couple

Passion amoureuse et opéra : un autre regard sur le mythe de Tristan et Isolde

Par Michel Febvre - Médecin sexologue

Nous continuons l’analyse des oeuvres de Richard Wagner avec l’un des plus beaux opéras du répertoire lyrique : Tristan et Isolde. Archétype du drame de la passion amoureuse, il se prête aussi à une lecture moins conventionnelle.

Cet opéra marque une date capitale dans l’évolution du théâtre lyrique occidental : oeuvre « révolutionnaire » par excellence, où s’abolissent lesanciens principes de l’opéra. La composition musicale ouvre la voie et permettra l’éclosion, une cinquantaine d’années plus tard, du dodécaphonisme de Schönberg.


HISTOIRE DE L’OEUVRE

Comme pour toutes ses oeuvres lyriques, Wagner commence par l’écriture du livret. Celui-ci est rédigé pendant l’été 1857, les partitions musicales sont achevées en 1858 pour le premier acte, 1859 pour les deux autres. Quand il compose cet opéra, Wagner s’est exilé en Suisse. Sa participation aux émeutes de Dresde en 1849, son amitié avec l’anarchiste Bakounine l’obligent à fuir son pays. Après un bref passage par Paris, il rejoint Zurich, où il restera près de douze ans. Les philosophes Schopenhauer aux idées empreintes d’un grand pessimisme et Feuerbach qui célèbre l’Amour-Passion, tout comme Calderon glorificateur des valeurs traditionnelles et de l’honneur, seront parmi ses sources d’inspiration.

Fin connaisseur des légendes et récits médiévaux (qui devaient inspirer la quasi totalité de son oeuvre), Richard Wagner a su réaliser une synthèse des romans bretons et poèmes épiques des XIIe et XIIIe siècles, colportés par des troubadours occitans à l’origine du mythe de Tristan et de l’évolution de l’Amour courtois d’inspiration religieuse à l’Amour Passion avec reconnaissance de la sexualité explicite. Impossible de ne pas évoquer sa relation avec Mathilde Wesendonck, contemporaine de la composition de l’ouvrage. Richard, marié avec Minna Planer, est malheureux en ménage. Il fait la connaissance du couple Wesendonck à Zurich en 1852. Lui est un riche commerçant admirateur de ses oeuvres et l’un de ses mécènes. Mathilde est une jeune et jolie femme écrivain de son état. Leur passion durera près de cinq ans et inspirera à Wagner quelques-unes de ses plus belles pages musicales, les Wesendonck lieder, poèmes de Mathilde mis en musique par Richard, puis repris et étoffésdans le deuxième acte de l’opéra. Incorrigible Wagner qui ne pouvait s’empêcher de séduire la femme de ses amis ! Cette relation fut peut-être platonique, mais une fois la partition terminée, il l’oublia. A peine s’il la reconnut quand elle vint au festival de Bayreuth !

L’OPÉRA

L’opéra fut créé au théâtre de la Cour de Munich le 10 juin 1865, sous la direction musicale du chef Hans von Bülow, ami de Richard dont l’épouse Cosima, fille de Franz Liszt, deviendra la deuxième épouse après le décès de Minna (toujours le séducteur !). L’opéra fut représenté à Bayreuth en 1886, dans le Festspielhaus spécialement édifié pour l’écoute de ses oeuvres. La musique particulièrement suggestive pourrait être qualifiée d’érotique. On peut, sans trop se tromper, reconnaître dans des passages musicaux, la représentation du coït avec la montée de l’excitation se traduisant par des poussées rythmiques et chromatiques ascensionnelles. Au deuxième acte, elle est brutalement interrompue par un « cri de l’orchestre » coïncidant avec l’arrivée du roi Marke qui surprend les amants. Au troisième acte, cette même montée accompagne le chant de mort d’Isolde et aboutit à un véritable orgasme mystique, fusion dans la mort avec Tristan.

