Le fil rouge de l'inconscient : L’approche psychodynamique face aux troubles de la sexualité humaine. Par Jean-Marie SZTALRYD pour Revue Sexualités Humaines - Page 2


 
La question du consentement
En toile de fond de toutes ces réflexions, se pose la question de la norme avec ce point de capiton que représente le concept de consentement. Il mérite notre attention dans la mesure ou c’est un concept frontière utilisé par tous les théoriciens pour marquer la limite entre l’autorisé et l’interdit. Consentement vient du latin « consensus », l’accord, l’acquiescement à quelque chose. Il est difficile d’en définir les contours et les enjeux ; il a parfois l’allure moralisante, réductionniste et molle du plus petit dénominateur commun. Parfois, il touche au sacré. Le consentement implique le lien social. Vivre ensemble implique l’accord des humains autour de certaines règles. En fait, cet accord ne se produit jamais dans une communauté sans que soit désigné un objet contre lequel cet accord se réalise. « Le consensus, écrit le sociologue André Akoun, implique toujours une relation d’exclusion et de mort comme condition du lien érotique. » (Nous avons comme exemple célèbre le mythe freudien du père de la horde.) De fait, la fraternité ne s’organise que par déplacement de l’agressivité des membres du groupe sur un bouc émissaire. Les boucs émissaires actuels sont les minorités : prostitués, transsexuels, gays, lesbiennes, sadomasochistes, mais aussi les impuissants, les frigides, les sans-désir fixe… Derrière tous ces rapports de sexe, on trouve des questions, des interprétations, des revendications différentes quant à la façon dont le sexe se traduit en genre et s’articule ou pas à la sexualité, au désir et au plaisir.
 
Désir… plaisir
Au-delà donc des discours simplificateurs, posons avec Freud le désir et le plaisir en principe et examinons, interrogeons les possibles.
Je présenterai donc maintenant une remarque, deux définitions du désir et trois sources : une freudienne, une platonicienne et une étymologique.
 
La sexualité humaine qui n’est jamais simple nous conduit donc à la question du désir. Pourquoi ? Par ce que c’est à la fois une réalité biologique, génétique, procréatrice, nécessitant une satisfaction ; elle est dépendante de l’histoire sociale et culturelle des valeurs, des idées, qui infléchissent normes et habitudes sexuelles à l’insu des individus. La psychanalyse nous a appris que la sexualité humaine est une histoire individuelle. C’est en fait parce que les hommes sont structurés, construits par le langage qu’ils peuvent donner une signification à leurs pulsions sexuelles en les traduisant en termes de désir.
 
Dans le dictionnaire, on trouve deux grandes définitions du désir :
« C’est la prise de conscience d’une tendance particulière qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé. »
Dans cette définition, on a le désir en creux du côté de la tendance, c’est-à-dire la force qui pousse un sujet à vouloir quelque chose.
 
Le mot désir s’oppose donc au mot vouloir qui désigne un mouvement libre de la personnalité auquel on se détermine d’une manière réfléchie. Désirer indique un entraînement fatal et passionné que l’on subit. Cet entraînement fatal et passionné est du côté de l’inconscient, du côté du désir inconscient.
 
La deuxième définition, c’est « une tendance consciente aux plaisirs charnels ».
Cette définition implique donc les désirs charnels, sensuels, sexuels, voluptueux, physiques ; ces désirs pouvant être stimulés, augmentés, exagérés, assouvis mais aussi insatisfaits, impossibles, absents. Et nous sommes là dans la palette de ce dont s’occupent les thérapeutes s’intéressant à la sexualité.
On retrouve dans cette définition le mot tendance qui implique a minima les notions de mouvement et d’énergie .
 
 - Freud a unifié sous le concept de libido, de désir, tout ce qui appartient au registre de l’énergie psychique de la pulsion sexuelle, c’est-à-dire une grandeur quantitative, quoique non mesurable, dont la répartition et les déplacements devraient permettre d’expliquer la parution des phénomènes psychiques ou psycho-sexuels. Le désir est de même nature chez l’homme et chez la femme.
- Lacan ajoute la dimension du désir liée à un manque qui ne peut être comblé par aucun objet réel.Cette thèse trouve sa source dans le mythe platonicien de l’Androgyne.
- Platon nous propose donc dans Le Banquet ce mythe de l’Androgyne, être à la fois homme et femme trouvant en lui-même le bonheur. Ces êtres immortels imaginés sphériques formaient une totalité, sans nécessité de désir et de parole car étant l’unité et la complétude parfaites. Ils furent un jour divisés en un homme et une femme et, depuis, le désir c’est la recherche de cet autre qui manque afin de retrouver l’unité perdue.
 

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