Vaginisme Traitement Solutions

Le fil rouge de l'inconscient : L’approche psychodynamique face aux troubles de la sexualité humaine. Par Jean-Marie SZTALRYD pour Revue Sexualités Humaines

Dans l’enseignement du DIU de Sexologie et de Sexualité humaine de la Faculté de Paris 13-Bobigny, l’approche psychodynamique se caractérise par la prise en compte de la dimension de l’inconscient tant du côté du patient (demande, désir, symptôme), que du côté du soignant (la question du transfert et contre-transfert). Ce choix s’est défini et étayé à partir de  nos expériences de cliniciens.
 
Cette contribution tournera aujourd’hui autour de la question du désir et de sa polysémie en trois grands points :
1- Je décrirai le contexte, les conditions sociales et normatives dans lesquels s’inscrit le désir.
2- J’évoquerai quelques éléments théoriques concernant le désir.
3- J’illustrerai cette question du désir avec quelques vignettes cliniques.
 
Le contexte 
 Aujourd’hui, dans notre culture, désir, plaisir et performances sexuelles se déclinent à l’impératif. Cela crée une nouvelle revendication : droit au désir et droit au plaisir. Notre modernité se croit à l’apogée d’une liberté sexuelle qu’aucune culture n’aurait jamais pu connaître.
On constate pourtant, tout au long de l’histoire, des périodes d’alternance entre liberté et répression de la sexualité. Mais ainsi va l’histoire : d’utopies en désillusions, d’avancées en régressions, de liberté en répression, et ce sur une toile de fond toujours la même : la conquête des pouvoirs économiques, politiques, religieux, scientifiques, sexuels à n’importe quel prix.

C’est une combinaison atomique qui produit le pire et le meilleur, le pire ou le meilleur.
Cette dynamique produit l’histoire et le révisionnisme, les dictatures et les révolutions, l’être et son néant, le savoir et sa perversion. La période historique, récente, des années 1970 à aujourd’hui, est du côté de la liberté et de l’impératif au désir et au plaisir. En parallèle, on découvre depuis dix ans des statistiques affolantes : augmentation des viols, des viols sur mineurs, des incestes, des femmes battues et des femmes tuées, du harcèlement sexuel et de la pédophilie. Même s’il ne s’agit que d’une plus grande visibilité de ces phénomènes (augmentation des plaintes et relais médiatique), le jugement porté sur ces faits évolue. La liberté sexuelle trouve sa limite aujourd’hui aux frontières de l’inceste et de la pédophilie. Les réquisitoires récents (Outreau) n’ont rien à voir avec les opinions d’hier (la Lolita de Nabokov, ou Gabriel Matzneff, invité régulièrement chez Pivot pour ses amours décomposés).

La question qui se repose à chaque fois est celle de nos repères symboliques. Il s’agit de poser le débat au-delà de la simplification manichéenne : permissivité sans frontières ou retour à un moralisme précambrien. En fait, il s’agirait d’arrêter de parler de sexe pour ne rien dire ou pour faire de l’audimat (tous médias confondus). Cependant, on ne peut faire que ce constat : le sexe, le désir et l’impératif de plaisir sont devenus la toile de fond de notre imagerie quotidienne. Ainsi, si l’on est défaillant, impuissant, non-désirant, éjaculateur précoce ou sans plaisir, il y a un quasi-devoir d’ingérence promu par la médicalisation dominante et l’industrie pharmaceutique qui préconisent la chasse aux sexualités boiteuses, incitant les médecins généralistes à systématiquement poser des questions voire enquêter sur la sexualité de leurs consultants.

Nous pouvons donc nous demander si nous sommes en paix avec nos plaisirs, nos désirs, et leurs avatars. Notre époque est bavarde, mais nous confronte brutalement à un paradoxe insoluble entre permissivité affichée et répression politico-sociale.
Ainsi : la volonté abolitionniste de la prostitution, la loi Sarkozy sur le racolage, l’anti-pornographie militante, l’opposition au mariage homosexuel, la volonté de réduire la violence à la télévision au prétexte qu’elle serait responsable de nombreux passages à l’acte.
On observe un retour à la tentation moralisatrice. A ne plus penser le désir et la sexualité, le choix devient le tout permis ou le tout interdit alors qu’il s’agit de repenser la sexualité et d’en questionner les limites. La sexualité s’intrique au pouvoir et au politique, Foucault nous l’a appris. De fait, la résistance au pouvoir peut créer des espaces nouveaux pour déconstruire et questionner ce à quoi répondent les rapports de sexe, le désir, l’usage des plaisirs et les bénéfices secondaires de la répression dans notre société.
 


 
La question du consentement
En toile de fond de toutes ces réflexions, se pose la question de la norme avec ce point de capiton que représente le concept de consentement. Il mérite notre attention dans la mesure ou c’est un concept frontière utilisé par tous les théoriciens pour marquer la limite entre l’autorisé et l’interdit. Consentement vient du latin « consensus », l’accord, l’acquiescement à quelque chose. Il est difficile d’en définir les contours et les enjeux ; il a parfois l’allure moralisante, réductionniste et molle du plus petit dénominateur commun. Parfois, il touche au sacré. Le consentement implique le lien social. Vivre ensemble implique l’accord des humains autour de certaines règles. En fait, cet accord ne se produit jamais dans une communauté sans que soit désigné un objet contre lequel cet accord se réalise. « Le consensus, écrit le sociologue André Akoun, implique toujours une relation d’exclusion et de mort comme condition du lien érotique. » (Nous avons comme exemple célèbre le mythe freudien du père de la horde.) De fait, la fraternité ne s’organise que par déplacement de l’agressivité des membres du groupe sur un bouc émissaire. Les boucs émissaires actuels sont les minorités : prostitués, transsexuels, gays, lesbiennes, sadomasochistes, mais aussi les impuissants, les frigides, les sans-désir fixe… Derrière tous ces rapports de sexe, on trouve des questions, des interprétations, des revendications différentes quant à la façon dont le sexe se traduit en genre et s’articule ou pas à la sexualité, au désir et au plaisir.
 
Désir… plaisir
Au-delà donc des discours simplificateurs, posons avec Freud le désir et le plaisir en principe et examinons, interrogeons les possibles.
Je présenterai donc maintenant une remarque, deux définitions du désir et trois sources : une freudienne, une platonicienne et une étymologique.
 
La sexualité humaine qui n’est jamais simple nous conduit donc à la question du désir. Pourquoi ? Par ce que c’est à la fois une réalité biologique, génétique, procréatrice, nécessitant une satisfaction ; elle est dépendante de l’histoire sociale et culturelle des valeurs, des idées, qui infléchissent normes et habitudes sexuelles à l’insu des individus. La psychanalyse nous a appris que la sexualité humaine est une histoire individuelle. C’est en fait parce que les hommes sont structurés, construits par le langage qu’ils peuvent donner une signification à leurs pulsions sexuelles en les traduisant en termes de désir.
 
Dans le dictionnaire, on trouve deux grandes définitions du désir :
« C’est la prise de conscience d’une tendance particulière qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé. »
Dans cette définition, on a le désir en creux du côté de la tendance, c’est-à-dire la force qui pousse un sujet à vouloir quelque chose.
 
Le mot désir s’oppose donc au mot vouloir qui désigne un mouvement libre de la personnalité auquel on se détermine d’une manière réfléchie. Désirer indique un entraînement fatal et passionné que l’on subit. Cet entraînement fatal et passionné est du côté de l’inconscient, du côté du désir inconscient.
 
La deuxième définition, c’est « une tendance consciente aux plaisirs charnels ».
Cette définition implique donc les désirs charnels, sensuels, sexuels, voluptueux, physiques ; ces désirs pouvant être stimulés, augmentés, exagérés, assouvis mais aussi insatisfaits, impossibles, absents. Et nous sommes là dans la palette de ce dont s’occupent les thérapeutes s’intéressant à la sexualité.
On retrouve dans cette définition le mot tendance qui implique a minima les notions de mouvement et d’énergie .
 
 - Freud a unifié sous le concept de libido, de désir, tout ce qui appartient au registre de l’énergie psychique de la pulsion sexuelle, c’est-à-dire une grandeur quantitative, quoique non mesurable, dont la répartition et les déplacements devraient permettre d’expliquer la parution des phénomènes psychiques ou psycho-sexuels. Le désir est de même nature chez l’homme et chez la femme.
- Lacan ajoute la dimension du désir liée à un manque qui ne peut être comblé par aucun objet réel.Cette thèse trouve sa source dans le mythe platonicien de l’Androgyne.
- Platon nous propose donc dans Le Banquet ce mythe de l’Androgyne, être à la fois homme et femme trouvant en lui-même le bonheur. Ces êtres immortels imaginés sphériques formaient une totalité, sans nécessité de désir et de parole car étant l’unité et la complétude parfaites. Ils furent un jour divisés en un homme et une femme et, depuis, le désir c’est la recherche de cet autre qui manque afin de retrouver l’unité perdue.
 

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La Pleine conscience ou l'equilibre sexuel retrouvé. Un renouveau dans la prise en charge sexothérapique ? Par Lionel Strub

Successivement balloté au gré de deux courants de pensée ciblant directement les symptômes, le champ des thérapies comportementales et cognitives est désormais en proie à un véritable océan de renouveau porté par le déferlement de la troisième vague. Cette approche initiée dans les années 1980 s’est en effet singularisée par un changement de perspective thérapeutique radical caractérisé par une reconsidération du rapport entretenu au symptôme, par l’entremise de rouages telles l’exploration expérientielle de l’instant présent au travers d’une attitude de pleine conscience et l’acceptation des émotions.


