Sexologue

La relation extraconjugale: une occasion de relancer le couple?

Revue Sexualités Humaines n°21

Par le Dr Patrick Blachère - Psychiatre, sexologue. Aix-les-Bains

EN 2014, L’INFIDÉLITÉ EST UNE NORME… STATISTIQUE

« En France, l’infidélité est loin d’être une pratique marginale…Les résultats français de l’Observatoire européen de l’infidélité montrent au contraire une banalisation des comportements extraconjugaux dans une société française où plus d’un homme sur deux (55 %) et près d’une femme sur trois (32 %) admettent avoir déjà été infidèles au cours de leur vie. » Ifop, 21 janvier 2014

S’il n’existe pas d’études sociologiques validées par des statisticiens permettant d’évaluer les bienfaits ou les méfaits de l’infidélité conjugale sur la dynamique des couples, l’infidélité est assurément un fait de société. En France, plus d’un homme sur deux admet avoir eu une relation extraconjugale.

L’infidélité des hom-mes vivant en couple est donc deve-nue la norme ; du moins la norme statistique. Ce comportement semble moins observé chez les femmes mais il est en forte augmentation. Au début des années 1970, seules 10 % des femmes (contre 32 % en 2014) admettaient avoir eu des relations extraconjugales.

L’INFIDÉLITÉ, SOURCE D’ÉPANOUISSEMENT OU FLÉAU SOCIAL ?


Ce n’est pas parce que l’infidélité devient la norme ou presque en 2014, qu’elle est sans conséquence. Certes, il n’y a plus de sanctions légales à redouter. « L’adultère » n’est plus une infraction, mais l’infidélité n’est pas encore la norme « morale ». La réprobation sociale de l’adultère est encore importante.

La conception de la vie conjugale évolue aussi, mais les couples ouverts ne sont pas encore majoritaires. On note, du reste, que dans le texte publié par l’Ifop les partenaires des « infidèles » sont désignés comme des « victimes ». Le qualificatif « trompé » est également employé ainsi, même dans un document a priori technique et neutre il est difficile de faire abstraction de référence morale.

« Un Français sur deux (49 %) déclare d’ailleurs avoir été lui-même victime d’infidélité : les femmes étant un peu plus nombreuses (53 %) que les hommes (45 %) à penser à avoir été trompées par un de leurs conjoints. » (Ifop)

L’emploi du mot « victime » renvoie implicitement à la reconnaissance d’un fait traumatique. Sur ce, l’enquête de l’Ifop ne donne aucun renseignement sur les dommages résultant de l’infidélité tant sur les « victimes » que sur le couple. A en croire certains témoignages extraits du site Gleeden.com, le premier site de rencontres extraconjugales pensé par des femmes, l’infidélité peut être une chance pour le couple :
Publié le 06/07/2013 (Gleeden.com)
« L’homme avec qui je suis marié est celui que j’aime, mais nos relations sexuelles ne me satisfont pas. C’est la raison pour laquelle je vois d’autres hommes : je passe du bon temps avec eux, sans m’attacher à eux comme je le suis à mon mari. »

Un autre « témoin » usager de Gleeden.com voit la sexualité extraconjugale comme une source d’épanouissement personnel : « Pourquoi la libido prend-elle dès lors de la hauteur ? Parce que l’instant est rare, dilaté, dérobé aux contingences quotidiennes, parce qu’on ne se sent pas lié par un contrat civil ou religieux, par le remboursement du prêt immobilier ou par l’éducation de sa progéniture. Comme un yoga (oui, n’en déplaise aux puristes !), le sexe avec l’Autre défendu est une respiration plus consciente, une pratique au présent, une cérémonie de retrouvailles avec soi. C’est la vie dans ses fonctions les plus naturelles qui reprend ses droits. On ose enfin avancer sur des territoires inconnus : apprendre à se connaître, à donner, à recevoir, débarrassé du fatras de codes sociaux amoureux. On va chercher dans les profondeurs un autre mode d’assouvir ses pulsions et de se réconcilier avec son corps – ce grand oublié de notre vie moderne –, quitte à se fourvoyer, à dépasser parfois ses limites. La pipe audacieuse ratée, la sodomie un peu brutale, le lieu mal approprié… Ce n’est pas bien grave. Les failles ne sont pas des blessures narcissiques sous le regard de son compagnon de vie. L’amant est quelqu’un qui pose un regard plus léger sur les ratés. Si l’on osait, on parlerait de bienveillance. Oui, l’amant est bienveillant parce qu’il ne supporte pas la cohorte des tâches ingrates et des reproches du quotidien, parce qu’il est reconnaissant du plaisir partagé, d’un corps qui lui a permis, le temps d’une étreinte, d’échapper à l’ennui. »
Lola (Gleeden.com), janvier 2014

Ce témoignage, au ton emphatique, contraste par contre avec d’autres ; ceux de la clinique (la nôtre et celle des thérapeutes de couple). En 2014, la relation extraconjugale est parfois source de souffrance et de dommage dans l’équilibre conjugal.
« Quand j’ai dit, ce que je regrette aujourd’hui, à ma femme que je l’avais trompée, chose que pourtant je ne referai plus, j’ai cru que la terre s’ouvrait sous ses pieds. »
(Pierre X, patient de 51 ans)

Certains dressent même un tableau dramatique des conséquences pour la « victime » : « La découverte de l’infidélité est toujours un choc pour la personne trompée dont l’intensité peut varier du simple déni jusqu’au syndrome de stress post-traumatique. Le SSPT se caractérise par des pensées obsédantes et des ruminations, de l’hypervigilance, de l’évitement, de la colère, de la peur et de l’insécurité ou encore une réaction dépressive. Les thérapeutes évoquent  l’idée d’ouragan émotionnel ou de tsunami émotionnel pour montrer l’importance de l’impact. »

Sans partager cette vision apocalyptique, il faut bien reconnaître que les conséquences de la découverte de ce qui est vécu comme une trahison peuvent être parfois dramatiques, mais ceci est surtout observé chez des sujets à la personnalité fragile (personnalités abandonniques, par exemple)
(Rouchon, Blachère 3)

LES EFFETS DE L’INFIDÉLITÉ SUR LE COUPLE


Il est, pour le thérapeute de couple, impossible de répondre à la question des bienfaits ou méfaits de l’infidélité, par la simple lecture des témoignages, tant les retours d’expériences sont contrastés. C’est du reste pour cette raison que le concepteur de la revue nous pose la question : « La relation extraconjugale : une occasion de relancer le couple ?»

Pour le clinicien, la formulation de la question peut surprendre. Le terme de relance est plus généralement employé dans le domaine économique. Il y a, dans cette formulation, l’idée d’une conception très moderne du couple, et surtout un sous-entendu : un couple qui serait statique, qui « n’irait pas de l’avant », serait en péril. Cette idée de salut par le mouvement est un peu surprenante pour le thérapeute dans la mesure où il est globalement plus facile pour tout système vivant de garder un équilibre en restant statique qu’en étant en mouvement.Pour le clinicien, il est donc plus pertinent de poser la question sous cette forme : l’infidélité est-elle un facteur de fragilité, de désunion du couple, et si oui, dans quel cas ? A contrario, peut-elle renforcer les liens et pérenniser une union fragile ?

L’AMOUR SOURCE DE FRAGILITÉ

Il importe, au préalable, de définir ce qu’est un couple. A priori, la définition est simple : un couple est l’union de deux individus. Ce qui l’est moins, c’est la nature du lien… Jadis, ce lien était forcément contractuel (mariage, ou plus récemment un Pacs) dans un contexte ou non de relation amoureuse. Il y a encore plus longtemps l’amour n’était pas la condition nécessaire à l’union, l’union était décidée par les familles. Le contrat était non résiliable (sauf les rares annulations de mariage) et les deux partenaires se voyaient unis sinon pour l’éternité, du moins à perpétuité…

Certes, après des années d’intimité partagée, de difficultés vécues en commun, les deux partenaires pouvaient s’aimer d’un amour qui, d’un point de vue clinique, est très proche de celui que l’on observe, après quelques années, dans un couple moderne, quand « l’amour naissant » a laissé la place à ce que les psychanalystes appelaient « le courant tendre ». Ces couples étaient, par essence, plus solides. Non seulement les liensétaient souvent indissolubles, mais quitter le couple était périlleux voire impossible (ne serait-ce que pour des raisons économiques).

De façon paradoxale, les partenaires « obligés » de vivre ensemble avaient parfois plus de facilités à s’adapter à l’autre durablement, un peu comme deux prisonniers devant partager la même cellule pendant des décennies (il vaut mieux, dans ce cas, faire des efforts pour s’adapter à l’autre…).
Quand deux partenaires ne s’unissent que du fait de la relation amoureuse, il est souvent plus difficile d’adapter son comportement à l’autre, et ce d’autant plus que les travers de notre conjoint (que l’on trouvait si charmant au début de notre union) sont parfois insupportables après quelques mois.

Un couple uni par le seul lien amoureux est, par essence, un couple fragile :
« Les recherches neurologiques actuelles nous apprennent que la première phase d’une histoire d’amour serait en fait programmée dans nos gènes, sous le primat du biologique et qu’elle durerait en moyenne trois ans. Le partenaire choisi perd son attrait, son caractère irrésistible quelles que soient ses qualités et un sentiment de désillusion, voire de tromperie, peut surgir. Le réveil est alors douloureux : d’aucuns pensent qu’ils n’ont pas trouvé la “bonne personne”. C’est alors qu’apparaissent, dans la plupart des couples, une réorganisation des relationsamoureuses. Des difficultés conjugales, voire la séparation peuvent alors survenir. » (Vincent 7)

LES FACTEURS DE COHÉSION CONJUGALE

C’est le plus souvent lors de cette période d’affadissement des sentiments amoureux que le couple est le plus vulnérable, il l’est d’autant plus que peu de sujets se posent la question de la finalité de la vie de couple avant cette période de « désillusion ». Les partenaires sont souvent extrêmement
naïfs et, mis en confiance par la constance des sentiments amoureux des premières années, surestiment la solidité des liens, sans même se poser la question de la nature de ceuxci (abstraction faite de la relation amoureuse).

