relation sexuelle

DU SYMPTÔME AU SOUVENIR. Ou quand Monsieur Victor perd son désir sexuel… Revue Sexualités Humaines 13. Steven REICHENBACH

Voici un extrait de la prise en charge par EMDR d’un patient présentant une baisse du désir sexuel associée à une baisse de la rigidité lors de l’érection.
 
 
1- Déroulement des séances suivant le modèle en 8 phases de la thérapie EMDR
 
Première séance
 
Motif de la consultation et anamnèse (Phase 1 de la thérapie EMDR)
Je suivais ce patient, que nous allons appeler Monsieur Victor, de façon occasionnelle pour une symptomatologie anxieuse depuis trois ans. Il était alors dans un travail de séparation d’avec sa femme. Il vivait de façon culpabilisante ce divorce qu’il réclamait d’autant plus qu’il avait un enfant en bas âge. Il présente un style d’attachement anxieux-résistant avec une tendance à chercher une relation très proche. C’est ainsi qu’il me propose, lors d’un de mes voyages, de contacter le copain d’un copain qui pourra m’aider si je devais rencontrer des difficultés dans le pays lointain en question. Il a pu retrouver une femme aimante quelques mois après.
Lorsqu’il revient me voir deux ans après, il me dit présenter une baisse du désir sexuel et une érection moins rigide depuis un an. Sa femme accepte difficilement ces difficultés qui représentent pour elle la preuve d’un manque d’amour envers elle.
Dans ses antécédents, on note une ectopie testiculaire opérée plusieurs fois dans son enfance.
 
Conceptualisation de cas :
 
On peut poser comme hypothèse chez ce patient que son trouble du désir et sa baisse de rigidité à l’érection est multifactorielle :
- psychogène : en raison de son anxiété permanente et qui est centrée sur son sexe et sur ses capacités érectiles ;
- relationnelle : le manque de compréhension et donc de soutien de sa femme rend la résolution des difficultés plus difficile 
- organique : la cryptorchidie pour laquelle le patient a été opéré dans son enfance demande à être contrôlée au niveau urologique et endocrinien à la recherche d’une hypotestostéronémie.
 


 
Plan de traitement :
 
Nous adoptons alors le plan de traitement intégré comme souvent en sexologie en raison des nombreuses facettes constituant le symptôme :       
- recevoir le couple en consultation conjointe après le résultat de la consultation urologique pour associer sa femme à la prise en charge proposée ;
- demander un bilan urologique et hormonal ;
- travailler sur l’aspect émotionnel, c’est-à-dire sur son angoisse d’échec et de performance qui sinon crée, du moins entretient, la symptomatologie. Nous pensons ici à la thérapie EMDR, une thérapie neuro-émotionnelle qui a été développée dans les numéros précédents par le Professeur Cyril Tarquinio (« Sexualités humaines », 2011).
         Le patient accepte le principe du traitement d’autant plus facilement qu’il existe une bonne alliance thérapeutique entre nous depuis les trois années que je le suis.
 
 
Deuxième séance
 
A la deuxième entrevue (un mois plus tard) : Monsieur Victor vient accompagné de sa femme. Le bilan urologique et endocrinien a montré une hypotestostéronémie et a entraîné la prescription d’injection de testostérone.  Malgré cette supplémentation hormonale à une dose suffisante, Monsieur Victor continue de présenter un manque de désir.
         Nous expliquons à sa partenaire pourquoi ces symptômes existent (séquelles de cryptorchidie, terrain anxieux). Nous l’informons que nous allons travailler sur son anxiété en relaxation mais aussi en EMDR. Nous lui parlons d’emblée des exercices de stimulation sensorielle de Masters et Johnson (sensate focus) que le couple pourra entreprendre une fois que Monsieur Victor sera capable de contrôler ses anxiétés en intégrant les techniques de relaxation et en se libérant de certaines peurs inhérentes à sa personnalité anxieuse.
         La compagne accepte la prise en charge même si elle insiste être contrariée par tous ces problèmes.
         Monsieur Victor paraît soulagé qu’une prise en charge existe même s’il reste sceptique quant à l’efficacité de l’EMDR !
 

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SYMPTÔMES VOISINS, SYMPTÔMES COUSINS…Dyspareunie et vaginisme. Esther Hirch pour Sexualité Humaine 13

Par son regard croisé, l’auteur revient sur des fondamentaux qui seront utiles aux sexologues débutants, mettant ainsi dans une perpective très pédagogique la question délicate du « voisinage » des symptômes dans la sexualité féminine.
 
Très voisins, deux troubles seront traités ensemble à partir de l’idée du réflexe conditionné :
- de contraction involontaire des muscles péri-vaginaux lors de toute tentative de pénétration quelle qu’elle soit (le doigt, le spéculum, le pénis) dans le vaginisme ;
- de douleur pendant les rapports sexuels dans la dyspareunie, douleur tantôt superficielle, tantôt profonde, et ce même si la femme est désirante, réceptive et orgasmique…
 
L’examen gynécologique est bien accepté en général par la femme dyspareunique, avec l’espoir de découvrir la cause organique responsable de la douleur.
Par contre, cet examen est pratiquement toujours impossible chez la vaginique. En effet, dès l’approche du toucher vaginal, la femme vaginique resserre les cuisses en contractant ses adducteurs, se rejette en arrière en poussant sur les étriers de la tableau d’examen voire saute de celle-ci, réactions parfois théâtrales témoignant de sa phobie.
Lorsqu’elle parvient, malgré tout, à se dominer, l’examen permet de discerner un vaginisme superficiel d’un vaginisme profond.
Dans le vaginisme superficiel, il y a contraction des muscles bulbo-caverneux, du muscle constricteur du vagin et des muscles péri-vaginaux, empêchant tout accès au vagin.
Dans le vaginisme profond, il y a contraction du muscle releveur de l’anus, si bien que l’entrée dans le vagin est possible sur 1 centimètre.
 



1. Quelles sont les causes du vaginisme et de la dyspareunie ?
 
La plupart du temps, on retrouve plusieurs causes physiques et/ou psychiques qui se surdéterminent en rentrant dans un cercle vicieux qui enferme la femme dans son trouble.

Classiquement, le vaginisme trouve son origine dans des problèmes psychiques. La dyspareunie serait initiée par une lésion génitale, puis réactivée secondairement par des problèmes conjugaux et/ou personnels. Dans un certain nombre de cas, la dyspareunie existe sans qu’il y ait eu une lésion initiale (Tableau 1).

Dans la réalité, douleur et contraction musculaire se mêlent souvent. Par ailleurs, une cause physique n’exclut pas une mésentente conjugale ou une problématique personnelle. La douleur étant quelque chose de subjectif, il est difficile d’apprécier sa réalité organique.

On pourra dire sans se tromper que le symptôme (dyspareunie ou vaginisme) est psychique s’il n’apparaît qu’avec un seul partenaire, ou si la douleur varie ou si elle n’existe que par le pénis et non par le spéculum (attention cependant aux facteurs organiques cachés).

La douleur est physique si elle est provoquée toujours par la même palpation ou les mêmes manœuvres. Le thème de la douleur occupe donc une place importante dans le discours des femmes vaginiques ou dyspareuniques : « J’ai peur d’avoir mal… » ; « Le pénis est trop grand pour mon vagin, il va me blesser… » ; « J’ai déjà eu de la douleur lors d’une tentative de pénétration. »
 

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LE BAROQUE : de l’extase à l’orgasme mystique. Par Michel Febvre pour Sexualités Humaines 12

De toutes les périodes de l’histoire de l’art, la période du baroque est probablement celle où les émotions, l’instantanéité des attitudes et des mouvements ont été le plus fidèlement reproduites. C’est vrai en musique avec l’utilisation des voix de castrats dans l’opéra, c’est vrai également dans l’architecture et dans la sculpture. C’est cette forme artistique qui sera le sujet de cette chronique.
 
