féminité

La place du féminin dans la culture Valdivia. Sandra Eyraud

« Dans les cultures non occidentales, les effigies féminines incarnent souvent des ancêtres. En relation avec le monde des esprits, d’un au-delà dont elles sont les figures tutélaires, elles représentent aussi des déessesmères ou des divinités farouches, protectrices, porteuses de sagesse, nobles ou hiératiques, gracieuses ou sensuelles, le plus souvent symboles de fertilité. (…) »

En Equateur, dans quelques boutiques dédiées à l’artisanat local, parmi des tricots, écharpes, étoffes, masques et une infinité d’objets divers et très colorés, on peut trouver à des prix abordables des reproductions de statuettes qui mesurent moins de 18 centimètres. La majorité de ces figurines est de sexe féminin, elles font partie d’un ensemble
de pièces constitutives de la céramique de la culture Valdivia, du nom d’un petit village de pêcheurs de la côte équatorienne.

Ces figures féminines des temps préhistoriques, selon quelques spécialistes,seraient « l’un des héritages artistiques les plus importants de l’humanité » et feraient partie de « l’artplastique le plus ancien du continent américain ». Elles sont les « Vénus » équatoriennes, les « Vénus » brunes, plus connues sous le nom de « Vénus » femmes, mères déesses ou prêtresses ?

Leur variété fait que, bien souvent, l’interprétation de leurs fonctions est très difficile à établir, d’autre part, beaucoup d’entre elles ont été ramassées, trouvées ou pillées en faisant fi de leur environnement, privant ainsi les chercheurs des précieux éléments d’investigation et de compréhension. Ces figurines seraient faites à l’image des femmes de Valdivia : elles sont jeunes, belles, fines, mais aussi mûres, sensuelles, voluptueuses. La nudité de ces jolies dames met en avant leurs attributs féminins tels que les cheveux, les seins et le pubis. Elles portent les cheveux longs ou courts mais toujours arrangés avec soin, les coiffures sont compliquées et de toutes les tailles. On dit que plus la coiffe était haute, plus la femme faisait montre d’un rang social élevé. Quant aux seins, ils sont naissants ou très développés et peuvent représenter ainsi les étapes physiologiques du développement féminin. Le pubis est parfois mis en évidence grâce à des incisions. Elles n’ont pas de pieds, rarement de bras ou ceux-ci sont soit plaqués le long du tronc, soit croisés sur le ventre sous des seins très volumineux.

Peut-on associer ces « Vénus » à la représentation des déesses ou des divinités ? Apparemment, ce serait peu probable, car le panthéon préhispanique est plutôt zoomorphique. Aujourd’hui encore, les femmes Shuar (nom d’une communauté de l’Amazonie équatorienne, qui pourrait avoir un lien avec la culture Valdivia) vont dans des endroits secrets de la forêt, et demandent la permission à la déesse « Nungui » de prendre un peu de terre glaise dont elles se servent pour fabriquer une céramique, avec la même technique que le faisait autrefois la culture Valdivia, mais les « Vénus » ne ressemblent pas à la déesse Nungui.

Façonnées à la main, ces statuettes étaient d’abord faites en pierre, puis en terre glaise. La base est constituée de deux cylindres d’argile parallèles, unis par la tête et le corps et séparés généralement au niveau des jambes. Toutes ont leur sexe très marqué. Le grand nombre de figurines trouvées serait l’indice de la fréquence de leur utilisation, elles auraient été créées pour un usage unique, peut-être dans le cadre de rituels religieux et liés à la fertilité de la femme et de la terre ; ensuite, elles auraient été brisées intentionnellement et jetées dans la nature ; ou bien enterrées sciemment dans les champs, elles seraient ainsi une sorte d’offrande à la Mère-Terre que l’on nomme partout en Equateur « Patchamamma », en échange d’une bonne récolte. Placées dans les tombes, elles pourraient être aussi celles qui accompagnaient les morts.

Dans les deux cas, on leur a attribué des pouvoirs supra-humains. Le pouvoir était-il féminin ? Les croyances religieuses et l’organisation sociale de ce peuple tournent  autour du monde qui les entoure et, comme beaucoup de sociétés agricoles dans le monde et à cette étape du développement humain, elles évoluent et deviennent de plus en plus sophistiquées.

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La nouvelle ménopause. Marie-Hélène Colson

Au-delà du destin biologique


Quatre femmes sur dix en France, comme dans les autres pays industrialisés, ont plus de cinquante ans. Elles sont donc près de 13 millions à être ménopausées ou sur le point de l’être. Pour la plupart de ces femmes, l’espérance de vie est encore de plus de trente ans. La sexualité, autrefois marginale et cachée après la ménopause, devient aujourd’hui un paramètre de vie comme les autres, voire une revendication qui doit nous faire poser un regard attentif sur cet âge de vie en pleine actualisation de ses repères.