Ces principes ont investi plusieurs interventions psychologiques, notamment la Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR) et la Mindfulness-Based Cognitive Therapy (MBCT) plus spécifiquement axées sur l’attitude de pleine conscience. Eprouvées auprès de divers populations et contextes psychopathologiques, ces deux interventions ont révélé, au travers de leurs résultats, un réel potentiel tant dans la prévention que dans le traitement de pathologies multiples.

Paradoxalement, l’exploration de la littérature ne fait apparaître aucune recherche ou application dans le domaine de la sexologie bien que cette discipline ait recours, depuis de nombreuses années déjà, aux thérapies comportementales et cognitives qui adoptent un positionnement pourtant comparable, à savoir la reconnaissance de l’implication de distorsions cognitives dans l’apparition et le maintien de dysfonctions sexuelles.

Peut-être pourrions-nous trouver un début d’explication dans l’article de Brotto, Krychman et Jacobson (2008) qui reproche aux techniques thérapeutiques sexuelles contemporaines d’ignorer l’importance de la connexion entre l’esprit et le corps fondamentale à l’approche de la pleine conscience, du fait d’une inclination vers une médecine davantage basée sur les preuves. La littérature scientifique a établi de longue date le lien entre dysfonctions sexuelles et facteurs cognitifs tel, par exemple, l’impact d’une perception négative de son corps ou d’une distractibilité étrangère à des stimuli sexuels sur l’apparition du trouble du désir sexuel hypoactif.

Au regard de ces éléments, les thérapies basées sur la pleine conscience qui accordent un rôle prépondérant au contrôle de l’attention et à la re-perception des pensées représentent ainsi une réelle promesse dans la prise en charge de ce type de problématiques.




Pleine conscience… intoxication médiatique ?

Nul n’a désormais pu échapper à un courant d’intérêt majeur envers les bienfaits incontestés de la méditation de pleine conscience sur la santé et le bien-être à la lecture de magazines des plus populaires et de best-sellers signés par des plumes des plus légitimes, telles celle de Matthieu Ricard ou encore de Christophe André. En effet, la pleine conscience n’a de cesse de fleurir au travers de publications vulgarisées dans l’espoir de se faire connaître du grand public ou encore de livres-outil qui ont pour mission de renvoyer les lecteurs avides de recettes de « mieux-aller » à une prise en charge autogérée.
Si l’on ne peut que louer ces initiatives de diffusion mettant enfin au jour dans notre pays une pleine conscience jusqu’alors dédaignée, il est cependant bon de la recadrer dans son contexte scientifique, de sorte à ne pas faire l’amalgame entre cette approche fondée et d’autres davantage destinées à faire miroiter des solutions miracles à un public malheureusement parfois un peu cupide.
 



Ou approche scientifique à part entière ?

Si derrière l’invitation à, par exemple, s’asseoir dans une position digne et droite avant de porter son attention sur sa respiration et d’expérimenter l’instant présent avec une attitude de bienveillance et d’acception paraît des plus simplistes, c’est néanmoins une rare complexité qui se dissimule derrière les dimensions conceptuelles de la pleine conscience. Nombreux sont effectivement ceux qui se sont essayés à l’exercice définitionnel de la pleine conscience, véritable challenge de restitution sémantique de l’essence même d’un pilier d’une psychologie bouddhiste millénaire et souvent oubliée.
Nous retiendrons néanmoins dans cette course à l’accommodation culturelle entre Orient et Occident l’effort de simplification de Kabat-Zinn (1990-2009) au travers de trois axiomes clés, à savoir « porter son attention de manière intentionnelle, dans l’instant présent, et sans jugement » et l’inclination plus opérationnelle de Bishop et al. (2004) mettant au jour les deux déterminants principaux d’une pratique formelle de méditation de pleine conscience, autorégulation de l’attention et orientation vers l’expérience.
Le recours à la pratique de la méditation de pleine conscience a fait l’objet d’une abondante littérature scientifique qui a mis en évidence une corrélation entre changements psychologiques et changements d’ordre physiologique ou biochimique. Si les mécanismes sous-jacents à ces modifications restent actuellement pour le moins cantonnés à des conjectures, l’espace ouvert par les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale ne peut que nous laisser espérer en faire la démonstration dans les années à venir.

La dépression sous un jour nouveau

C’est en réponse au désarroi des chercheurs face à une problématique de santé publique des plus préoccupantes, la vulnérabilité chronique à la rechute et à la récidive dépressives, que Segal, Williams et Teasdale (2002-2006) se sont interrogés sur la pertinence d’un outil thérapeutique proposant une nouvelle approche du traitement de cette maladie, la MBCT. En mettant en évidence les processus impliqués dans la rechute dépressive, à savoir le lien entre réactivité cognitive à une humeur triste et style de pensée ruminatif, les auteurs ont conçu leur programme de sorte à favoriser une relation détachée aux pensées et aux émotions négatives incriminées dans la dépression.

Une danse entre deux mondes

La posture théorique MBCT envisage qu’un individu peut fonctionner selon deux modes de gestion de l’esprit radicalement opposés en matière de traitement émotionnel de l’information appelés respectivement mode faire/conceptualiser et mode être/expérimenter.
La configuration faire/conceptualiser, qui reflète largement notre mode de fonctionnement habituel et s’avère incontestablement nécessaire à la réalisation de tâches intellectuelles, a pour conséquence de nous détourner continuellement de l’instant présent en conditionnant nos pensées vers des événements passés et des élucubrations futures, ou de nous emprisonner dans un mode cognitif purement analytique caractérisé par la conceptualisation et une inclination à la résolution des problèmes.
Si cette attitude initie une réaction d’évitement et un processus de rumination à l’origine de l’apparition, puis du maintien de la dépression, le mode être/expérimenter, lui, se distingue par une approche expérientielle de tout événement émergeant dans l’instant présent accompagnée d’une disposition empreinte d’acceptation et d’ouverture qui favorisera un désengagement de ce mode de fonctionnement dysfonctionnel. Le challenge du programme MBCT consistait ainsi à engendrer un processus d’acquisition de compétences qui favoriserait, au quotidien, une alternance appropriée entre ces deux modes.

La MBCT ou l’outil aux multiples facettes

La MBCT combine des approches psychothérapiques complémentaires qui permettent d’ébaucher le passage du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter. Ses deux pôles centraux s’articulent respectivement autour d’un entraînement à la pleine conscience qui s’appuie sur le programme MBSR (Kabat-Zinn, 1990-2009) et d’éléments issus de la thérapie cognitive pour la dépression (Beck et al., 1979). Cette relation synergique est motivée par une logique sous-jacente identique qui attribue l’apparition de la perturbation émotionnelle à une considération des pensées et des cognitions comme le reflet de la réalité et non de simples événements mentaux. En agissant selon des mécanismes similaires, ces deux approches de traitement permettent à l’individu d’adopter un positionnement alternatif par rapport à ses problèmes. Par ailleurs, un pôle annexe s’emploie, au travers d’une démarche psychoéducative, à délivrer au sujet une connaissance sur sa pathologie et à le sensibiliser à la surveillance de ses symptômes, de même qu’à la détection des signes prodromiques d’un éventuel assaut de la maladie.

La MBCT se présente sous la forme d’un protocole de groupe où les participants entreprennent, sous l’égide d’un instructeur, un itinéraire jalonné de huit étapes qui les mènera progressivement vers la re-perception de leurs pensées et, conséquemment, la régulation de leurs émotions. Le déroulé des huit séances, d’une durée respective de deux heures hebdomadaires, favorise le développement de la pleine conscience chez les participants en les sensibilisant à la découverte de ses dimensions principales telles que le redéploiement attentionnel, la reconnaissance et l’acceptation de tout événement émergeant dans l’instant présent, ou encore le lâcher prise. Si chaque séance aborde un thème spécifique, elles se déclinent néanmoins toutes selon une ligne directrice commune qui s’initie par un exercice de pleine conscience précédemment enseigné donnant lieu à un échange expérientiel entre participants et instructeur, pour se poursuivre par un passage en revue des pratiques à domicile et aborder le thème propre à la séance du jour. L’un des principes fondamentaux à l’issue positive du programme est l’engagement des patients dans une pratique quotidienne de tâches à domicile.

L’acquisition des différentes compétences nécessaires à la commutation du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter se fait au travers de pratiques et d’exercices complémentaires ciblant la capacité à se désengager d’un mode de traitement de l’information dysfonctionnel par rapport aux sensations, aux pensées et aux émotions.


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revue sexualite humaine 13

D’UN VAGINISME « BORROMEENISE ». Sexualités Humaines 12. Joel de Martino

Histoire de nœud
 
 
Nous allons présenter le cas de Lucrèce, souffrant d’un vaginisme qui a disparu après avoir utilisé, au cours d’une séance de thérapie, unnœud borroméen comme support de la séance. Nous verrons quels liens il peut y avoir entre la vision perceptive externe d’un objet, l’image mentale qu’on peut en avoir, et la « transduction » que celle-ci amène, via les émotions, dans les modifications du corps.
 
 
Lucrèce est une femme, grosse, assez élégante, âgé de 42 ans, et mère de quatre enfants : quatre filles de 14, 12, 10 et 3 ans. Elle travaille comme sage-femme dans un hôpital. Mariée depuis treize ans avec un mari qu’elle connaît depuis vingt ans, elle a eu dès le départ des relations sexuelles difficiles. Depuis la naissance de l’avant-dernière de ses filles, elle est dans un état dépressif chronique, et a pris 20 kilos. Elle dit que ce poids et cet enlaidissement « la protègent des rapports sexuels extrêmement douloureux qu’elle a avec son mari », qui ne la prend pas au sérieux quand elle dit qu’elle a mal, et l’accuse de simuler des douleurs pour éviter des rapports sexuels avec lui. Plus jeune, elle a fait un épisode anorexique, « pour emmerder sa mère ».
 