 
Baroque vient du portugais barroco, mot utilisé en joaillerie pour désigner une perle ayant une forme irrégulière. Il désigne également un rocher irrégulier, une grosse pierre. On le retrouve dans le dictionnaire de l’Académie Française avec la même signification à la fin du XVIIe siècle. Un siècle plus tard, dans ce même ouvrage, c’est son sens figuré qui est mis en premier avec toujours ces notions d’irrégularité, d’inégalité et de bizarrerie.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ce mot fut utilisé par les critiques d’art pour définir cette période, avec une connotation nettement péjorative.
                       
Le baroque débute en Italie à  la fin du XVIe siècle, succédant au maniérisme. Il se propage en Europe jusqu’à la fin du XVIIIesiècle et s’achève par la période dite rococo. Dégénérescence du baroque ou forme artistique originale ? Nous laissons cette discussion aux spécialistes. Le baroque va toucher tous les domaines de l’art : peinture, architecture, sculpture naturellement, mais aussi la littérature, la philosophie et également la musique avec la naissance de l’opéra et le passage de la musique des lieux sacrés aux scènes profanes, l’utilisation des voix de castrats dont l’engouement sera inimaginable. Tous les grands compositeurs de cette période écriront pour eux : Monteverdi, Porpora, Vivaldi en Italie ; Lully, Rameau en France ; Haendel en Angleterre.
Le baroque se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, l’art de la mise en scène et de l’illusion.
 
Si nous replaçons le baroque dans son contexte historique et religieux, il est intéressant à remarquer qu’il succède à la Réforme et qu’il en est probablement une des réactions. Calvin et Luther ont prêché pour le retour aux sources de l’Eglise, le besoin d’une plus grande rigueur, d’une austérité, le retour à la pauvreté, à une plus grande religiosité. Le mouvement réformé a eu une très large audience et a amené l’Eglise catholique à évoluer ; le Concile de Trente, qui s’est tenu de 1545 à 1563, a essayé d’apporter des réponses à ce qu’elle considérait comme une hérésie. Il faut accueillir les fidèles dans des lieux majestueux, les instruire aussi par l’imagerie religieuse qui pourra traduire des émotions tant par la sculpture que par la peinture.
On a utilisé pour désigner l’art baroque les expressions « d’art jésuite » et d’art de la contre-Réforme. N’oublions pas que ce fut en France une période de guerre civile et d’atrocités (les guerres de religion, Louis XIV réprimant très durement les camisards).
 


 
L’ère baroque prend naissance en Italie vers 1600. D’abord à Naples puis à Rome, où trois noms dominent : Pietro da Cortona, peintre, Francesco  Borromini, architecte, et surtout Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, artiste complet, sculpteur de formation mais aussi architecte et peintre. C’est à ces deux derniers artistes que l’on doit la plupart des monuments baroques civils et religieux de cette ville. Puis c’est Gênes, avec le travail du Français Pierre Puget, pour atteindre enfin le Piémont. Le mouvement baroque va se propager en Europe suivant un croissant flirtant avec la côte méditerranéenne. C’est à Marseille que l’on retrouve encore Pierre Puget. L’hospice de la Vieille Charité, qu’il réalisa dans le quartier du Panier, est un des plus beaux monuments emblématiques de cette période avec sa vaste cour rectangulaire bordée sur trois côtés de galeries dont les colonnes se superposent sur trois étages, et sa chapelle toute rose, au toit ovoïde qui s’y dresse en son centre. A l’intérieur, aucun artifice ni simulacre, la pierre rose et la lumière remplissant tout l’espace. Ce monument vient d’être restauré, il accueille maintenant des expositions.
 
Notre croissant se prolonge en Suisse (région de Saint-Gall), en Allemagne du sud (Bade-Wurtemberg et région du lac de Constance), avec son foisonnement d’abbayes et d’églises : Ottobeuren, Birnau, Salem, Zwiefalten, en Bavière, en Souabe-Franconie avec Wurtzbourg et les peintures de Tiepolo à la Résidence, Bayreuth, le château de Pommersfelden, le lieu de pèlerinage de Vierzehnheiligen. Il gagne l’Autriche avec les abbayes de Melk et de Saint-Florian, la ville de Vienne (le Graben ou colonne de la Peste, l’église Saint-Charles Borromée). Il atteint et se termine vers 1750 en Tchécoslovaquie, haut lieu du baroque avec deux grands sculpteurs : Matyas Braun et Jan Brokof. La ville de Prague était (est toujours, je l’espère) un musée à ciel ouvert (pont Charles et quartier de la Mala-Strana).
 
Cent cinquante ans pour la mise en place de l’architecture et de la sculpture baroque dans ces régions d’Europe. Nous pouvons superposer cette carte de géographie avec l’histoire de la religion catholique. C’est là que la Réforme a pris un grand essor, conduisant à cette forme d’art en réaction. Curieusement, la France n’a pas été une grande terre d’accueil pour le baroque. On peut l’expliquer en grande partie par l’opposition du roi Louis XIV qui n’appréciait pas ce type d’architecture. Le Bernin, pressenti pour réaliser la façade orientale du palais du Louvre, fut très mal accueilli lors de son séjour en France, la statue équestre du roi Louis XIV qu’il sculpta ne fut jamais installée.
 
La peinture baroque connut une expansion plus forte en Europe : Pierre Paul Rubens en Flandre, les peintres français Pierre Mignard, Simon Vouet, Nicolas Poussin et La Tour, Murillo et Vélasquez en Espagne.
 
Dans la deuxième partie de ce travail, nous tenterons d’illustrer les différentes caractéristiques du baroque par des exemples découverts lors de nos voyages. En premier, nous évoquerons un personnage emblématique retrouvé aussi bien dans l’art sacré que profane : le putto.
« Ce mot italien intraduisible désigne un jeune garçon, un préadolescent, quelquefois un bambin, qui tient des cupidons païens ses joues dodues, ses fesses potelées, et des anges chrétiens ses mines pâmées. » « Ces putti sourient, cabriolent et virevoltent sur les retables, dans des débauches de stucs et de marbres. » Un exemple : le putto sculpté par Feuchtmayer appelé Honigschlecker, le Tâte-Miel. La statue date de 1750, se trouve dans l’église de Birnau, au bord du lac de Constance. Elle se situe sur un petit socle en marbre à gauche de l’autel. La jambe droite repose sur le socle, la gauche cherche un appui sur le montant du retable. Il est délicieusement potelé et tient une ruche sous son bras. De cette ruche s’échappent une multitude d’abeilles qui pendent en grappe à l’entrée. Il suce un des doigts de l’autre main, on peut imaginer  qu’il l’a trempé au préalable dans le miel et qu’il le goûte. C’est frais, charmant, sensuel, très théâtral. Les anges ou angelots peuvent se retrouver suspendus aux corniches des plafonds, les jambes pendantes dans le vide, ou accrochés aux chaires des églises.
 


