aménorrhée

"C'est le moment ou jamais" : Ménopause et sexualité.

Par Brigitte Letombe

Si au XVIIIe siècle seulement 30 % des femmes atteignaient l’âge de la ménopause, aujourd’hui, heureusement, elles sont 90 % à l’atteindre, ce qui correspond à 400 000 nouvelles femmes chaque année en France. L’espérance de vie des femmes étant de 85 ans, c’est un tiers de leur vie qu’elles passeront ménopausées.


La ménopause ne sonne plus le glas de la sexualité ni de la féminité pour la « génération pilule ». Il n’est donc pas question
d’occulter les problèmes psychosexuels liés à cette longue période de vie. De nombreuses études internationales se penchent désormais sur la sexualité et ses problèmes, ce dont on ne peut
que se réjouir d’autant qu’enfin elles s’intéressent aussi à la sexualité féminine. La plus importante d’entre elles retrouve une prévalence de problèmes sexuels féminins de 43 % (plus que chez les hommes...), si globalement on y note une amélioration des dysfonctions sexuelles avec l’âge, il n’en va pas de même avec la sécheresse vaginale et de ses conséquences qui augmentent dans la 5e décade.Incontestablement, la symptomatologie climatérique et la carence estrogénique de la transition ménopausique (et la perception de l’âge qui en découle) se conjuguent à des facteurs psycho-socio-professionnels, relationnels (conjugaux, familiaux) pour aboutir à des répercussions sur la fonction sexuelle et la qualité de vie.

La consultation de la transition ménopausique ou de la ménopause confirmée s’avère être particulièrement propice à l’instauration (s’il n’a pas encore eu lieu) d’un dialogue sur la santé sexuelle. Nombre de femmes souffrent de difficultés sexuelles à cet âge. Si certaines s’enhardissent et osent nous en parler, beaucoup avouent qu’elles espèrent que ce soit les professionnels de santé qui les interrogent spontanément sur cet aspect de leur qualité de vie. Les femmes jusque-là satisfaites du fait de toutes ces modifications physiques et psychologiques personnelles (ou de leur partenaire) pourront être amenées à faire face pour la première fois à des difficultés nouvelles. Quant à celles qui jusque-là souffraient mais n’osaient en parler, elles s’enhardissent alors souvent grâce à l’alibi fourni par la ménopause déculpabilisante permettant
une verbalisation de troubles bien antérieurs mais non exprimables jusque-là.

Le rôle du médecin est là majeur pour expliquer la physiologie des phénomènes de vieillissement, évoquer les moyens thérapeutiques éventuels à disposition, mais aussi pour rassurer, autoriser.
L’aménorrhée ménopausique n’est en effet plus vécue au XXIe siècle comme la retraite de l’utérus et de la sexualité ! Le changement d’attitude sociétale et médiatique vis-à-vis de la sexualité « des seniors » et des femmes, juste retombée du phénomène « Viagra », avec l’apparition des femmes « couguar », en est un peutêtre un signe. En France, des études récentes montrent bien par ailleurs que sur ces vingt dernières années, la fréquence des relations sexuelles et la satisfaction sexuelle ont augmenté chez les femmes de plus de 50 ans.Reste quand même que la ménopause est une étape très particulière dans la vie d’une femme, moment d’extrême fragilité où la relation aux enfants, aux parents, au sexe opposé est en pleine mouvance. C’est le temps des changements professionnels, voire de la retraite, du départ des enfants, des modifications corporelles accompagnant l’arrêt des règles. Cette période de changements, de pertes, de dévalorisation (encore souvent lue dans le regard des autres) est une période de crise qui s’accompagne d’un sentiment de danger, d’urgence du temps qui passe, d’urgence à utiliser le temps qui reste : « C’est le moment où jamais. »

Chaque femme, face à ces changements de repères, devra mobiliser ses capacités adaptatives, réagira différemment en fonction de sa structure mentale et de son vécu pour lutter dans une société qui, même si elle s’en défend, supporte encore mal la « maturité » et la vieillesse, synonymes toujours de chute de performance voire de déchéance.

