sexologie

Les traditions de comportements sexuels violents habituels sur les femmes

Par Noëlle Navarro, Psychologue, diplômée de sexologie

Dans un livre intitulé « Histoire du viol, XVIe-XXe siècle », Georges Vigarello se propose de voir comment la violence sexuelle en France et les jugements portés sur elle se sont modifiés au fil du temps. Il montre que l’on est passé dans la société occidentale d’une relative tolérance à une intolérance qui ne se discute plus, le viol n’ayant plus seulement le caractère d’une agression physique mais pouvant être à l’origine d’un véritable « meurtre psychique ».

Il a fallu pratiquement attendre la Révolution française (1789) pour que la société qui s’organise alors sur la reconnaissance de l’individu considère le
dommage personnel et spécifie la violence corporelle, sexuelle. Les victimes qui jusque-là ne se plaignaient pas,pourront maintenant le faire. Mais encore fréquente au XIXe siècle, la violence sexuelle va de pair avec un corps qui n’est qu’un objet manipulé et manipulable, et surtout socialement différemment représenté : il y a un total irrespect vis-à-vis des humbles, et l’idée qu’il puisse y avoir souffrance chez eux aussi à être forcé, ou désir d’un libre choix pour vivre sa sexualité, n’est pas de mise. On a affaire à des propriétaires qui disposent à leur gré du corps des enfants du voisinage, de celui de la servante, soulevant les draps ou les jupes, sans se soucier d’un quelconque respect des individualités (Jean-Clément Martin, Violences sexuelles, étude des archives, pratiques de l'histoire). De nos jours, dans la société occidentale, subir des violences sexuelles est reconnucomme un traumatisme, mais ce n’est pas le cas partout sur la Terre.

Sur l’échelle des traumatismes dont on a connaissance par Liliane Daligand, médecin lyonnaise spécialiste de la question de la violence, il y a des niveaux de gravité du traumatisme selon le type de violence subie et l’on constate que le viol figure en la position la plus grave, après les catastrophes naturelles, après les blessures de guerre, au même titre qu’une prise d’otage. Car comme dans une prise d’otage, l’agresseur est présent, est proche. Il y a intention délibérée de faire violence à l’autre. Le lien direct, la proximité avec l’agresseur majore la gravité du traumatisme.

Les alertes d’Amnesty International :
les violences sexuelles faites aux femmes (agressions, violences, viols, viols collectifs, inceste) courent dans tous les pays du monde malheureusement sans exception. Sur le site d’Amnesty International, on trouve pêle-mêle de multiples propositions d’actions à mener en faveur des femmes sexuellement maltraitées :
Haïti : viols de mineures couramment pratiqués ;
Bosnie : violences sexuelles massives lors de la dernière guerre et viols impunis ;
Ouganda : la violence sexuelle reste impunie ;
Algérie : de nombreuses femmes violées ou réduites à l’esclavage sexuel pendant les années 1990 attendent justice ;Honduras : violences sexuelles contre des femmes qui auraient été commises par des membres des forces de sécurité depuis le coup d’Etat de juin 2009 ;
Tchad : on attend un plan précis et global qui établisse clairement que le viol et les violences sexuelles sont des crimes inacceptables ;
Sierra Leone : les victimes de violences sexuelles n’ont toujours pas obtenu justice et réparation (la guerre civile de la Sierra Leone se déroula du 23 mars 1991 au 18 janvier 2002) ;
Mexique : une femme sur quatre au Mexique subit des violences physiques, notamment des violences sexuelles, imputables à son compagnon ;
Guinée : plaintes de violences sexuelles commises durant le massacre de septembre 2009. Savez-vous que de nombreuses prostituées en France viennent de Guinée équatoriale et sont le continuum de ces violences-là ?
Turquie : il faut mettre un terme aux violences sexuelles contre les femmes en détention. Halte aux violences sexuelles contre les femmes en détention !
Zimbabwe : des milices se rendent coupables d’agressions et de violences sexuelles ;
République démocratique du Congo : violences sexuelles, un urgent besoin de réponses adéquates, un grand nombre d’hommes ont également subi des violences sexuelles;
Alaska : une femme amérindienne ou autochtone de l’Alaska sur trois sera victime d’un viol au cours de sa vie. Etc., etc.De la chambre à coucher au champ de bataille, de la cour de récréation à l’atelier ou au bureau, les femmes et les fillettes courent le risque de subir des violences sexuelles.

Pour Amnesty International, il n’y a pas de violence sexuelle sans violence tout court. Claude Balier, dans Psychanalyse des comportements sexuels violents, l’avait déjà enseigné en remarquant que la violence sexuelle n’avait à peu près rien de sexuel mais qu’elle était l’expression d’une pulsion destructrice se servant du sexuel comme outil. Il rappelle aussi que la dépression, voire la mélancolie, sont souvent la toile de fond des actes sexuels violents. Dépression ou mélancolie qui ne sont pas toujours liées aux circonstances mais qui peuvent être structurelles. Nous allons voir comment elles peuvent s’installer par un climat de violences familiales délétère, extrême, ne permettant pas à l’enfant de se construire en dehors d’une détresse majeure contre laquelle il lutte.