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Rôle du désir dans la durée de vie d'un couple

Les facteurs favorisant son maintien

Par Marc Nicoué, Praticien Hospitalier - Chef de Service - Médecin des Hôpitaux, Thionville

Pour tous ceux qui en ont fait l’expérience, la naissance, sans contrainte, d’un couple est d’un enrichissement émotionnel sans nulle autre comparaison pour les partenaires impliqués dans cette aventure. Cet envahissement émotionnel n’a d’autre nom que le désir. Le ressenti de cette attirance est si agréable qu’il encourage au rapprochement régulier à l’origine d’un lien qui, s’il est suffisamment fort, s’habillera d’un sentiment d’amour pour l’installer dans une durée que le couple souhaite à ce moment éternelle, mais qui est en réalité à cette étape des plus hypothétiques.La base de notre réflexion s’est fondée sur la puissance de ce phénomène que peut être le désir et avons souhaité lui adosser certains critères alimentant nos vies quotidiennes et en apprécier la contribution quant à son maintien.

La fragilité croissante observée au niveau de la stabilité des couples a suggéré un temps de réflexion. Ce phénomène est probablement en rapport direct ou indirect avec les transformations sociétales incluant la confusion apparente des rôles entre les hommes et les femmes et surtout l’allongement de la durée de vie nousamenant à revoir nos stratégies pour stabiliser nos couples sur la durée.

INTRODUCTION

L’intérêt porté à cette thématique de la durée de vie d’un couple sur le long terme, à travers le désir, repose sur la difficulté récurrente de mener à bien les projets de vie commune dans nos populations, dont nous limiterons la dimension et la réflexion au mode culturel judéo-chrétien. Le cadre juridique de cette délimitation culturelle nous rappelle en ses articles 212 du Code civil que les époux se doivent fidélité, secours et assistance, 215 une obligation de communauté de vie. Le désir semblerait être le moteur initial de toute relation humaine, ainsi nous avons souhaité lui donner un rôle de pivot autour duquel s’articuleront les notions de couple et de durée de vie de celui-ci sur le long terme.

Rappelons que la formation des premiers couples humains remonte à près de deux millions d’années, validant ainsi l’intérêt et la nécessité d’attachement entre deux individus, au-delà de l’unique but de la préservation de l’espèce. Nonobstant la fonction motrice du désir et cette nécessité d’attachement à l’autre, il est souvent fait le constat que la réalité quotidienne tend davantage à éloigner les protagonistes du couple qu’à les maintenir dans le lien, si l’on n’y prête garde. Notre réflexion a également pris en considération la modification de l’espérance de vie, passant en près d’un siècle de 35 à 80 ans, la mort jouant naguère le rôle de divorce. Les critères régissant la longévité des couples en ont été, de fait, modifiés, suscitant tout notre intérêt.

En nous appuyant sur le rôle moteur et pseudo-magique du désir dans le processus de rapprochement entre deux individus, sa place dans la vie relationnelle du couple au long cours, sur l’intérêt de l’attachement, contrastant avec l’évolution d’une majorité de couples vers la séparation, après une période initiale décrite par certains auteurs comme une phase passionnelle illusoire,
nous nous sommes attachés à cibler des paramètres aidant au maintien de ce désir initial.

Six critères ont retenu notre adhésion, au terme d’une revue de la littérature, malheureusement moins étoffée sur la thématique du maintien du désir (5) que de son manque, constituant en revanche un motif fréquent de consultation en sexologie. Ces critères sont le respect, l’admiration,
la confiance, la tendresse, les qualités relationnelles et le sexe.


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Le couple dans tous ses états.

Texte collectif rédigé par l’APRES : Michel Febvre, Catherine Leboullenger, Françoise Auville, Michèle Fauchery, Laurence Siroit, Pascale Poulain

Avant d’aborder quelques-uns des états du couple, essayons d’en cerner les contours. Le dictionnaire nous propose deux définitions. « Le couple est un lien servant à attacher ensemble deux ou plusieurs animaux de même espèce »… Sans commentaires ! La deuxième se rapporte à la mécanique « ensemble de deux forces parallèles égales entre elles, de sens contraire », toujours la notion d’attachement mais avec cette fois-ci un élément dynamique.