PRÉVALENCE DES DSF


Selon les études, elle varie de 20 % à 50 % tout âge confondu, et pour les femmes de 40 ans et plus, de 33 % à 51 %. Ces prévalences varient très largement en fonction des DSF étudiées, ainsi pour les troubles du désir cela va de 6 % à 43 %, pour les troubles de l’orgasme de 23 % à 34 %.
Les différentes définitions, méthodesd’étude, type de population étudiée (âge transition ménopausique ou ménopause installée), d’instruments employés validés ou non ainsi que l’utilisation ou non de la détresse personnelle en conséquence, expliquent ces grosses variations de chiffres et doivent nous laisser perplexes quant à la vraie prévalence des DSF.


NOTION DE DÉTRESSE


Les troubles de la sexualité responsables de détresse touchent globalement 12 % des femmes, de façon plus fréquente entre 45-64 ans (14,8 %), contre 10,8 % des femmes plus jeunes et 8 % des plus âgées. On peut en conclure que la période ménopausique semble ainsi être la plus critique.
L’impact de l’âge sur la fonction sexuelle et sur les DSF étudié dans la revue de la littérature par Hayes et Dennerstein montre qu’il existe avec l’âge chez la femme une baisse de la fonction sexuelle, spécifiquement au niveau du désir, de l’intérêt sexuel et de la fréquence de l’orgasme. Le niveau de détresse lié à ces difficultés reste quant à lui stable avec l’âge. Globalement, si l’on s’en tient à l’activité sexuelle, il semble que 75 % des femmes de 40 à 69 ans se déclarent sexuellement actives, dont deux tiers se disent satisfaites, ce qui correspond aux même taux que les plus jeunes femmes.

IMPORTANCE DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE JUSQUE TARD DANS LA VIE


Dans l’enquête de Laumann réaliséesur 26 000 personnes entre 40 et 80 ans dans 29 pays, 79 % des hommes et 65 % des femmes de 60 à 69 ans estiment que la sexualité reste importante pour eux, et c’est toujours important pour 64 % des hommes et 37 % des femmes de 70 à 79 ans. La même enquête confirme la fréquence toujours importante des rapports sexuels à cet âge. 70 % des hommes et 64 % des femmes pensent que la capacité sexuelle diminue avec l’âge, mais lorsque les auteurs les interrogent sur l’âge auquel cela se produit, les réponses sont les suivantes: les 40-49 disent entre 60 et 69 ans, les 50-59 à partir de 70 ans et les 60-69 à partir de 75 ans… donc toujours pour la décennie suivante !

IMPORTANCE DE L’ÉTAT DE SANTÉ GLOBAL ET DU PARTENAIRE DANS LA LONGÉVITÉ DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE


Si l’espérance de vie est de 85 ans pour les femmes en France, il faut modérer l’enthousiasme par l’âge moyen d’espérance de vie sans invalidité qui est chez nous de 63 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes. Une enquête récente sur 3 005 hommes et femmes aux USA montre que 73 % des 57-64 ans, 53 % des 65- 74 et 26 % des 75-85 ans ont une activité sexuelle, le facteur déterminant étant la présence de problèmes de santé, une des raisons les plus fréquentes d’inactivité sexuelle pour lesfemmes de cette étude étant un problème de santé masculin (64 %) ou un manque d’intérêt sexuel (51 %). Ce qui corrobore les conclusions déjà anciennes de Pfeiffer et al. qui montraient que l’arrêt de la sexualité qui se situait à 60 ans pour les femmes et 68 ans pour les hommes était imputable au conjoint et non à l’épouse.

LONGÉVITÉ NOUVELLE DE LA VIE SEXUELLE ET IMPACT DU STATUT CONJUGAL


Quand même, force est de constater, comme l’a montré récemment Beckman et al. dans une population de 1 506 adultes (946 femmes et 560 hommes) suivie entre 1971 et 2001, que les choses changent : les septuagénaires de 2000 sont 54 % à avoir eu une activité sexuelle dans l’année écoulée, ils n’étaient que 30 % en 1971; chez les femmes mariées, le taux est passé de 38 % à 56 %, chez les femmes célibataires de 1 % à 12 %. On note par ailleurs une proportion
de divorces et de nouveaux couples  qui augmente avec une proportion de satisfaction sexuelle qui s’avère élevée.

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