Les violences sexuelles et l’adolescence : les « tournantes » (viols collectifs d’ados par des ados) étudiées par Laurent Mucchielli ont toujours existé, et n’ont, loin de là, pas toujours été considérées comme des délits. Cet auteur met en évidence le profil de la jeune fille qui serait une victime potentielle : à la recherche d’un groupe d’appartenance, voulant faire l’affranchie alors qu’elle est naïve, mal assurée d’un vrai soutien dans sa famille. On sait que les garçons agresseurs y voient un rite d’entréedans la vie sexuelle et ne se sentent la plupart du temps pas du tout coupable, ce qu’illustre un ado de 17 ans reçu en obligation de soins au Centre médico-psychologique pour ce cas de figure : lorsque je lui demande comment il voit les choses après coup sur ce qu’il a fait : « Ce que je vois c’est que les femmes il faut s’en méfier » (sous-entendu, c’est à cause d’elles que je suis là).

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La sexologie française ne s'est-elle construite qu'à travers une succession en modes ?

Par Gilles Formet

Ce texte n’est pas un écrit scientifique dans le sens des sciences exactes ou du scientisme. Ce sont les réflexions d’un sexologue psychiatre et psychanalyste qui depuis quarante ans a vécu la naissance et le développement de la sexologie en France. Certains pourront y voir peut-être un billet d’humeur, d’autres une certaine provocation : ils le peuvent…

NAISSANCE DE LA SEXOLOGIE FRANÇAISE

La sexologie française a 40 ans, elle est née du premier congrès mondial de sexologie à Paris en 1974 avec la SFSC, puis quelques années plus tard avec l’AIHUS devenue AIUS, l’Asclif... Le terme « clinique » se retrouve dès le départ avec la SFSC, première société savante française de sexologie, puis plus tard lors de la création de l’Asclif. Mais existe-t-il toujours une sexologie clinique française ? L’acte sexologique ne risque-t-il ou n’est-il pas dénaturé parles idées et les pratiques issues du scientisme renaissant et par l’infiltration hégémonique de l’économie dans la médecine ?

Dès le début, il y a quarante ans, nous avons eu des écueils du même type, à savoir la recherche du tout expliquer en un, du tout guérir en un, mais à ce moment-là c’était le tout psychanalyse ou le tout massage. La sexologie clinique française a tenu bon pour ne pas se limiter à cette vue partielle totalisante ; elle a toujours su et défendu que le sexe ne se trouvait pas uniquement « entre les jambes » ou uniquement dans la tête mais entre les jambes et dans la tête.

En reprenant l’histoire de la sexologie française au cours de ces quarante années, on constate qu’il y a eu une succession de modèles, de théories, d’idées comme si la sexologie n’était qu’une succession de modes réductionnistes.

A LA RECHERCHE DE TECHNIQUES

Ainsi nous avons vu apparaître les sténoses artérielles avec les artériographies sélectives de ce qu’on appelait encore artères honteuses internes. Puis on s’est rendu compte qu’une image n’était pas pathognomonique d’une pathologie car certains n’avaient plus de difficultés érectiles après une artériographie montrant une sténose, alors que d’autres avaient des dysérections bien que la sténose avait été levée. Ensuite, ce furent les fuites veineuses avec cavernographie, débitmètrie et plicatures veineuses qui eurent leur heure de gloire pour retomber dans l’exception.

Après les injections intracaverneuses, l’arrivée du Viagra a fait croire que la bonne chimie allait tout résoudre, certains le croient encore et, s’étant accaparés d’un nouveau produit à mettre sur leur ordonnance, se déclarent sexologues et attendent que cette bonne chimie, toujours elle, donne du désir et guérisse ce qu’ils appellent les TSF (troubles sexuels féminins).

L’INVASION DES THÉORIES DE LA MÉDECINE SCIENTIFIQUE

Le DSM IV puis V, présenté comme athéorique, s’est vite révélé être un manuel diagnostic comportemental et a permis le développement des TCC mais a exclu les autres approches. En effet, à défaut d’obtenir un consensus diagnostic à partir des causes, le DSM IV vise à établir un consensus sur la notion de syndrome par la description fine du syndrome en cochant les symptômesleur durée et leur intensité. Le diagnostic par la coche laisse penser qu’il s’agit d’entités naturelles dont on connaîtra un jour le dysfonctionnement biologique sous-jacent qui les produisent.

Le DSM n’est plus seulement un livre de classification, c’est aussi un manuel thérapeutique découlant de chaque diagnostic. La description du symptôme est factuelle, le diagnostic détermine une thérapie standardisée du symptôme ou du syndrome. Ce manuel s’adresse non seulement aux psychiatres mais aussi aux médecins, aux psychologues, travailleurs sociaux, conseillers et autres professionnels de la santé et de la santé mentale qui incluent les gestionnaire de la santé, les politiques et assureurs qui ont ainsi un outil pour permettre un contrôle plus strict de l’activité médicale sous couvert scientifique (ainsi aux USA ce manuel est déterminant pour le remboursement des soins). De cette nouvelle clinique du DSM est éliminée toute référence au sens, aux signifiants propres du sujet, à l’inconscient. Cette clinique s’articule aux médicaments et aux TCC et permet au sujet de se libérer de toute explication causale, de tout sens et donne une illusion de toute puissance. L’homme du DSM est un homme à qui est refusé toute subjectivité.