Nous pourrions presque dire, de façon provocatrice, que le danger pour le couple ne vient pas de la fidélité ou de l’infidélité conjugale, mais tout simplement de la fragilité des liens qui unissent le couple au-delà de la relation amoureuse.Il importe donc, pour le couple, avant la période de désillusion marquant la fin de « l’état amoureux » de se poser préalablement la question de la finalité de la vie conjugale ; vie conjugale qui n’est nullement obligatoire (il est possible de vivre, de travailler voire d’élever des enfants sans vivre en couple).

Hormis le contexte conjugal, si deux individus s’unissent c’est pour faire mieux ou plus à deux que ce qu’ils pourraient faire seuls, tout en permettant l’épanouissement de chacun des partenaires. Ainsi, deux prisonniers peuvent s’unir pour franchir un obstacle infranchis-sable par un individu isolé. En se fai-sant mutuellement la courte échelle, ils pourront ainsi s’évader. Ils réalisent alors un projet commun. Tel pourrait être le modèle d’un couple sinon idéal, du moins mieux armé pour surmonter les crises. Mais revenons à la métaphore de l’évasion: le mur d’enceinte franchi, la pérennité de l’union peut se poser. Les prisonniers peuvent parfois être plus en danger en restant unis, et ils n’ont d’intérêt à rester en couple que s’ils ont, au-delà de l’évasion, un autre projet
commun. A moins qu’avec le temps et leur communion dans les expériences difficiles, ils aient tissé entre eux des liens affectifs ou tout simplement qu’ils aient peur de se séparer…

A l’instar des prisonniers, et surtout si on tient à faire alliance avec l’autre, il importe de se poser la question des obstacles à franchir voire des projets communs au-delà du mur d’enceinte… (Une fois les enfants élevés, à quoi sert le couple ?) De fait, avant de se poser la question de la fidélité (ou avant qu’elle ne se pose), il apparaît pertinent de se poser la question de la solidité de notre couple : Suis-je épanoui dans mon couple ? Mon compagnon l’est-il ? Mon couple est-il un frein pour mon épanouissement ou pour celui de mon partenaire, et surtout quelle est la nature des liens qui nous unissent ? C’est essentiellement pour répondre à cette dernière question que le thérapeute est le plus utile. Parfois ce que l’on pense être de l’amour est un simple besoin ; besoin de l’autre comme étayage pour éviter l’écroulement, ou tout simplement pour échapper à ses angoisses abandonniques. Le rôle du thérapeute est alors de permettre une désaliénation, sans influencer le choix du patient, mais en permettant au patient d’échapper à une relation aliénante ou destructrice (cf. certaines formes de violences conjugales).

LA FIDÉLITÉ EST HORS NATURE

Dans un couple unis par les seuls liens de l’amour, rester fidèle relève de l’exploit. La promesse de fidélité prise au début de l’union est difficile à respecter. Aucune clause du contrat ne prévoit de sanction en cas de non respect de cette promesse. L’engagement de rester fidèle est, en effet, souvent pris de façon informelle : « Je me sens incapable de te trahir. »

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Forum Internet sur la sexualité : un préalable à la consultation de sexologie ?

La Page de la sage-femme

Par Lenaig Serazin-Orsini

Lors de leur première venue en consultation de sexologie, les femmes ont souvent la phrase suivante : « Je ne savais pas si c’était normal alors j’ai regardé sur Internet et posé des questions sur les forums et je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à avoir ce problème… »
 
La répétition de cette entrée en matière par les patientes amène à se poser quelques questions.
Pourquoi les patientes exposent-elles leurs interrogations en matière de sexualité en première intention sur les forums ? Qu’est-ce que cette justification lors de leur première consultation signifie-t-elle ? Comment accueillir cette première démarche ?
 
Forum est un mot dérivé du latin foris signifiant lieu extérieur. Dans l’Antiquité, le forum désigne la place publique, la place du marché, un lieu d’échanges. Aujourd’hui un forum en informatique désigne un espace virtuel de discussion publique. La participation au forum suppose de respecter une charte de conditions d’usage et un modérateur veille au bon respect de ces règles. Un forum permet un échange par communication asynchrone, contrairement aux « chat » qui désignent des discussions en instantané.
 
Ainsi sur les forums, on peut penser que les femmes recherchent un échange sur un sujet qu’elles auront mis sur la place publique, pour une communauté virtuelle.
Ce public partage en effet l’acceptation de la charte, le thème de discussion (en l’occurrence la sexualité) et la même préoccupation (le sujet abordé dans le message laissé sur le forum).
L’anonymat ou l’identification par un pseudo sur le forum permet un échange dématérialisé libéré des préoccupations de représentation sociale. Poser anonymement une question sur la sexualité sur un forum ne va pas ébranler les liens sociaux déjà construits.
 
Sur les forums, les femmes enceintes osent poser certaines questions qu’elles ne s’aventureraient pas à poser lors des consultations de grossesse. Effectivement dans ce contexte « sérieux » de suivi de grossesse, peu de femmes évoquent spontanément leurs interrogations en matière de sexualité (libido et grossesse, rêves érotiques, rapports sexuels pendant la grossesse, troubles sexuels…). La méta-analyse de K. Von Sydow sur la sexualité pendant la grossesse et après la naissance révèle que 68 % des jeunes femmes ne se souviennent pas d’avoir parlé de sexualité durant leur grossesse avec leur gynécologue obstétricien.

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Les remaniements psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles

Une approche typologique d’angoisses et de profils d’hommes à partir d’une pré-enquête hospitalo-universitaire faite entre 2011-2013.

Par Dominique Lefèvre, Psychologue Sexologue clinicienne, Docteure en droit à Nogent-sur-Marne

Une enquête hospitalo-universitaire innovante

Les trois années d’études universitaires sur la sexualité humaine (sexologie), que j’ai achevé en septembre 2013 au sein de l’Université Paris 13 – sur le site de la faculté de médecine de Bobigny – ont abouti par un trépied évaluatif : l’examen national, un compte-rendu de titres et travaux et la soutenance d’un mémoire professionnel. Pour le mémoire, j’ai choisi une problématique rencontrée lors du suivi régulier des consultations de sexologie avec Gérard Tixier, médecin sexothérapeute psychanalyste, au CHU Henri-Mondor de Créteil.
Ces consultations se déroulent au sein des services d’urologie et d’oncologie dans le cadre des soins de confort et s’adressent à tout public s’y présentant. 95 % des consultants sont des hommes et 80 % des plaintes concernent les troubles érectiles. Les étiologies organiques, iatrogènes ou psychogènes de ces troubles sont relativement bien circonscrites dans le milieu médical clinique et de la recherche.
Par contre, les conséquences des troubles érectiles sur le psychisme des hommes restent méconnues. J’ai donc voulu explorer l’étendue de ces perturbations psychiques.
 
A partir de nos connaissances et des réalités du terrain, Gérard Tixier et moi-même avons construit un entretien suivi d’un questionnaire de sexualité (annexes 1-A et 1-B) validant l’existence d’angoisses engendrées par les troubles érectiles de l’homme sur lui-même et sur son couple. Un protocole de trois entretiens a été formalisé : le premier entretien inclut le questionnaire et le troisième fait l’objet d’un compte rendu personnalisé auprès du patient. J’ai rencontré plus de 300 situations, fait passer une centaine de questionnaires et choisi un échantillonnage de quarante hommes dans ce protocole d’enquête.
 
L’homme ou le couple se présente à la consultation avec une plainte liée aux troubles de l’érection. Dans notre binôme thérapeutique, nous avons pu repérer deux niveaux d’angoisses. En recherchant la motivation derrière ce motif, il s’avère qu’un premier niveau d’angoisses secondaires émerge, principalement dans la peur de perdre son couple ou de ne pas trouver de partenaire. Le deuxième niveau d’angoisses plus archaïques, est  perceptible dans l’écoute des propos tenus de manière récurrente par les consultants. Elles concernent principalement l’angoisse de castration : « C’est comme si j’avais perdu un bras » ; l’angoisse de mort : « Il vaut mieux que je meure que de ne plus pouvoir » ; et l’angoisse de féminisation : « Je suis comme une femme ». L’apparition évidente de ces angoisses a orienté subtilement notre questionnaire avec un souci de simplicité afin de le rendre transmissible.

Des constats toujours d’actualité : l’érection conforte l’identité masculine


Si l’érection est essentielle pour le rapport sexuel avec pénétration, elle fait partie aussi de l’identité masculine. Ses défaillances se mesurent par un double triptyque, d’abord par celui des dimensions psychologique, sociale et culturelle, et ensuite dans leur intrication aux peurs de « perte, de performance et de perfection » (2). La virilité – telle la féminité – est victime de constructions socio-culturelles dont l’érection reste emblématique de la puissance masculine. Si l’identité masculine se fonde sur une rencontre fondatrice sécure avec des images parentales et se poursuit dans une série d’identifications multiples de la petite enfance à l’âge adulte, elle véhicule des stéréotypes aliénant la personne. Le couple aussi a une importance considérable dans la démarche de prise en charge des troubles érectiles. Si pendant longtemps on a pensé que l’érection fait l’homme, nous dirons « que c’est l’homme (et la femme) qui font l’érection ».
Et pour parachever ce propos, la réhabilitation et l’investissement du corps érotique masculin contribuent à l’équilibre d’une prise en charge de l’homme et de son partenaire.


Quelle prise en charge psychologique des conséquences psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles ?