Nous proposons une typologie du couple, certes non exhaustive mais plus originale.Le couple « un plus un égale un » ou en communauté universelle caractéristique du couple fusionnel, avec une seule entité (résurgence du couple mère-enfant). Le couple « un plus un égale deux » ou couple en séparation de biens, couple « cohabitant » où chacun des partenaires conserve ses acquits, sans construction originale. Enfin le couple « un plus un égale trois », ou couple en communauté réduite aux acquêts, chacun conservant son identité mais avec création de cette construction très singulière qu’est le couple avec sa dynamique propre.De ces trois propositions, laquelle peut être la plus satisfaisante ? Nous laisserons à chacun le soin de construire son propre « chef-d’oeuvre ».

LES VIEUX COUPLES

Cette bougie à moitié consumée devant moi, allumée fidèlement tous les ans à la même date, sur laquelle s’inscrivent les anniversaires me rappelle que le sablier du temps est inexorable. Noces d’argent, d’or ou de chêne égrènent ces longues années de vie commune du couple et de ses partenaires. Ces « vieux couples » ont-ils une spécificité ? Qui sont-ils ? Y aurait-il une recette du bien vieillir ensemble ? Probablement moins fréquents aujourd’hui que du temps de nos parents et grands-parents, qu’ils soient recomposés ou « d’origine », mariés ou non, les vieux couples ont une histoire, un passé. Ils ont construit et se sont construits, se réalisant familialement, socialement, matériellement le plus souvent.

Leurs souvenirs communs, qu’ils soient heureux ou douloureux, sont des repères, véritables points d’ancrage pour chacun des partenaires, tout en conservant au couple la capacité à se projeter dans l’avenir, à continuer d’écrire l’histoire et de la vivre. Peut-être ont-ils davantage conservé cette part de rêve indispensable à chacun des partenaires, tout comme une tolérance plus grande envers l’autre.

Que devient la sexualité ? Si la passion amoureuse peut évidemment continuer à être présente, elle a le plus souvent fait place au sentiment amoureux, moins démonstratif, mais efficace pourle maintien du lien. La tendresse a pu remplacer la sexualité explicite, mais les progrès thérapeutiques de ces dernières années ont permis la poursuite d’une sexualité relationnelle adaptée satisfaisante chez bon nombre de ces couples. Le « no sex » se retrouve également chez
eux, avec la possibilité toujours ouverte à la sublimation comme transformation d’une pulsion sexuelle en activité créatrice artistique, par exemple.

Deux références me viennent illustrant ces propos. La première, le texte de Jacques Brel, « La chanson des vieux amants » :

« … Finalement, finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes…
Oh, mon amour
Mon doux, mon tendre, mon
merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime... »

L’autre référence, un poème de Joseph von Eichendorff mis en musique par Richard Strauss faisant partie du cycle des quatre derniers lieder :


« … Au soleil couchant
Dans la peine et la joie
Nous avons marché main
dans la main
De cette errance nous nous
reposons…
Ô paix immense et sereine
Si profonde à l’heure du soleil
couchant !Comme nous sommes las d’errer !
Serait-ce déjà la mort ?... »


Cette interrogation introduit la crainte qu’on peut retrouver chez les vieux couples, celle de la fin du voyage. Il en va de même lors de l’émergence de la maladie ou du handicap. Ces deux références illustrent bien ce qui pour moi peut faire la spécificité de ces vieux couples, la coexistence d’une
dimension physique avec le lien charnel que l’on retrouve chez Jacques Brel, « il faut bien que le corps exulte… », et cette dimension métaphysique, ce lien spirituel et ces questions existentielles
que l’on retrouve dans le poème. Cet aspect des vieux couples peut paraître idyllique, le bon côté de la médaille. Mais toute médaille a aussi son revers, moins glamour, quand les souvenirs accumulés ne sont que récriminations ou acrimonies, chacun des partenaires cherchant à être le plus blessant pour l’autre. Nous nous situons dans une relation hautement pathologique, parfois seul ciment du couple. Deux références cinématographiques cette fois, le film de Pierre Granier-Deferre avec Gabin et Signoret, « Le Chat », tiré du livre de Georges Simenon, et le film de Jean Becker, « Un crime au paradis », avec Jacques Villeret et Josiane Balasko, d’après « La Poison » de Sacha Guitry. Quand la passion peut laisser la place à la haine et susciter le désir de tuer l’autre.