Les TCC s’harmonisent très bien avec le DSM avec cochage des comportements et s’inscrit dans la logique comptable bureaucratique puisque les standards de la méthodologie des TCC permettent de quantifier. C’est ainsi que la promotion est faite actuellement par des organismes bureaucratiques. Cela correspond à l’effort de normalisation d’une administration de plus en plus puissante dont l’objectif principal n’est pas la personne, son bien-être, sa santé, mais l’économie,
administration ayant comme vision des pratiques thérapeutiques le modèle stimulus-réponse.

La folie évaluative et normative bat son plein avec l’arrivée en France de l’EBM : la médecine basée sur la preuve. Ce concept né au Canada dans les années 1980 se veut une démarche explicite de recherche des meilleures preuves disponibles pour résoudre un problème clinique en formulant le problème médical en une question claire, précise, puis en recherchant les articles les plus pertinents, en faisant des étu-des phases 2 et 3 avec les plus grandes cohortes possibles et en faisant la méta-analyse de tout cela. A chaque problème médical la médecine basée sur la preuve pourrait ainsi apporter la bonne réponse. Le miroir aux alouettes d’outre-Atlantique a rapidement ébloui certains médecins en France.

Cependant cette méthode est critiquable scientifiquement. Ainsi les éléments de base, c’est-à-dire les études cliniques, ont leurs limites (biais, sélections, conditions expérimentales…) ainsi que les méta-analyses (bien-fondé des regroupements d’études, pertinence clinique des résultats). L’accès
aux sources et le temps nécessaire à leur interrogation est aussi sujet à critique et induit une suspicion de perversionmarchande, car les moyens financiers pour mettre en oeuvre ce type de travail sont énormes et seule l’industrie pharmaceutique la plupart du temps a les moyens de la faire. Cela laisse planer un doute de l’objectivité de ce qu’il peut en ressortir car alors la vérité médicale est établie par les marchands dont le but est bien de vendre. Il existe d’autres réserves plus fondamentales.

Les réponses toutes faites apportées par la médecine basée sur la preuve sont-elles pertinentes au vu de l’attente des patients qui n’aspirent pas à une réponse uniquement technique de la part du médecin ou du sexologue ? Cette réponse toute faite, universelle est-elle transposable à toutes
les situations, à tout contexte socioculturel, à toute éthique ? Ce principe de la médecine basée sur la preuve abandonne la pratique médicale fondée sur l’expérience individuelle, sur le compagnonnage, abandonne la confiance en l’intelligence, la formation et l’expérience des médecins et sexologues pour remplacer tout ceci par une politique de codification et de contrôle de la pratique, car elle est fondée sur des référentiels précis. La médecine basée sur la preuve est une médecine qui oublie que tous les malades ne sont pas formatés EBM, qu’ils sont uniques et que le médecin ne soigne pas des maladies mais des malades.


RETOUR AU SOMA ET AU PSYCHISME

Plus récemment, la dysfonction érectile, devenue signe de dysfonction endothéliale, nous a fait craindre pourtous nos patients un accident cardiovasculaire dans les cinq ans, heureusement il n’en fut rien pour eux, sauf sans doute pour certains parmi ceux ayant un syndrome métabolique.


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L'andropause. Patrick Leuillet

Si la réalité de la ménopause est incontestable, en revanche bien des spécialistes ont longtemps douté, et certains doutent encore, de l’existence d’un phénomène
masculin équivalent.


Si l’on parle abondamment de la ménopause et de son hormonothérapie qui font l’objet de recherches constantes, même si les données sont parfois contradictoires, à l’opposé on a, jusqu’à une époque récente, moins volontiers parler de l’andropause, comme si, en étant volontiers provocateur, on en faisait une « maladie honteuse », comme si l’andropause signifiait qu’un homme cesse d’être un homme. Cela s’explique sans doute par le fait qu’elle ne marque pas l’arrêt de la fertilité masculine et que tous les hommes ne sont pas concernés.

L’andropause ne se traduit pas par une frontière bien nette, avec un avant et un après, mais plutôt par une baisse partielle, progressive, inconstante et variable selon les individus de la testostéronémie, pouvant être à l’origine chez certains hommes d’un ensemble de signes cliniques divers dont le collectif doit alerter le clinicien en vue d’une prise en charge. Nous y reviendrons. Par ailleurs, il faut être prudent et ne pas étiqueter andropause ce qui est de l’ordre du vieillissement physiologique masculin.

De fait, le terme d’andropause paraît peu adapté. Il ne devrait plus être utilisé (Wagner et Costa, 2013). C’est à Werner en 1939 que l’on doit la première description du « male climactere» et ce n’est qu’en 1952 que le mot « andropause » est apparu dans le dictionnaire de la langue française, repris par Henker en 1977 pour désigner une symptomatologie clinique masculine pendant de la ménopause chez la femme. De nos jours, on parle plutôt de « Partial Androgen Deficiency of theAging Male » (PADAM), et en France le terme de syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge (SDT) est préconisé par le comité d’andrologie de l’Association française d’urologie (AFU) (Wagner et Costa, 2013). Autre dénomination courante, le « Déficit androgénique lié à l’âge » ou DALA.