Les aspects physiologiques, organiques sont médicalement bien circonscrits avec une série de réponses mécaniques, chimiques, chirurgicales et prochainement cellulaires (recherche Inserm avec le CHU Mondor). Par contre, la question des effets des troubles érectiles sur l’homme a été peu étudiée. J’ai relevé, dans la revue de littérature scientifique, deux enquêtes, l’une en 2002 et l’autre en 2012, évoquant les influences négatives des troubles érectiles sur la qualité de vie et l’estime de soi sur les hommes ainsi que sur le bien-être émotionnel du partenaire. Les romans de Romain Gary témoignent aussi à quel point le psychisme masculin est imprégné de la puissance érectile comme moteur de vie et d’énergie.
Lors des consultations, la récurrence des propos sous-jacents à la plainte signale de réelles inquiétudes, craintes et angoisses face à cette perte ou de développement avec difficulté de pénétration ou de maintien d’érection, donc de ne pouvoir durer dans le rapport sexuel. Ces troubles induisent psychiquement une insatisfaction et une perte de gain de jouissance, ce qui en fait un symptôme différent des autres.
Les hypothèses de ce travail sont de démontrer l’existence des remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles et d’en vérifier le bien fondé. A partir de deux niveaux psychiques d’angoisses repérés, des profils se sont dessinés. Les réalités de terrain et le cadre théorique ont dû s’articuler pour l’entretien et le questionnaire de manière pertinente. Il nous semble essentiel d’évaluer sérieusement et de prendre en charge concrètement les remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles.


Résultats des statistiques du questionnaire


Par le biais des trois entretiens et de l’enquête statistique sur cet échantillon restreint de 40 hommes, 21 questions ont été élaborées. Le premier entretien se composait du questionnaire et le dernier de la retransmission des résultats auprès de chacun. Des statistiques ont été faites sur ce panel. Il s’agit d’une pré-enquête intéressante qui nécessiterait des moyens plus importants pour approfondir ces hypothèses novatrices.

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Les Couleurs du Plaisir, par Joëlle MIGNOT, Sexologue à Paris

Joelle Mignot

PORTES VERS LE SUBLIME. Fine connaisseuse de l’utilisation de l’hypnose en sexologie, Joëlle Mignot développe les connexions intimes entre couleurs et accès à l’un des grands plaisirs de la vie. Pour une hypnose subtile qui nous redit que le sexe est une relation créative.


Donner une définition du plaisir sexuel commune à la femme et à l’homme est une entreprise complexe tant les vécus sont subjectifs intersexe mais surtout intrasexe. Non réductible à l’orgasme, le plaisir sexuel s’invite dans toute vie individuelle à partir des premières traces corporelles de tout petit bébé en passant par les différentes phases de la construction de la sexualité à l’adolescence, puis à partir des différentes expériences qui vont sillonner l’âge adulte.

Non réductible également à sa dimension physiologique et aux circuits neuronaux, il ne l’est pas plus aux systèmes de récompense comportementaux, même si ceux-ci peuvent avoir des effets de renforcement ou d’inhibition qui ne manqueront pas de s’exprimer ou d’envahir le sujet à la moindre occasion. Hautement sensible aux interdits, aux croyances et aux idées reçues, mais aussi au trauma, le plaisir sexuel dépend donc avant tout du corps, de la sensorialité, de la sensualité et enfin de la souplesse psychique du sujet vis à vis des vécus et des pratiques sexuelles. Enfin la dimension créative de chacun va être à l’épreuve de l’évolution ou de la limitation du plaisir sexuel à sa décharge, du déploiement ou de la restriction à la manière d’un éventail coloré, capable de masquer, de retenir mais surtout de révéler ce qui était enfoui, à l’aune de la rencontre à l’autre qui servira, dans le meilleur des cas, de catalyseur.

L’utilisation, en hypnose, de l’éventail des couleurs va donner accès aux différentes portes du plaisir, corporelles, fantasmatiques et émotionnelles, quand celui-ci est annulé et perdu, nié et donc anesthésié, défensif et renversé en son contraire, la douleur, rendant le corps plaisir inaccessible, par identification à la lignée transgénérationnelle par exemple. Les mécanismes de défenses, boucliers contre l’angoisse mais néanmoins ressources métaphoriques exploitables en hypnose, imprègnent l’expression du plaisir sexuel dans ses aléas et ses souffrances.

PLAISIR SENSUEL ET COULEUR : LES POINTS COMMUNS

La nuance : le récent succès de 50 nuances de Grey interpelle sur cette notion qui fait appel, dans les deux registres de la couleur et du plaisir sensuel, au même mécanisme : l’intensité, le degré de perception, la subtile différence et le lien entre les sens comme le goût et la vue. Mécanisme qui fait dire à Simone de Beauvoir dans ses Mémoires d’une jeune fille en fleur : « Le rose des bonbons se dégradait en nuances exquises »1958, p.11) ; comme à Georges Sand dans Lélia (1839, p.499) : « Les prairies absorbèrent la rosée qui les blanchissait et se firent voir si fraîches et si vertes que toute autre verdure sembla effacée. Il y eut partout des nuances au lieu de teintes... » ; ou encore Colette par ces mots mystérieux : « L’étroit marais fleuri où l’eupatoire1, le statice2, la scabieuse3 apportent trois nuances de mauve » (La naissance du jour, 1928, p.26). Des hommes aussi comme Maupassant dans Contes et nouvelles (t.1, Baiser, 1882, p.607) : « Il nous manque une toute petite chose, le discernement des nuances dans la caresse ». Mais surtout Sartre dans l’Etre et le Néant4. Il définit la caresse comme un « façonnement », une « naissance de la chair de l’autre », « une révélation de soi-même et d’autrui ». « La caresse, dit-il, est l’ensemble des cérémonies qui incarne autrui ».

La vibration et la lumière : la définition même de la couleur implique la qualité de la lumière que renvoie un objet, et qui permet à l’oeil de le distinguer des autres objets, indépendamment de sa nature et de sa forme. Car « Personne ne peut être sûr de voir les couleurs comme les voit son prochain » (Rosenstiehl, Traité de la couleur, in-8o, 1913). Les couleurs impliquent aussi un ressenti, possèdent toutes une dimension affective et évocatrice liée à l’imaginaire. Elles sont donc un support imaginaire très utiles pour les associations d’idées, la mémoire, qu’elle soit corporelle ou au niveau des représentations visuelles. Ce sont ces trois dimensions que nous allons utiliser en hypnose en sexologie : sensations, affects, mémoire du corps et de la pensée.

DES COULEURS DES SEXES Chez la femme, nous nous arrêterons sur ce qui fait à la fois la force et la complexité de la sexualité féminine : son invisibilité. La petite fille construit sa sexualité sans voir son sexe. Elle peut le ressentir, l’explorer dans un premier temps sur un plan clitoridien, la fonction de plaisir vaginal s’appuyant sensoriellement sur les liens anatomo-physiologiques et neurophysiologiques entre clitoris et les muscles périvaginaux actifs dans l’orgasme. Mais comme nous l’avons dit, le plaisir sexuel ne se résume pas à l’orgasme.

La volupté est multiple autant que peut l’être un vécu subjectif lié à une construction, à une histoire, à un rapport au corps global, à la sensualité, à l’excitation, au désir et à la relation. L’induction de la couleur va donc permettre à cette femme venant consulter de rendre visible l’invisible. Et cela dans son sens premier qui est l’ouverture du champ de conscience sexuel. Plusieurs techniques d’utilisation des couleurs peuvent alors être utilisées :

- Tout d’abord la plus simple, la descente de l’arc en ciel qui alterne couleurs primaires et secondaires et qui permet l’approfondissement.

- L’évocation de chaque couleur permet des retours sur des évènements personnels en régression en âge.

- Les couleurs qui voyagent dans le corps, et notamment dans les zones sexuelles qui peuvent se colorer suivant l’intensité des ressentis : donner une couleur au désir, au plaisir, à l’excitation, à l’amour mais aussi à leur absence et à leurs émotion associées, doute, peurs, haine, douleurs.

- Beaucoup de femmes ont des croyances quant à leur capacité de développer un imaginaire érotique, l’attribuant plus fréquemment aux hommes. Or dans la récente étude de Philippe Brenot, Les femmes, le sexe et l‘amour, sur 3282 femmes ayant déjà ressenti un orgasme, 54,9 % des femmes utilisent lors de la masturbation un support d’excitation liées à des scènes imaginaires, 34,7% utilisent des souvenirs, et 22,9% des films X. Reste les 24, 3% qui n’en utilisent aucun. 70,2% déclare être stimulée par l’érotisme et 44,3% par la pornographie (contre 78 ,8% pour les hommes).

Chez l’homme, nous aborderons ici le plaisir sexuel à travers :
- Le lien entre la décharge orgasmique indissociable de l’éjaculation, de la montée de l’excitation et la force de la pulsion érectile plus ou moins vaillante.

- La dimension physiologique dans le mécanisme de l’érection, la turgescence du sexe masculin.

- La dimension « énergétique » de la pulsion sexuelle, la circulation de la libido « colorée » dans le corps global et non pas ciblé sur la zone sexuelle.

- L’ouverture sur les cinq sens en lien avec la vue, sens privilégié chez l’homme.

POUR ALLER PLUS LOIN, NOUS PARTIRONS DU ROUGE ... Symboliquement, le rouge est traditionnellement masculin. Couleur de la force, de l’activité et de l’agressivité, il fait référence au sang et à la gloire. La chaleur, l’énergie, la passion et le plaisir s’activent à partir du de la symbolique du feu associée à la couleur rouge. Nous sommes donc là directement dans le corps, et induire ou proposer la couleur rouge dans une visualisation hypnotique va être à la fois révélateur et dynamisant pour la sexualité. Le sang des règles, mais aussi celui de l’accouchement avec ses différentes tonalités émotionnelles peuvent émerger, et donc c’est avec beaucoup de délicatesse qu’il faut accueillir le vécu du patient face à cette couleur qui est le contraire de la neutralité.

C’est teinté de violet qu’il va évoquer le plaisir sexuel. C’est aussi la couleur du ventre. Le noir contenu dans le violet, couleur symbolique de l’entre-deux du bien et du mal, couleur de l’ambivalence, met en valeur la dimension érotique contenu dans le rouge. Ce n’est pas par hasard que la lingerie féminine rouge suscite chez beaucoup d’hommes des évocations excitantes associé au noir. Plus le rouge est clair, plus il évoque les sentiments, jusqu’au rose qui est franchement la couleur de l’affectivité, de la tendresse et du coeur mais aussi celui de la nudité et de la peau.