Terminons sur une note humoristique, un dessin paru dans un hebdomadaire.Un couple de pingouins est assis en vis-à-vis, chacun dans un fauteuil, une lecture en main. Madame lâche son
livre et s’écrit : « Oh ! je m’emmerde ! » Monsieur lâche son journal et dit : « Moi, je m’emmerde aussi, mais c’est extraordinaire, il y a tellement de couples qui ne partagent plus rien de commun !» Les vieux couples, c’est aussi cela… Mais qu’est-ce qu’un couple, au juste ?


LE COUPLE : ESSAI DE DÉFINITION


Le couple est un mot un peu dur à l’oreille, sec, concis, brutal, tout simple, court et pourtant si riche. Il est employé en physique, en astronomie, en optique, en électricité, en mécanique, pour le monde animal, et bien sûr pour l’homme et la femme, unis par les liens de l’amour. En général, le couple présente deux entités reliées dans le mouvement. Pour l’homme et la femme, il ne s’agit pas de deux, mais de trois entités : l’homme, la femme et le couple. Chacune de ces entités ayant son individualité propre. De l’extérieur, il est impossible de comprendre complètement le fonctionnement d’un couple. Le couple est bien cette rencontre, souvent inattendue, souvent imprévisible de deux personnes.

Les religions, les sociétés ont toujours prôné les couples unis pour le meilleur et pour le pire, se devant assistance quoi qu’il arrive. Le mariage civil exige que les époux vivent sous le même toit. Cette structure est bien secouée, à notre époque, par toute une évolution de la société, par la révolution sexuelle, mais surtout à cause d’une recherche fondamentale de l’individualité, la quête d’épanouissement personnel. La vie du couple subit une véritable transformation, d’un ordre social, familial et religieux bien établi, dans des codes à respecter, véhiculant souvent le non-dit et le secret de famille, cette nouvelle vie de couple s’ouvre à une multitude de possibilités, toujours en quête de plus de vérités, d’authenticité, de respect de chacun.

Nous le voyons plus précisément dans ce désir de préserver dans le couple, à la fois la vie personnelle et la vie communautaire à deux. Souvent en n’habitant pas sous le même toit. Cela permet des moments de solitude, de liberté, de ressourcement autant que des moments de rencontre, de retrouvailles, des temps forts choisis qui empêchent l’usure des habitudes, préservant le désir d’approfondir la relation. Cette unité de lieu permet les temps de rencontre spontanée, à des moments non fixés à l’avance, une continuité qui évite l’usure des petites ruptures répétées. Cette vie double dans deux lieux séparés ne convient pas à tous. Il est possible aussi de vivre dans un même lieu, c’est toute la recherche du nouveau couple amoureux.

Le couple moderne doit être uni « couple » et les couplons doivent être individualisés. La vie commune permet de développer le sens social d’une manière importante. Elle demande une capacité d’adaptationde respect mutuel et de soi-même, de négociation, de dépassement. Cette folie de rentrer dans une intimité si profonde avec un inconnu peut durer toute une vie. Le couple dépasse alors les épreuves en se renforçant. Certains rencontrent rapidement celle ou celui qui leur correspond. D’autres vont tâtonner et souffrir affectivement. Certains ont l’amour facile, d’autres pas. Il semble que la partie ombre et lumière, cette partie touchée ou non par la névrose familiale et personnelle, va repérer la personne à aimer. Il n’y a pas de mauvais choix amoureux car les amours difficiles sont souvent des amours nécessaires. Elles permettent l’avènement d’une partie de nous, restée infantile et fixée au stade de l’épreuve qui, à travers cette relation, peut se mettre à grandir. La rencontre reste un moment fort. La rencontre amoureuse est un des moments forts de la littérature romanesque qui permet au héros de vivre son histoire et au roman en tant que
genre littéraire d’exister. Mais l’amour, le coup de foudre ne sont pas le seul fait du roman : il a préoccupé la plupart de nos écrivains ou poètes. L’expression d’un lyrisme exalté ou exacerbé a donné certains de nos plus beaux récits.

