Abus sexuel et art-thérapie. Par Leila AL HUSSEINI pour Sexualités Humaines 12 - Page 2


 
2-L’insomniaque
Mademoiselle M. a 45 ans, elle vient me voir parce que, depuis des années, elle n’arrive pas à dormir. Epuisée et déprimée, sans rêve, sans travail et sans amis. D’après elle, rien ne va dans sa vie. A cette situation infernale s’ajoutent d’autres problèmes somatiques : arrêt de ses règles, sensation de vertige et de douleurs diffuses dans tout le corps, plus particulièrement dans le dos.

De quoi faire de sa vie un cauchemar éveillé. Melle M. est d’origine italienne. Elle vit en Suisse alémanique et est la cadette d’une fratrie de trois garçons d’un autre mariage. Son père immigrant est décédé d’un cancer, et sa mère, depuis 4 ans, souffre d’Alzheimer et dépend de sa fille au quotidien. Melle M. dit avoir vécu dans un milieu familial où la violence et la dépression étaient dominantes. Elle a le sentiment que, dans sa famille, personne n’a pu échapper ni à la souffrance ni à la solitude. Pour elle, dans cette famille la victime peut cacher un bourreau et vice versa.

Le travail thérapeutique avec Melle M. sera interrompu après 12 séances, s’étalant sur trois mois. D’après elle, ce sont des raisons pratiques telles que la distance géographique et la difficulté économique qui justifient cette interruption. D’après Sami-Ali, cette interruption est plutôt due à une trop rapide mise en évidence de l’impasse qui a englouti toute sa vie dans une temporalité linéaire. Et comme il l’explique dans son ouvrage L’Impasse relationnelle. Temporalité et cancer :« Une temporalité linéaire, marquée par la nécessité de s’adapter au détriment de la subjectivité avec toujours le risque, en l’absence de tout autre alternative, d’aller droit vers l’épuisement. »

En effet, Melle M. souffrait depuis longtemps de dépression devenue caractérielle, mais ne voyait, dans ses symptômes somatiques, aucun lien avec son vécu. C’est la relation thérapeutique à travers la peinture et les couleurs qui lui ont permis de redécouvrir ses affects et de révéler pour la première fois à autrui un passé lourd et secret : Melle M. devait avoir 6 ans lorsque son demi-frère de 16 ans a commencé à l’abuser.

La petite se trouve presque toutes les nuits transportée de son lit et emportée par son abuseur deux étages plus haut jusqu’à la mansarde où il vit. L’arrivée de la nuit signifiait pour elle ce rituel qu’elle craignait mais ne pouvait fuir. Alors, dans son lit, elle attendait son bourreau. Lorsque je lui demande une image plus précise associée à un ressenti corporel, elle se souvient qu’elle mettait son bras droit sous le matelas pour s’accrocher et essayer de résister à son enlèvement, malgré la douleur de la torsion imposée à son bras droit.

Elle s’étonne lorsque j’attire son attention sur le lien possible entre son insomnie persistante, sa douleur dorsale et la dramatique situation abusive qu’elle a vécue étant enfant. Cette proposition la choque, la sidère. Elle devient pâle, se fige et rejette complètement ce lien. Révélant son désespoir profond et douloureux. Elle me répond que le frère abuseur est déjà mort du sida et que ce n’est pas la peine d’en parler encore.
 Fin de la thérapie.
 

bonjour,

Je suis très toucher par votre histoire, moi même, ayant subi l'inceste, a l'âge de huit ans jusqu'à 16 ans, ce n'est pas facile de sortir de la, et de réussir sa vie de femme, les années passe et les souvenirs sont la, je parle pour moi, j'aurai du en parler avant, je serai pas ainsi, aujourd'ui, a ne plus pouvoir avancer, a ne s'avoir quelle direction prendre, j'ai perdu mon identité, et j'aurai tellement voulu grandir comme toutes les autres petite fille, et avoir un métier, je vie pour mes enfants, et plus pour moi, j'ai perdu le coup d'avancer.