Catherine Leboullenger

Education sexuelle. Stéréotypes de rôles

Par Catherine LEBOULLENGER - Conseillère principale d’éducation. Poissy. Formatrice académique en éducation à la sexualité. Chatou.

En classe de 3e, nous avons choisi de travailler cette année les stéréotypes de rôles afin de permettre aux adolescents de mieux comprendre comment ces stéréotypes sexuels pouvaient influencer leurs attentes.

Cette décision est venue de l’institution s’interrogeant sur la façon de s’habiller des filles, surtout lorsqu’elle lui demandait un effort d’élégance lors des journées organisées lors de soutenance de rapports de stage. La plupart des filles revêtaient ces jours-là des tenues très « féminines », minijupes dénudant largement leurs jambes et talons très hauts, décolletés « ravageurs» les transformant en « objets sexuels » désirables, cette tendance se renforçant dans la filière professionnelle.

Les garçons, prosaïques, s’habillaient de costumes noirs, bleus ou gris, les transformant en comptables affairés. En séance, nous avons opté pour le groupe de discussion. Nous avons donné
la consigne de constituer deux groupes, l’un de filles et le second de garçons, devant lister les avantages et les inconvénients d’être de l’autre sexe. Un des garçons, Sean, est resté un moment au milieu de la salle, pour finalement regagner son groupe de pairs, après notre question : « Alors, Sean, chez les filles ou chez les garçons ? » Un petit clin d’oeil au genre.

Les réponses des filles ne nous ont pas surprises. Les garçons sont forts, musclés, ont la possibilité de « faire pipidebout », ils peuvent sortir le soir, ne font pas le ménage mais ils se battent, ne pensent qu’à « ça », leurs érections involontaires peuvent les gêner... Les garçons pensent que l’élégance et la séduction sont réservées aux filles mais elles sont fragiles, elles pleurent souvent, elles « ont leurs règles », portent les enfants dans leur ventre, accouchent (« ça fait mal »), restent davantage à la maison, ont des salaires moins élevés que les hommes, peuvent être violées…

Les trois dimensions de la sexualité humaine, physiologique, psycho-affective et sociale. Nous en profitons « pour tordre le cou » aux stéréotypes et interroger les préjugés. Il apparaît évident et observable que les femmes sont plus petites que les hommes : phénomène naturel ou culturel ? Tous les élèves présents ont répondu « naturel ». Nous leur faisons part des derniers résultats des recherches. Si les femmes depuis des générations sont plus petites, cela est dû au fait qu’elles auraient été moins bien nourries que les hommes alors qu’elles ont en général besoin de plus de
protéines pour enfanter et allaiter. Cependant, de l’Inde au Burkina Faso, en passant par la Dordogne, les femmes mangeaient les restes laissant les morceaux maigres aux hommes, particulièrement en période de disette.

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Violence sexiste. Catherine LEBOULLENGER

Revue Sexualités Humaines 21


Par Catherine LEBOULLENGER - Conseillère principale d’éducation. Poissy. Formatrice académique en éducation à la sexualité. Chatou

A l’approche de l’entrée dans la vie amoureuse, il convient de mener des actions de prévention de la violence dans les relations amoureuses des jeunes. Je présente alors une saynète à jouer sur une forme de contrôle abusif :

Charlotte attend que son copain vienne la chercher pour aller ensemble chez des amis. Elle est impatiente et joyeuse d’arborer la jupe qu’enfin sa mère a accepté de lui acheter, cette jupe, Denis,
son petit copain, l’avait particulièrement admirée quand une de leurs copines la portait… Denis arrive, la regarde des pieds à la tête d’un air furieux. Il n’admet pas qu’elle sorte habillée comme ça… après un petit échange, il conclut : sur Julie, c’était très bien mais toi, c’est pas pareil; tu es ma copine ! Alors c’est simple, si tu veux qu’on sorte, tu m’enlèves ça tout de suite et tu mets ton jean !


Je propose à des élèves de 3e de jouer la scène. Ils le font littéralement sans se poser de questions. Différents « acteurs » se succèdent, tellement ils se montrentfriands de jouer. En ZEP, j’ai affaire à d’excellents « acteurs ». Un débat suit, très animé. La distinction entre conseil judicieux et contrôle obligation se fait jour. Des jeunes filles se risquent à affirmer la peur de Denis que Charlotte, trop sexy, séduise d’autres personnes. D’autres affirment que les filles doivent se montrer discrètes et s’habiller « convenablement ».

Sur la question de savoir si « on a le droit » ou « non », les positions sont claires : « on n’a pas le droit d’imposer aux filles de s’habiller de telle ou telle façon. Elles doivent être libres de s’habiller comme elles le désirent et de se voiler si elles le décident toutes seules. » J’aborde alors les
injonctions inconscientes dictées par une religion, une famille, une société, une façon d’aborder les normes. Le lien entre deux types de situation, privée entre deux copains et politique, entre pouvoir
masculin et soumission imposée aux femmes, s’est imposé. Les jeunes ont utilisé des éléments de connaissance donnés par leurs enseignants dans leur programme d’histoire et d’éducation civique.

La scène est rejouée différemment plusieurs fois en tenant compte des dimensions nouvelles abordées. Le plus souvent, Charlotte parvient à convaincre Denis de sortir avec sa jupe.

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