 
Le baroque, c’est l’art del’illusion, le triomphe du trompe-l’œil. Andrea Pozzo, père jésuite auteur d’un traité de la perspective, a peint un chef-d’œuvre, le plafond de l’église Saint-Ignace à Rome représentant le saint en gloire au sommet d’architectures fictives de colonnes et d’arcades, envoyant ses missionnaires sur les quatre continents. Un ciel rayonnant, une coupole feinte complètent cette illusion parfaite.
Un souvenir personnel : visitant et admirant le plafond, je remarquai un pigeon qui essayait de s’échapper par cette coupole peinte. Il se cognait invariablement au plafond, trompé lui aussi par les savantes perspectives de l’artiste.
Une autre anecdote sur l’illusion : visitant à Prague l’église Saint-Nicolas de la Mala-Strana, je m’interrogeai sur la nature du matériau recouvrant les hauts piliers, marbre véritable ou peinture ? Amorçant une chiquenaude d’un doigt sur un pilier, je fus arrêté par la voix d’un sacristain cerbère qui me lança : « Primitivo ! » Je pense avoir retenu la leçon.


Le baroque c’est la théâtralité, le sens de la mise en scène du plaisir, de la souffrance et de l’extase.
Le Saint Sébastienréalisé par Antonio Giorgetti, un élève du Bernin, en est une illustration. Il se trouve dans l’église Saint-Sébastien, hors les murs à Rome, sous l’autel reposant sur un lit de marbre. C’est un jeune homme presque nu, allongé sur le dos, tête et buste relevés. Un drapé recouvre partiellement cette nudité. La tête est renversée, les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte. Sa chevelure bouclée se répand en abondance sur ses épaules. Il n’a pas de barbe mais est pourvu de favoris. Son bras gauche est étendu le long du corps, le bras droit replié, la main sur la poitrine. On retrouve les stigmates de son supplice, quatre flèches plantées dans l’abdomen, les cuisses et le bras gauche. S’ils n’étaient présents, on pourrait penser qu’il dort ou se repose. Son visage est serein, les traits détendus, presque souriant ou extatique, le corps alangui. Il ne paraît pas souffrir ou a déjà transcendé cette souffrance. Je pense que cette mise en scène était là pour parfaire l’éducation religieuse des fidèles. Sébastien était un archer romain, supplicié sous Dioclétien du fait de sa conversion au christianisme. Laissé pour mort, il fut recueilli et soigné par Irène, venue pour l’inhumer. Le martyr de saint Sébastien a été très souvent représenté, en peinture ou en sculpture. Ce qui est très rare, c’est de le représenter couché et dans cette attitude voluptueuse. En général, il est debout et attaché pour son supplice. De même cette attitude extatique est exceptionnelle chez un homme, réservée le plus souvent à une femme.
 
C’est ce que nous allons voir maintenant avec les personnages de la bienheureuse Ludovica Albertoni et de sainte Thérèse d’Avila.
Nous retrouvons notre bienheureuse Ludovica dans une alcôve de la chapelle Altieri, de l’église San Francesco a Ripa, au bord du Tibre, à Rome. Sculptée par Bernini, elle repose sur un lit de marbre la tête appuyée sur un coussin lui-même richement ciselé. Allongée sur le dos, jambes légèrement repliées, recouverte d’un foisonnement tumultueux d’étoffes lui prenant également la tête, elle est manifestement en pâmoison : tête à demi renversée, yeux clos, bouche légèrement entrouverte, elle presse vigoureusement son sein de sa main droite au comble d’une exaltation lui faisant perdre les sens. Son visage est doucement ravagé par l’extase, son corps secoué de frissons. Elle est observée par une dizaine d’angelots qui se détachent du mur au-dessus d’elle.
Nous sexologues pourrions retrouver l’attitude du lâcher prise émotionnel avec ce mouvement du haut du corps accompagnant la décharge orgasmique… Née dans une famille noble, elle fut mariée à 20 ans contre son gré, eut trois filles. Devenue veuve, elle entra en religion, consacrant son temps et sa fortune aux pauvres. Elle était connue pour ses extases religieuses et ses dons de lévitation.
 

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Rencontres sous le tipi. Par Pierre-André Bizien pour Revue Sexualités Humaines 12

Le Far West : méchants cow-boys, gentils Indiens, bisons sauvages, danses autour du feu… Que de prismes simplistes assiègent nos consciences dès qu’il s’agit d’évoquer les civilisations septentrionales du Nouveau Monde.
 
Œuvrons donc à contre-courant et daignons, au prix d’un dernier cliché, faire circuler le calumet de la paix… Place aux étreintes, aux caresses et à la grande question qui nous taraude : quels types de pratiques sexuelles avaient cours au sein des tribus indiennes ancestrales ?

Mouvante au fil des siècles et selon les territoires considérés, la libido du peau-rouge s’avère suffisamment caractéristique pour que nous puissions l’appréhender au singulier. Ici, valeurs traditionnelles et contrôle social se conjuguent à une incontestable permissivité charnelle.

Cette dernière frise à certains égards notre fameux concept de tolérance occidentale, et encourt par-là même le péril d’un certain travestissement. Gardons-nous de l’angélisme et n’omettons pas de considérer l’envers du tipi : entre colons blancs et Indiens d’Amérique, Abel et Caïn se confondent. Déprédations mutuelles, tractations commerciales et intérêts bien compris…

Plus d’une fois, l’agresseur européen fut soudoyé pour exterminer une tribu adverse, nettoyer un territoire convoité. Ici comme ailleurs, la déviance sexuelle occasionnait bien des rigueurs : dans certaines communautés, la femme adultère avait le bout du nez coupé.

 


Chez les Comanches, comme en Asie du Sud, les veuves pouvaient être tuées sur la dépouille de leur mari ; chez les Crees et les Lakotas, comme en Afrique subsaharienne, les filles nouvellement pubères étaient considérées impures et reléguées dans une hutte spéciale à l’écart du campement, afin de protéger la communauté. Exceptées ces pratiques qui effrayèrent plus d’un jésuite, les Indiens d’Amériques surent façonner des codes sexuels d’un caractère très novateur : les missionnaires chrétiens rapportent notamment que la liberté sexuelle des femmes était équivalente à celle des hommes, et que les pratiques homosexuelles n’étaient pas réprimées.

Chez les Sioux, les Yucatan et au sein de nombreuses autres tribus, un certain nombre d’hommes vivaient comme des femmes ; les berdaches, travestis homosexuels, jouissaient d’un statut religieux de premier ordre. Aussi les grands guerriers les prenaient-ils souvent comme épouse secondaire (ce fut par exemple le cas du chef Crow Iron Bull, avec une certaine Miakate Jim).

Partout, la jalousie était considérée comme une indignité, et les hommes évitaient de se quereller pour des femmes. Ils convoitaient tout spécialement les jeunes veuves et les femmes mûres, plus aptes à gérer correctement le foyer ; le travail des peaux et la préparation de la nourriture nécessitaient un certain savoir-faire, qui ne s’improvisait pas. Avant d’être mariée vers 16 ans contre quelques chevaux, la jeune Indienne pouvait entretenir de multiples aventures à l’extérieur du campement ; là, dans le secret de la végétation, elle consommait son plaisir avec quelque guerrier imberbe, qui en demanderait une autre en mariage quelques mois plus tard. Le contrôle social restait souple, assuré tout au plus par quelque aïeule édentée dont les soupçons n’atteignaient pas le quart des forfaitures de la demoiselle.