Même si les hommes ne souffrent en effet d’aucun arrêt franc ni de la fertilité, ni de l’activité sexuelle, ni de la sécrétion d’hormones mâles par les testicules, néanmoins de nombreuses recherches démontrent que chez une proportion non négligeable de la population masculine peut survenir, avec l’âge, un déficit de la sécrétion de testostérone qui s’accompagne d’un ensemble de symptômes cliniques variés qui peuvent s’avérer délétères pour la qualité de vie. Ceci dit, la baisse générale et progressive des sécrétions testiculaires constatée par les différents travaux ne s’accompagne pas systématiquement d’un déclin brutal des aptitudes physiques et les valeurs de la testostérone plasmatique restent en général au-dessus des valeurs les plus basses observées chez les jeunes hommes bien-portants (Belaïsch, 2007 ;Bondil, 2008 ; Wagner et Costa, 2013).

De ce fait, on ne peut réellement parler d’« andropause » qu’en présence d’un déficit biologique androgénique associé à des signes cliniques évocateurs, notamment sexuels, et non face à une « presbybiologie sexuelle » isolée qui reste tout à fait compatible chez nombre de sujets âgés avec la poursuite d’une vie sexuelle (Bondil, 2008).

QU’EN EST-IL DU DÉFICIT ANDROGÉNIQUE LIÉ À L’ÂGE ?

Avec l’avancée en âge, dans une société où l’amélioration de l’espérance de vie est particulièrement nette dans les pays développés, on voit apparaître chez certains hommes des symptômes ressemblant à ceux observés en cas d’hypogonadisme. Dès les années 1980, plusieurs études transversales ont démontré une diminution de la testostérone circulante au cours du vieillissement chez l’homme en dehors de tout contexte pathologique. Cette diminution de la testostérone avec l’âge a été confirmée par des études longitudinales au début des années 2000 permettant de mieux cerner l’évolutivité de celle-ci. Cette diminution débute tôt, dès la troisième décennie, avec une décroissance constante, progressive, sans cassure brutale, pendant toute la vie, avec des variations individuelles (Lejeune, 2001). Par ailleurs, cette diminution est d’environ 1 % par an pour le taux de testostérone totale et s’accompagne d’une augmentation de la sécrétion de la protéine de transport, le SHBG, et d’une disparition de son cycle nycthéméral. Le taux de testostérone libre diminue aussi, un peu plus tardivement (vers 35 ans), mais avec une pente un peu plus prononcée de 1,5 % par an (Soustelle et al., 2007 ; Wagner et Costa, 2013).

Cette distinction entre testostérone totale et testostérone libre est importante car la fréquence de l’hypogonadisme de l’homme, dans la population générale, est différenteselon que l’on considère la testostérone totale ou biodisponible. Cette dernière fraction, mesurant la fraction de la testostérone disponible pour les cellules cibles, est seule facilement mesurable, contrairement à la fraction libre dont la mesure relève de méthodes très peu disponibles. Selon une étude de Vermeulen et al. de 1996 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), en dosant la testostérone totale, le pourcentage de sujets ayant une valeur inférieure à la normale des jeunes est de 7 % entre 40 et 60 ans, 22 % entre 60 et 80 ans, et atteint 37 % après 80 ans. Selon une étude de Tenover en 1997 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), 50 % des hommes de plus de 55 ans pourraient être concernés si l’on se réfère au taux de testostérone biodisponible.

Comme l’attestent de nombreux auteurs, l’hypogonadisme de l’homme vieillissant est donc une réalité. Ceci dit, comme déjà souligné, il n’est pas synonyme de pathologie et l’on parle de contexte d’« andropause » devant un cortège de symptômes évocateurs. Je reprendrai volontiers la définition suivante de l’andropause donnée par l’International Society for the Study of Aging Male : « Syndrome biochimique associé à l’avancée dans l’âge et caractérisé par une diminution des androgènes dans le sérum avec ou sans diminution de la sensibilité aux androgènes. Il peut induire une altération de la qualité de vie et affecter la fonction de plusieurs organes. » (Soustelle et al., 2007 ;Wagner et Costa, 2013). Cette définition met bien l’accent sur la présence ou l’absence d’une éventuelle altération de la qualité de vie chez les hommes concernés, notamment au niveau de la sexualité.

QU’EN EST-IL DE LA QUALITÉ DE VIE ET NOTAMMENT DE LA SEXUALITÉ DES SENIORS ?

Sans vouloir trop insister, il me paraît nécessaire de faire un bref rappel sur l’originalité de la sexualité du senior masculin, afin de mieux appréhender la demande clinique et la prise en charge éventuelle. Les travaux de référence demeurent ceux de Masters et Johnson (1966). Après la cinquantaine, du point de vue purement physiologique, la fonction sexuelle de l’homme subit des modifications caractéristiques.


