andropause

L'andropause. Patrick Leuillet

Si la réalité de la ménopause est incontestable, en revanche bien des spécialistes ont longtemps douté, et certains doutent encore, de l’existence d’un phénomène
masculin équivalent.


Si l’on parle abondamment de la ménopause et de son hormonothérapie qui font l’objet de recherches constantes, même si les données sont parfois contradictoires, à l’opposé on a, jusqu’à une époque récente, moins volontiers parler de l’andropause, comme si, en étant volontiers provocateur, on en faisait une « maladie honteuse », comme si l’andropause signifiait qu’un homme cesse d’être un homme. Cela s’explique sans doute par le fait qu’elle ne marque pas l’arrêt de la fertilité masculine et que tous les hommes ne sont pas concernés.

L’andropause ne se traduit pas par une frontière bien nette, avec un avant et un après, mais plutôt par une baisse partielle, progressive, inconstante et variable selon les individus de la testostéronémie, pouvant être à l’origine chez certains hommes d’un ensemble de signes cliniques divers dont le collectif doit alerter le clinicien en vue d’une prise en charge. Nous y reviendrons. Par ailleurs, il faut être prudent et ne pas étiqueter andropause ce qui est de l’ordre du vieillissement physiologique masculin.

De fait, le terme d’andropause paraît peu adapté. Il ne devrait plus être utilisé (Wagner et Costa, 2013). C’est à Werner en 1939 que l’on doit la première description du « male climactere» et ce n’est qu’en 1952 que le mot « andropause » est apparu dans le dictionnaire de la langue française, repris par Henker en 1977 pour désigner une symptomatologie clinique masculine pendant de la ménopause chez la femme. De nos jours, on parle plutôt de « Partial Androgen Deficiency of theAging Male » (PADAM), et en France le terme de syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge (SDT) est préconisé par le comité d’andrologie de l’Association française d’urologie (AFU) (Wagner et Costa, 2013). Autre dénomination courante, le « Déficit androgénique lié à l’âge » ou DALA.

Même si les hommes ne souffrent en effet d’aucun arrêt franc ni de la fertilité, ni de l’activité sexuelle, ni de la sécrétion d’hormones mâles par les testicules, néanmoins de nombreuses recherches démontrent que chez une proportion non négligeable de la population masculine peut survenir, avec l’âge, un déficit de la sécrétion de testostérone qui s’accompagne d’un ensemble de symptômes cliniques variés qui peuvent s’avérer délétères pour la qualité de vie. Ceci dit, la baisse générale et progressive des sécrétions testiculaires constatée par les différents travaux ne s’accompagne pas systématiquement d’un déclin brutal des aptitudes physiques et les valeurs de la testostérone plasmatique restent en général au-dessus des valeurs les plus basses observées chez les jeunes hommes bien-portants (Belaïsch, 2007 ;Bondil, 2008 ; Wagner et Costa, 2013).

De ce fait, on ne peut réellement parler d’« andropause » qu’en présence d’un déficit biologique androgénique associé à des signes cliniques évocateurs, notamment sexuels, et non face à une « presbybiologie sexuelle » isolée qui reste tout à fait compatible chez nombre de sujets âgés avec la poursuite d’une vie sexuelle (Bondil, 2008).

QU’EN EST-IL DU DÉFICIT ANDROGÉNIQUE LIÉ À L’ÂGE ?

Avec l’avancée en âge, dans une société où l’amélioration de l’espérance de vie est particulièrement nette dans les pays développés, on voit apparaître chez certains hommes des symptômes ressemblant à ceux observés en cas d’hypogonadisme. Dès les années 1980, plusieurs études transversales ont démontré une diminution de la testostérone circulante au cours du vieillissement chez l’homme en dehors de tout contexte pathologique. Cette diminution de la testostérone avec l’âge a été confirmée par des études longitudinales au début des années 2000 permettant de mieux cerner l’évolutivité de celle-ci. Cette diminution débute tôt, dès la troisième décennie, avec une décroissance constante, progressive, sans cassure brutale, pendant toute la vie, avec des variations individuelles (Lejeune, 2001). Par ailleurs, cette diminution est d’environ 1 % par an pour le taux de testostérone totale et s’accompagne d’une augmentation de la sécrétion de la protéine de transport, le SHBG, et d’une disparition de son cycle nycthéméral. Le taux de testostérone libre diminue aussi, un peu plus tardivement (vers 35 ans), mais avec une pente un peu plus prononcée de 1,5 % par an (Soustelle et al., 2007 ; Wagner et Costa, 2013).

Cette distinction entre testostérone totale et testostérone libre est importante car la fréquence de l’hypogonadisme de l’homme, dans la population générale, est différenteselon que l’on considère la testostérone totale ou biodisponible. Cette dernière fraction, mesurant la fraction de la testostérone disponible pour les cellules cibles, est seule facilement mesurable, contrairement à la fraction libre dont la mesure relève de méthodes très peu disponibles. Selon une étude de Vermeulen et al. de 1996 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), en dosant la testostérone totale, le pourcentage de sujets ayant une valeur inférieure à la normale des jeunes est de 7 % entre 40 et 60 ans, 22 % entre 60 et 80 ans, et atteint 37 % après 80 ans. Selon une étude de Tenover en 1997 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), 50 % des hommes de plus de 55 ans pourraient être concernés si l’on se réfère au taux de testostérone biodisponible.

Comme l’attestent de nombreux auteurs, l’hypogonadisme de l’homme vieillissant est donc une réalité. Ceci dit, comme déjà souligné, il n’est pas synonyme de pathologie et l’on parle de contexte d’« andropause » devant un cortège de symptômes évocateurs. Je reprendrai volontiers la définition suivante de l’andropause donnée par l’International Society for the Study of Aging Male : « Syndrome biochimique associé à l’avancée dans l’âge et caractérisé par une diminution des androgènes dans le sérum avec ou sans diminution de la sensibilité aux androgènes. Il peut induire une altération de la qualité de vie et affecter la fonction de plusieurs organes. » (Soustelle et al., 2007 ;Wagner et Costa, 2013). Cette définition met bien l’accent sur la présence ou l’absence d’une éventuelle altération de la qualité de vie chez les hommes concernés, notamment au niveau de la sexualité.

QU’EN EST-IL DE LA QUALITÉ DE VIE ET NOTAMMENT DE LA SEXUALITÉ DES SENIORS ?

Sans vouloir trop insister, il me paraît nécessaire de faire un bref rappel sur l’originalité de la sexualité du senior masculin, afin de mieux appréhender la demande clinique et la prise en charge éventuelle. Les travaux de référence demeurent ceux de Masters et Johnson (1966). Après la cinquantaine, du point de vue purement physiologique, la fonction sexuelle de l’homme subit des modifications caractéristiques.


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