Cette grisante liberté des grands espaces se conjuguait cependant à de rigoureux impératifs de pudeur, démontrant par là même que la collectivité conservait en définitive la mainmise sur le quotidien charnel de ses membres : baisers et caresses étaient bannis en public, tout comme les rapports sexuels en certaines périodes liturgiques (notamment chez les Wendats). Parvenus à la puberté, les frères et sœurs Iroquois ne devaient plus jouer ensemble et ne s’adressaient plus la parole. La débauche elle-même, y compris lorsqu’elle paraissait flagrante, répondait en vérité à une scrupuleuse codification culturelle : ainsi n’était-il pas rare de constater certains élans pour le moins équivoques entre beaux-frères et belles-sœurs.

Cette apparente licence découlait en vérité d’une institution culturelle majeure : celle qui imposait le lévirat et le sororat au cas où l’un des époux viendrait à disparaître. Dans cette perspective, les fougueux parents anticipaient leur apprivoisement mutuel. Au fond, tout le génie de la culture sexuelle indienne réside en cette improbable – et pourtant si juste – symbiose entre liberté et pudeur.

Loin de déboucher sur les affres de la concupiscence et autres débauches babyloniennes, la permissivité tribale amérindienne était génitrice d’ordre et de morale. Flamboyant paradoxe, qui n’échappa pas aux scrupuleux pères jésuites. Un observateur pouvait ainsi constater : « Même si l’adultère n’était pas légalement une offense, les maris ne s’y adonnaient en aucune façon évidente (…) les hommes s’abstenaient de leurs épouses durant de longues périodes chaque année et des couples restèrent unis même dans les cas où des maris devinrent définitivement impotents à cause de maladie. »

D’autre part, monogamie et polygamie s’enchevêtraient souplement, hormis au sein des quelques peuplades exclusivement régies par la première (Iroquois, Hurons). Il arrivait fréquemment qu’en raison de l’ampleur des tâches domestiques qui lui incombait, l’épouse demande à son mari de prendre une autre femme ; dès lors, le travail au sein du tipi serait partagé plus équitablement. Certains guerriers et chefs Indiens pouvaient cumuler cinq épouses, en raison de l’abondance des services qu’ils devaient à la collectivité (présents, festins…).

Le fait est clair : c’est bien le statut économique qui conditionnait avant tout le statut marital, comme l’attestent de nombreux exemples. Ainsi, à l’occasion des longues périodes de chasse, il était fréquent qu’un chasseur déjà marié contracte une nouvelle union : il s’agissait d’un mariage temporaire avec une « femme de campagne » qui troquait alors services sexuels contre nourriture. Lorsque l’absence de l’époux s’éternisait, la femme restée au campement pouvait s’offrir un concubin de circonstance. Dès lors, libre à elle de garder l’homme de son choix lorsque le mari serait enfin de retour ; le divorce était permis, et la proximité de la fratrie anéantissait tout risque de violence conjugale en retour. Fasciné par ces étonnantes pratiques culturelles qu’il observait au XVIIIe siècle, l’abbé Lafitau alla jusqu’à parler de… gynécocratie…

 

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Le vaginisme ou le langage du corps. Laure Mourichon pour Revue Sexualites Humaines 12

L’expérience de la kinésithérapeute (Par Laure Mourichon)

 
De nombreuses femmes osent aujourd’hui consulter pour ce qu’elles considèrent souvent comme une incapacité voire un handicap. L’approche proposée par le spécialiste du corps qu’est le kinésithérapeute est la première porte concrète qui ouvre ce dossier.
 
 
Le vaginisme est une contraction réflexe, inconsciente de la musculature périnéale que la femme met en place pour se protéger par peur de la pénétration lors du rapport sexuel ou de la consultation gynécologique. Cette hypertonie périnéale rend alors la pénétration difficile et douloureuse, voire impossible en cas de vaginisme sévère.
La psyché et le corps forment un tout indissociable, ils ne fonctionnent pas l’un sans l’autre. Les affects, les émotions vont avoir une incidence sur le corps. Le corps est un miroir qui traduit l’expression de notre ressenti, de notre vécu. Chaque être humain se construit à partir de son histoire familiale, de l’amour qu’il a reçu ou non, de son éducation, des principes religieux parfois. Sa route est parfois sinueuse, parsemée de doutes, d’interdits, de non-dits, de traumatismes.
Le vaginisme peut être primaire ou secondaire faisant suite parfois à des dyspareunies orificielles après infections vaginales répétitives ou après accouchement traumatisant.
 
Les causes d’un vaginisme primaire sont multiples :
- abus sexuels, attouchements sexuels ou climats incestueux dans l’enfance ;
- éducation très rigide où la sexualité est vécue comme quelque chose de sale, de malsain ;
- éducation religieuse stricte où le plaisir a peu de place dans la sexualité et où la virginité est primordiale ;
- relation très fusionnelle à la mère empêchant la femme de s’accomplir et de s’épanouir sexuellement.
 
Le corps est étonnant, il traduit en symptômes ce que la violence du traumatisme a empêché de verbaliser, refoulant au plus profond de la psyché, allant à oublier parfois l’acte lui même pour continuer à vivre.
Il devient l’expression d’une souffrance muette. Le corps a une mémoire, il se referme, se replie sur lui même. C’est un fonctionnement logique, protecteur que la femme met alors en place pour se protéger sans en avoir conscience.
 
 
Trois histoires cliniques
Marie, 30 ans, est pour la première fois amoureuse de Pierre. Les rapports sexuels sont impossibles.
 « Je ne peux pas regarder, ni toucher, ni sentir son sexe. Je me sens physiquement mal et des maux de tête m’envahissent. Pour moi la sexualité c’est sale, son sexe me dégoûte. »
Mon histoire est difficile car mon frère a violé ma petite cousine quand elle avait 4  ans. Mes parents ne m’ont rien dit et du jour au lendemain il a disparu de la maison. Il a été emprisonné et est mort à 22 ans d’un cancer. Je ne l’ai jamais revu.
« Avec lui, je ne m’étais jamais sentie sexuellement en danger, mais il était très violent. Dès que mes parents étaient partis, il me frappait avec des gants de boxe et une fois il a failli m’étrangler. »
 
Pascale, 25 ans, vit depuis six ans avec Serge. Ils ont du mal à avoir des rapports sexuels avec pénétration.
« Dès qu’il me touche, je me bloque. Pourtant il est très gentil et très compréhensif, je m’en veux de lui faire vivre cela mais c’est plus fort que moi. S’il m’embrasse, cela va, mais dès qu’il commence à me toucher la poitrine et le sexe, c’est comme une cassure en moi, des images apparaissent en premier plan et je ne peux plus rien faire. Mon beau-père m’a harcelée physiquement à la puberté. Il me réveillait dans mon sommeil, me disait j’ai envie de toi, je t’aime. Il me touchait la poitrine et se pressait contre moi. Je sentais son sexe en érection et j’étais morte de peur. Il ne m’a jamais pénétrée. Un jour, j’ai osé en parler à ma mère car je n’en pouvais plus, mais elle ne m’a pas cru.Une autre fois, alors que j’essayais de lui en reparler, elle m’a dit une phrase qui m’a choquée : il n’y a pas eu de pénétration, alors c’est bon. »
 
Sylvie, 30 ans, mariée depuis quatre ans, est envoyée par sa gynécologue. Elle l’a consultée pour insémination artificielle car elle veut absolument avoir un enfant mais n’arrive pas à avoir de rapports sexuels avec pénétration.
« J’ai été élevée dans les principes de la religion, on ne fait pas l’amour avant le mariage, la virginité est un cadeau précieux que l’on fait à son mari. Il peut me caresser mais si j’éprouve du plaisir, il faut que j’aille ensuite me laver, je me sens mal. J’ai regardé une fois mon sexe, je n’aimais pas voir cette partie molle qui ressemblait à un morceau de viande rouge rempli de sang. Je voyais quelque chose bouger, c’était sale, dégoûtant. »
 