La psychanalyse s’est intéressée à la question en la plaçant bien souvent dans le domaine de la pathologie, car une rencontre manquée affecte l’être humain profondément et bien souvent entraîne chez lui des troubles psychiques importants. Baudelaire, poète de la modernité, invente une poésie de la rencontre urbaine dans la rue, une passante « fugitive beauté » le temps de l’échange d’un regard, « Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais ». L’irréel du passé qui se reporte au présent de la rencontre donne le sentiment que cet instant est inscrit de toute éternité, rencontre si fugace qu’elle ne s’inscrit pas dans le temps présent tout en portant trace du souvenir.


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Lorsque la production ne dure qu'un temps. Clothilde Lalanne

Une quarantaine plus tôt, la pré-adolescente à l’annonce de ses règles entendait « ça y est ! tu es devenue une femme ! ». Presque « bravo ! », comme si elle réalisait une victoire.

Dans certaines familles, il se déroule même une fête. Dans d’autres, la pudeur impose le silence : c’est le secret des femmes. Mais alors, avant ? Non? Apparemment « femme » veut dire apte à la reproduction. Donc, peut créer une famille. Doit ? Le questionnement peut se poser, tant les premières règles sont importantes, en positif ou en négatif. Sinon ? Sinon la femme est soit « égoïste », regardée alors avec désapprobation, soit « handicapée », regardée alors avec pitié : « La pauvre ! » De ce fait, dès que l’homme entre dans le paysage de la dite femme, une liaison se crée, et la phrase surgit : « Alors, c’est pour quand ? Le petit », ou... le mariage pour « le petit... ».

Chez l’homme, quel est le passage, le mot qui dit : « Tu peux organiquement avoir un enfant », « tu peux être productif», « tes spermatozoïdes sont-ils suffisamment vigoureux ? ». Maintenant, imaginez comment certaines femmes – toujours femmes ? – peuvent vivre leur ménopause. Plus bonnes à rien. Plus utiles pour l’homme pour sa descendance. Plus productive !

L’homme, lui, peut aller vers une plus jeune et poursuivre sa reproduction, sa descendance pour continuer à exister après sa mort. La femme ? Terminé ! La limite est atteinte. C’est dans ces situations que nous rencontrons la différence entre se marier pour « construire une famille » ou « construire un couple ». Discours posé souvent dans les «thérapies de couple ». Mais si les deux antagonistes étaient passés devant le maire pour des raisons différentes !

« Bien sûr pour créer une famille, mais également un couple ! » Ou bien « pour créer un couple mais d’abord pour avoir des enfants ! ». Alors, maintenant ? Les enfants partent, peu à peu, alors le « nous » existe-t-il encore ? Bien des séparations se situent là, dans cette phase relationnelle. Autre discours également : « J’ai voulu me marier parce que je l’aimais. » Aimer quoi en lui ? Le bon géniteur ? Le futur père de vos enfants ? Comme compagnon de vie ? Sujets tant traités dans nos cabinets, entraînant de profondes réflexions.

De toutes manières dans le « désir d’enfant », nous retrouvons bien de « l’ego centré », sous diverses formes. Il peut être sécurisant de penser qu’après la mort quelque chose reste, se dit de nous. Nous ne sommes pas tous reconnus comme méritant une rue, une avenue, un boulevard, une tour. Nous ne sommes pas tous célébrés ! Nous pourrions narrer encore beaucoup d’autres exemples, croisés dans notre pratique.


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Redécouvrir l'intimité érotique dans son couple.

