Rencontres sous le tipi. Par Pierre-André Bizien pour Revue Sexualités Humaines 12 - Page 3

Loin de déboucher sur les affres de la concupiscence et autres débauches babyloniennes, la permissivité tribale amérindienne était génitrice d’ordre et de morale. Flamboyant paradoxe, qui n’échappa pas aux scrupuleux pères jésuites. Un observateur pouvait ainsi constater : « Même si l’adultère n’était pas légalement une offense, les maris ne s’y adonnaient en aucune façon évidente (…) les hommes s’abstenaient de leurs épouses durant de longues périodes chaque année et des couples restèrent unis même dans les cas où des maris devinrent définitivement impotents à cause de maladie. »

D’autre part, monogamie et polygamie s’enchevêtraient souplement, hormis au sein des quelques peuplades exclusivement régies par la première (Iroquois, Hurons). Il arrivait fréquemment qu’en raison de l’ampleur des tâches domestiques qui lui incombait, l’épouse demande à son mari de prendre une autre femme ; dès lors, le travail au sein du tipi serait partagé plus équitablement. Certains guerriers et chefs Indiens pouvaient cumuler cinq épouses, en raison de l’abondance des services qu’ils devaient à la collectivité (présents, festins…).

Le fait est clair : c’est bien le statut économique qui conditionnait avant tout le statut marital, comme l’attestent de nombreux exemples. Ainsi, à l’occasion des longues périodes de chasse, il était fréquent qu’un chasseur déjà marié contracte une nouvelle union : il s’agissait d’un mariage temporaire avec une « femme de campagne » qui troquait alors services sexuels contre nourriture. Lorsque l’absence de l’époux s’éternisait, la femme restée au campement pouvait s’offrir un concubin de circonstance. Dès lors, libre à elle de garder l’homme de son choix lorsque le mari serait enfin de retour ; le divorce était permis, et la proximité de la fratrie anéantissait tout risque de violence conjugale en retour. Fasciné par ces étonnantes pratiques culturelles qu’il observait au XVIIIe siècle, l’abbé Lafitau alla jusqu’à parler de… gynécocratie…

 

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