gynécologue

Ménopause et sexualité. Michèle Lachowsky

Enfants, nous avons tous bien du mal à imaginer que nos parents fassent l’amour…

Puis vient le stade où, forts de notre savoir, nous les créditons d’un rapport par enfant... ensuite celui où notre propre corps et la découverte de ses possibilités nous passionnent bien plus que leur très aléatoire vie amoureuse. Leur corps nous paraît alors d’autant plus vieux que le nôtre est plus jeune. Devenus adultes, plus en moins en situation de parents nous-mêmes, leur sexualité ne nous concerne plus, sauf peut-être si elle est éclatante et nous gêne, ou à tout le moins nous étonne.

Notre manière d’envisager la séduction et la sexualité à la cinquantaine – ou de ne pas les envisager ! – procède un peu de la même démarche. Bien sûr, le problème médical existe, avec
deux questions majeures : la carence hormonale de la ménopause affectet-elle la vie sexuelle, comment et dans quelle mesure pouvons-nous y remédier par nos thérapeutiques ? Mais, sous-jacente à cette fort scientifique question, il y a l’autre, que nous nous posons tous, hommes et femmes, et qui passe, selon notre âge et nos angoisses, de « peut-on encore faire l’amour à la ménopause et après » à « comment peut-on encore faire l’amour à la ménopause, et surtout avec qui ? ».

Il est vrai que la sexualité comme la ménopause sont affaires individuelles et intimes, aussi impossibles à quantifier et à étalonner l’une que l’autre, même si la rue et les médias s’en sont emparées au moins autant que les médecins. Modèle de consommation, nécessité de performance, la sexualité se veut scientifiquement mesurable, comparable et « étalonnable ».
Penchant partagé par les médecins, puisque le nombre de fantasmes érotiques avant et après traitement hormonal, par exemple, a fait à plusieurs reprises l’objet de publications statistiques.
En pratique, quel qu’en soit le motif apparent ou officiel, la « consultation de ménopause » est souvent une « consultation de vie », où féminité, sexualité et âge sont remis en question.



Vue seule en consultation, la patiente (qui n’est pas une malade…) parlera peut-être plus facilement de ce qui la trouble, de ces inquiétants changements allant d’une baisse de désir à
une absence de plaisir, en passant par gêne, douleur et intranquillité pour l’avenir.Vue en couple, ce qui est moins fréquent, elle nous donnera l’occasion d’expliciter les difficultés physiques rencontrées par son partenaire et elle.



Si la responsabilité de la sécheresse douloureuse, de la lenteur à l’excitation, de la moindre qualité des contractions vaginales incombe à une carence plus hormonale qu’amoureuse, leur relation en sera revalorisée. Un schéma simple des quatre phases de la physiologiesexuelle (excitation, plateau, orgasme et résolution) donnera une explication physique et physiologique aux différentes situations et devrait permettre de dépasser avec tact une gêne souvent partagée. Parler le même langage, poser les bonnes questions, trouver les bonnes réponses, afin de remettre les problèmes dans leur contexte, donner des explications précises, voilà qui rendra médicale et non plus intrusive cette ouverture dans leur vie privée et même intime. Les prescriptions hormonales, heureusement un peu moins diabolisées ces derniers temps, feront alors partie d’une logique thérapeutique, bien comprise par nos consultants, ou du moins par la majeure partie, ce d’autant plus que les traitements locaux y ont une place privilégiée, tant par leurs effets que par leur fiabilité. Leur efficacité sur la sécheresse vaginale, cause de douleur physique mais aussi morale tant elle évoque la triste image d'un assèchement général, est rarement en défaut. Estrogènes (vaisseaux, muqueuses, lubrification) et androgènes (asthénie, libido) ont leurs domaines d’efficacité maintenant bien connus, au gynécologue d’en mesurer la balance bénéfice/ risque, comme dans toute pratique de soignant.

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