REGARDS SUR LA MÉNOPAUSE

La plupart des civilisations ont longtemps privilégié une image de la féminité principalement centrée sur la fécondité et la reproduction. La sexualité aussi a toujours été partout prohibée en dehors de strictes limites physiologiques, de la puberté au retrait hormonal pour les femmes. Si, en Occident, les attributs liés à la jeunesse, à la beauté ou à la minceur sont fortement valorisés, et seuls capables d’inspirer la séduction, les représentations qui s’attachent à la ménopause varient de manière importante d’une culture à l’autre.

Pour nombre de sociétés traditionnelles, en Afrique et en Amérique latine, l’âge de la ménopause est celui de la sagesse. Les vieilles femmes, débarrassées de la tentation de la séduction et de celle de la sexualité, y jouent un rôle clé dans l’éducation des jeunes femmes, mais aussi au sein de la société des hommes. En Inde, comme dans la plupart des pays d’Afrique, les femmes ménopausées n’étant plus soumises aux contraintes du flux menstruel impur, peuvent librement rejoindre les hommes dans les assemblées et y tenir à parité un rôle décisionneljusque-là interdit. Le terme de ménopause n’existe pas dans la majorité des langues et dialectes asiatiques, les femmes âgées y gagnant un statut implicite spécifique de sagesse particulièrement valorisé, ne nécessitant pas de définition particulière. L’Occident chrétien a, de son côté, plutôt cultivé le côté sombre de la ménopause, la réduisant à ses aspects de perte et de renoncement : perte de la fécondité, de la beauté et de la sexualité. Les vieilles femmes d’antan s’habillent de noir, s’effacent devant leurs filles et leurs belles-filles fécondes, et s’isolent de la vie sociale au lieu d’y prendre une part prépondérante.

Depuis Albert le Grand, et son grimoire au XIIe siècle sur « Les Secrets des femmes », on les considère comme dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres, surtout les enfants, car leur sang ne s’écoule plus et son devenir laisse libre cours à l’imagination sur le thème de l’empoisonnement de l’intérieur]. C’est ce sang accumulé et ne se renouvelant pas périodiquement
qui semble responsable pendant longtemps de l’ensemble des troubles liés à cet âge, mélancolie, bouffées de chaleur, prise de poids...

Ce regard sur la ménopause aura la vie longue, entretenu par le corps médical, qui lie le destin des femmes à celui de leurs hormones, et assimile la ménopause à une maladie. Il est repris par la plupart des psychanalystes, et même Helene Deutsch,dont les travaux nourriront pourtant nombre de féministes dont Simone de Beauvoir, n’y échappe pas. Pour elle, la ménopause est une perte symbolique majeure qui ne permet aucune élaboration ni compensation.

DESTIN BIOLOGIQUE ET SEXUALITÉ FÉMININE


Le terme ménopause est utilisé pour la première fois en 1821 par un médecin français, Charles Pierre Louis de Gardanne, dans un livre au titre prometteur : « De la ménopause ou de l’âge critique des femmes ». Il décrit sous ce terme, destiné à remplacer celui de « retour d’âge », moins médical, les inconforts qui s’installent avec le retrait hormonal. Les bouffées de chaleur sont les symptômes les plus incriminés, avec les prises de poids, l’irritabilité ou les troubles de l’humeur. Bizarrement la symptomatologie classiquement corrélée à la ménopause semble finalement assez peu reproductible, et suivant les cultures, les pays et les origines ethniques, la ménopause pourrait aller de l’absence totale de symptomatologie à un inconfort majeur. Les sociétés qui valorisent le statut et l’image de la ménopause sont aussi celles dans lesquelles elle s’avère assez peu symptomatique. 80 % des Américaines en souffrent, mais seulement 20 % des Japonaises. Une certaine vulnérabilité psychologique, ou encore des facteurs somatiques comme l’obésité, ou bien encore le maintien d’une activité physique semblent pouvoir tout autant moduler l’incidence de la symptomatologie à la hausse comme à la baisse.

Dès lors, la légitimité d’un supposé destin biologique inhérent à la qualité de femme semble posée dans ce domaine comme dans les autres, ainsi que le suggérait Simone de Beauvoir. Et les femmes d’aujourd’hui semblent bien faire la démonstration qu’en matière de sexualité aussi, il est possible d’échapper à un destin qui limite leur âge de femme à celui de la procréation.


