

Si les humains – sans doute les hommes plus que les femmes mais cela évolue – peuvent cependant vivre leur sexualité comme un besoin de
type alimentaire, c’est sous l’effet d’une construction, d’une représentation qui s’impose à eux comme une loi de la nature alors que c’est eux-mêmes qui l’ont bâtie. Dans le champ social cette construction est vivement contestée. Certains dispositifs (les bordels militaires de campagne, les bonnes des familles bourgeoises…) et certains comportements (le harcèlement sexuel, le viol excusé par l’attitude provocante de lavictime…) qui étaient encore justifiés il y a un demi-siècle par les soi-disant besoins impérieux naturels qui habitaient la moitié virile de l’humanité, ne sont absolument plus tolérés de nos jours. Il n’en va pas encore tout à fait de même dans la sphère privée.

Nombreux sont nos contemporains qui restent convaincus qu’ils sont habités par un besoin sexuel à assouvir et une grande part de la souffrance sexuelle personnelle et conjugale y trouve son origine. Il ne suffit pas de contester cette construction pour en supprimer les effets mais nous ouvrirons la réflexion par une histoire clinique et par la réanimation d’un concept qui paraît parfaitement désuet de nos jours : la sublimation. Pas d’angélisme, il s’agitde renoncer non pas au désir mais à l’illusion de son assouvissement.

UNE HISTOIRE DE BESOINS

Aurélie et François ont tous deux 35 ans quand ils me rencontrent suite à la suggestion du gynécologue d’Aurélie à qui elle a « avoué » qu’elle n’avait plus de relation sexuelle avec son époux depuis près d’un an. Ils ont cinq ans de vie commune dont trois ans de mariage. Un fils, Julien, leur est né il y a deux ans. Je retrace ici leur biographie en ordre chronologique en élaguant de larges pans de leur vie. Les relations avec leurs parents respectifs, les amis, l’engagement professionnel, l’achat d’une maison, etc., ne sont pas sans avoir influencé le fil conjugal de leur existence, mais nous en ferons ici délibérément l’impasse.

Une relecture de leur histoire relationnelle acceptable par les deux parties a demandé plusieurs consultations de « défrichage ». Ils tenaient absolument à ce que je les comprenne bien afin que je puisse, espéraient-ils, leur donner les conseils les plus adéquats. En l’occurrence c’est ce travail réflexif qu’ils firent ensemble et dont je me suis contenté d’être un témoin stimulant qui fut thérapeutique !

QUELS ÉTAIENT LEURS ÉTATS D’ÂME AVANT LEUR RENCONTRE ?

 

Ils étaient l’un et l’autre en souffrance mais suffisamment ouverts et disponibles pour que cristallise en eux la magie du sentiment amoureux. Aurélie sort de deux histoires d’amour décevantes Ses attentes romantiques se sont fracassées dans la douloureuse prise de conscience que les hommes ne peuvent répondre que par le sexe à sa demande d’intimité. A ce moment elle croit vraiment, ce sont ses termes, que « les hommes n’ont décidément qu’une bite à la place du cerveau… ». Déçue, désabusée, elle rêve du Prince charmant, le vrai, celui qui viendra la délivrer de ce monde dur et cruel. Et François ? Dès sa première relation sexuelle, il a vécu l’humiliation de se découvrir éjaculateur très précoce. Le scénario s’est répété et il s’en est protégé en ne vivant plus que des relations épisodiques, quasi anonymes, sous l’influence de l’alcool. « L’ivresse m’aidait à éjaculer un peu moins vite mais m’évitait surtout de vivre la honte. De toute façon c’étaient des filles que je ne risquais guère de rencontrer après. C’était juste pour satisfaire un besoin, si vous comprenez… » Déçu, désabusé, il rêve d’une Princesse, une vraie, qu’il pourrait sauver de ce monde dur et cruel.


Leur rencontre est lente, prudente. « C’était comme si je n’osais plus y croire », dit-elle… dit-il ! Puis la fulgurante évidence. « C’est lui. C’est elle. De toute éternité nous sommes faits l’un pour l’autre. » Ils nagent en pleine identification projective. « Grâce à toi je me découvre. Tu m’ouvres à moimême.» C’est l’absolu romantique. « Tu es tout pour moi. Sans toi je ne pourrais vivre… » Ils patientent trois mois entre cette aveuglante évidence et leur première relation sexuelle. C’est un délaiqui, à notre époque et pour deux adultes de 30 ans, relève sans doute de l’exception. Ils en rient, ils en sont fiers. La sexualité à petits pas les aide à se découvrir, les rassure. Pour elle, « il n’est pas comme les précédents, ce n’est pas pour le sexe qu’il m’aime ». Pour lui, « je n’ai rien à prouver. Je suis aimé quoi qu’il arrive, donc il arrive que je n’éjacule pas trop vite… enfin pas chaque fois… et de toutes les façons ce n’est pas important ». Elle aime son côté sérieux et responsable. Il adore sa fantaisie, ses improvisations. Vous avez déjà compris qu’au jour des reproches, les qualités de la romance seront les défauts de la désillusion. « Il est dur, taiseux, radin… » ; « Elle est versatile, désordonnée, dépensière… »

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