 
Quand je lui demande comment se sont passées ses premières relations sexuelles, elle me répond : « Lesquelles de premières ? » 
- Pourquoi, vous avez plusieurs « premières » ? 
« Oui », répond-elle en fondant en larmes. Et elle me raconte qu’elle a eu des attouchements sexuels de la part de son père quand elle avait 8 ans, et puis de son oncle paternel qui, lui, l’a déflorée, dans sa chambre d’enfant, quand elle avait 12 ans, pendant que ses parents étaient allés faire des courses au supermarché. C’était une défloration extrêmement douloureuse « qui lui a noué le ventre, tellement je m’étais contractée, tellement j’avais peur. J’avais serré, serré au maximum, pour empêcher la pénétration. Mais ce salaud y est arrivé ! » Elle veut se débarrasser de ses douleurs sexuelles « pour devenir une vraie FEMME ».
Toutes les démarches thérapeutiques qu’elle a tentées avant ont échoué : psychanalyse, gestalt thérapie, kinésithérapie « spécialisée », c’est-à-dire centrée sur le sexe ; sophrologie ; acupuncture. « Toutes ces thérapies n’ont mené à rien et ses douleurs spastiques sont toujours là, répétitives et persistantes. » Une amie à elle, que j’avais eue comme patiente, lui avait conseillé de faire de l’hypnose avec moi. Je lui demande si elle va pouvoir s’engager dans ce travail,  ou bien si elle va rajouter l’hypnose à son long palmarès des thérapies qui ont échoué à la guérir. Je pensais à ceux qu’Erickson appelait les « “chasseurs de scalps”, ces personnes dont le but est de faire le tour des thérapeutes pour les mettre en échec ».
Pour travailler avec elle, j’ai utilisé lagrille SECCA de Jean Cottraux (2011, p. 113) et, intuition clinique thérapeutique, employé le nœud borroméen de Jacques Lacan (1973).
(S) : la situation :le soir, ou à certains moments pendant le week-end, le fait de devoir faire l’amour et d’avoir des douleurs.
(E) : les émotions : la peur, la culpabilité, la dévalorisation de soi, accompagnées de « pensées automatiques et d’images mentales du type : «  je ne suis pas une femme » ; «  je ne suis pas normale » ; « je suis salie ».
(C) : les cognitions : elle sait que d’avoir des douleurs est anormal ; elle sait que le vagin peut se dilater ne serait-ce que pour faire passer un bébé ; elle sait que « c’est sans doute lié à son histoire d’inceste ».
(C) : les comportements : elle fuit les rapports sexuels ; prétexte toutes sortes de raisons pour éviter le rapport ; mange beaucoup « pour rendre son corps indésirable ».
(A) : les anticipations :Lucrèce est dans le « schéma anticipatif de l’échec » (Helen Singer Kaplan, 1979). Elle renforce ses douleurs, en en construisant un schéma fonctionnant comme une auto-hypnose : « Ça va faire mal ! », et du coup le corps se crispe, le corps se serre encore plus, le corps se noue davantage.
 


C’est à ce moment que j’ai utilisé, au cours d’une séance, le nœud borroméen de Jacques Lacan.
Le nœud borroméen est emprunté aux armoiries des ducs de Borromeo du nord de l’Italie, où il figure sur leur blason. Il s’agit de trois nœuds inter noués, de telle manière que si on défait l’un des nœuds, les deux autres sont libérés automatiquement. Par contre, si on tire sur deux des trois, le troisième fait blocage.
Lacan a utilisé ce nœud pour « représenter les quatre registres » du Symbolique, de l’Imaginaire, du Réel et de la réalité perceptive externe qui se situe à l’intersection des trois cercles. Ce nœud est utilisé pour maintenir le mât des bateaux à voiles, ou bien, comme quand j’étais scout, pour tenir le mât aux couleurs quand on est en pleine nature.






 

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Vaginisme : Le lieu fendu defendu. Par Michelle Boiron pour Sexualités Humaines 12

 
michelle boiron« Le vaginisme est à l'intromission du pénis ce qu'est le clignement de l’œil à la pénétration du moucheron » (1),disait Kröger. Comparaison qui signe le caractère involontaire de la constriction…
 
Comment « introduire » le vaginisme ?
Le terme est d’emblée provocateur, c’est un exercice difficile, les mots se dérobent. On est aux portes de l’intime. On se doit d’aborder ce sujet tabou avec humilité et une grande pudeur par respect pour ces femmes. Elles souffrent, au seuil de la jouissance, là où ça doit passer pour advenir, là où ça ne passe pas. Là où ça fait mal, là où ce devrait être l'entrée de la jouissance : c’est la butée. Face à ce continent inexploré, il a fallu aller fouiller chez nos pairs psychanalystes. C’est à la relecture, d’une part de Françoise Dolto qui, grâce une analyse très précise, répertorie tous les symptômes, véritable grille de lecture, de ce corps verrouillé et éclaire cette affection, notamment par le truchement de la phobie, et d’autre part de Jacques Lacan qui évoque l’expression d’une sexualité dangereuse.
D’emblée nous postulerons que le vaginisme se lit en relation étroite avec la phobie.
Dans son séminaire sur la relation d’objet, Lacan expose que l’objet de la phobie serait un élément significatif de l’histoire du sujet qui viendrait masquer une angoisse fondamentale : « Pour combler quelque chose qui ne peut se résoudre au niveau de l'angoisse intolérable du sujet, celui-ci n'a d'autres ressources que de se fomenter un tigre de papier. »(2)Lacan compare ce signifiant à de véritables parois de papier devenues pour le sujet aussi infranchissables que la muraille de Chine !
L’expression est joliment imagée pour représenter la femme souffrant de vaginisme. Nous allons mettre en lumière la manière dont le signifiant phobique protège de la disparition du désir. L’objet phobogène devient le symbole de tous les dangers liés à la sexualité qu’il faut repousser par des mécanismes de défense très organisés. Puis l’analyse d’un cas clinique nous permettra de vérifier les hypothèses de départ et quelques pistes thérapeutiques. Mais tout d’abord, il convient de donner une définition de ce qu’est le vaginisme et de revenir sur la notion de phobie.
 
Le vaginisme, une impasse ?
On retiendra cette définition :
« Le vaginisme correspond à l’ensemble des réactions musculaires kinésiques qui visent à fermer l’orifice vaginal lors du coït et existe aussi lors d’examens gynécologiques. Il s’agit de réactions réflexes involontaires de protections localisées au génital que l’on peut voir aussi comme un véritable système défensif de surfaces face à la pénétration vécue comme intrusion, si ce n’est agression. Ce système est souvent associé à une non-représentationou non-perception du vagin comme lieu érotique féminin et à des mauvais apprentissages sexuels acquis à des degrés divers. » (3)Distinct du vaginisme, la dyspareunie dite d’intromission est une pénétration douloureuse qui est un équivalent du vaginisme, mais incomplet, avec un certain degré de perméabilité et de pénétrabilité. C’est une phobie de la pénétration du pénis de l’homme et de l’agressivité phallique ; c’est une peur de la sexualité coïtale, et surtout la peur de son identité féminine inconnue et l’ignorance de son intimité. C’est parfois le résultat d’une agression ou d’un traumatisme sexuel. Ou bien seulement d’un fantasme de pénétration.On parle de dysfonction sexuelle, puisque c’est reconnu comme telle dans le monde médical. Elle peut être primaire ou secondaire, permanente ou intermittente ; sélective ou non. Elle peut se manifester avec un seul ou tous les partenaires. Elle peut être le résultat d’une agression ou d’un traumatisme sexuel. De la définition du vaginisme sont exclues les malformations vulvo-vaginales qui nécessitent un traitement chirurgical et qui peuvent rendre, également, la pénétration impossible.
 
La phobie, un rendez-vous ?
En grec ancien, phobie signifie effroi. L’effroi est du côté du sujet. L’effroi, lui, vient du latin : faire sortir de la paix. La phobie est la manifestation d’une symbolisation imparfaite du sujet qui face à un changement d’état se trouve confronté à l’impensable. Devenir adulte, exister en tant que sujet, c’est par définition ne plus être dans une relation fusionnelle. C’est donc s’être séparé. La phobie, quel qu’en soit l’objet, est la manifestation d’une symbolisation imparfaite, une maladie de la séparation. Les symptômes sont terrifiants pour celui qui les vit, puisque ce qui est en jeu pour lui dans l’objet phobique n’est rien moins que sa propre disparition en tant que sujet et le retour à un état fusionnel. Comme le dit Irène Diamantis : « La pensée devient incestueuse. » (4) La phobie interdit de penser rationnellement. On attribue à l’objet de la phobie un pouvoir qu’il n’a pas et qui empêche tout contrôle de la situation. L’objet de la phobie est effractant. Le vaginisme est un exemple de phobie associé. En effet, l’expérience montre que les femmes atteintes de vaginisme présentent une autre phobie.
 