Alors quelques rouges pour rêver et pour en multiplier les effets… Pour la vue… le rouge carmin, corail, écrevisse, garance, pourpre ou rubis, le Titien, la Terracotta ou le vénitien, le Bugatti ou le Ferrari.

Pour le goût… rouge bordeaux, mais aussi bourgogne ou lie de vin, cerise, cassis, fraise écrasée, framboise, grenadine, paprika ou piment. Pour l’odeur du rouge… le bordeaux aussi… le bourgogne mais aussi le coquelicot, le cyclamen, le géranium, le pavot, la pivoine, le sang de boeuf, le saumon, la tomate… Pour le toucher… le rouge brique, le tomette, le crête de coq, le passe-velours, le queue de renard mais surtout le cuisse de nymphe et l’incarnat… Mais surtout le sexe féminin… Nous passerons par l’orange, couleur de la saveur par excellence…

Couleur de l’exotisme, de la peau chaude et bronzée, gorgée de soleil, de l’anti-conventionnel, de la distraction, du feu sous la braise… Les fruits juteux comme l’abricot ou la pêche à la pulpe tendre et fraîche. Amis aussi le safran ou le curry qui emporte la bouche et les sens, sans parler des taches de rousseur qui ont fait rêver beaucoup d’homme amoureux de Marlène Jobert. Il y a des femmes orange très captivantes… La bascule vers le jaune dans sa contradiction symbolisée par l’or et le souffre. Couleur rayonnante, évocatrice du soleil et de l’été. L’ambre suave, la vanille vibrante, le miel doux, le gingembre piquant autant de parfum évocateurs de sensualité du jaune qui s’épanouit dans le blond associé au solaire de la chevelure.

Symbole de rayonnement, les grecs anciens cherchaient à éclaircir leurs cheveux pour s’approcher des dieux. Dans sa connotation sexuelle, le jaune est la couleur aussi de la prostituée (couleur des exclus) et donc du plaisir pour le plaisir, Brassens dirait du « stupre et de la fornication ».
Le vert est la couleur ambivalente par excellence. Aimé ou détesté, il est pour notre propos, celui de la nature, des ébats champêtres, de la fraîcheur mais surtout la couleur de la fécondité. Le jade chinois est considéré comme le sperme du dragon céleste, symbole de force vitale et de fertilité.

Vénus, déesse des jardins aux multiples nuances de vert est aussi celle de la beauté. L’évocation en hypnosexologie de la couleur verte et de toutes les évocations de germination, d’évolution de la sexualité adulte à partir de l’humus de l’enfance, des premières traces de la sensualité, de la mémoire sensorielle, de l’amour naissant pourront être exploitées.

JOËLLE MIGNOT Directrice d'enseignement des D.I.U. de Sexologie et de Sexualité Humaine, Faculté de Médecine de Paris 13 - Bobigny. Co-directrice du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains de l’université Paris 7 Diderot. Présidente de l'A.S.Cli.F. Vice-présidente de l’Institut Milton Erickson Avignon Provence. Rédactrice en chef de la revue Sexualités Humaines. Membre du Comité Stratégique de la chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l’Unesco. Auteur et conférencière.


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LANCER LES NÉCESSAIRES DÉBATS - Dr Thierry Servillat
Ça y est, les temps ont changé : l’hypnose – au moins la chirurgicale – entre dans tous les hôpitaux ou presque, et de nombreuses cliniques s’y mettent. Et en « ville », comme on dit, de plus en plus de thérapeutes brefs utilisent l’hypnose, consciemment ou non. Une sorte de consensus s’installe, renforcé par l’avis plutôt favorable récemment émis par l’Académie de Médecine.


TERRA HYPNOSIA - Dr Dominique MEGGLÉ Conférence donnée au VIII° Forum de la CFHTB à Strasbourg le 18 mai 2013
LES VIEILLES CARTES SONT PRÉCIEUSES
Dans un style de plus en plus affirmé, Dominique Megglé proclame ses convictions sur ce qui lui paraît essentiel de l’hypnose thérapeutique. En reparcourant le travail d’Erickson qu’il vit lui-même dans son propre voyage vital. Avec lui, HYPNOSE & Thérapies brèves est heureuse de lancer le

LA BELLE ET LA BÊTE - Marilia BAKER
S’IMPLIQUER À DEUX. Conte d’origine française, La Belle et la Bête est très connu outre Atlantique. Marilia Baker, thérapeute brésilienne vivant en Arizona, nous montre comment il peut être richement utilisé en thérapie de couple.


ÊTRE THÉRAPEUTE - Jean-Philippe VERON
UN FILM D’ERREURS EN 3D Ostéopathe devenu psychologue, Jean-Philippe Veron aborde sous trois angles comment l’erreur fait partie intégrante de la vie de thérapeute. Sur le mode de l’humour, une question éthique centrale est posée. Un texte publié avec l’accord de l’association Paradoxes.


HYPNOSE ET NEUROSCIENCES - Dr Luc FARCY et Dr Adrien LORETTE
UN DIALOGUE FRUCTUEUX ET SÉCURISANT Fini le temps où le clinicien ne pouvait appréhender les neurosciences que sous l’angle d’une fascination bien souvent stérile et d’ailleurs généralement temporaire ou intermittente. Une nouvelle manière de voir est présentée ici, où le clinicien peut trouver dans les résultats des chercheurs des résonances de sa pratique quotidienne qui vont le rassurer et stimuler sa créativité.


Petites poucettes - Dr Thierry SERVILLAT
Printemps 2013, France, un jeune philosophe de 83 ans est en tête des ventes avec un essai1 écrit pour « ce nouvel écolier, cette jeune étudiante » d’aujourd’hui, qui – c’est « une des plus fortes ruptures de l’histoire depuis le néolithique »- habitent la ville tout en s’efforçant de ne pas polluer, vivent dans un « monde plein » de presque 7 milliards d’individus, et qui peuvent en moyenne espérer atteindre l’âge de 80 ans. A peu près l’âge de l’auteur justement.


« Encore heureux ! » Dr Stefano COLOMBO
Frédéric ne possède ni voiture, ni moto. Encore heureux d’avoir un vélo, se console t-il en l’enfourchant pour se diriger vers la forêt toute proche. Il a une profonde envie de se remplir les poumons des parfums des arbres et du sous-bois.


Avancées et limites - Antoine BIOY
Nous commençons cette rubrique par deux jolies publications françaises. Citons d’abord celle de Patrick Catoire et al. qui étudient le transfert d’embryons avec une préparation incluant l’hypnose par rapport à une préparation standard (médicament et relaxation). Ils montrent l’absence de différence tant sur le niveau d’anxiété, que sur le ratio de naissance.


Hypnose musicale DE BACH À DEBUSSY - Dr Stephane OTTIN PECCHIO
En présentant aux congrès de Brème et de Strasbourg les processus hypnotiques que l’on trouve dans les oeuvres de Bach et Debussy, j’ai associé deux compositeurs qui, à première vue, s’opposent.
La musique de J-S. Bach, comme toute la musique baroque, exerce un effet apaisant.


Le Certificat d'Hypnose Clinique - Dr Patrick BELLET
UN ENJEU PROFESSIONNEL POUR LA CFHTB !
Nous sommes à un moment clé de notre développement. Le 8ème Forum à Strasbourg a marqué une évolution européenne de notre travail, 2015 à Paris verra son exposition internationale.
En 1996, la CFHTB s’est créée à partir d’une prise en considération de notre identité et de sa spécificité. Simple, simplissime même !
Les différents « acteurs » francophones étaient dispersés, sans contacts les uns avec les autres, aucune structure ne les réunissait et pourtant les potentialités existaient. Isolées.

Le fil rouge de l'inconscient : L’approche psychodynamique face aux troubles de la sexualité humaine. Par Jean-Marie SZTALRYD pour Revue Sexualités Humaines

Dans l’enseignement du DIU de Sexologie et de Sexualité humaine de la Faculté de Paris 13-Bobigny, l’approche psychodynamique se caractérise par la prise en compte de la dimension de l’inconscient tant du côté du patient (demande, désir, symptôme), que du côté du soignant (la question du transfert et contre-transfert). Ce choix s’est défini et étayé à partir de  nos expériences de cliniciens.
 
Cette contribution tournera aujourd’hui autour de la question du désir et de sa polysémie en trois grands points :
1- Je décrirai le contexte, les conditions sociales et normatives dans lesquels s’inscrit le désir.
2- J’évoquerai quelques éléments théoriques concernant le désir.
3- J’illustrerai cette question du désir avec quelques vignettes cliniques.
 
Le contexte 
 Aujourd’hui, dans notre culture, désir, plaisir et performances sexuelles se déclinent à l’impératif. Cela crée une nouvelle revendication : droit au désir et droit au plaisir. Notre modernité se croit à l’apogée d’une liberté sexuelle qu’aucune culture n’aurait jamais pu connaître.
On constate pourtant, tout au long de l’histoire, des périodes d’alternance entre liberté et répression de la sexualité. Mais ainsi va l’histoire : d’utopies en désillusions, d’avancées en régressions, de liberté en répression, et ce sur une toile de fond toujours la même : la conquête des pouvoirs économiques, politiques, religieux, scientifiques, sexuels à n’importe quel prix.