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Lisez cette histoire. L'édito de Joëlle Mignot

Une fois n'est pas coutume, je vous demanderai de commencer votre lecture de ce n°22 par la fin…

Lisez cette histoire…

Une façon de remonter le temps pour trouver l’origine même de cette revue, les idées et les engagements de l’équipe enseignante de Bobigny, qui sont aujourd’hui plus qu’actuelles dans un monde où la sexualité, le corps, le plaisir, les désirs sont écartelés entre exhibition et inhibition, entre pression sociale normative et interdits liés aux croyances et autres fanatismes.

Certes les moyens d’enseignement pour permettre d’aborder la sexualité humaine aux professionnels de santé sont en pleine évolution et il faut intégrer ces nouveaux apports qui révolutionnent l’apprentissage.

Mais la connaissance de la sexualité humaine dépasse la transmission de maître à élève de savoirs académiques. L’enseignement de Bobigny était basé sur ces échanges constants entre les praticiens de toutes origines (du champ de la santé, de l’éducation, du champ social) mais aussi, dans le même temps, par de mystérieux échanges (changements?) à l’intérieur même de chacun d’eux. Rares sont les formations universitaires qui permettent ces deux mouvements simultanément et qui le revendiquent. C’était un pari sur l’avenir... il a été gagné !


Joëlle Mignot
Rédactrice en chef
Psychologue sexologue clinicienne, hypnothérapeute. responsable d'enseignement du DIU de Sexologie Paris 13 Bobigny.
Co-directrice du DU de Conseil en Santé Sexuelle et Droits Humains, Université Paris 7-Diderot.
Vice-Présidente de l'Institut Milton Erickson d'Avignon Provence.
Ex-Présidente de l'ASCliF (Association des sexologues cliniciens francophones). Auteur.


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Education à la vie affective et sexuelle en primaire

Revue Sexualités Humaines 21

Par Anne Claret - Conseillère conjugale et familiale - Sexologue. Rabasstens.

Pourquoi la majorité des interventions d’éducation sexuelle s’adresse aux adolescents scolarisés en collège et lycée ? Pourquoi est-ce si difficile d’introduire ces thématiques dans les écoles primaires ?

L’éducation sexuelle en classe de primaire n’est pas un sujet qui fait consensus comme cela peut être le cas au collège et au lycée. La peur de la réaction des parents, l’idée très répandue que ce sujet relève du domaine privé, la crainte de « sexualiser » les enfants mais aussi la réticence des instituteurs à traiter des notions qu’ils n’ont jamais abordées en public, rendent la mise en place très difficile sur le terrain. Pourtant, les enfants ont très tôt une image de la sexualité, notamment àcause de la télévision, d’Internet, de la publicité... Cette sexualité vue et non parlée peut avoir des conséquences sur leur évolution d’Etre sexué. Intervenant avec l’association du Planning familial dans tous les niveaux de classe de l’Education nationale, je vais vous faire partager mon expérience d’intervenante en éducation à la vie affective et sexuelle auprès d’une classe de CM1-CM2.

INTERVENIR DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE

Bénéficier d’une éducation sexuelle est un droit universel pour chaque être humain. Si le jeune enfant ne peut par lui-même défendre ce droit, c’est à nous, professionnels de la sexualité, de le faire pour lui. Je suis persuadée qu’avoir accès à une réelle éducation permet aux enfants de développer des attitudes positives face à la sexualité et permettra d’atténuer les comportements négatifs. L’absence d’éducation sexuelle, les non-dits, provoquent peur, crainte et culpabilisation. L’éducation sexuelle doit contribuer à l’épanouissement d’une vie sexuelle heureuse, satisfaisante et enrichissante. Les informer tôt leur permet de comprendre que la sexualité est une belle expérience mais soumise à des règles, des lois et que chaque personne doit être respectée dans ses différences, ses attitudes et ses opinions.

L’éducation sexuelle permet aux enfants de découvrir ses propres désirs, ses peurs. Il doit comprendre la différence de l’autre, la sphère intime et permettra de prévenir des comportements violents. Je rejoindrai en cela le point de vue de Laura Beltran : l’éducation sexuelle a un réel rôle dans la prévention des troubles sexuels chez l’adulte 2. En
effet, des consultations peuvent être liées à un manque d’information sur la sexualité, et d’une image très négative de son corps, entraînant des troubles sexuels.

UNE LOI ENCADRANT L’ÉDUCATION SEXUELLE À L’ÉCOLE

Faire de l’éducation sexuelle dans les écoles primaires ne devrait pas être une option mais une obligation comme le rappelle la loi réglementant l’éducation sexuelle en milieu scolaire du 4 juillet 2001 : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et leslycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène ». Cependant, malgré cette loi encadrante et des circulaires de l’Education nationale, l’organisation des séances se heurte à des difficultés de mise en place selon le rapport de l’Igas. Pourtant, la place de l’école dans l’éducation sexuelle est primordiale car elle permet de toucher la quasi-totalité des enfants et pallier ainsi les inégalités éducatives dont ils peuvent être victimes dans leur famille.