 
Le vaginisme : l’histoire d'un tabou ordinaire ?
Le vaginisme est un sujet dont on parle peu et dont les références bibliographiques sont peu nombreuses. C’est de toute évidence un sujet tabou. Les femmes qui en souffrent sont très isolées. Elles le vivent comme une honte associée à une grande culpabilité. Elles taisent certaines pensées aussi pour respecter les interdits culturels et personnels dont elles sont porteuses. Un mur de silence. Dans d’autres temps, d’autres lieux – et encore parfois aujourd’hui –, quand la virginité était considérée comme culturellement correcte, voire exigée dans certaines cultures, cela rendait le vécu de ces femmes moins douloureux ; elles étaient vierges et pouvaient en être fières ; elles attendaient éventuellement de se donner au prince charmant. Au XXIe siècle, être vierge n’est pas politiquement correct. Cela contribue à aggraver leur souffrance de femme, et aussi pointer leur incapacité de devenir mère par l’absence de pénétration. L’absence de sexualité, soit ! Mais renoncer au désir de grossesse, impensable ! De nos jours, la performance sexuelle est un signe de « santé sexuelle ». Il est de fait suggéré, pour ne pas aggraver « le trou » de la Sécurité sociale, de jouir pour être en bonne santé. Donc nos vaginiques sont au mieux de mauvaises citoyennes, au pire elles sont coupables et doivent avoir honte. Le message est clair : ouvrez-vous, vous irez mieux et cela coûtera moins cher à la société ! Comme l’illustre parfaitement cette réflexion d’unegynécologue simplement indélicate : « Ne faites pas tout un cirque, moi, quand je vais chez le dentiste j'ouvre bien la bouche pour le laisser faire son travail. » Les femmes souffrant de vaginisme cultivent les images négatives que la société refuse de voir. Comment revendiquer le « label femme » en ayant une sexualité sans pénétration ? Elles cumulent les échecs, là où les autres étalent leurs performances.
 
La psychanalyse au secours ?
La psychanalyse ignore le vaginisme. Les références sont essentiellement liées à la névrose et à la phobie. Ainsi c’est pendant le déroulement de la crise œdipienne que l’enfant va expérimenter l’épreuve du manque et de la complétude. Ce qu’il perçoit comme manque est situé à l’extérieur de lui et c’est ce manque qui crée l’angoisse. La phobie avec l’objet choisi condense ainsi toute l’angoisse sur un mode défensif. Le sujet est alors en panne de sens et l’objet vient à point nommé pour le soulager. Il sent inconsciemment qu’il est l’instrument de l’autre maternel. L’enfant a alors besoin du soutien du père pour le soutenir ; s’il y a défaillance du père, c’est à ce moment-là pendant la crise œdipienne que peut se constituer la phobie. Ce qui est paradoxal c’est que malgré toute la charge d’angoisse que véhicule la phobie, elle reste un mode de défense contre l’angoisse. Il y a une double économie dans cette opération : il règle le conflit d’ambivalence à l’égard du parent aimé autant qu’à l’égard de celui qui est craint ; la phobie canalise l’angoisse qui n’apparaît plus qu’à l’évocation ou en présence de l’objet phobique qu’il suffit alors d’éviter. Cela se complique évidemment quand il s’agit de la femme qui souffre de vaginisme.
Comment éviter la confrontation avec l’objet phobique quand celui-ci est le sexe de l’homme avec lequel elle désire être en relation ? Comment rentrer en relation sexuelle avec lui ? C’est essentiellement dans le livre Séminaire de psychanalyse d’enfants, de Françoise Dolto, qu’on a pu trouver une réponse à ce qui reste une énigme pour la femme. Dolto a relaté un cas de vaginisme en pointant les signes cliniques qui donnent un éclairage tout à fait pertinent sur les symptômes présents chez ces femmes : refoulement majeur de la libido des stades génital et oral ; le refoulement culpabilisé provient de désir intense ; l’agressivité sans objet connu ou imaginaire doué d’une puissance terrifiante, d’où la phobie associée sans aucune plainte ; la compulsion à sucer le pouce d’une personnalité très féminine pleine de charme de douceur et de tendresse ; des rêves de dangers élémentaires, cataclysmiques, fournaises éclatements, phobogènes après le réveil et à peine verbalisables. Jusqu’à écrire : « Chez ces femmes, on retrouve toujours inconsciemment le fantasme du viol éviscérateur par la mère, alors que la petite fille très précocement érotisée, même avant la castration primaire, désire le viol trucidant par le père. » (5)
Notre travail de thérapeute consistera à mener l’anamnèse avec douceur pour éclairer toutes ces zones d’ombre afin de conduire la patiente, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, à faire des liens avec son histoire. Petit à petit, elle découvrira l’origine de sa souffrance, en mettant des mots dessus. Le voile pourra se lever, et le rapport avec l’autre enfin exister sans crainte d’« éviscération », de pénétration ou de séparation. On constate, même si chaque histoire est singulière, que la symptomatologie décrite par Françoise Dolto est présente dans la plupart des cas. Soyons néanmoins prudents car d’expérience on sait que l’on trouve presque toujours ce que l’on cherche.
 
La relation avec la mère
La fille se trouve comme dans une toile d’araignée, prise dans un scénario où étant en fusion totale avec la mère, elle est obligée de se protéger pour ne pas être envahie. Le corps de la fille ne peut s’exprimer sexuellement si dans son fantasme la mère risque de la dévorer de l’intérieur. La fille vit inconsciemment dans la terreur de devenir l’objet de jouissance de la mère avec le risque de se sentir annulée. Dans ce cas, cela se joue tout le temps entre elles. Pas seulement physiquement mais moralement, avec les mots tout est pénétrant et se vit comme une intrusion.
C’est ainsi que l’on retrouve, comme dans toutes les névroses, une gamme d’attitudes inconscientes qui se laisse voir dans la sexualité et ici se cristallise sur le vagin, pour créer une véritable symphonie : le vagin est ouvert, il est ouvert sous condition, ouvert tout le temps, ouvert de façon masochiste, ou au contraire il se ferme un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. La phobie est mise en place et ces femmes se trouvent seules, exposées sans protection face à cette intrusion.
 


 
Le père de la vaginique
Le viol du père, fantasmé par la fille, ne produit pas du tout le même effet. La fille ne se fermera pas à cause de lui puisqu’elle le désire inconsciemment, ce père. C’est la différence essentielle avec le fantasme qui met en jeu la mère. Elle imagine toujours dans son fantasme l’énorme zizi qui va tout casser et l’effraie, mais elle sait qu’après il se dégonfle et surtout il s’enfuit. Elle sent que par ce fantasme elle deviendra une femme. Plus tard, quand elle aura grandi mais qu’elle est encore vierge, au moment où elle décide de ne plus le rester, elle est consciente que cela va briser quelque chose en elle, mais elle est prête. C’est très bien illustré sous le titre du conte La Belle et la bête, qui connaît plusieurs variantes en Afrique et en Asie. Ce conte nous révèle qu’en matière de sexualité, il pourrait bien y avoir une valeur universelle. Il nous relate que : « Les jeunes filles ne voient plus un monstre bestial dans l’homme qui les désire mais un beau prince. » (6)Comme si la sexualité, pour la fille d’emblée inquiétante et repoussante, devenait apprivoisée par le truchement des sentiments.
 
Le partenaire de la femme atteinte de vaginisme
Le partenaire n’est pas n’importe quel homme. Il souffre très souvent d’une difficulté sexuelle masquée par celle de sa compagne et qui est dévoilée dans la consultation. Nous savons qu’une dysfonction sexuelle est rarement isolée. C’est presque toujours un homme anxieux, très gentil, doux, maladroit, peu expérimenté, parfois brutal, qui se heurte à la double barrière de l’hymen et de l’incompréhension. Il se satisfait, lui aussi, au moins durant les premières années de vie commune, d’une sexualité externe au vagin. Ce n’est que tardivement qu’il se plaint et que son désir non réalisé de pénétration vaginale, mais aussi d’avoir un enfant, pourra entraîner une plainte, qui débouchera sur une séparation du couple s’ils ne trouvent pas de solution à leur problème. Si tous les deux prennent conscience de la pathologie de leur couple et s’ils le désirent vraiment, ils trouveront avec l’aide du thérapeute la formule magique ou la bonne clé et pourront franchir la porte fermée : « Sésame, ouvre toi. » Ces couples-là pratiquent, souvent et parfois depuis des années, l’évitement. On peut aussi souligner que ce mode de fonctionnement n’empêche nullement ceux qui en sont porteurs de rencontrer des partenaires. La thérapie fera dans un premier temps émerger leurs raisons de se satisfaire de telles restrictions. On a comme prérequis que lui aussi souffre d’une dysfonction. Commençant par mettre en exergue le fonctionnement du couple, le thérapeute pourra déceler une pathologie conjuguée, ce qui permettra de donner à la femme un peu d’air afin d’alléger sa culpabilité. Elle pourra désormais la partager avec « l’heureux élu », à égalité dans le meilleur des cas. Le dernier patient à qui j’ai proposé ce partage souffrait d’une éjaculation précoce depuis cinq ans. Il n’a concédé, et avec beaucoup de difficulté, que 30 % de responsabilité. C’est lui qui exigeait que sa femme consulte une sexologue sans penser qu’on demanderait à le rencontrer. Et qu’il allait devoir lui aussi se remettre en question.
 

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Le vaginisme ou le langage du corps. Laure Mourichon pour Revue Sexualites Humaines 12

L’expérience de la kinésithérapeute (Par Laure Mourichon)

 
De nombreuses femmes osent aujourd’hui consulter pour ce qu’elles considèrent souvent comme une incapacité voire un handicap. L’approche proposée par le spécialiste du corps qu’est le kinésithérapeute est la première porte concrète qui ouvre ce dossier.
 