Le couple en toute intimité

Par Brigitte LAHAIE - Animatrice sur RMC

Revue Sexualités Humaines n°21

La sexualité humaine est assez peu comprise. J’ai surtout constaté, en écoutant les confidences des auditeurs au fil du temps, que la majeure partie d’entre eux confondaient sexe, amour, tendresse, intimité et sexualité. D’ailleurs, ils ne s’intéressent au fonctionnement de leurs organes génitaux que lorsqu’ils rencontrent des difficultés, plus particulièrement les hommes.

La femme, quant à elle, aura tendance à subir. Tant mieux si la jouissance est au rendez-vous puisqu’elle aura envie de faire l’amour régulièrement. Sinon, elle tentera rapidement de trouver de bonnes raisons d’éviter les rapports. La sexualité et surtout l’intimité sont nécessaires au bien-être individuel mais pratiquement indispensable au bien-être du couple. Faire l’amour aplanit les conflits si fréquents dans une vie à deux et renforce le lien.Bien sûr, certaines personnes préféreront privilégier l’amour platonique, les relations amicales, et bien sûr la tendresse avec leurs enfants. Mais cette absence de sexe les handicape dans leur évolution personnelle et dans leur construction identitaire. Ce manque d’évolution personnelle provoque une animosité plus ou moins marquée envers
l’autre. Comme si, il ou elle était responsable des inhibitions qui entravent leur construction intime. En fait, l’identité masculine ou féminine passe par le sexe. Sans cette expérience sexuelle que j’ose appeler initiatrice, nous aurons tendance à régler nos comptes vis-à-vis de l’autre genre qui continue à nous faire peur.

LA SEXUALITÉ SACRÉE

Il n’y a pas dix mille solutions pour maintenir une bonne entente sexuelle entre deux êtres au fil des ans. Rares sont les individus qui savent continuerà éprouver du désir pour leur partenaire naturellement. Pour moi, il y a trois grands axes :
• le jeu et la fantaisie qui conduisent vers une sexualité ludique ;
• la fantasmatique, univers particulièrement vaste mais pas toujours facile à faire coïncider avec celle de son partenaire. De toute façon, tout le monde n’y a pas accès ;
• la sexualité sacrée.

J’ai choisi de m’attarder sur cette troisième solution parce qu’elle me semble la plus intéressante. D’abord parce qu’elle est trop peu évoquée en sexologie et trop souvent associée au Tantra, ce qui, nous allons le voir, n’a justement rien à voir. La sexualité sacrée non seulement améliore les relations intimes, mais permet aussi une évolution personnelle qui rend la vie plus sereine. Je fais une réelle distinction entre sexualité sacrée et Tantra, je ne suis pas fan de cette appellation trop souvent mal utilisée en Occident. D’ailleurs, dans son pays d’origine le Tantra n’est pas spécifiquement sexuel. C’est plutôt une philosophie spirituelle qui a pour but d’élever notre conscience. La sexualité sacrée n’est pas une démarche ésotérique réservée à quelques initiés.

C’est une sexualité entre humains qui profitent de leurs échanges pour s’améliorer dans leur construction psychique. Ce qui me fait dire que le couple est un excellent chemin spirituel ! Contrairement au sexe qui n’engage, si je puis dire, que nos organes sexuels, la sexualité engage également notre affect. C’est toute la différence entre la pornographie qui ne montre que deux
sexes qui se rencontrent, et tout autreoeuvre qui utilise la dimension psychique des antagonistes qui font l’amour. Mais dans la sexualité sacrée, il y a ce petit plus qui nous échappe : la sexualité sacrée permet de réunir l’être dans sa globalité.

Lorsque les organes génitaux se rencontrent, les autres centres énergétiques des partenaires se mettent plus ou moins au diapason. Si vous mettez un homme et une femme allongés l’un sur l’autre, les deux sexes à peu près au même niveau, vous aurez ensuite les coeurs au diapason mais également les plexus solaires, la gorge, etc.

Ces zones, véritables centres énergétiques (appelés chakras), sont situées tout le long de notre colonne vertébrale. Intéressons-nous tout particulièrement aux sept principaux, chacun vibrant plus ou moins. En examinant comment chaque centre fonctionne chez un individu, nous pourrons aisément voir quels sont ses atouts et quelles sont ses inhibitions sur le plan général mais qui forcément auront des répercussions sur le plan sexuel. Ensuite, il suffira de lui indiquer comment il peut renforcer ceux qui circulent bien et débloquer les autres.