LES PARENTS ET L’ÉDUCATION À LA VIE AFFECTIVE ET SEXUELLE

Il n’est pas rare que les parents refusent l’éducation sexuelle dans les classes de leurs enfants. Ils le font principalement parce qu’ils refusent une éducation sexuelle qui n’est pas répressive et moralisatrice, soit parce qu’ils s’opposent à un partage de pouvoir à propos de l’éducation de leur enfant. Ces parents ont la crainte qu’éduquer leur jeune enfant à la sexualité les inciterait à avoir plus précocement une relation sexuelle. Or, d’après l’expérience de Marie-Paule Desaulniers, il n’en est rien. L’idée que l’éducation
sexuelle est une « initiation aux plaisirs de la sexualité » repose sur une méconnaissance de la sexualité infantile et sur une projection d’adulte qui confond initiation érotique adulte et éducation sexuelle enfantine. D’après Marie-Paule Desaulniers, la famille est le premier lieu de l’éducation sexuelle parce qu’elle est la première cellule sociale. Elle est le foyer de la vie affective par le témoignage de la vue du couple des parents, les marques d’affection et d’attrait sexuel.

Nous pourrions penser – comme de nombreuses personnes – que la sexualité ne relèverait que du domaine de la vie privée, et par conséquent l’éducation sexuelle aussi. Elle ne serait réservée qu’à la maison et la famille. Cependant, cela n’a pas la même signification dans toutes les familles et les classes sociales. Les parents ne font que rarement cette éducation. Certains même profitent de leur pouvoir d’autorité et de la loi du silence pour utiliser leur enfant comme objet sexuel, l’inceste étant beaucoup plus fréquent que l’on ne voudrait le croire. Si la vie commence dans la famille, elle ne s’y limite pas. Il semble important que l’école prenne le relais. J’ai établi une étude (questionnaire anonyme) auprès de 92 parents d’enfants scolarisés en classe de primaire. La majorité d’entre eux ont entre 31 et 40 ans. 72 % d’entre eux estiment parler facilement de sexualité avec leur enfant et ne se sentent pas gênés lorsque leur enfant leur en parle.

Néanmoins, 46 % des parents n’abordent la sexualité que si leur
enfant leur en parle. 76 % des parents interrogés n’ont pas eu d’éducation sexuelle de la part de leurs propres parents. Il semblerait que cela ait influencé leur mode d’éducation car 59 %des parents interrogés parlent aujourd’hui de sexualité avec leur enfant comme l’exprime ce témoignage d’une mère de famille : « C’est parce que j’ai
souffert (entre autre dans mes premières relations sexuelles avec les hommes) et de ne pas avoir reçu un minimum d’infos sur la sexualité (alors que mes parents étaient naturistes !) que j’ai choisi d’aborder le sujet de la sexualité et de l’amour avec mes enfants très tôt et de rendre ce sujet abordable des deux côtés. » D’autres parents pensent que la sexualité est encore tabou : « Nous parlons avec mon fils plus de vie affective quand il s’agit d’humain (le sentiment amoureux, les baisers). Nous abordons la
sexualité quand il s’agit des animaux sans pour autant faire le rapprochement avec la sexualité des hommes. »

Pour 63 % des parents, l’école n’a pas à s’immiscer dans ces questions-là : « Education à la vie affective et sexuelle en primaire ? Je trouve cela exagéré, la très grande majorité des enfants sont encore innocents à cet âge-là, leur enparler si jeune à mon avis n’est pas la meilleure chose. » Ou encore : « L'éducation à la sexualité et son usage relève strictement du droit des parents : je n'autoriserai jamais l'école à venir interférer dans cette relation avec mes enfants et je lui dénie le droit d'inculquer à mes enfants des principes contraires aux valeurs morales que nous souhaitons leur transmettre. »Une enquête de l’Observatoire Vania a observé que pour 37 % des parents, le sujet de la sexualité était plus délicat que la mort, le divorce ou la maladie.

D’après Robert Neuburger, malgré une surexposition de la sexualité (média, cinéma, vidéo...), la sexualité reste un sujet tabou. La banalisation de l’information sexuelle semble avoir joué un
rôle négatif sur les communications entre les parents et les enfants. Les parents pensent que les enfants ont la réponse à toutes leurs questions grâce aux médias de sorte qu’ils n'ont plus besoin de se lancer dans des explications gênantes. Les parents disent intervenir uniquement sur l’aspect préventif de la sexualité (IST, contraception...). Le plaisir, la masturbation, le désir sont rarement abordés car l’enfant est censé l’apprendre via les médias.


INTERVENIR, OUI, MAIS COMMENT ?

A mon sens, l’éducation sexuelle doit reprendre les fondements principaux de la définition de l’OMS. Cependant, beaucoup d’efforts doivent être consentis afin d’assurer que les politiques et les organismes de santé publique reconnaissent cet état de fait et en tiennent compte. Pour faire découvrir la beauté de la sexualité, de manière positive et bienveillante, j’ai choisi d’intervenir avec la littérature jeunesse qui est un outil adapté à un public jeune. Utilisée comme outils d’animation, elle se révèle être pertinentes à double titre : ils permettent une projection immédiate à travers les personnages et les situations racontées, et grâce à cetteidentification directe, une réflexion
critique émergera chez les enfants. Pour aborder la puberté, j’utilise « Poils partout » de Babette Cole qui raconte avec beaucoup d’humour la transformation des enfants en adultes à cause de Mr et Mme Hormones qui préparent des potions magiques.