 
Le vaginisme est une contraction réflexe, inconsciente de la musculature périnéale que la femme met en place pour se protéger par peur de la pénétration lors du rapport sexuel ou de la consultation gynécologique. Cette hypertonie périnéale rend alors la pénétration difficile et douloureuse, voire impossible en cas de vaginisme sévère.
La psyché et le corps forment un tout indissociable, ils ne fonctionnent pas l’un sans l’autre. Les affects, les émotions vont avoir une incidence sur le corps. Le corps est un miroir qui traduit l’expression de notre ressenti, de notre vécu. Chaque être humain se construit à partir de son histoire familiale, de l’amour qu’il a reçu ou non, de son éducation, des principes religieux parfois. Sa route est parfois sinueuse, parsemée de doutes, d’interdits, de non-dits, de traumatismes.
Le vaginisme peut être primaire ou secondaire faisant suite parfois à des dyspareunies orificielles après infections vaginales répétitives ou après accouchement traumatisant.
 
Les causes d’un vaginisme primaire sont multiples :
- abus sexuels, attouchements sexuels ou climats incestueux dans l’enfance ;
- éducation très rigide où la sexualité est vécue comme quelque chose de sale, de malsain ;
- éducation religieuse stricte où le plaisir a peu de place dans la sexualité et où la virginité est primordiale ;
- relation très fusionnelle à la mère empêchant la femme de s’accomplir et de s’épanouir sexuellement.
 
Le corps est étonnant, il traduit en symptômes ce que la violence du traumatisme a empêché de verbaliser, refoulant au plus profond de la psyché, allant à oublier parfois l’acte lui même pour continuer à vivre.
Il devient l’expression d’une souffrance muette. Le corps a une mémoire, il se referme, se replie sur lui même. C’est un fonctionnement logique, protecteur que la femme met alors en place pour se protéger sans en avoir conscience.
 
 
Trois histoires cliniques
Marie, 30 ans, est pour la première fois amoureuse de Pierre. Les rapports sexuels sont impossibles.
 « Je ne peux pas regarder, ni toucher, ni sentir son sexe. Je me sens physiquement mal et des maux de tête m’envahissent. Pour moi la sexualité c’est sale, son sexe me dégoûte. »
Mon histoire est difficile car mon frère a violé ma petite cousine quand elle avait 4  ans. Mes parents ne m’ont rien dit et du jour au lendemain il a disparu de la maison. Il a été emprisonné et est mort à 22 ans d’un cancer. Je ne l’ai jamais revu.
« Avec lui, je ne m’étais jamais sentie sexuellement en danger, mais il était très violent. Dès que mes parents étaient partis, il me frappait avec des gants de boxe et une fois il a failli m’étrangler. »
 
Pascale, 25 ans, vit depuis six ans avec Serge. Ils ont du mal à avoir des rapports sexuels avec pénétration.
« Dès qu’il me touche, je me bloque. Pourtant il est très gentil et très compréhensif, je m’en veux de lui faire vivre cela mais c’est plus fort que moi. S’il m’embrasse, cela va, mais dès qu’il commence à me toucher la poitrine et le sexe, c’est comme une cassure en moi, des images apparaissent en premier plan et je ne peux plus rien faire. Mon beau-père m’a harcelée physiquement à la puberté. Il me réveillait dans mon sommeil, me disait j’ai envie de toi, je t’aime. Il me touchait la poitrine et se pressait contre moi. Je sentais son sexe en érection et j’étais morte de peur. Il ne m’a jamais pénétrée. Un jour, j’ai osé en parler à ma mère car je n’en pouvais plus, mais elle ne m’a pas cru.Une autre fois, alors que j’essayais de lui en reparler, elle m’a dit une phrase qui m’a choquée : il n’y a pas eu de pénétration, alors c’est bon. »
 
Sylvie, 30 ans, mariée depuis quatre ans, est envoyée par sa gynécologue. Elle l’a consultée pour insémination artificielle car elle veut absolument avoir un enfant mais n’arrive pas à avoir de rapports sexuels avec pénétration.
« J’ai été élevée dans les principes de la religion, on ne fait pas l’amour avant le mariage, la virginité est un cadeau précieux que l’on fait à son mari. Il peut me caresser mais si j’éprouve du plaisir, il faut que j’aille ensuite me laver, je me sens mal. J’ai regardé une fois mon sexe, je n’aimais pas voir cette partie molle qui ressemblait à un morceau de viande rouge rempli de sang. Je voyais quelque chose bouger, c’était sale, dégoûtant. »
 
La consultation sexologique va tenir compte de ces deux éléments indissociables, corps et psyché. En partant de son histoire, de son vécu, en lui permettant de mettre en mots sur ce qui n’a jamais parfois pu être verbalisé, en donnant du sens à son symptôme, c’est une première étape vers une ouverture, un lâcher prise, une perte de contrôle.
Et puis doucement intégrer ce corps et faire comprendre à la patiente pourquoi la pénétration est aujourd’hui impossible en repassant par des cognitions, et des explications à l’aide de planches anatomiques.
Nous avons vu précédemment que le vaginisme était un spasme de la musculature périnéale, mais c’est également tout le corps de la patiente qui est très contracté, particulièrement au niveau des fessiers, des adducteurs et des abdominaux. La région pelvienne est anesthésiée, cette partie du corps n’existe pas.
Alors, partons avec elle à la découverte de cette région sexuelle.
 



Le vagin
Tapi au plus profond de l’intimité féminine se cache une région, le plus souvent méconnue des femmes, que l’on nomme le vagin. Ce lieu est entouré de mystères, de tabous, d’interdits.
Le vagin vient du mot latin vagina, qui signifie « fourreau », « gaine ». Il relie l’utérus à la vulve. Il permet le coït et c’est une voie de passage du fœtus lors de l’accouchement. Il se situe entre la vessie en avant et le rectum en arrière et se fixe en haut sur le col utérin. C’est une cavité souple, humide, chaude dont les parois ne sont pas lisses mais ridées, permettant ainsi lors de l’excitation sexuelle de s’agrandir comme une amphore. Il est très extensible, s’adapte sans aucun problème à la taille du pénis. Son élasticité devient maximale pour laisser passer la tête du fœtus.

Le vagin est plus étroit au niveau de son tiers inférieur au niveau de la vulve à cause de la présence des élévateurs de l’anus. Chez la femme vierge, il existe à l’entrée du vagin un repli de peau appelé hymen. Cet hymen présente peu d’intérêt sauf sur le plan religieux et idéologique. Il permet le passage des menstruations. Lors du rapport sexuel ou d’une pénétration avec un doigt, il se déchire et cicatrise ensuite.
Il est riche en vaisseaux sanguins, veines et artères, mais pauvre en terminaisons nerveuses, sauf au niveau des élévateurs de l’anus.
Il est dépendant de l’imprégnation œstrogénique, perd de sa trophicité au moment de l’allaitement et à la ménopause, devenant sec et sensible.
Il ne contient pas de récepteurs superficiels et s’irrite vite lors des frottements. Par contre, il contient des récepteurs profonds appelés tenso et presso-récepteurs, qui permettent quand on les sollicite de déclencher des sensations très agréables.

Chez la femme vaginique, le creux vaginal est peu investi voire inexistant. Elles ont une véritable phobie de la pénétration : « S’il me pénétrait, le sang jaillirait et mes organes génitaux sortiraient. »
Elle voit souvent le sexe de leur partenaire surdimensionné, ne pouvant pénétrer une région fermée sans notion de creux.
Elles n’ont pas conscience également du creux utérin, ce qui provoque une peur de la grossesse et de l’accouchement par voie basse.
Si la pénétration est possible, elle est vite douloureuse car le bassin est bloqué par la contraction de tous les muscles entourant le petit bassin, et le rapport va se faire dans des mouvements de va-et-vient entraînant forcément des frottements sur la muqueuse vaginale responsables de brûlures et de douleurs.
La respiration abdominale, la prise de conscience de la bascule du bassin d’avant en arrière, vont permettre à la patiente de s’approprier cette région, de solliciter ses récepteurs profonds et de découvrir des sensations nouvelles et très agréables dans son vagin.

 
Le périnée
C’est un muscle qui est tendu du pubis au coccyx, qui s’insère sur les ischions et qui est un véritable plancher. Sorte de trampoline, il va amortir les pressions abdominales et maintenir les organes génitaux. La contraction des élévateurs de l’anus permet la continence urinaire et anale et joue un rôle capital dans la sexualité. C’est la porte d’entrée de la vulve et du vagin. Quand il se contracte, il referme cette région rendant le rapport sexuel difficile voire impossible ; quand il se relâche, la vulve s’ouvre et la pénétration est facilitée.
Il permet dans la sexualité de repérer l’excitation sexuelle, de la faire diffuser en se contractant dans des rythmes allant de lents à rapides. Au moment de l’orgasme, il se contracte fortement de façon rythmique.
Chez la femme vaginique, le périnée est hypertonique et le bassin en antéversion. La pénétration devient impossible car d’une part on est plus dans l’axe du vagin pour faciliter la pénétration, et de plus la porte d’entrée est fermée par la contraction des élévateurs de l’anus.
 


 
Une mise au travail
Pour ces patientes, c’est très rassurant de comprendre l’incidence du psychisme sur le corps, de leur donner un lieu d’écoute. Tout le travail corporel devra être développé à la maison :
-       Apprendre à se regarder de façon positive en développant son narcissisme, en regardant son vagin non plus comme un lieu sale mais en le comparant à un fruit mûr, juteux, onctueux, ou à une fleur sensuelle au pistil fier.
-       Apprendre à se toucher, en introduisant à l’aide d’un gel lubrifiant un doigt lentement pour partir à la découverte de son vagin comme un explorateur en terre inconnue.
-       Masser son périnée avec de l’huile pour le détendre.
-       Introduire des dilatateurs vaginaux en silicone, en commençant par la plus petite taille, à son rythme.
-       Sentir que la contraction du périnée ferme l’entrée du vagin et que le relâchement l’ouvre.
-       Prendre conscience que si le bassin est antéversion, la pénétration est impossible.
-       Erotiser ce creux vaginal plein de vie et en jouer. Prendre le temps de déguster, de sentir, de toucher, de savourer.