La consultation sexologique va tenir compte de ces deux éléments indissociables, corps et psyché. En partant de son histoire, de son vécu, en lui permettant de mettre en mots sur ce qui n’a jamais parfois pu être verbalisé, en donnant du sens à son symptôme, c’est une première étape vers une ouverture, un lâcher prise, une perte de contrôle.
Et puis doucement intégrer ce corps et faire comprendre à la patiente pourquoi la pénétration est aujourd’hui impossible en repassant par des cognitions, et des explications à l’aide de planches anatomiques.
Nous avons vu précédemment que le vaginisme était un spasme de la musculature périnéale, mais c’est également tout le corps de la patiente qui est très contracté, particulièrement au niveau des fessiers, des adducteurs et des abdominaux. La région pelvienne est anesthésiée, cette partie du corps n’existe pas.
Alors, partons avec elle à la découverte de cette région sexuelle.
 



Le vagin
Tapi au plus profond de l’intimité féminine se cache une région, le plus souvent méconnue des femmes, que l’on nomme le vagin. Ce lieu est entouré de mystères, de tabous, d’interdits.
Le vagin vient du mot latin vagina, qui signifie « fourreau », « gaine ». Il relie l’utérus à la vulve. Il permet le coït et c’est une voie de passage du fœtus lors de l’accouchement. Il se situe entre la vessie en avant et le rectum en arrière et se fixe en haut sur le col utérin. C’est une cavité souple, humide, chaude dont les parois ne sont pas lisses mais ridées, permettant ainsi lors de l’excitation sexuelle de s’agrandir comme une amphore. Il est très extensible, s’adapte sans aucun problème à la taille du pénis. Son élasticité devient maximale pour laisser passer la tête du fœtus.

Le vagin est plus étroit au niveau de son tiers inférieur au niveau de la vulve à cause de la présence des élévateurs de l’anus. Chez la femme vierge, il existe à l’entrée du vagin un repli de peau appelé hymen. Cet hymen présente peu d’intérêt sauf sur le plan religieux et idéologique. Il permet le passage des menstruations. Lors du rapport sexuel ou d’une pénétration avec un doigt, il se déchire et cicatrise ensuite.
Il est riche en vaisseaux sanguins, veines et artères, mais pauvre en terminaisons nerveuses, sauf au niveau des élévateurs de l’anus.
Il est dépendant de l’imprégnation œstrogénique, perd de sa trophicité au moment de l’allaitement et à la ménopause, devenant sec et sensible.
Il ne contient pas de récepteurs superficiels et s’irrite vite lors des frottements. Par contre, il contient des récepteurs profonds appelés tenso et presso-récepteurs, qui permettent quand on les sollicite de déclencher des sensations très agréables.

Chez la femme vaginique, le creux vaginal est peu investi voire inexistant. Elles ont une véritable phobie de la pénétration : « S’il me pénétrait, le sang jaillirait et mes organes génitaux sortiraient. »
Elle voit souvent le sexe de leur partenaire surdimensionné, ne pouvant pénétrer une région fermée sans notion de creux.
Elles n’ont pas conscience également du creux utérin, ce qui provoque une peur de la grossesse et de l’accouchement par voie basse.
Si la pénétration est possible, elle est vite douloureuse car le bassin est bloqué par la contraction de tous les muscles entourant le petit bassin, et le rapport va se faire dans des mouvements de va-et-vient entraînant forcément des frottements sur la muqueuse vaginale responsables de brûlures et de douleurs.
La respiration abdominale, la prise de conscience de la bascule du bassin d’avant en arrière, vont permettre à la patiente de s’approprier cette région, de solliciter ses récepteurs profonds et de découvrir des sensations nouvelles et très agréables dans son vagin.

 
Le périnée
C’est un muscle qui est tendu du pubis au coccyx, qui s’insère sur les ischions et qui est un véritable plancher. Sorte de trampoline, il va amortir les pressions abdominales et maintenir les organes génitaux. La contraction des élévateurs de l’anus permet la continence urinaire et anale et joue un rôle capital dans la sexualité. C’est la porte d’entrée de la vulve et du vagin. Quand il se contracte, il referme cette région rendant le rapport sexuel difficile voire impossible ; quand il se relâche, la vulve s’ouvre et la pénétration est facilitée.
Il permet dans la sexualité de repérer l’excitation sexuelle, de la faire diffuser en se contractant dans des rythmes allant de lents à rapides. Au moment de l’orgasme, il se contracte fortement de façon rythmique.
Chez la femme vaginique, le périnée est hypertonique et le bassin en antéversion. La pénétration devient impossible car d’une part on est plus dans l’axe du vagin pour faciliter la pénétration, et de plus la porte d’entrée est fermée par la contraction des élévateurs de l’anus.
 


 
Une mise au travail
Pour ces patientes, c’est très rassurant de comprendre l’incidence du psychisme sur le corps, de leur donner un lieu d’écoute. Tout le travail corporel devra être développé à la maison :
-       Apprendre à se regarder de façon positive en développant son narcissisme, en regardant son vagin non plus comme un lieu sale mais en le comparant à un fruit mûr, juteux, onctueux, ou à une fleur sensuelle au pistil fier.
-       Apprendre à se toucher, en introduisant à l’aide d’un gel lubrifiant un doigt lentement pour partir à la découverte de son vagin comme un explorateur en terre inconnue.
-       Masser son périnée avec de l’huile pour le détendre.
-       Introduire des dilatateurs vaginaux en silicone, en commençant par la plus petite taille, à son rythme.
-       Sentir que la contraction du périnée ferme l’entrée du vagin et que le relâchement l’ouvre.
-       Prendre conscience que si le bassin est antéversion, la pénétration est impossible.
-       Erotiser ce creux vaginal plein de vie et en jouer. Prendre le temps de déguster, de sentir, de toucher, de savourer.

 

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La symbolique de la peau et du toucher, par Sylvie Cady pour Sexualités Humaines

Ce travail original est la synthèse d’un groupe de parole en psychosomatique relationnelle, ayant choisi pour thème « la peau et sa symbolique possible ou impossible ».

1- Résultats à partir du groupe de parole
Pour l’ensemble du groupe, la peau c’est le lien, la marque du contact entre l’intérieur et l’extérieur. L’intellectualisation est une manière de faire prendre la distance au toucher de la peau à l’extérieur. Le toucher et la peau sont un lien de rencontre et de séparation et il y a tout un jeu de « toucher » entre l’individuel, le personnel et l’autre. Mais surtout la peau et le toucher sont un langage sexualisé entre l’intérieur et l’extérieur, entre le psychique et le somatique.

Deux fonctionnements vont être décrits par la suite : l’un recouvre un psychique dépourvu de potentialité imaginative, avec absence de souvenir des rêves, ou refoulement de la fonction de l’imaginaire ; l’autre, un psychique pourvu de potentialités imaginatives.