La thématique de la reproduction, de la grossesse et de l’accouchement est abordé avec « Comment on fait les bébés » du même auteur qui emploie un graphisme drôle pouvant être lu aux enfants dès l’âge de 5 ans. Pour aborder les sentiments amoureux et l’homosexualité, le livre de « La princesse qui n'aimait pas les princes » . Les enfants apprécient beaucoup la lecture de ces livres. Il n’est pas rare que des classes applaudissent la lecture d’un livre qui les a touchés. Je laisse les livres dans les classes et la plupart des élèves les relisent et demandent à leurs parents de se les procurer.

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Balade de la sexologie au pays du genre

Revue Sexualités Humaines 21


Par Dominique Songeur - Formateur santé sexuelle. Soussac

Aujourd’hui, la question du genre s’invite à la table des débats de société. Si pour certains ce débat nous amène à nous questionner pour mieux accueillir notre humanité, pour d’autres, c’est une entreprise maligne de déstructuration de ses fondements mêmes. Les mots s’entrechoquent, la vaisselle vole, alors posons le couvert avant de devoir donner un coup de balai. Nous pourrions par exemple clarifier les principales notions qui différencient sexe et genre, sans vouloir être exhaustif, tant le sujet est large.

La démarche peut étonner : après tout, les usages courants du mot « sexe » (« sexe faible », « guerre des sexes ») ne gênent pas pour y inclure le corps, la psychologie, les organes génitaux, la division du travail et la place occupée dans la société. Le « sexe » rend déjà compte des inégalités entre homme et femme. Non, l’originalité du « genre » est de sortir le « social » de la causalité irréductible du substrat biologique. Le social en devient autonome.Simone de Beauvoir pensait que si le social et le biologique sont deux domaines distincts, alors l’idée que les inégalités de pouvoir entre hommes et femmes découlent des différences anatomiques ou de la capacité des femmes à enfanter perd de son évidence. C’est le psychanalyste Robert Stoller dans les années 1960 qui fait, le premier, la distinction terminologique entre « sexe » et « genre » dans son ouvrage sur la transsexualité.


SEXE/GENRE : UN PROBLÈME « D’OEUF ET DE POULE » REVISITÉ ?


La question du « genre » pose la différence entre genre et sexe. Le terme de sexe évoque la notion biologique du caractère mâle et femelle. Le sexe est donc défini à la conception. Il s’agit de l’identité sexuée permettant, avant 3 ans, à l’enfant de se dire d’emblée fille ou garçon. Le genre, lui, concerne la question de la masculinité et de la féminité, identité sexuelle, un système endogène que décrit Peter Blos, comme composé de comportements, d’attitudes, de symbolisations et de significations qui se développent avec la maturation sexuelle et la réorganisation psychique à l’adolescence. Elle va se construire par des phases d’élaboration que produira l’individu à partir de son propre sexe anatomique et des expériences contingentes de luimême comme homme ou femme.

Cela paraît simple, mais il y a débat sur les influences réciproques entre biologie et social dans le processus de socialisation. Certains facteurs biologiques auraient un rôle à jouer dans le développement du genre… et la socialisation n’est pas la seule responsable de l’expression des comportements des enfants, précise Eleanor Maccoby, psychologue américaine. Alors, primat de l’essentialisme biologique ou constructivisme social ? Mais qu’est-ce qui est construit, au juste ? Des droits inégaux entre hommes et femmes ? Le fait qu’on ne puisse pas être autre chose qu’homme ou femme, ou entre-deux, ou ni l’un ni l’autre ? Et que devient le sexe quand on en extrait le genre ?


DE LA VISION COSMIQUE À LA VISION NATURALISTE

Un travail intéressant (mais partiellement contesté) de l’historien Thomas Laqueur, nous montre que, dès l'Antiquité et jusqu’au XVIIIe siècle, c’est le modèle du sexe unique qui domine (Aristote, Galien de Pergame) sans être l’unique. Hommes et femmes sont rangés le long d’un axe métaphysique dont le sommet de perfection est occupé par l’homme. Au plan anatomique, les différences sont tenues pour négligeables : les organes sexuels de la femme sont simplement à l’intérieur du corps, un « moindre mâle ». Le genre est un fait immuable du cosmos et le sexe, une simple illustration, épiphénomène d'un ordre universel plus vaste. Ce modèle « unisexe » correspond à un monde public à très forte prédominance masculine : « L’homme est la mesure de toute chose et la femme n’existe pas en tant que catégorie ontologiquement distincte. »

Au XVIIIe siècle, tardivement donc, émerge la vision de la différence sexuelle. De par leur anatomie et leur physiologie, les deux sexes sont définis comme incommensurablement différents. Le genre désormais se fait sexe, comme le Verbe se fait chair. La différence n’est plus de degrés, mais d’espèces. Le vocabulaire de l’anatomie génitale se précise : les ovaires ne sont plus l’équivalent des testicules, l’utérus et la menstruation deviennent le propre de la femme. A une biologie d’ordre cosmique succède une biologie de l’incommensurabilité des corps. Elle portera engerme les prémisses de la vision psychanalytique de l’antagonisme phallus/utérus.