C’est une combinaison atomique qui produit le pire et le meilleur, le pire ou le meilleur.
Cette dynamique produit l’histoire et le révisionnisme, les dictatures et les révolutions, l’être et son néant, le savoir et sa perversion. La période historique, récente, des années 1970 à aujourd’hui, est du côté de la liberté et de l’impératif au désir et au plaisir. En parallèle, on découvre depuis dix ans des statistiques affolantes : augmentation des viols, des viols sur mineurs, des incestes, des femmes battues et des femmes tuées, du harcèlement sexuel et de la pédophilie. Même s’il ne s’agit que d’une plus grande visibilité de ces phénomènes (augmentation des plaintes et relais médiatique), le jugement porté sur ces faits évolue. La liberté sexuelle trouve sa limite aujourd’hui aux frontières de l’inceste et de la pédophilie. Les réquisitoires récents (Outreau) n’ont rien à voir avec les opinions d’hier (la Lolita de Nabokov, ou Gabriel Matzneff, invité régulièrement chez Pivot pour ses amours décomposés).

La question qui se repose à chaque fois est celle de nos repères symboliques. Il s’agit de poser le débat au-delà de la simplification manichéenne : permissivité sans frontières ou retour à un moralisme précambrien. En fait, il s’agirait d’arrêter de parler de sexe pour ne rien dire ou pour faire de l’audimat (tous médias confondus). Cependant, on ne peut faire que ce constat : le sexe, le désir et l’impératif de plaisir sont devenus la toile de fond de notre imagerie quotidienne. Ainsi, si l’on est défaillant, impuissant, non-désirant, éjaculateur précoce ou sans plaisir, il y a un quasi-devoir d’ingérence promu par la médicalisation dominante et l’industrie pharmaceutique qui préconisent la chasse aux sexualités boiteuses, incitant les médecins généralistes à systématiquement poser des questions voire enquêter sur la sexualité de leurs consultants.

Nous pouvons donc nous demander si nous sommes en paix avec nos plaisirs, nos désirs, et leurs avatars. Notre époque est bavarde, mais nous confronte brutalement à un paradoxe insoluble entre permissivité affichée et répression politico-sociale.
Ainsi : la volonté abolitionniste de la prostitution, la loi Sarkozy sur le racolage, l’anti-pornographie militante, l’opposition au mariage homosexuel, la volonté de réduire la violence à la télévision au prétexte qu’elle serait responsable de nombreux passages à l’acte.
On observe un retour à la tentation moralisatrice. A ne plus penser le désir et la sexualité, le choix devient le tout permis ou le tout interdit alors qu’il s’agit de repenser la sexualité et d’en questionner les limites. La sexualité s’intrique au pouvoir et au politique, Foucault nous l’a appris. De fait, la résistance au pouvoir peut créer des espaces nouveaux pour déconstruire et questionner ce à quoi répondent les rapports de sexe, le désir, l’usage des plaisirs et les bénéfices secondaires de la répression dans notre société.
 


 
La question du consentement
En toile de fond de toutes ces réflexions, se pose la question de la norme avec ce point de capiton que représente le concept de consentement. Il mérite notre attention dans la mesure ou c’est un concept frontière utilisé par tous les théoriciens pour marquer la limite entre l’autorisé et l’interdit. Consentement vient du latin « consensus », l’accord, l’acquiescement à quelque chose. Il est difficile d’en définir les contours et les enjeux ; il a parfois l’allure moralisante, réductionniste et molle du plus petit dénominateur commun. Parfois, il touche au sacré. Le consentement implique le lien social. Vivre ensemble implique l’accord des humains autour de certaines règles. En fait, cet accord ne se produit jamais dans une communauté sans que soit désigné un objet contre lequel cet accord se réalise. « Le consensus, écrit le sociologue André Akoun, implique toujours une relation d’exclusion et de mort comme condition du lien érotique. » (Nous avons comme exemple célèbre le mythe freudien du père de la horde.) De fait, la fraternité ne s’organise que par déplacement de l’agressivité des membres du groupe sur un bouc émissaire. Les boucs émissaires actuels sont les minorités : prostitués, transsexuels, gays, lesbiennes, sadomasochistes, mais aussi les impuissants, les frigides, les sans-désir fixe… Derrière tous ces rapports de sexe, on trouve des questions, des interprétations, des revendications différentes quant à la façon dont le sexe se traduit en genre et s’articule ou pas à la sexualité, au désir et au plaisir.
 
Désir… plaisir
Au-delà donc des discours simplificateurs, posons avec Freud le désir et le plaisir en principe et examinons, interrogeons les possibles.
Je présenterai donc maintenant une remarque, deux définitions du désir et trois sources : une freudienne, une platonicienne et une étymologique.
 
La sexualité humaine qui n’est jamais simple nous conduit donc à la question du désir. Pourquoi ? Par ce que c’est à la fois une réalité biologique, génétique, procréatrice, nécessitant une satisfaction ; elle est dépendante de l’histoire sociale et culturelle des valeurs, des idées, qui infléchissent normes et habitudes sexuelles à l’insu des individus. La psychanalyse nous a appris que la sexualité humaine est une histoire individuelle. C’est en fait parce que les hommes sont structurés, construits par le langage qu’ils peuvent donner une signification à leurs pulsions sexuelles en les traduisant en termes de désir.
 
Dans le dictionnaire, on trouve deux grandes définitions du désir :
« C’est la prise de conscience d’une tendance particulière qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé. »
Dans cette définition, on a le désir en creux du côté de la tendance, c’est-à-dire la force qui pousse un sujet à vouloir quelque chose.
 
Le mot désir s’oppose donc au mot vouloir qui désigne un mouvement libre de la personnalité auquel on se détermine d’une manière réfléchie. Désirer indique un entraînement fatal et passionné que l’on subit. Cet entraînement fatal et passionné est du côté de l’inconscient, du côté du désir inconscient.
 
La deuxième définition, c’est « une tendance consciente aux plaisirs charnels ».
Cette définition implique donc les désirs charnels, sensuels, sexuels, voluptueux, physiques ; ces désirs pouvant être stimulés, augmentés, exagérés, assouvis mais aussi insatisfaits, impossibles, absents. Et nous sommes là dans la palette de ce dont s’occupent les thérapeutes s’intéressant à la sexualité.
On retrouve dans cette définition le mot tendance qui implique a minima les notions de mouvement et d’énergie .
 
 - Freud a unifié sous le concept de libido, de désir, tout ce qui appartient au registre de l’énergie psychique de la pulsion sexuelle, c’est-à-dire une grandeur quantitative, quoique non mesurable, dont la répartition et les déplacements devraient permettre d’expliquer la parution des phénomènes psychiques ou psycho-sexuels. Le désir est de même nature chez l’homme et chez la femme.
- Lacan ajoute la dimension du désir liée à un manque qui ne peut être comblé par aucun objet réel.Cette thèse trouve sa source dans le mythe platonicien de l’Androgyne.
- Platon nous propose donc dans Le Banquet ce mythe de l’Androgyne, être à la fois homme et femme trouvant en lui-même le bonheur. Ces êtres immortels imaginés sphériques formaient une totalité, sans nécessité de désir et de parole car étant l’unité et la complétude parfaites. Ils furent un jour divisés en un homme et une femme et, depuis, le désir c’est la recherche de cet autre qui manque afin de retrouver l’unité perdue.
 

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La Pleine conscience ou l'equilibre sexuel retrouvé. Un renouveau dans la prise en charge sexothérapique ? Par Lionel Strub

Successivement balloté au gré de deux courants de pensée ciblant directement les symptômes, le champ des thérapies comportementales et cognitives est désormais en proie à un véritable océan de renouveau porté par le déferlement de la troisième vague. Cette approche initiée dans les années 1980 s’est en effet singularisée par un changement de perspective thérapeutique radical caractérisé par une reconsidération du rapport entretenu au symptôme, par l’entremise de rouages telles l’exploration expérientielle de l’instant présent au travers d’une attitude de pleine conscience et l’acceptation des émotions.


Ces principes ont investi plusieurs interventions psychologiques, notamment la Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR) et la Mindfulness-Based Cognitive Therapy (MBCT) plus spécifiquement axées sur l’attitude de pleine conscience. Eprouvées auprès de divers populations et contextes psychopathologiques, ces deux interventions ont révélé, au travers de leurs résultats, un réel potentiel tant dans la prévention que dans le traitement de pathologies multiples.

Paradoxalement, l’exploration de la littérature ne fait apparaître aucune recherche ou application dans le domaine de la sexologie bien que cette discipline ait recours, depuis de nombreuses années déjà, aux thérapies comportementales et cognitives qui adoptent un positionnement pourtant comparable, à savoir la reconnaissance de l’implication de distorsions cognitives dans l’apparition et le maintien de dysfonctions sexuelles.

Peut-être pourrions-nous trouver un début d’explication dans l’article de Brotto, Krychman et Jacobson (2008) qui reproche aux techniques thérapeutiques sexuelles contemporaines d’ignorer l’importance de la connexion entre l’esprit et le corps fondamentale à l’approche de la pleine conscience, du fait d’une inclination vers une médecine davantage basée sur les preuves. La littérature scientifique a établi de longue date le lien entre dysfonctions sexuelles et facteurs cognitifs tel, par exemple, l’impact d’une perception négative de son corps ou d’une distractibilité étrangère à des stimuli sexuels sur l’apparition du trouble du désir sexuel hypoactif.

Au regard de ces éléments, les thérapies basées sur la pleine conscience qui accordent un rôle prépondérant au contrôle de l’attention et à la re-perception des pensées représentent ainsi une réelle promesse dans la prise en charge de ce type de problématiques.




Pleine conscience… intoxication médiatique ?

Nul n’a désormais pu échapper à un courant d’intérêt majeur envers les bienfaits incontestés de la méditation de pleine conscience sur la santé et le bien-être à la lecture de magazines des plus populaires et de best-sellers signés par des plumes des plus légitimes, telles celle de Matthieu Ricard ou encore de Christophe André. En effet, la pleine conscience n’a de cesse de fleurir au travers de publications vulgarisées dans l’espoir de se faire connaître du grand public ou encore de livres-outil qui ont pour mission de renvoyer les lecteurs avides de recettes de « mieux-aller » à une prise en charge autogérée.
Si l’on ne peut que louer ces initiatives de diffusion mettant enfin au jour dans notre pays une pleine conscience jusqu’alors dédaignée, il est cependant bon de la recadrer dans son contexte scientifique, de sorte à ne pas faire l’amalgame entre cette approche fondée et d’autres davantage destinées à faire miroiter des solutions miracles à un public malheureusement parfois un peu cupide.
 