Ainsi, dans le premier cadre, pour D., un des participants, c’est une question de mode, la peau doit s’insérer dans cette mouvance socialisée, se conformer au goût des gens de son âge, ce qui est important pour avoir une apparente identité ; et un autre d’enchaîner sur la peau en tant que phénomène de socialisation : il y a les maladies de peau, “dit-il”, qui marquent la socialisation comme la varicelle, plus l’acné à l’adolescence. Il peut y avoir des accidents de peau, on touche à l’équilibre physiologique avec la peau au vieillissement, et même à la mort avec les maladies de peau mortelles (mélanome, lymphome), la peau y est un récepteur de la douleur physique.

En ce qui concerne la sexualité, les impressions des participants hommes et femmes qui fonctionnent dans ce cadre ont de faibles allusions, le ressenti manque, trouver dans la sexualité une détente et se servant en cela de la peau en tant que matériel de massage facilitant l’accès à cet état est décrit.

Le plaisir n’est pas verbalisé par ces personnes à la représentativité par l’imaginaire en difficulté car ils n’accèdent pas à ce ressenti corporel. La sexualité en devient un équilibre physiologique dont ils ont besoin parfois, même avec des relations sexuelles fréquentes car elles seules sont capables de réduire l’intensité tonique, parfois sans temps de peau intermédiaire. La sexualité qui renvoie véritablement à soi en tant qu’existence personnelle intériorisée n'existe pas.

Le refoulement de toute la fonction de l’imaginaire, avec absence de souvenir de rêve, permet de ne plus penser à toute situation de peau ou du toucher ainsi qu’à la sexualité qui pose problème. A l’opposé, la peau symbolisée par la représentation imaginaire est traduite dans le même groupe de parole en psychosomatique.



Plusieurs retours…

Pour S., la peau a différentes manières d’exister : elle voit, elle respire, elle est le lieu de la souffrance, elle fait pleurer. Quand on est face à un choc émotionnel, la peau réagit en premier, on a la sensation de le ressentir dans sa peau. Car la peau est le lieu de l’émotion : on peut rougir de honte, blanchir de peur, devenir vert de rage ou livide de peur.

Pour B., la peau est sensitive, sexuelle et relationnelle : on peut toucher et être touchée. C'est un lien d’échange affectif imaginatif. La temporalité est incluse dans cette manière d’échange ainsi que l’espace : la peau vieillit et elle est une trace extérieure de l’intérieur de soi.

Pour G., la peau sexualisée ramène à soi et à son image. On peut avoir une manifestation intérieure à partir de l’extérieur. Il y a du donné à voir à paraître du donné à apparaître.

Pour N., la peau est une identité unitaire, une enveloppe symbolique, on parle de sac de peau, de peau carapace, de peau « effractible » qui ne peut pas se défendre. Pour cette personne, se sentir intégral permet de se sentir bien. C’est la globalité du corps dans une limite qui permet de se sentir bien, cette globalité est réelle et imaginaire. Pour que cette sensation puisse être harmonieuse, un arrivage au concret harmonise l’imaginaire et donne cette notion de bien-être. C’est là que les relations sexuelles sont harmonieuses. Lorsque la personne ne trouve pas sa place dans le relationnel qui ne lui donne pas son unité, les relations sexuelles peuvent être perturbées. Précisément lorsqu’on ne ressent pas sa peau comme continue, c’est que la relation n’est pas continue et les relations sexuelles peuvent en être difficiles.

Pour V., la peau renvoie à la distance relationnelle ou pas. C’est là qu’apparaissent les difficultés sexuelles. Il explique que la peau fusionnelle lui pose problème. Le fait de pouvoir mettre la peau en image lui permet de prendre de la distance, de l’instinctuel. Il explique que le toucher crée cet espace relationnel. Et lorsque la distance est harmonieuse, la sexualité est bonne et la détente apparaît.

Pour Y., toute une sublimation de la peau dans sa création artistique est une manière de prendre de la distance face à ses difficultés personnelles sur le plan de la sexualité. D’ailleurs, pour lui la peau de l’autre et la sienne ont de mauvaises odeurs. Toute la culpabilité de quitter sa mère déprimée et suicidaire est au fait de cette difficulté. De toute façon, toutes les peaux qu’il a connues ont été pour lui repoussantes. Il n’a pas encore trouvé une peau qu’il peut accepter.

Pour A., cette difficulté a un sens face à une phase œdipienne. Dans ce cas, une difficulté dans l’acte sexuel traduit un malaise alors que le sujet n’a pas accès au lien avec la situation originaire. Le Peau à Peau qui prolonge la sexualité de l’enfance vient se mettre à la place de la sexualité. Ne pas grandir, rester dans le giron familial ou régresser par peur de l’inconnu ou de ce qui est connu et qui pose problème, est la source de cette difficulté.

Pour tous les participants, la peau est symbolisée très tôt par la sexualité : dès l’enfance, à travers les zones érogènes, la peau devient source de plaisir, ce qui se répercute dans la sexualité adulte. Ils mettent en évidence des moments de leur vie dès l'enfance qui perdurent ensuite, ou certains ne ressentent pas l’émotion de la peau : il s’agit ici d’un refoulement de la représentation car celle-ci pose problème en fonction de l’histoire du sujet.
 



2- A partir d’un groupe de relaxation psychosomatique relationnelle

F., 35 ans, fait partie d’un groupe de relaxation psychosomatique dans le secteur hospitalier autour du stress. Au cours du groupe, elle révèlera le lien entre sa maladie, un cancer du sein, et la problématique sexuelle liée à sa difficulté de toucher.

Dans les premières séances du groupe de relaxation, F. en reste au mouvement sans prise de parole dans la partie langage, mais elle porte une attention particulière sur l’écoute des autres. Lorsque le groupe aborde une recherche de prise de conscience corporelle autour du toucher, elle commence à s’exprimer. Elle relate que lors de son hospitalisation, elle n’a pas voulu voir un psychologue, ni un psychiatre, car elle se voyait mal discuter de son métier d’infirmière et de la difficulté autour du toucher. Elle pense que le biais de la relaxation peut lui ouvrir des portes, car elle est de plus en plus convaincue que sa maladie est psychosomatique. Elle préfère une relation en groupe plutôt qu’en individuel. Elle pense que le groupe ne crée pas une dépendance, que c’est une relation moins engageante qui lui fait moins peur.

De plus, l’avis des autres « membres » peut être un bon enseignement pour lui permettre de comprendre ce qui s’est joué en elle sur le toucher. « Je n'ai pas beaucoup d'imagination, dit-elle, mais j’ai tendance à créer d’autres difficultés très rationnelles pour masquer les vraies, c’est un moyen de m’en sortir, le groupe peut m’aider à faire la part du vrai, sans que je me trouve piégée. » (Pour lors, « piégée » renvoie à un fonctionnement autoritaire du psychothérapeute qu’elle pressent en relation individuelle. Plus tard, elle s’apercevra qu’il s’agit de la relation très conflictuelle face à sa supérieure hiérarchique.)

Lors d’une recherche du groupe autour de l’imaginaire, elle précise qu’actuellement, depuis qu’elle est confrontée à comprendre le stress du toucher, ce dernier lui pose problème. Auparavant pour s’en sortir, elle masquait ses difficultés, elle rationalisait le toucher dans le sens utilitaire professionnel technique, ce qui la détendait. Or cette manière d’utiliser le toucher ne marche plus, ce qui crée du stress. Poussée par le stress, elle est trop dans l’action, dans le mouvement, et règle ses problèmes en tension, ce qui la fatigue.

Actuellement, elle ne s’intéresse plus à l’imaginaire et elle est dans « une planète uniquement réaliste ». Le groupe remarque qu’elle aborde très peu de données personnelles. « Le groupe lui sert de point de repère », dit-elle.

