Abus sexuel et art-thérapie. Par Leila AL HUSSEINI pour Sexualités Humaines 12 - Page 3


 
3- La rêveuse
Helen est une dame d’origine anglaise, elle a 56 ans et est venue me voir il y a deux ans pour des séances d’art-thérapie, précisant dès le départ qu’elle a besoin d’un moyen d’expression. Elle dit avoir fait d’autres thérapies sans qu’elles aboutissent à alléger ses difficultés multiples : douleurs diffuses, stress et angoisse et sentiment de honte. Helen divorce après vingt ans d’un mariage difficile avec un mari violent et possessif et avec lequel elle a eu trois enfants. Helen a quitté l’école après les études obligatoires et n’a pu faire aucune formation professionnelle. Depuis son divorce, elle vit seule et travaille comme réceptionniste.

Helen est une belle femme rêveuse ; elle impressionne par sa manière d’être et par son comportement spontané qui fait penser à celui des enfants. Depuis deux ans, elle vient deux fois par mois. Elle vit le présent et s’applique à raconter sa vie et ses problèmes du quotidien, évoque sa solitude, parle de ses rêves ou cauchemars, de son enfance, de ses souvenirs bons ou mauvais, elle pleure ou rit et réalise des peintures qui surgissent de ses récits.

Un jour, Helen me raconte en pleurant qu’elle a été cambriolée et cette agression fait ressurgir en elle des blessures, des cassures, des souvenirs de portes forcées… et la replonge dans une sorte de sidération et de tristesse qu’elle dit et écrit avoir déjà connues. Trois séances plus tard, je lui demande les raisons de sa tristesse actuelle, elle me dit que c’est le douzième anniversaire de la mort de son père. Pour la première fois, elle me dit : « Je crois avoir été abusée par mon père… » Et dans un collage, elle exprime le trouble de sa situation alors qu’elle avait 4 ans.

Durant les deux mois qui suivent, elle continue à être agitée, insécurisée, comme si l’incident de la porte défoncée avait contribué à faire ressurgir toutes les pertes d’un passé qu’elle a fui. Et, un jour, je lui propose d’essayer, avec des tissus, de reconstituer la situation troublante qu’elle avait partiellement évoquée deux mois auparavant. Tout à coup, Helen saisit des tissus, les découpe, les colle et reconstitue rapidement une scène qui nous surprend, elle et moi, par sa force et son éloquence. Elle n’arrive plus à trouver ses mots en français, sa langue maternelle prend le dessus, elle pleure, et sans vraiment parler, écrit une liste de mots qui expriment ce qu’elle ressent actuellement envers son père.

Pouvoir parler de l’abus après tant d’années lui a permis de se défaire de son sentiment de honte, de sa culpabilité de s’être crue complice de son père. Elle a pu évoquer la soumission totale infligée par son mari et la famille de cet homme qui l’avait mise sous sa domination, lui a fait se teindre les cheveux en brun alors qu’elle est blonde, et parfois l’a enfermée et éloignée du monde. Elle a compris qu’elle ne trouvait refuge que dans ses rêveries et saisi à quel point elle fuyait l’horreur de la réalité en ne faisant confiance qu’à ses rêves. Cependant, elle n’arrivait pas à sortir de cette impasse qui était l’expression de ce que Sami-Ali nomme : « Une temporalité discordante faite de deux systèmes, subjectif et objectif, qui s’annulent mutuellement sans parvenir à s’harmoniser… » Peinture…

D’une séance à l’autre, Helen réussit à établir des liens entre ses problèmes actuels (douleurs diffuses, difficulté à s’affirmer dans son entourage) et sa culpabilité et sa honte liées à cette histoire qui l’a privée à la fois de son père et de sa mère méprisante. Dernièrement, à son travail, elle a pu affronter sa supérieure qui la maltraite et elle a même osé demander à cette dernière de lui présenter des excuses. Helen est décidée à retrouver le contact avec ses enfants qui, sauf le garçon, continuent à prendre le parti du père manipulateur. Pour elle, c’est le projet le plus important de son existence.

Toujours dans le cadre de la thérapie, elle souhaite continuer à écrire et à peindre sa vie, afin que ses enfants comprennent un jour les raisons qui l’ont poussée à les quitter.
 

Pour lire la suite...

bonjour,

Je suis très toucher par votre histoire, moi même, ayant subi l'inceste, a l'âge de huit ans jusqu'à 16 ans, ce n'est pas facile de sortir de la, et de réussir sa vie de femme, les années passe et les souvenirs sont la, je parle pour moi, j'aurai du en parler avant, je serai pas ainsi, aujourd'ui, a ne plus pouvoir avancer, a ne s'avoir quelle direction prendre, j'ai perdu mon identité, et j'aurai tellement voulu grandir comme toutes les autres petite fille, et avoir un métier, je vie pour mes enfants, et plus pour moi, j'ai perdu le coup d'avancer.