 

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La Grossesse n'est pas un conte de fées. Revue Sexualités Humaines 10. François Ramseyer

Les marques de la violence passée
Par François Ramseyer


Aimer, être aimé, avoir des enfants comptent parmi les projets les plus puissants de l’existence humaine…
C’est aussi une tâche humaine de la plus grande importance et parmi les plus difficiles, si nous voulons être dans la conscience de notre existence au lieu de nous contenter de vivre au jour le jour.

C’est une évidence lorsque les couples arrivent en consultation, le motif de consultation doit se lire sur leur visage, leur présence exige une reconnaissance immédiate. Il n’y a pas pire étonnement que lorsque le praticien demande le motif de la consultation :« Je pensais que vous le saviez ? »... En fronçant les sourcils : « Votre secrétaire ne vous a rien dit ? Je suis enceinte… »

A peine enceinte de quelques semaines, elle attend que l’on reconnaisse en elle cette nouvelle féminité à laquelle elle a droit dans son nouveau rôle social. L’interrogatoire et l’examengynécologique confirment cet état de grossesse, sans rassurer plus avant le couple qui attend invariablement de voir l’embryon à l’échographie. Après, il s’agit d’un simple accompagnement lorsque la pathologie fait défaut, ce qui est fréquent. Nous restons alors les témoins avertis d’une grossesse normale, d’un « conte de fées » pour cette femme, que cette maternité soit vue comme une confirmation de soi ou comme un achèvement.


Le milieu social ambiant est la source de certaines images de la féminité, souvent celles de la grossesse radieuse, comme les images que véhiculent les contes de fées pour les enfants qui se terminent bien : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. » Nous savons tous qu’il y a des similitudes entre les contes de fées et les rêves éveillés de l’adulte : l’accomplissement de ses désirs au travers des risques, pièges multiples à déjouer. Mais aussi des différences importantes, les rêves sont le résultat de pressions intérieures sans solution ni soulagement, où l’accomplissement des désirs est déguisé.


Le conte de fées proposé au soignant par une femme enceinte projette le soulagement de tous les risques avec son aide, qui ne se contentera pas de proposer des façons de résoudre les problèmes, mais promet qu’une solution « heureuse » sera trouvée. La culture dominante veut faire comme si le côté sombre n’existait pas, normalisant, améliorant, niant ces pressions inconscientes que laissent souvent filtrer les rêves des femmes enceintes.


Pour être mère, il n’est pas que nécessaire de mettre un enfant au monde, il faut se sentir en sécurité avec soi-même, se sentir en lien avec une histoire familiale bienveillante, concevoir un enfant dans un contexte d’attente affective, dans un espoir de projet parental.


Comment est-ce possible pour les femmes qui ont subi l’inceste, qui continuent à douter… Quels contes de fées accompagnent ces femmes qui ont des rêves anxieux… Qui s’en aperçoit ?Le nombre de patientes en souffrance psychique ne diminue pas de nos consultations malgré les travaux et plans de prévention périnataux multiples... Et sans effet ? Il convient peut-être simplement d’être plus vigilant et d’avoir en tête quelques indicateurs de risque pointant ces glissements vers un mal-être parents-enfants. Les auteurs faisant état d’une recherche de diagnostic attentive lors des grossesses des femmes ne sont pas très nombreux.


L’abus sexuel, intrafamilial
L’inceste est défini comme des relations sexuelles entre personnes dont le degré de parenté interdit le mariage. Il toucherait près de 2 millions de personnes en France.
La première agression survient à un âge plus précoce que dans le cas d’une agression extra-familiale, sa durée est plus longue, avec un fort niveau de traumatisme (complexe), moins d’usage de force physique, mais plus d’injonctions fermes à ne pas révéler l’agression. Il y a un secret qui s’impose aux membres de ces familles et qui plombe la victime qui estime ne plus avoir de recours (9) (16).


L’abus sexuel intrafamilial est un événement qui se mue souvent en traumatisme complexe. Ainsi, à partir des années 1990, les recherches sur les traumatismes se développent de façon considérable et, en conséquence, celles sur les traumatismes liés aux violences sexuelles subies dans l’enfance (13) (14).
S’impose aussi la notion (20) « d’état de stress extrême non spécifié : disorder of extreme stress not otherwise specifed » (Desnos), qui induit des troubles dissociatifs et une modification profonde de l’individu victime.


Il faut s’engager dans les neurosciences pour comprendre le mécanisme dévastateur de ces troubles. Une violence à laquelle on ne peut pas échapper crée un stress extrême et une forte réponse émotionnelle qui entraîne un risque vital cardiovasculaire et neurologique par « survoltage ». Pour arrêter ce risque fonctionnel, le circuit neuronal disjoncte automatiquement grâce à la sécrétion de drogues dures sécrétées par le cerveau (endorphines à hautes doses et drogues kétamine-like).

Cette déconnexion « éteint » la réponse émotionnelle et entraîne une anesthésie psychique et physique, un état dissociatif (conscience altérée, dépersonnalisation, être spectateur de soi-même) et des troubles de la mémoire, dont une mémoire traumatique : « hypersensibilité émotionnelle », piégée, isolée par la déconnexion qui n’a pas été intégrée, prête à exploser à l’occasion de toute situation rappelant les violences, en réenclenchant la même terreur, la même détresse, les mêmes sensations, de façon incompréhensible quand on ne connaît pas ce phénomène.


La vie devient alors un terrain miné, et pour éviter de déclencher l’explosion de cette sensibilité émotionnelle, s’installent les conduites d’évitements. Lorsque celles-ci ne suffisent plus, seules des conduites « d’auto-traitement dissociantes » vont pouvoir entraîner la disjonction du circuit émotionnel en augmentant le niveau de stress, ce qui va provoquer une anesthésie affective et physique, une dissociation et calmer l’angoisse, mais va recharger la mémoire traumatique et créer une dépendance aux drogues dures sécrétées par le cerveau (18).


Les principaux signes retrouvés à l’âge adulte à un état de stress extrême non spécifié sont des difficultés relationnelles (incapacité à faire confiance aux autres, agressivité, répétition des éléments traumatiques dans les relations actuelles), des passages à l’acte hétéro agressifs et sexuels, des comportements automutilatoires, des idéations suicidaires, des prises de risque excessives, l’absence d’estime de soi, une forte culpabilité (sur des attitudes inappropriées qui auraient pu encourager l’agresseur ou auraient dû faire échouer et empêcher l'agression), de la honte, une tendance à idéaliser l’agresseur, des conduites de revictimation, des troubles somatoformes et des troubles addictifs (9). Les événements traumatiques répétés sont parfois source de troubles de la personnalité, de type états limites ou « borderline », dus à des frustrations extrêmement précoces.


La conception de l’enfant
Il ne fait plus aucun doute que la maternité peut raviver le traumatisme de l’inceste, imprégnant alors tout le maternage. On peut mettre en évidence un état de mal-être pendant la grossesse. Des peurs, des doutes, des réticences, des souffrances psychologiques qui amènent les femmes, parfois, à adopter des comportements à risques comme des troubles du comportement alimentaire, des conduites addictives ou des excès de violence, pouvant mettre en danger leur vie et celle de leur bébé (1).


Concernant l’accouchement, il s’agit surtout de répercussions psychologiques qui donnent lieu à des peurs, des angoisses, des souffrances notamment par rapport à l’accouchement par voie basse. Et puis il y a le post-partum avec des échanges perturbés entre la mère et l’enfant par la peur de risquer un abus, catalyseur libérant cette sensibilité émotionnelle exacerbée. Nous le verrons, la sexualité du couple, qui pouvait déjà avant dysfonctionner bien naturellement à cause des traumatismes vécus, peine à chercher un nouvel équilibre.


Au vu des répercussions que l’inceste pourrait avoir pendant ces périodes de la grossesse et de l’accouchement, et en analysant les témoignages de ces femmes victimes (1), il serait judicieux de pouvoir dépister ces femmes et de mettre en place une prise en charge adaptée. Le dépistage devrait être le plus précoce possible. Si ce n’est pas le cas, des troubles dépressifs peuvent apparaître et provoquer le rejet ou la maltraitance du bébé. La prise en charge doit correspondre à leur volonté, à leurs attentes, et leur apporter aide et accompagnement.

Mais pour que ce dépistage et cet accompagnement puissent être mis en place, il faudrait que les personnels de santé, qui ont en charge ces patientes pendant cette période, puissent être sensibilisés, formés ou au moins suffisamment informés sur ce sujet.
De plus, ce qui ne facilite pas le diagnostic, cette souffrance reste silencieuse la plupart du temps, car elle est vécue dans la honte, la culpabilité et la colère… dans le déni ou l’oubli.Les symptômes d’alerte… pour déjouer le déni ?