De par sa « nature anatomique », la femme est définie comme impassible, son corps peut ignorer le désir puisque non extérieur/visible. Selon Rousseau, cette réserve naturelle la rendrait incapable d’assumer ses responsabilités civiques. De même, la menstruation la rendrait inapte à la concentration régulière et quotidienne qu’exige la participation aux activités publiques. Les premières féministes du XIXe siècle s’appuyèrent, étonnamment, sur cette conception pour démontrer que, plus impassibles, moins tourmentées par la passion et l’égoïsme que les hommes, les femmes ont la force intérieure des souverains équitables et justes. Ici le discours « biologique » tend à légitimer les discours politiques opposés.

D’un côté, cette vision porte en germe de nouvelles formes de perception de soi et notamment la psychanalyse (l’opposition phallus/ utérus, la définition de la féminité en termes de manque, de creux, la « petite différence » fondant le grand différend). D’un autre, elle apporte une base, un fondement naturaliste à la théorie des sphères – le public et le privé – identifiées aux deux sexes, théorie par laquelle penseurs et politiques tentent d’organiser rationnellement la société du XIXe siècle. Cette naturalisation des femmes, rivées àleur corps, à leur fonction reproductrice maternelle et ménagère, et exclues de la citoyenneté politique au nom de cette identité même, confère une assise biologique au discours de l’unité sociale.

LE GENRE COMME RAPPORT SOCIAL


Depuis les années 1970, la vision du genre introduite par les féministes anglo-américaines voulait saisir une notion plus complexe. Leur objectif était de proposer le « genre » dans un sens de sexe socialement et culturellement construit dans un rapport de domination selon deux modalités. D’une part, le sexe biologique est considéré comme essentiel, inné, il va justifier la catégorisation double où « la nature féminine assujettie à sa fonction reproductive est refoulée par le fallo-centrisme ». D’autre part, un humanisme matérialiste où « la nature féminine est présentée comme une construction socioculturelle pour légitimer l’oppression des femmes ».

Le concept de « genre » va permettre aux féministes d’adosser la naturalisation des rapports sociaux à des revendications politiques. L’étude du « genre », selon elles, permet de révéler les mécanismes de reproduction des différences entre les sexes en tous lieux (école, travail, famille). Les féministes affirment que le genre n’est pas déterminé par le sexe car il appartient à la sphère du social donc du variable. Pour Christine Delphy, reconnaître la profonde différence entre le concept de nature associé au sexe et celui du social associé augenre était déjà un grand pas. Mais aujourd’hui la question va  au-delà. Entre genre et sexe, ne compare-t-on pas du social avec encore du social ?

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"Unité". L'édito de Joëlle Mignot. Revue Sexualités Humaines 21

Revue Sexualités Humaines n°21



Un grand tournant s'engage pour la Sexologie Française,  celui de l’Unité, sous l’impulsion de la FF3S et de son président Pierre Costa. Nous ne pouvons que nous en réjouir et soutenir « comme un seul homme » ( !) ce mouvement dynamique qui nécessite que nous nous détachions de nos préjugés et que nous acceptions nos différences.

Mais unité n’est pas fusion. L’unité nécessite à la fois la reconnaissance de l’autre, le respect mutuel et l’espace d’une identité spécifique.

Le champ de la Sexualité Humaine a été labouré depuis presque 40 ans et beaucoup de graines ont été plantées par les « anciens » qu’ils soient professionnels de santé, psychologues, médecins ou professionnels du champ social. Ces graines ont donné de très beaux fruits, nos enseignements universitaires, des Assises de plus en plus appréciées mais aussi les beaux arbres que sont nos trois associations l’Asclif, l’Aius et la SFSC . D’autres fruits, d’autres arbres sont en croissance comme la Chaire Unesco de Santé Sexuelle et Droits Humains…

La revue Sexualités Humaines est depuis son N°1, promotrice de cette unité en donnant un espace de parole à toutes les sensibilités de la Santé Sexuelle et de la Sexologie, qu’elles soient du côté de la clinique, du conseil ou de l’éducation et aujourd’hui des Droits Humains en lien avec la sexualité. Elle garde ce cap du métissage des idées, de la créativité, de la rigueur et de l’ouverture.


Joëlle Mignot Rédactrice en chef
Psychologue sexologue clinicienne, hypnothérapeute. responsable d'enseignement du DIU de Sexologie Paris 13 Bobigny.
Co-directrice du DU de Conseil en Santé Sexuelle et Droits Humains, Université Paris 7-Diderot.
Vice-Présidente de l'Institut Milton Erickson d'Avignon Provence.
Ex-Présidente de l'ASCliF (Association des sexologues cliniciens francophones). Auteur.


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