Ainsi, en examinant attentivement chaque partenaire dans son fonctionnement, on peut, de manière presque rationnelle, expliquer pourquoi sa sexualité rencontre un dysfonctionnement. En fait, lorsque j’entends un auditeur, je tente très rapidement de comprendre où se situe le blocage. En règle générale, il ou elle va rapidementcritiquer la façon de faire l’amour de son ou sa partenaire. C’est bien connu, il est plus facile de remettre l’autre en cause que soi-même, tous les thérapeutes le savent bien. Mais la manière dont son partenaire va être critiqué est assez révélatrice de la problématique de la personne que j’ai au bout du fil. Il suffit d’entendre les plaintes, les critiques, la victimisation, la colère, toutes ses émotions ne proviennent pas du même centre.

En étudiant les centres énergétiques, nous pouvons accéder à cette lecture nouvelle et donner au patient des exercices adaptés afin qu’il libère son être. Car accéder à une sexualité harmonieuse, c’est d’abord se libérer de son carcan. Le corps, tout particulièrement dans notre monde occidental, est vécu de l’extérieur alors qu’il doit être vécu de l’intérieur. Ceux qui pratiquent le yoga, par exemple, le comprennent bien. Mais je peux vous donner un exemple très concret, l’éjaculateur précoce ne ressent pas, il est focalisé sur sa partenaire et réagit de manière mécanique. Dès qu’il prend conscience de ce qui se passe en lui, il parvient à des résultats intéressants.

LES CENTRES ÉNERGÉTIQUES

Le premier centre, situé au niveau du périnée, symbolise nos besoins primaires. Il nous relie à la terre. Surnommé « chakra racine ». Blocage : s’il n’est pas éveillé, l’individu ne peut pas se sentir en vie, il sera dans l’incapacité de se construire une identité. Il aura tendance à se perdre dansles autres et sa sexualité sera souvent instinctive. Nous sommes dans un plan,de conscience primaire. Il ne fait pas l’amour, il fait du sexe. Sa satisfaction est plus importante que son ou sa partenaire et d’ailleurs il y a souvent une agressivité assez forte. Au fond, n’importe quel partenaire peut lui convenir. Si le chakra racine n’est pas respecté par le partenaire, l’individu ne pourra pas se sentir en sécurité et n’aura pas la capacité d’assouvir ses besoins élémentaires.

Il sera toujours sur ses gardes et l’abandon nécessaire à une sexualité harmonieuse sera compliqué. L’auditeur qui est bloqué à ce niveau est souvent très revendicatif et critique de manière agressive son partenaire. La solution : lui faire prendre conscience qu’il a peur de vivre. Sans doute n’a-t-il pas été assez sécurisé durant son enfance. Il doit développer son émotionnel en repérant ses accès de colère ou de déprime qui sont toujours dus à une insécurité. Il doit apprendre à ne plus être d’un corps animal. Le sport est un bon moyen de canaliser cette énergie encore très brute.

Le couple : il doit veiller à satisfaire ses besoins de sécurité. Le manque d’argent par exemple est souvent néfaste pour ce niveau et provoque une absence de sexualité ou une sexualité avide sans réceptivité au désir du partenaire.

Le second plan est le centre sexuel par excellence mais il est aussi le centre de nos émotions. Il contient donc une énergie importante et il est évidemment essentiel dans la vie de couple. Ce centre se trouve dans le bas-ventre, au centre même de notre corps. Tracez une ligne entre l’anus et le nombril ; au milieu de cette ligne se trouve ce centre énergétique. S’il est vécu de manière encore immature, le partenaire recherchera la fusion et aura tendance à devenir dépendant de son partenaire. Cela peut entraîner des jalousies ou des instincts de possession. Bien vécu, la construction de l’identité sexuelle permet une assise et une force pulsionnelle positive.

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