LE PORNO : thérapie ou résilience ? - Page 2


 
Un impératif : le clivage
Un réel clivage entre amour et sexualité, entre sexualité mécanique et sexualité amoureuse, est certainement nécessaire pour vivre et agir librement la pornographie professionnelle. La plupart des acteurs et des actrices porno peuvent ainsi sans problème avoir une relation sexuelle privée au sortir d’un tournage X, sans « période réfractaire » à respecter. Cela semble beaucoup plus simple – et presque naturel – pour les hommes qui, en raison d’une sexualité plus mécanique, peuvent facilement avoir une relation sexuelle dénuée d’affects. Les actrices du X ont également cette capacité, vraisemblablement en lien avec l’histoire personnelle qui les a amenées, souvent dès l’enfance et par ce qu’elles ont vécu, à pratiquer ce clivage de façon défensive. Cette capacité semble enfin plus facilement l’apanage des nouvelles générations féminines ayant très tôt vécu des pratiques extrêmes ou la banalisation d’un sexe hard et purement physique (skin parties, soirées « no limit »).
Nous voyons dès à présent combien vie intime et vie professionnelle sont à la fois liées (comportements sexuels très proches) et séparées (sexe sans affect voire sans attirance dans le cadre professionnel) pour qu’une cohérence personnelle soit possible dans une telle vie hors du commun.
 
La vie de couple 
A la question : « Vous a-t-il été possible ou vous a-t-il paru possible d’avoir une relation amoureuse et/ou sexuelle concomitante à votre activité professionnelle ? », les trois hommes de notre étude ont répondu « oui », tandis que les femmes étaient plus partagées : trois d’entre elles affirmaient que cela leur était possible, deux autres répondaient « non », une dernière estimait que c’était « compliqué ». 
La place de compagnon d’actrice porno est cependant très difficile à assumer pour un homme. En effet, comme l’explique Karen, la difficulté est de deux ordres : « On est tous conditionnés à croire que quand on est amoureux on doit être monogame mais, même quand l’homme aimé arrive à comprendre qu’il y a une différence entre sexe et sentiments, il est aussi victime du jugement social, qui le voit comme une victime ou un cocu ! De plus, lorsqu’on n’a jamais tourné dans un film X, on ne peut pas comprendre cette ambiance très particulière de sexe complètement décomplexé, on imagine quand même toujours qu’il y a des sentiments et il est très difficile de se rendre compte du détachement avec lequel on peut avoir une relation purement physique. Il y a enfin la jalousie naturelle qui peut se manifester, mais dans ce cas c’est pire car tout le monde est au courant. » Joyce, actrice depuis trois ans, témoigne des difficultés de la rencontre : « Pour nous, la première fois avec un homme est toujours compliquée. La majorité des partenaires sexuels ont peur. C’est très difficile d’avoir un partenaire d’une nuit, car en général les hommes ont une panne. Ils sont trop impressionnés et n’y arrivent pas. Au début, c’est assez perturbant. » Ce partenaire doit en effet faire face à l’image stigmatisée et survalorisée de sa partenaire mais aussi à sa propre anxiété de performance.
La tâche est encore plus ardue pour un homme souhaitant vivre en couple avec une actrice X : à ces difficultés déjà considérables s’ajoutent une jalousie exacerbée par la multiplicité des « infidélités professionnelles » et le jugement moral dévalorisant.
Les acteurs et actrices vivent cependant parfois en couples, les couples plus propices à une certaine durabilité semblant être constitués soit de deux acteurs X (homme et femme), soit d’un homme candauliste et d’une actrice X.
 

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