Quand l’enfant ne vient pas
Le traumatisme de l’inceste pourra peut-être empêcher la conception d’un enfant. Les troubles du comportement alimentaire jouent un rôle primordial dans la fertilité : 50 % des anorexiques et 75 % des boulimiques interrogés font état d’agressions sexuelles dont ils auraient été victimes dans leur enfance. On peut consulter le site : www.lousonna.ch/psycho/anorexie/index.html


Violences conjugales
Chez les femmes ayant vécu l’inceste, la tendance à être à nouveau victime est bien connue, on retrouve de la violence dans les couples (11). Ayant toujours été traitées en objet que l’on prétend aimer, et malgré l’hyper vigilance dont elles peuvent faire preuve, elles se retrouvent parfois tout naturellement intimes avec un homme présentant le profil de l’agresseur, ne sachant plus ou refusant de voir ce qui leur arrive, elles acceptent de souffrir comme toujours.


La femme enceinte seule
Les femmes victimes choisissent parfois inconsciemment ou volontairement (par impossibilité de faire confiance) de faire un enfant avec un homme qui ne restera pas, de faire un enfant « sans père ».« C’est à la fois une histoire d’amour entre l’enfant et sa mère, et une façon de rester en vie grâce à cette responsabilité future, et pour certaines de ne pas être sur le qui-vive chaque jour et chaque nuit, le père étant vu comme une menace » (1).


Une demande d’insémination à l’étranger, voire d’adoption lorsque notre patiente se déclare seule, associée à de la souffrance (somatique ou autre), mérite toute notre attention.Elle peut encore survenir au cours d’une sexualité anarchique avec changements fréquents de partenaires… sans protection.


Les jeunes adolescentes enceintes de moins de 15 ans
Comme si elles avaient nié leur possibilité fécondante, une façon de dénoncer l’inceste indicible, elles vont négliger leur grossesse… la relation avec leur enfant sera perturbée.
Des antécédents particuliers associés, mutilations (scarifications), prostitution, drogue-alcool, etc. (une recherche incessante de nouvelles solutions pour échapper à tout prix à la confrontation avec leur vérité) peuvent manquer.


L’IVG
Cet acte n’est jamais anodin, et le fait pour la loi de ne pas rendre indispensable la consultation préalable, afin d’éviter l’intrusion dans le choix, est une façon déguisée d’abandonner la femme dans l’élaboration de sa décision, en faisant l’économie de sa problématique, qui se joue alors sans nous. Dans le cas de la femme ayant vécu l’inceste, cette décision est souvent liée à une peur panique, où la victime se sent dans l’incapacité de devenir mère, tant elle a déjà du mal à s’occuper d’elle. Il y a plus qu’une alerte dans le fait qu’elle n’ait pas d’issue sans pouvoir comprendre vraiment pourquoi. Une demande d’IVG chez une jeune fille accompagnée de son père ou son beau-père peut évoquer l’inceste ?


La fausse couche
Nous devons nous méfier lorsque l’échographie impose dans sa brutale certitude une grossesse arrêtée. Pas rare et simple pour le soignant de faire cette découverte, mais chargée de sens pour cette femme, d’un sens qui nous échappe la plupart du temps, gênés que nous sommes de sortir « du conte de fées » habituel. Cette grossesse arrêtée, cette fausse couche, peut être vécue comme une punition… pour avoir vécu l’inceste (sa culpabilité est immense de penser, qu’enfant, elle a eu des attitudes inappropriées, soit qui auraient pu encourager l’agresseur, soit pu faire échouer l’agression, ou l’empêcher… ou avoir eu du plaisir). Il y a des mots qui peuvent accompagner cela, à entendre, et des souffrances psychiques inhabituelles (dépression), à ne pas négliger.


Le sexe de l'enfant
L’échographie de la 22e semaine est un moment à risque de grande détresse, l’avenir de l'enfant ne se joue pas qu’au niveau des images qu’il nous montre de lui, avec cette bipolarité redoutée, normalité-anomalies, mais au niveau du diagnostic tant attendu de son sexe. Il est alors utile pour le soignant de ne pas ignorer ce qui se joue autour de lui et au niveau du couple. Il y a des mots, des silences, le langage non verbal de ces visages inquiets ou « inexpressifs ». Prendre alors un temps de parole pour comprendre ce qui se passe autour du sexe de cet enfant, est bienvenu pour ces femmes. La crainte d’attendre une fille est toujours forte, le garçon rassure la femme car il sera moins en danger (1). Il y a des variantes, les sujets d’anxiété de ces femmes (… de ces hommes abusés) sont sans limite.


Le déni de grossesse
L’enfant peut être nié dans son corps, il peut être impossible d’accepter de porter un enfant dans son corps lorsqu’on a été violé dans l’enfance.L’inconcevable devient évidence lors des perceptions des mouvements de l’enfant, du 5e mois à quelques jours avant la grossesse, ou quand surviennent seulement les contractions de l’accouchement… avant il n’y avait rien de notable pour cette femme « chargée d’angoisse, dans l’anesthésie de son corps », n’ayant qu’une prise de poids faible et un ventre « effacé » par une posture adaptée inconsciente.


Le déni de grossesse peut avoir des conséquences catastrophiques : mise en danger du fœtus ou de la mère elle-même, infanticide, abandon, dépression… (11).
Nous savons prendre en charge, remarquablement, les femmes qui se présentent devant le praticien tardivement pendant la grossesse, les examens se succèdent pour rattraper le temps perdu dans la surveillance obstétricale, mais peu de chose est fait pour en comprendre la raison alors que le symptôme est parfois criant.


La peur de l’accouchement
Un constat : depuis quelques années, la désertification du paysage obstétrical atteint des régions entières où il faut faire des dizaines, voire des centaines de kilomètres dans les régions montagneuses pour aller mettre son enfant au monde, les taux d’intervention obstétricale ont atteint des chiffres vertigineux, à croire que dans les pays industrialisés les femmes ont perdu la compétence à mettre leurs enfants au monde.

Les gains en terme de périnatalogie sont plus que modestes et la France régresse même dans le classement en fonction de certains indicateurs. « Les réflexions sur le thème de la naissance raisonnée comme un fait humain, personnel et social, sont qualifiées de dangereuses et rétrogrades utopies » (19). Les médecins, sommés de répondre aux critères de rentabilité de la santé, pratiquent une obstétrique défensive, médico-légale, qui augmente encore l’activisme interventionniste.


L’accouchement est présenté, et donc vécu par les femmes comme « à risques », alors qu’il ne s’agit, pour la grande majorité de femmes, que d’un acte physiologique naturel à accompagner. Qu’en est-il des projets de « maisons de naissance » accolées aux grosses maternités d’aujourd'hui, par sécurité, où l’accompagnement par des sages-femmes sensibles à un accouchement personnalisé permettrait aux femmes de faire des choix.


Quand il s’agit de grossesses à risques, des services spécialisés entassent ces femmes dans un débordement de tâches médicales nécessaires et urgentes, sans avoir le temps pour les soignants de se préoccuper de ce qu’elles peuvent vivre, sinon la peur d’un accident que l’on cherche a éviter, ce qui est censé les rassurer !
Le « bon docteur » devient comme le héros des contes de fées racontés, cette fois aux femmes, quand se met en place la relation médicale, si cette première rencontre répond à leur attente…

Cela n’a strictement rien à voir avec ses compétences, que le patient est bien en peine de pouvoir apprécier. La base de cette relation est ailleurs, dans cette sympathie naturelle et cette implication qui entraîne confiance et sécurité, parfois elle se fonde sur une compétence reconnue et titrée, dans un centre hospitalier où l’empathie peut être devenue facultative.


La peur « panique » de l’accouchement est une phobie trop méconnue des soignants.Elle peut être primaire et précède le premier accouchement, remonte à l’adolescence, les rapports sexuels peuvent être normaux, mais la contraception est excessivement scrupuleuse, mélangeant plusieurs méthodes (signe d’appel) en raison d’une peur panique de la grossesse et de l’accouchement. Elles en parlent assez facilement lorsqu’on les interroge, mais on n’y prête que peu d’importance tant l’impression que « cela va passer avec le temps » est une évidence, pourtant fallacieuse, mais évitant le problème.


La peur panique peut être secondaire à un accouchement difficile, avec la peur de mourir, perdre son bébé, ou d’avoir vécu une douleur traumatisante, en incapacité de bouger ou se défendre, donne l’impression de revivre une violence connue. Pour avoir entendu ces mêmes femmes parler ensuite de leur accouchement difficile ou angoissant, prétendre  qu’on ne les a pas ou à peine averti du problème qui se posait pendant et parfois même quelques jours après (et c’est de plus en plus souvent vrai, par manque de temps et à cause des rotations de personnel), il faut faire un travail d’écoute.

D’humbles explications en suites de couches seront utiles pour éviter qu’elles se culpabilisent encore une fois de plus (mauvaise mère qui n’a su accoucher !). Ces peurs paniques précédent ou accompagnent un syndrome dépressif ou l’anxiété est majeure.Elles peuvent constituer un signe d’appel puissant d’antécédents de violences pendant l’enfance. Ces mêmes femmes réclament avec force une césarienne au début de leur deuxième grossesse, ce qui n’est pas sans poser un problème à l’accoucheur devant toute absence d’indication précise, s’il ne comprend rien de cette peur, encore moins de son mécanisme.


Les soins au bébé
Ils entraînent un désarroi intense, « lui donner le sein, voir son enfant nu, le laver, le toucher, changer sa couche, peut la persuader qu’il s’agit d’un acte incestueux » (1), qui peut l’entraîner par la lourdeur de la tâche qui s'impose à elle dans une dépression. La mère a honte et se cache, ne demandant pas souvent de l’aide, se considérant perverse, elle ne peut échanger, le personnel sent bien qu’il y a une difficulté mais peut être repoussé pour éviter un jugement, c’est de nouveau l’abandon d’un soutien.Entendre une demande d’aide, proposer son aide ne peut se faire que si on a en tête, « comme une obsession », la conscience que ces violences ressurgissent douloureusement avec la grossesse et l’accouchement.