A partir de ces paroles, un membre du groupe la pousse à s’exprimer sur sa vie « un peu difficile », dit-elle. « Comme d'autres ici, avec mes parents, avec mon père sans affection et surtout ma mère infidèle et autoritaire. J'ai retrouvé cela dans mon travail avec ma responsable. Peut-être que dans la famille il y avait un manque de relation. » Puis elle ajoute : « Tout a commencé au divorce de mes parents, ma mère a divorcé car elle était homosexuelle. J'ai commencé à avoir des difficultés pour toucher et au même moment j'ai commencé à travailler. » Puis elle banalise : « Le travail est tellement intense que la relation entre collègues est inexistante. On ne se serre même pas la main. En plus, je n'ai plus le temps de créer une relation avec les malades. Le travail est standardisé, adapté, c'est aussi mon choix. »

L’autorité de sa supérieure qui ressemble à sa mère crée une tension sur toute l’équipe. De plus, elle fait des propositions de sexualité homosexuelle à Mme F. A partir de là, une tension inextricable l’envahit dans un rapport au travail, en déception, c’est là que se durcit sa difficulté de toucher. « Avec cela, dit-elle, je suis coincée. » Nous pouvons considérer le terme « coincée » en tant que traduction d’une impasse personnelle et professionnelle, c’est là que la maladie apparaît. Maintenant, F. en fait le lien. « Aussi, dit-elle, à cause de l’homosexualité, j’ai eu une vie un peu négligée, déjà avec mes parents, puis à cause du travail. J’ai toujours eu peur de la sexualité, le toucher est la traduction de l’affection de la sexualité, alors en ne pensant qu’au travail, on ne se pose plus la question. Peut-être y a-t-il un problème de toucher affectueux ? Maintenant, je me rappelle : vers 8 ans, il y a eu avec ma mère des touchers affectueux sexualisés, enfin c’est comme au travail, il y a eu un problème de sexualité homosexuelle. » Ici F. est moins sur la défensive, et se détend. Elle parle de tristesse au travail et à la maison, à cause des attouchements de sa mère et d’une relation homosexuelle avec sa supérieure hiérarchique.

Un mois plus tard, elle s’exprime sur sa maladie, le masque défensif est tombé. Elle est plus rassurée sur la qualité relationnelle du groupe qu’elle trouve chaleureuse. Elle y retrouve une détente. Elle s’exprime sur son impasse : « Les attouchements homosexuels de ma mère et l’acte sexuel de ma supérieure hiérarchique dans une relation sexuelle homosexuelle qui recouvre celle de ma mère m’a remise dans le passé et je me suis bloquée sur le toucher. Ne plus être dans le toucher permet de se défendre passivement face à la sexualité. Avec mon métier, la situation s’est enlisée. C’est là que ma maladie apparaît. »



 

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La Grossesse n'est pas un conte de fées. Revue Sexualités Humaines 10. François Ramseyer

Les marques de la violence passée
Par François Ramseyer


Aimer, être aimé, avoir des enfants comptent parmi les projets les plus puissants de l’existence humaine…
C’est aussi une tâche humaine de la plus grande importance et parmi les plus difficiles, si nous voulons être dans la conscience de notre existence au lieu de nous contenter de vivre au jour le jour.

C’est une évidence lorsque les couples arrivent en consultation, le motif de consultation doit se lire sur leur visage, leur présence exige une reconnaissance immédiate. Il n’y a pas pire étonnement que lorsque le praticien demande le motif de la consultation :« Je pensais que vous le saviez ? »... En fronçant les sourcils : « Votre secrétaire ne vous a rien dit ? Je suis enceinte… »

A peine enceinte de quelques semaines, elle attend que l’on reconnaisse en elle cette nouvelle féminité à laquelle elle a droit dans son nouveau rôle social. L’interrogatoire et l’examengynécologique confirment cet état de grossesse, sans rassurer plus avant le couple qui attend invariablement de voir l’embryon à l’échographie. Après, il s’agit d’un simple accompagnement lorsque la pathologie fait défaut, ce qui est fréquent. Nous restons alors les témoins avertis d’une grossesse normale, d’un « conte de fées » pour cette femme, que cette maternité soit vue comme une confirmation de soi ou comme un achèvement.


Le milieu social ambiant est la source de certaines images de la féminité, souvent celles de la grossesse radieuse, comme les images que véhiculent les contes de fées pour les enfants qui se terminent bien : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. » Nous savons tous qu’il y a des similitudes entre les contes de fées et les rêves éveillés de l’adulte : l’accomplissement de ses désirs au travers des risques, pièges multiples à déjouer. Mais aussi des différences importantes, les rêves sont le résultat de pressions intérieures sans solution ni soulagement, où l’accomplissement des désirs est déguisé.


Le conte de fées proposé au soignant par une femme enceinte projette le soulagement de tous les risques avec son aide, qui ne se contentera pas de proposer des façons de résoudre les problèmes, mais promet qu’une solution « heureuse » sera trouvée. La culture dominante veut faire comme si le côté sombre n’existait pas, normalisant, améliorant, niant ces pressions inconscientes que laissent souvent filtrer les rêves des femmes enceintes.


Pour être mère, il n’est pas que nécessaire de mettre un enfant au monde, il faut se sentir en sécurité avec soi-même, se sentir en lien avec une histoire familiale bienveillante, concevoir un enfant dans un contexte d’attente affective, dans un espoir de projet parental.


Comment est-ce possible pour les femmes qui ont subi l’inceste, qui continuent à douter… Quels contes de fées accompagnent ces femmes qui ont des rêves anxieux… Qui s’en aperçoit ?Le nombre de patientes en souffrance psychique ne diminue pas de nos consultations malgré les travaux et plans de prévention périnataux multiples... Et sans effet ? Il convient peut-être simplement d’être plus vigilant et d’avoir en tête quelques indicateurs de risque pointant ces glissements vers un mal-être parents-enfants. Les auteurs faisant état d’une recherche de diagnostic attentive lors des grossesses des femmes ne sont pas très nombreux.


L’abus sexuel, intrafamilial
L’inceste est défini comme des relations sexuelles entre personnes dont le degré de parenté interdit le mariage. Il toucherait près de 2 millions de personnes en France.
La première agression survient à un âge plus précoce que dans le cas d’une agression extra-familiale, sa durée est plus longue, avec un fort niveau de traumatisme (complexe), moins d’usage de force physique, mais plus d’injonctions fermes à ne pas révéler l’agression. Il y a un secret qui s’impose aux membres de ces familles et qui plombe la victime qui estime ne plus avoir de recours (9) (16).


L’abus sexuel intrafamilial est un événement qui se mue souvent en traumatisme complexe. Ainsi, à partir des années 1990, les recherches sur les traumatismes se développent de façon considérable et, en conséquence, celles sur les traumatismes liés aux violences sexuelles subies dans l’enfance (13) (14).
S’impose aussi la notion (20) « d’état de stress extrême non spécifié : disorder of extreme stress not otherwise specifed » (Desnos), qui induit des troubles dissociatifs et une modification profonde de l’individu victime.


Il faut s’engager dans les neurosciences pour comprendre le mécanisme dévastateur de ces troubles. Une violence à laquelle on ne peut pas échapper crée un stress extrême et une forte réponse émotionnelle qui entraîne un risque vital cardiovasculaire et neurologique par « survoltage ». Pour arrêter ce risque fonctionnel, le circuit neuronal disjoncte automatiquement grâce à la sécrétion de drogues dures sécrétées par le cerveau (endorphines à hautes doses et drogues kétamine-like).