MÉNOPAUSE ET CRISE DE VIE

C’est au sociologue canadien Elliott Jaques que l’on doit l’idée de la crise de milieu de vie, dans la droite ligne des réflexions d’Erikson à la même époque]. Il définit ainsi en 1965 la première rencontre consciente et réfléchie de l’individu avec la mort, la période de déclin, contemporaine des années du milieu de vie, et qui, autour de la cinquantaine, accompagne la prise de conscience du vieillissement : « L’individu a fini de grandir et il a commencé à vieillir. »


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Silhouette féminine: de l'origine au XXIe siècle

Par Philippe Brenot - Psychiatre et anthropologue, Directeur des enseignements de Sexologie et Sexualité humaine à l’Université Paris-Descartes. Paris.

Dans un monde contemporain dominé par l’image, la silhouette surgit comme un reflet de l’idéal, une représentation de soi-même et, très naturellement, un révélateur des fantasmes ou des insuffisances. Notre confrontation de la silhouette à l’idéal de soi et aux archétypes médiatisés nous mène aujourd’hui à un sentiment soit d’adéquation, soit d’insuffisance, rarement de supériorité, dans la mesure où l’image médiatique, aseptisée et canonisée, semble à la plupart d’entre nous inaccessible voire culpabilisante.

La silhouette du sujet reflète la morphologie personnelle, le terrain génétique, familial, les habitudes alimentaires mais également les tendances esthétiques et morales de la société, c’est-à-dire son acceptation des formes corporelles en raison de la symbolique, relationnelle et donc sexuelle, qu’elles recouvrent.

Les formes corporelles sont en effet des attracteurs sexuels extrêmement puissants (seins, fesses, hanches...) et la tolérance de la société s’exprime plutôt sur des éléments extérieurs et indirects d’une dimension érotique acceptée, acceptable, ou refusée, plutôt que par l’effet direct du comportement érotique et sexuel. Ces tendances à l’expression ou non des formes corporelles sont repérables à toutes les époques de l’histoire de l’humanité, surtout en ce qui concerne les représentations féminines. Dès la préhistoire apparaît une dichotomie entre deux types de figures, les formes généreuses liées à l’enfantement et à la fécondité ; les formes érotiques liées à la féminité. Au cours des millénaires suivants, l’alternance entre ces deux tendances (féminité/fécondité) reflètera l’évolution morale des sociétés.


Dans la deuxième moitié du XXe siècle (après quelques prémices, en 1920 avec « la Garçonne » et en 1960 avec les silhouettes hamiltoniennes) apparaît une troisième figure, celle de l’intersexe,
de la chimère homme/ femme, avatar moderne de l’androgyne.Cette figure inter-sexuée est contemporaine de la reconnaissance et de l’acceptation de l’homosexualité puis d’une libération des orientations et des identités sexuelles. La période actuelle récente (depuis une dizaine d’années) semble plutôt s’orienter vers un renouveau des genres mieux affirmés, d’une part une masculinité non machiste assumée et surtout une féminité aujourd’hui détachée des préoccupations de fécondité et des interrogations sur son identité.


QU’EST-CE QU’UNE SILHOUETTE ?

Etienne de Silhouette était un homme politique français très impopulaire, ministre des Finances en 1759, qui avait l’habitude de dessiner lors des séances à l’Assemblée et qui croquait des profils stylisés, attitudes et allures de ses collègues, si bien que ses caricatures, très rapidement emblématisées, ont naturellement été désignées par son patronyme, silhouette. Le nom a ensuite vécu sa propre vie et qualifié tout d’abord une ombre passagère, un dessin aux contours schématiques, puis un croquis à l’économie, peut-être inspiré des fonctions – financières – de ce
ministre si impopulaire. L’histoire des mots est toujours complexe, elle emprunte à la réalité et au fantasme.


La silhouette, qui est un principe d’économie minimale du trait et un dessin à peine suggéré, va ainsi représenter l’allure générale du sujet et, d’une façon plus directe, le type humain qu’elle représente : leptosome (grand maigre), fin, moyen,lourd, enrobé, obèse... La silhouette sera donc un indice de la ligne ou de l’embonpoint selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre des variations pondérales. Et l’on sait combien le culte actuel du corps implique des canons terroristes aux hommes et aux femmes quant à leur poids idéal et donc leurs formes idéalisées.


PREMIÈRES SILHOUETTES

Dès le paléolithique supérieur, cette dernière période des glaciations qui a vu naître Homo sapiens, on peut remarquer la très forte asymétrie entre les silhouettes masculines qui sont extrêmement rares (à l’exemple de l’homme du puits de Lascaux) et les silhouettes féminines qui sont nettement plus fréquentes. On pourrait faire un parallèle avec la représentation des sexes, rare en ce qui concerne le pénis, extrêmement fréquente en ce qui concerne la vulve féminine. Tout ceci dans une époque se situant entre 30 000 et 12 000 avant J.-C.


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