En suites de couches tardives
Une hyper vigilance envers son entourage rend la femme, mais aussi l’homme abusé méfiant (les hommes ayant subi l’inceste ne sont pas rares, mais quelle place accordons-nous à l’homme lors de la grossesse de sa femme ? Comment pourrions-nous dépister et aider s’il est aussi transparent pour les soignants ?). Il faudra qu’ils puissent contrôler progressivement cette méfiance pour permettre l’autonomie de leur enfant, la tâche reste ardue et… périlleuse (16).


Alors, on pourra parler d’une sortie du déni par la grossesse.Il est d’autant plus déstabilisant quand il arrive sans prévenir durant la grossesse, pendant l’accouchement ou peu de temps après. La sortie du déni reste douloureuse, peut entraîner la dépression alors que l’on vit l’un des moments les plus heureux de notre vie. Acquérir le statut nouveau de parent fait tout « remonter », comme disent de nombreuses victimes (8) (1). Il est de ce fait difficile d’être une mère sereine.


Etre attentif, avoir connaissance de ces signes d’appels multiples quand on est praticien de la grossesse, poser des questions, interroger sur une « quelconque violence sexuelle pendant l’enfance, ne pas écarter ce diagnostic aussi simplement si la réponse est négative car le déni ou l’oubli n’est pas rare. En cas de dévoilement, pouvoir évoquer la répercussion de l’inceste sur la future parentalité de la victime serait tout bonnement lui apporter l’aide qu’elle est en droit d’attendre de nous. Quel gain de temps ce serait : pour le père, la mère mais aussi pour l’enfant à venir !Il est vital pour les soignants de « parler ».


Mais il y a alors deux réflexions paralysantes qui nous étreignent :

Il faut faire la « distinction jamais facile entre des signes d’alarme éventuels et une pathologie avérée » et on peut même vite passer« de la prévention à la maltraitance institutionnelle en étant suspicieux et peu empathique » (11).Alors comment faire sinon demander l’avis du psychologue, l’avis d’un sexologue en la matière n’étant jusqu’à présent que rarement envisagé.


En cas de troubles psychiques sévères, le recours au psychiatre et aux médicaments est nécessaire. Bien sûr, le reste du temps notre accompagnement doit s’exercer préalablement pour plusieurs raisons : l’empathie et l’implication dont nous avons fait preuve en surveillant cette grossesse nous restent utiles pour qu’il puisse y avoir un dévoilement ou une reconnaissance de la violence passée : le « bon docteur » des contes de fées gagne alors sa place.


En cas de violence connue et avouée, notre rôle est de parler de ces difficultés qui l’attendent pour commencer à déminer le terrain de la souffrance.Quand pour la première fois les victimes d’abus sexuels évoquent leurs antécédents, les adresser sans attendre au psychologue va provoquer des réactions de méfiance de leur part, elles disent se sentir abandonnées, elles pensent qu’on ne les croit pas (assimilant la proposition de psychothérapie de la part du médecin comme une vérification de l’authenticité de ce qu’elles disent). Elles peuvent enfin vouloir prendre du temps avant d’accepter le lien entre leurs symptômes et l’abus sexuel (refus de la souffrance provoquée par la réémergence de l’abus qu’elles ont passé tant d’années à essayer d’oublier).


Etre un témoin lucide permet à nos patientes d’accepter leurs émotions, comprendre leur intensité et les transformer en sentiments conscients, qui vont laisser de nouvelles traces mémorielles, préparant une thérapie. Deux questions se posent alors : le recours au sexologue, quand la plainte est faite de dysfonction sexuelle, intervient-il à n’importe laquelle des étapes de la périnatalité ? Pourquoi un soignant de la maternité, qui en a la compétence, ne serait pas capable d’évoquer avec une patiente, devant l’addition des symptômes, ses difficultés sexuelles en couple ? On peut « parler de choses compliquées avec des mots simples », lorsque l’alliance thérapeutique est engagée. Cela pourrait compléter le tableau symptomatique et il est utile de s’y attarder.


La vie sexuelle peut être normale
Le dialogue de la femme (ou de l’homme) avec son corps peut redevenir normal, malgré la violence sexuelle de l’inceste.
En tant que professionnels, nous ne voyons que ceux qui vont mal, pas ceux qui ont réussi à dépasser leur problème et qui n’ont pas besoin de nous. Lorsqu’il nous arrive d’entendre les récits de ces femmes, moralisateurs, féministes ou subjectifs, nous pouvons ne pas admettre ni la violence révoltante et encore moins la possibilité d’une récupération ou d’un bien-être sexuel.

La violence sexuelle est « spectaculaire », mais elle affecte moins que la carence affective insidieuse qui est associée à l’inceste et… elle affecte moins que la réaction négative de l’entourage qui peut survenir lors du dévoilement.
Mais malgré une vie sexuelle qui peut être normale, on assiste à des réactivations, si bien que près des deux tiers des patientes se plaignent de dysfonctions sexuelles, dues à des reviviscences du traumatisme pendant les relations sexuelles.


Quand la sexualité va mal
La sexualité est marquée par la peur et la violence, l’hyper contrôle et l’hyper vigilance rendent alors tout abandon impossible et vont jusqu’à engendrer de l’agressivité.L’agressivité à la place de l’intimité !


Les conduites à risque en sont un exemple, pour soi, avec des fugues (adolescence), une sexualité compulsive avec prise de risques sexuels, des IVG et des grossesses jeunes…Il peut aussi y avoir des risques pour les autres, des délits, agressions…


Le désir peut être ressenti comme dangereux, avec une phobie du rapport sexuel associant un manque de confiance vis-à-vis du partenaire pour ne plus risquer le scénario de l’abus.On soustrait alors le corps au désir de l’autre, soit par des habits trop larges ou informes cachant le corps, soit en perdant du poids pour obtenir un corps sans forme, ou encore en ayant un comportement agressif et non féminin. Le désir remplacé par le dégoût et sa suite, la souillure, la honte et la culpabilité, la femme ne pouvant pas aimer son corps.


La dépression, avec son engourdissement sensoriel, son comportement de fuite et d’évitement, supprime généralement le désir.L’excitation est contrariée : des zones touchées par l’agresseur sont devenues insensibles, ou au contraire des zones cibles génératrices de flashbacks. Il y a la mémoire d’odeurs insupportables, de sons, d’un goût…
Il y a aussi l’anticipation de la douleur (terrible, déjà vécue) qui bloque avec la honte la congestion et l’acceptation de la pénétration…


Le plaisir
Il peut être absent avec un corps qui souffre fréquemment de nombreuses somatisations (problèmes génitaux urinaires, douleurs pelviennes, colites spasmodiques…). Un corps qui souffre et qui ne peut éprouver de plaisir.
Et quand il y a du plaisir, il se paie avec de la douleur tant la culpabilité peut être lourde (dyspareunies, vaginites récidivantes, vulvodynies…). La douleur plonge dans l’anxiété et réactive la violence vécue.Le plaisir peut encore être angoissant, l’orgasme signifiant la perte de la maîtrise (déjà perdue) et de nouveaux dangers à venir.


Avec le partenaire
-       D’un côté, céder une fois de plus pour le plaisir de l’autre en se retrouvant dans le rôle de la victime place aussi le partenaire dans le rôle de l’agresseur sans qu’il en soit vraiment conscient. Les réactivations sont alors fréquentes.
-       De l’autre,fuir en entretenant des relations conflictuelles voire violentes avec le conjoint, en consommant des produits psychoaffectifs avant les rapports (alcool et surtout cannabis), avoir des partenaires multiples ou des préférences homosexuelles secondaires ou intermittentes.


En conclusion


 

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LOVENS Veronique Sexologue Clinicienne Sexotherapeute Liege 4020

Master en Sexologie à l’Université de Liège (Belgique)

Titulaire d’une maitrise en  sexologie

Formée aux tests de personnalité  par le Professeur C.MORMONT (Test de Rorschach système intégré selon EXNER et Test Aperception Thématique T.A.T selon Murray)

Formée à la thérapie relationnelle
 
- Nombreuses publications dans des revues scientifiques
 
- Obtention du prix Edouard- Jean Leblanc en 2006 (Décerné par la Société des Sexologues Universitaires de Belgique)
 
- Participation à des débats radiophoniques
  Invitée en qualité d’expert à une émission télévisuelle sur France 2 « Toute une histoire »


Dernières publications:
- Invitation Sexuelle, entre Joute et Détente
- Se laisser séduire, permettre de se laisser toucher.Parole de Sexologue
- sexualite et viagra. Les jeunes hommes, puissance et compétence sexuelle masculine

www.sexologue-sexotherapeute.com

 

 
 
Cabinet de Sexologie Liège
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Téléphone: 04 344 07 50

MIGNOT Joelle Psychologue Sexologue Clinicienne

Psychologue spécialisée en sexologie clinique et en hypnose thérapeutique.

Également responsable d'enseignement du diplôme inter-universitaire (D.I.U.) de sexologie à la Faculté de Médecine de Paris 13 - Bobigny.

Auteur de : "Parole de divan", Éditions de l'Harmattan,
"Carnet de recettes pour deux d'une femme amoureuse" Editions MANGO 2006,
Rédactrice en chef de la revue Sexualités Humaines,
"Empreinte, sexualité et création"
Éditions de l'Harmattan,
Chroniqueuse dans la revue "Hypnose et Thérapie brève".



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Rédactrice de Hypnosexo


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