Ou approche scientifique à part entière ?

Si derrière l’invitation à, par exemple, s’asseoir dans une position digne et droite avant de porter son attention sur sa respiration et d’expérimenter l’instant présent avec une attitude de bienveillance et d’acception paraît des plus simplistes, c’est néanmoins une rare complexité qui se dissimule derrière les dimensions conceptuelles de la pleine conscience. Nombreux sont effectivement ceux qui se sont essayés à l’exercice définitionnel de la pleine conscience, véritable challenge de restitution sémantique de l’essence même d’un pilier d’une psychologie bouddhiste millénaire et souvent oubliée.
Nous retiendrons néanmoins dans cette course à l’accommodation culturelle entre Orient et Occident l’effort de simplification de Kabat-Zinn (1990-2009) au travers de trois axiomes clés, à savoir « porter son attention de manière intentionnelle, dans l’instant présent, et sans jugement » et l’inclination plus opérationnelle de Bishop et al. (2004) mettant au jour les deux déterminants principaux d’une pratique formelle de méditation de pleine conscience, autorégulation de l’attention et orientation vers l’expérience.
Le recours à la pratique de la méditation de pleine conscience a fait l’objet d’une abondante littérature scientifique qui a mis en évidence une corrélation entre changements psychologiques et changements d’ordre physiologique ou biochimique. Si les mécanismes sous-jacents à ces modifications restent actuellement pour le moins cantonnés à des conjectures, l’espace ouvert par les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale ne peut que nous laisser espérer en faire la démonstration dans les années à venir.

La dépression sous un jour nouveau

C’est en réponse au désarroi des chercheurs face à une problématique de santé publique des plus préoccupantes, la vulnérabilité chronique à la rechute et à la récidive dépressives, que Segal, Williams et Teasdale (2002-2006) se sont interrogés sur la pertinence d’un outil thérapeutique proposant une nouvelle approche du traitement de cette maladie, la MBCT. En mettant en évidence les processus impliqués dans la rechute dépressive, à savoir le lien entre réactivité cognitive à une humeur triste et style de pensée ruminatif, les auteurs ont conçu leur programme de sorte à favoriser une relation détachée aux pensées et aux émotions négatives incriminées dans la dépression.

Une danse entre deux mondes

La posture théorique MBCT envisage qu’un individu peut fonctionner selon deux modes de gestion de l’esprit radicalement opposés en matière de traitement émotionnel de l’information appelés respectivement mode faire/conceptualiser et mode être/expérimenter.
La configuration faire/conceptualiser, qui reflète largement notre mode de fonctionnement habituel et s’avère incontestablement nécessaire à la réalisation de tâches intellectuelles, a pour conséquence de nous détourner continuellement de l’instant présent en conditionnant nos pensées vers des événements passés et des élucubrations futures, ou de nous emprisonner dans un mode cognitif purement analytique caractérisé par la conceptualisation et une inclination à la résolution des problèmes.
Si cette attitude initie une réaction d’évitement et un processus de rumination à l’origine de l’apparition, puis du maintien de la dépression, le mode être/expérimenter, lui, se distingue par une approche expérientielle de tout événement émergeant dans l’instant présent accompagnée d’une disposition empreinte d’acceptation et d’ouverture qui favorisera un désengagement de ce mode de fonctionnement dysfonctionnel. Le challenge du programme MBCT consistait ainsi à engendrer un processus d’acquisition de compétences qui favoriserait, au quotidien, une alternance appropriée entre ces deux modes.

La MBCT ou l’outil aux multiples facettes

La MBCT combine des approches psychothérapiques complémentaires qui permettent d’ébaucher le passage du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter. Ses deux pôles centraux s’articulent respectivement autour d’un entraînement à la pleine conscience qui s’appuie sur le programme MBSR (Kabat-Zinn, 1990-2009) et d’éléments issus de la thérapie cognitive pour la dépression (Beck et al., 1979). Cette relation synergique est motivée par une logique sous-jacente identique qui attribue l’apparition de la perturbation émotionnelle à une considération des pensées et des cognitions comme le reflet de la réalité et non de simples événements mentaux. En agissant selon des mécanismes similaires, ces deux approches de traitement permettent à l’individu d’adopter un positionnement alternatif par rapport à ses problèmes. Par ailleurs, un pôle annexe s’emploie, au travers d’une démarche psychoéducative, à délivrer au sujet une connaissance sur sa pathologie et à le sensibiliser à la surveillance de ses symptômes, de même qu’à la détection des signes prodromiques d’un éventuel assaut de la maladie.

La MBCT se présente sous la forme d’un protocole de groupe où les participants entreprennent, sous l’égide d’un instructeur, un itinéraire jalonné de huit étapes qui les mènera progressivement vers la re-perception de leurs pensées et, conséquemment, la régulation de leurs émotions. Le déroulé des huit séances, d’une durée respective de deux heures hebdomadaires, favorise le développement de la pleine conscience chez les participants en les sensibilisant à la découverte de ses dimensions principales telles que le redéploiement attentionnel, la reconnaissance et l’acceptation de tout événement émergeant dans l’instant présent, ou encore le lâcher prise. Si chaque séance aborde un thème spécifique, elles se déclinent néanmoins toutes selon une ligne directrice commune qui s’initie par un exercice de pleine conscience précédemment enseigné donnant lieu à un échange expérientiel entre participants et instructeur, pour se poursuivre par un passage en revue des pratiques à domicile et aborder le thème propre à la séance du jour. L’un des principes fondamentaux à l’issue positive du programme est l’engagement des patients dans une pratique quotidienne de tâches à domicile.

L’acquisition des différentes compétences nécessaires à la commutation du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter se fait au travers de pratiques et d’exercices complémentaires ciblant la capacité à se désengager d’un mode de traitement de l’information dysfonctionnel par rapport aux sensations, aux pensées et aux émotions.


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revue sexualite humaine 13

DU SYMPTÔME AU SOUVENIR. Ou quand Monsieur Victor perd son désir sexuel… Revue Sexualités Humaines 13. Steven REICHENBACH

Voici un extrait de la prise en charge par EMDR d’un patient présentant une baisse du désir sexuel associée à une baisse de la rigidité lors de l’érection.
 
 
1- Déroulement des séances suivant le modèle en 8 phases de la thérapie EMDR
 
Première séance
 
Motif de la consultation et anamnèse (Phase 1 de la thérapie EMDR)
Je suivais ce patient, que nous allons appeler Monsieur Victor, de façon occasionnelle pour une symptomatologie anxieuse depuis trois ans. Il était alors dans un travail de séparation d’avec sa femme. Il vivait de façon culpabilisante ce divorce qu’il réclamait d’autant plus qu’il avait un enfant en bas âge. Il présente un style d’attachement anxieux-résistant avec une tendance à chercher une relation très proche. C’est ainsi qu’il me propose, lors d’un de mes voyages, de contacter le copain d’un copain qui pourra m’aider si je devais rencontrer des difficultés dans le pays lointain en question. Il a pu retrouver une femme aimante quelques mois après.
Lorsqu’il revient me voir deux ans après, il me dit présenter une baisse du désir sexuel et une érection moins rigide depuis un an. Sa femme accepte difficilement ces difficultés qui représentent pour elle la preuve d’un manque d’amour envers elle.
Dans ses antécédents, on note une ectopie testiculaire opérée plusieurs fois dans son enfance.
 
Conceptualisation de cas :
 
On peut poser comme hypothèse chez ce patient que son trouble du désir et sa baisse de rigidité à l’érection est multifactorielle :
- psychogène : en raison de son anxiété permanente et qui est centrée sur son sexe et sur ses capacités érectiles ;
- relationnelle : le manque de compréhension et donc de soutien de sa femme rend la résolution des difficultés plus difficile 
- organique : la cryptorchidie pour laquelle le patient a été opéré dans son enfance demande à être contrôlée au niveau urologique et endocrinien à la recherche d’une hypotestostéronémie.
 


 
Plan de traitement :
 
Nous adoptons alors le plan de traitement intégré comme souvent en sexologie en raison des nombreuses facettes constituant le symptôme :       
- recevoir le couple en consultation conjointe après le résultat de la consultation urologique pour associer sa femme à la prise en charge proposée ;
- demander un bilan urologique et hormonal ;
- travailler sur l’aspect émotionnel, c’est-à-dire sur son angoisse d’échec et de performance qui sinon crée, du moins entretient, la symptomatologie. Nous pensons ici à la thérapie EMDR, une thérapie neuro-émotionnelle qui a été développée dans les numéros précédents par le Professeur Cyril Tarquinio (« Sexualités humaines », 2011).
         Le patient accepte le principe du traitement d’autant plus facilement qu’il existe une bonne alliance thérapeutique entre nous depuis les trois années que je le suis.
 
 
Deuxième séance
 
A la deuxième entrevue (un mois plus tard) : Monsieur Victor vient accompagné de sa femme. Le bilan urologique et endocrinien a montré une hypotestostéronémie et a entraîné la prescription d’injection de testostérone.  Malgré cette supplémentation hormonale à une dose suffisante, Monsieur Victor continue de présenter un manque de désir.
         Nous expliquons à sa partenaire pourquoi ces symptômes existent (séquelles de cryptorchidie, terrain anxieux). Nous l’informons que nous allons travailler sur son anxiété en relaxation mais aussi en EMDR. Nous lui parlons d’emblée des exercices de stimulation sensorielle de Masters et Johnson (sensate focus) que le couple pourra entreprendre une fois que Monsieur Victor sera capable de contrôler ses anxiétés en intégrant les techniques de relaxation et en se libérant de certaines peurs inhérentes à sa personnalité anxieuse.
         La compagne accepte la prise en charge même si elle insiste être contrariée par tous ces problèmes.
         Monsieur Victor paraît soulagé qu’une prise en charge existe même s’il reste sceptique quant à l’efficacité de l’EMDR !
 

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SYMPTÔMES VOISINS, SYMPTÔMES COUSINS…Dyspareunie et vaginisme. Esther Hirch pour Sexualité Humaine 13

Par son regard croisé, l’auteur revient sur des fondamentaux qui seront utiles aux sexologues débutants, mettant ainsi dans une perpective très pédagogique la question délicate du « voisinage » des symptômes dans la sexualité féminine.
 
Très voisins, deux troubles seront traités ensemble à partir de l’idée du réflexe conditionné :
- de contraction involontaire des muscles péri-vaginaux lors de toute tentative de pénétration quelle qu’elle soit (le doigt, le spéculum, le pénis) dans le vaginisme ;
- de douleur pendant les rapports sexuels dans la dyspareunie, douleur tantôt superficielle, tantôt profonde, et ce même si la femme est désirante, réceptive et orgasmique…
 
L’examen gynécologique est bien accepté en général par la femme dyspareunique, avec l’espoir de découvrir la cause organique responsable de la douleur.
Par contre, cet examen est pratiquement toujours impossible chez la vaginique. En effet, dès l’approche du toucher vaginal, la femme vaginique resserre les cuisses en contractant ses adducteurs, se rejette en arrière en poussant sur les étriers de la tableau d’examen voire saute de celle-ci, réactions parfois théâtrales témoignant de sa phobie.
Lorsqu’elle parvient, malgré tout, à se dominer, l’examen permet de discerner un vaginisme superficiel d’un vaginisme profond.
Dans le vaginisme superficiel, il y a contraction des muscles bulbo-caverneux, du muscle constricteur du vagin et des muscles péri-vaginaux, empêchant tout accès au vagin.
Dans le vaginisme profond, il y a contraction du muscle releveur de l’anus, si bien que l’entrée dans le vagin est possible sur 1 centimètre.
 



1. Quelles sont les causes du vaginisme et de la dyspareunie ?
 
La plupart du temps, on retrouve plusieurs causes physiques et/ou psychiques qui se surdéterminent en rentrant dans un cercle vicieux qui enferme la femme dans son trouble.

Classiquement, le vaginisme trouve son origine dans des problèmes psychiques. La dyspareunie serait initiée par une lésion génitale, puis réactivée secondairement par des problèmes conjugaux et/ou personnels. Dans un certain nombre de cas, la dyspareunie existe sans qu’il y ait eu une lésion initiale (Tableau 1).

Dans la réalité, douleur et contraction musculaire se mêlent souvent. Par ailleurs, une cause physique n’exclut pas une mésentente conjugale ou une problématique personnelle. La douleur étant quelque chose de subjectif, il est difficile d’apprécier sa réalité organique.

On pourra dire sans se tromper que le symptôme (dyspareunie ou vaginisme) est psychique s’il n’apparaît qu’avec un seul partenaire, ou si la douleur varie ou si elle n’existe que par le pénis et non par le spéculum (attention cependant aux facteurs organiques cachés).

La douleur est physique si elle est provoquée toujours par la même palpation ou les mêmes manœuvres. Le thème de la douleur occupe donc une place importante dans le discours des femmes vaginiques ou dyspareuniques : « J’ai peur d’avoir mal… » ; « Le pénis est trop grand pour mon vagin, il va me blesser… » ; « J’ai déjà eu de la douleur lors d’une tentative de pénétration. »
 

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D’UN VAGINISME « BORROMEENISE ». Sexualités Humaines 12. Joel de Martino

Histoire de nœud
 
 
Nous allons présenter le cas de Lucrèce, souffrant d’un vaginisme qui a disparu après avoir utilisé, au cours d’une séance de thérapie, unnœud borroméen comme support de la séance. Nous verrons quels liens il peut y avoir entre la vision perceptive externe d’un objet, l’image mentale qu’on peut en avoir, et la « transduction » que celle-ci amène, via les émotions, dans les modifications du corps.
 
 
Lucrèce est une femme, grosse, assez élégante, âgé de 42 ans, et mère de quatre enfants : quatre filles de 14, 12, 10 et 3 ans. Elle travaille comme sage-femme dans un hôpital. Mariée depuis treize ans avec un mari qu’elle connaît depuis vingt ans, elle a eu dès le départ des relations sexuelles difficiles. Depuis la naissance de l’avant-dernière de ses filles, elle est dans un état dépressif chronique, et a pris 20 kilos. Elle dit que ce poids et cet enlaidissement « la protègent des rapports sexuels extrêmement douloureux qu’elle a avec son mari », qui ne la prend pas au sérieux quand elle dit qu’elle a mal, et l’accuse de simuler des douleurs pour éviter des rapports sexuels avec lui. Plus jeune, elle a fait un épisode anorexique, « pour emmerder sa mère ».
 


 
Quand je lui demande comment se sont passées ses premières relations sexuelles, elle me répond : « Lesquelles de premières ? » 
- Pourquoi, vous avez plusieurs « premières » ? 
« Oui », répond-elle en fondant en larmes. Et elle me raconte qu’elle a eu des attouchements sexuels de la part de son père quand elle avait 8 ans, et puis de son oncle paternel qui, lui, l’a déflorée, dans sa chambre d’enfant, quand elle avait 12 ans, pendant que ses parents étaient allés faire des courses au supermarché. C’était une défloration extrêmement douloureuse « qui lui a noué le ventre, tellement je m’étais contractée, tellement j’avais peur. J’avais serré, serré au maximum, pour empêcher la pénétration. Mais ce salaud y est arrivé ! » Elle veut se débarrasser de ses douleurs sexuelles « pour devenir une vraie FEMME ».
Toutes les démarches thérapeutiques qu’elle a tentées avant ont échoué : psychanalyse, gestalt thérapie, kinésithérapie « spécialisée », c’est-à-dire centrée sur le sexe ; sophrologie ; acupuncture. « Toutes ces thérapies n’ont mené à rien et ses douleurs spastiques sont toujours là, répétitives et persistantes. » Une amie à elle, que j’avais eue comme patiente, lui avait conseillé de faire de l’hypnose avec moi. Je lui demande si elle va pouvoir s’engager dans ce travail,  ou bien si elle va rajouter l’hypnose à son long palmarès des thérapies qui ont échoué à la guérir. Je pensais à ceux qu’Erickson appelait les « “chasseurs de scalps”, ces personnes dont le but est de faire le tour des thérapeutes pour les mettre en échec ».
Pour travailler avec elle, j’ai utilisé lagrille SECCA de Jean Cottraux (2011, p. 113) et, intuition clinique thérapeutique, employé le nœud borroméen de Jacques Lacan (1973).
(S) : la situation :le soir, ou à certains moments pendant le week-end, le fait de devoir faire l’amour et d’avoir des douleurs.
(E) : les émotions : la peur, la culpabilité, la dévalorisation de soi, accompagnées de « pensées automatiques et d’images mentales du type : «  je ne suis pas une femme » ; «  je ne suis pas normale » ; « je suis salie ».
(C) : les cognitions : elle sait que d’avoir des douleurs est anormal ; elle sait que le vagin peut se dilater ne serait-ce que pour faire passer un bébé ; elle sait que « c’est sans doute lié à son histoire d’inceste ».
(C) : les comportements : elle fuit les rapports sexuels ; prétexte toutes sortes de raisons pour éviter le rapport ; mange beaucoup « pour rendre son corps indésirable ».
(A) : les anticipations :Lucrèce est dans le « schéma anticipatif de l’échec » (Helen Singer Kaplan, 1979). Elle renforce ses douleurs, en en construisant un schéma fonctionnant comme une auto-hypnose : « Ça va faire mal ! », et du coup le corps se crispe, le corps se serre encore plus, le corps se noue davantage.
 


C’est à ce moment que j’ai utilisé, au cours d’une séance, le nœud borroméen de Jacques Lacan.
Le nœud borroméen est emprunté aux armoiries des ducs de Borromeo du nord de l’Italie, où il figure sur leur blason. Il s’agit de trois nœuds inter noués, de telle manière que si on défait l’un des nœuds, les deux autres sont libérés automatiquement. Par contre, si on tire sur deux des trois, le troisième fait blocage.
Lacan a utilisé ce nœud pour « représenter les quatre registres » du Symbolique, de l’Imaginaire, du Réel et de la réalité perceptive externe qui se situe à l’intersection des trois cercles. Ce nœud est utilisé pour maintenir le mât des bateaux à voiles, ou bien, comme quand j’étais scout, pour tenir le mât aux couleurs quand on est en pleine nature.






 

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LE BAROQUE : de l’extase à l’orgasme mystique. Par Michel Febvre pour Sexualités Humaines 12

De toutes les périodes de l’histoire de l’art, la période du baroque est probablement celle où les émotions, l’instantanéité des attitudes et des mouvements ont été le plus fidèlement reproduites. C’est vrai en musique avec l’utilisation des voix de castrats dans l’opéra, c’est vrai également dans l’architecture et dans la sculpture. C’est cette forme artistique qui sera le sujet de cette chronique.
 
 
Baroque vient du portugais barroco, mot utilisé en joaillerie pour désigner une perle ayant une forme irrégulière. Il désigne également un rocher irrégulier, une grosse pierre. On le retrouve dans le dictionnaire de l’Académie Française avec la même signification à la fin du XVIIe siècle. Un siècle plus tard, dans ce même ouvrage, c’est son sens figuré qui est mis en premier avec toujours ces notions d’irrégularité, d’inégalité et de bizarrerie.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ce mot fut utilisé par les critiques d’art pour définir cette période, avec une connotation nettement péjorative.
                       
Le baroque débute en Italie à  la fin du XVIe siècle, succédant au maniérisme. Il se propage en Europe jusqu’à la fin du XVIIIesiècle et s’achève par la période dite rococo. Dégénérescence du baroque ou forme artistique originale ? Nous laissons cette discussion aux spécialistes. Le baroque va toucher tous les domaines de l’art : peinture, architecture, sculpture naturellement, mais aussi la littérature, la philosophie et également la musique avec la naissance de l’opéra et le passage de la musique des lieux sacrés aux scènes profanes, l’utilisation des voix de castrats dont l’engouement sera inimaginable. Tous les grands compositeurs de cette période écriront pour eux : Monteverdi, Porpora, Vivaldi en Italie ; Lully, Rameau en France ; Haendel en Angleterre.
Le baroque se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, l’art de la mise en scène et de l’illusion.
 
Si nous replaçons le baroque dans son contexte historique et religieux, il est intéressant à remarquer qu’il succède à la Réforme et qu’il en est probablement une des réactions. Calvin et Luther ont prêché pour le retour aux sources de l’Eglise, le besoin d’une plus grande rigueur, d’une austérité, le retour à la pauvreté, à une plus grande religiosité. Le mouvement réformé a eu une très large audience et a amené l’Eglise catholique à évoluer ; le Concile de Trente, qui s’est tenu de 1545 à 1563, a essayé d’apporter des réponses à ce qu’elle considérait comme une hérésie. Il faut accueillir les fidèles dans des lieux majestueux, les instruire aussi par l’imagerie religieuse qui pourra traduire des émotions tant par la sculpture que par la peinture.
On a utilisé pour désigner l’art baroque les expressions « d’art jésuite » et d’art de la contre-Réforme. N’oublions pas que ce fut en France une période de guerre civile et d’atrocités (les guerres de religion, Louis XIV réprimant très durement les camisards).
 


 
L’ère baroque prend naissance en Italie vers 1600. D’abord à Naples puis à Rome, où trois noms dominent : Pietro da Cortona, peintre, Francesco  Borromini, architecte, et surtout Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, artiste complet, sculpteur de formation mais aussi architecte et peintre. C’est à ces deux derniers artistes que l’on doit la plupart des monuments baroques civils et religieux de cette ville. Puis c’est Gênes, avec le travail du Français Pierre Puget, pour atteindre enfin le Piémont. Le mouvement baroque va se propager en Europe suivant un croissant flirtant avec la côte méditerranéenne. C’est à Marseille que l’on retrouve encore Pierre Puget. L’hospice de la Vieille Charité, qu’il réalisa dans le quartier du Panier, est un des plus beaux monuments emblématiques de cette période avec sa vaste cour rectangulaire bordée sur trois côtés de galeries dont les colonnes se superposent sur trois étages, et sa chapelle toute rose, au toit ovoïde qui s’y dresse en son centre. A l’intérieur, aucun artifice ni simulacre, la pierre rose et la lumière remplissant tout l’espace. Ce monument vient d’être restauré, il accueille maintenant des expositions.
 
Notre croissant se prolonge en Suisse (région de Saint-Gall), en Allemagne du sud (Bade-Wurtemberg et région du lac de Constance), avec son foisonnement d’abbayes et d’églises : Ottobeuren, Birnau, Salem, Zwiefalten, en Bavière, en Souabe-Franconie avec Wurtzbourg et les peintures de Tiepolo à la Résidence, Bayreuth, le château de Pommersfelden, le lieu de pèlerinage de Vierzehnheiligen. Il gagne l’Autriche avec les abbayes de Melk et de Saint-Florian, la ville de Vienne (le Graben ou colonne de la Peste, l’église Saint-Charles Borromée). Il atteint et se termine vers 1750 en Tchécoslovaquie, haut lieu du baroque avec deux grands sculpteurs : Matyas Braun et Jan Brokof. La ville de Prague était (est toujours, je l’espère) un musée à ciel ouvert (pont Charles et quartier de la Mala-Strana).
 
Cent cinquante ans pour la mise en place de l’architecture et de la sculpture baroque dans ces régions d’Europe. Nous pouvons superposer cette carte de géographie avec l’histoire de la religion catholique. C’est là que la Réforme a pris un grand essor, conduisant à cette forme d’art en réaction. Curieusement, la France n’a pas été une grande terre d’accueil pour le baroque. On peut l’expliquer en grande partie par l’opposition du roi Louis XIV qui n’appréciait pas ce type d’architecture. Le Bernin, pressenti pour réaliser la façade orientale du palais du Louvre, fut très mal accueilli lors de son séjour en France, la statue équestre du roi Louis XIV qu’il sculpta ne fut jamais installée.
 
La peinture baroque connut une expansion plus forte en Europe : Pierre Paul Rubens en Flandre, les peintres français Pierre Mignard, Simon Vouet, Nicolas Poussin et La Tour, Murillo et Vélasquez en Espagne.
 
Dans la deuxième partie de ce travail, nous tenterons d’illustrer les différentes caractéristiques du baroque par des exemples découverts lors de nos voyages. En premier, nous évoquerons un personnage emblématique retrouvé aussi bien dans l’art sacré que profane : le putto.
« Ce mot italien intraduisible désigne un jeune garçon, un préadolescent, quelquefois un bambin, qui tient des cupidons païens ses joues dodues, ses fesses potelées, et des anges chrétiens ses mines pâmées. » « Ces putti sourient, cabriolent et virevoltent sur les retables, dans des débauches de stucs et de marbres. » Un exemple : le putto sculpté par Feuchtmayer appelé Honigschlecker, le Tâte-Miel. La statue date de 1750, se trouve dans l’église de Birnau, au bord du lac de Constance. Elle se situe sur un petit socle en marbre à gauche de l’autel. La jambe droite repose sur le socle, la gauche cherche un appui sur le montant du retable. Il est délicieusement potelé et tient une ruche sous son bras. De cette ruche s’échappent une multitude d’abeilles qui pendent en grappe à l’entrée. Il suce un des doigts de l’autre main, on peut imaginer  qu’il l’a trempé au préalable dans le miel et qu’il le goûte. C’est frais, charmant, sensuel, très théâtral. Les anges ou angelots peuvent se retrouver suspendus aux corniches des plafonds, les jambes pendantes dans le vide, ou accrochés aux chaires des églises.
 


 
Le baroque, c’est l’art del’illusion, le triomphe du trompe-l’œil. Andrea Pozzo, père jésuite auteur d’un traité de la perspective, a peint un chef-d’œuvre, le plafond de l’église Saint-Ignace à Rome représentant le saint en gloire au sommet d’architectures fictives de colonnes et d’arcades, envoyant ses missionnaires sur les quatre continents. Un ciel rayonnant, une coupole feinte complètent cette illusion parfaite.
Un souvenir personnel : visitant et admirant le plafond, je remarquai un pigeon qui essayait de s’échapper par cette coupole peinte. Il se cognait invariablement au plafond, trompé lui aussi par les savantes perspectives de l’artiste.
Une autre anecdote sur l’illusion : visitant à Prague l’église Saint-Nicolas de la Mala-Strana, je m’interrogeai sur la nature du matériau recouvrant les hauts piliers, marbre véritable ou peinture ? Amorçant une chiquenaude d’un doigt sur un pilier, je fus arrêté par la voix d’un sacristain cerbère qui me lança : « Primitivo ! » Je pense avoir retenu la leçon.


Le baroque c’est la théâtralité, le sens de la mise en scène du plaisir, de la souffrance et de l’extase.
Le Saint Sébastienréalisé par Antonio Giorgetti, un élève du Bernin, en est une illustration. Il se trouve dans l’église Saint-Sébastien, hors les murs à Rome, sous l’autel reposant sur un lit de marbre. C’est un jeune homme presque nu, allongé sur le dos, tête et buste relevés. Un drapé recouvre partiellement cette nudité. La tête est renversée, les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte. Sa chevelure bouclée se répand en abondance sur ses épaules. Il n’a pas de barbe mais est pourvu de favoris. Son bras gauche est étendu le long du corps, le bras droit replié, la main sur la poitrine. On retrouve les stigmates de son supplice, quatre flèches plantées dans l’abdomen, les cuisses et le bras gauche. S’ils n’étaient présents, on pourrait penser qu’il dort ou se repose. Son visage est serein, les traits détendus, presque souriant ou extatique, le corps alangui. Il ne paraît pas souffrir ou a déjà transcendé cette souffrance. Je pense que cette mise en scène était là pour parfaire l’éducation religieuse des fidèles. Sébastien était un archer romain, supplicié sous Dioclétien du fait de sa conversion au christianisme. Laissé pour mort, il fut recueilli et soigné par Irène, venue pour l’inhumer. Le martyr de saint Sébastien a été très souvent représenté, en peinture ou en sculpture. Ce qui est très rare, c’est de le représenter couché et dans cette attitude voluptueuse. En général, il est debout et attaché pour son supplice. De même cette attitude extatique est exceptionnelle chez un homme, réservée le plus souvent à une femme.
 
C’est ce que nous allons voir maintenant avec les personnages de la bienheureuse Ludovica Albertoni et de sainte Thérèse d’Avila.
Nous retrouvons notre bienheureuse Ludovica dans une alcôve de la chapelle Altieri, de l’église San Francesco a Ripa, au bord du Tibre, à Rome. Sculptée par Bernini, elle repose sur un lit de marbre la tête appuyée sur un coussin lui-même richement ciselé. Allongée sur le dos, jambes légèrement repliées, recouverte d’un foisonnement tumultueux d’étoffes lui prenant également la tête, elle est manifestement en pâmoison : tête à demi renversée, yeux clos, bouche légèrement entrouverte, elle presse vigoureusement son sein de sa main droite au comble d’une exaltation lui faisant perdre les sens. Son visage est doucement ravagé par l’extase, son corps secoué de frissons. Elle est observée par une dizaine d’angelots qui se détachent du mur au-dessus d’elle.
Nous sexologues pourrions retrouver l’attitude du lâcher prise émotionnel avec ce mouvement du haut du corps accompagnant la décharge orgasmique… Née dans une famille noble, elle fut mariée à 20 ans contre son gré, eut trois filles. Devenue veuve, elle entra en religion, consacrant son temps et sa fortune aux pauvres. Elle était connue pour ses extases religieuses et ses dons de lévitation.
 

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