Cette déconnexion « éteint » la réponse émotionnelle et entraîne une anesthésie psychique et physique, un état dissociatif (conscience altérée, dépersonnalisation, être spectateur de soi-même) et des troubles de la mémoire, dont une mémoire traumatique : « hypersensibilité émotionnelle », piégée, isolée par la déconnexion qui n’a pas été intégrée, prête à exploser à l’occasion de toute situation rappelant les violences, en réenclenchant la même terreur, la même détresse, les mêmes sensations, de façon incompréhensible quand on ne connaît pas ce phénomène.


La vie devient alors un terrain miné, et pour éviter de déclencher l’explosion de cette sensibilité émotionnelle, s’installent les conduites d’évitements. Lorsque celles-ci ne suffisent plus, seules des conduites « d’auto-traitement dissociantes » vont pouvoir entraîner la disjonction du circuit émotionnel en augmentant le niveau de stress, ce qui va provoquer une anesthésie affective et physique, une dissociation et calmer l’angoisse, mais va recharger la mémoire traumatique et créer une dépendance aux drogues dures sécrétées par le cerveau (18).


Les principaux signes retrouvés à l’âge adulte à un état de stress extrême non spécifié sont des difficultés relationnelles (incapacité à faire confiance aux autres, agressivité, répétition des éléments traumatiques dans les relations actuelles), des passages à l’acte hétéro agressifs et sexuels, des comportements automutilatoires, des idéations suicidaires, des prises de risque excessives, l’absence d’estime de soi, une forte culpabilité (sur des attitudes inappropriées qui auraient pu encourager l’agresseur ou auraient dû faire échouer et empêcher l'agression), de la honte, une tendance à idéaliser l’agresseur, des conduites de revictimation, des troubles somatoformes et des troubles addictifs (9). Les événements traumatiques répétés sont parfois source de troubles de la personnalité, de type états limites ou « borderline », dus à des frustrations extrêmement précoces.


La conception de l’enfant
Il ne fait plus aucun doute que la maternité peut raviver le traumatisme de l’inceste, imprégnant alors tout le maternage. On peut mettre en évidence un état de mal-être pendant la grossesse. Des peurs, des doutes, des réticences, des souffrances psychologiques qui amènent les femmes, parfois, à adopter des comportements à risques comme des troubles du comportement alimentaire, des conduites addictives ou des excès de violence, pouvant mettre en danger leur vie et celle de leur bébé (1).


Concernant l’accouchement, il s’agit surtout de répercussions psychologiques qui donnent lieu à des peurs, des angoisses, des souffrances notamment par rapport à l’accouchement par voie basse. Et puis il y a le post-partum avec des échanges perturbés entre la mère et l’enfant par la peur de risquer un abus, catalyseur libérant cette sensibilité émotionnelle exacerbée. Nous le verrons, la sexualité du couple, qui pouvait déjà avant dysfonctionner bien naturellement à cause des traumatismes vécus, peine à chercher un nouvel équilibre.


Au vu des répercussions que l’inceste pourrait avoir pendant ces périodes de la grossesse et de l’accouchement, et en analysant les témoignages de ces femmes victimes (1), il serait judicieux de pouvoir dépister ces femmes et de mettre en place une prise en charge adaptée. Le dépistage devrait être le plus précoce possible. Si ce n’est pas le cas, des troubles dépressifs peuvent apparaître et provoquer le rejet ou la maltraitance du bébé. La prise en charge doit correspondre à leur volonté, à leurs attentes, et leur apporter aide et accompagnement.

Mais pour que ce dépistage et cet accompagnement puissent être mis en place, il faudrait que les personnels de santé, qui ont en charge ces patientes pendant cette période, puissent être sensibilisés, formés ou au moins suffisamment informés sur ce sujet.
De plus, ce qui ne facilite pas le diagnostic, cette souffrance reste silencieuse la plupart du temps, car elle est vécue dans la honte, la culpabilité et la colère… dans le déni ou l’oubli.Les symptômes d’alerte… pour déjouer le déni ?


Quand l’enfant ne vient pas
Le traumatisme de l’inceste pourra peut-être empêcher la conception d’un enfant. Les troubles du comportement alimentaire jouent un rôle primordial dans la fertilité : 50 % des anorexiques et 75 % des boulimiques interrogés font état d’agressions sexuelles dont ils auraient été victimes dans leur enfance. On peut consulter le site : www.lousonna.ch/psycho/anorexie/index.html


Violences conjugales
Chez les femmes ayant vécu l’inceste, la tendance à être à nouveau victime est bien connue, on retrouve de la violence dans les couples (11). Ayant toujours été traitées en objet que l’on prétend aimer, et malgré l’hyper vigilance dont elles peuvent faire preuve, elles se retrouvent parfois tout naturellement intimes avec un homme présentant le profil de l’agresseur, ne sachant plus ou refusant de voir ce qui leur arrive, elles acceptent de souffrir comme toujours.


La femme enceinte seule
Les femmes victimes choisissent parfois inconsciemment ou volontairement (par impossibilité de faire confiance) de faire un enfant avec un homme qui ne restera pas, de faire un enfant « sans père ».« C’est à la fois une histoire d’amour entre l’enfant et sa mère, et une façon de rester en vie grâce à cette responsabilité future, et pour certaines de ne pas être sur le qui-vive chaque jour et chaque nuit, le père étant vu comme une menace » (1).


Une demande d’insémination à l’étranger, voire d’adoption lorsque notre patiente se déclare seule, associée à de la souffrance (somatique ou autre), mérite toute notre attention.Elle peut encore survenir au cours d’une sexualité anarchique avec changements fréquents de partenaires… sans protection.


Les jeunes adolescentes enceintes de moins de 15 ans
Comme si elles avaient nié leur possibilité fécondante, une façon de dénoncer l’inceste indicible, elles vont négliger leur grossesse… la relation avec leur enfant sera perturbée.
Des antécédents particuliers associés, mutilations (scarifications), prostitution, drogue-alcool, etc. (une recherche incessante de nouvelles solutions pour échapper à tout prix à la confrontation avec leur vérité) peuvent manquer.


L’IVG
Cet acte n’est jamais anodin, et le fait pour la loi de ne pas rendre indispensable la consultation préalable, afin d’éviter l’intrusion dans le choix, est une façon déguisée d’abandonner la femme dans l’élaboration de sa décision, en faisant l’économie de sa problématique, qui se joue alors sans nous. Dans le cas de la femme ayant vécu l’inceste, cette décision est souvent liée à une peur panique, où la victime se sent dans l’incapacité de devenir mère, tant elle a déjà du mal à s’occuper d’elle. Il y a plus qu’une alerte dans le fait qu’elle n’ait pas d’issue sans pouvoir comprendre vraiment pourquoi. Une demande d’IVG chez une jeune fille accompagnée de son père ou son beau-père peut évoquer l’inceste ?


La fausse couche
Nous devons nous méfier lorsque l’échographie impose dans sa brutale certitude une grossesse arrêtée. Pas rare et simple pour le soignant de faire cette découverte, mais chargée de sens pour cette femme, d’un sens qui nous échappe la plupart du temps, gênés que nous sommes de sortir « du conte de fées » habituel. Cette grossesse arrêtée, cette fausse couche, peut être vécue comme une punition… pour avoir vécu l’inceste (sa culpabilité est immense de penser, qu’enfant, elle a eu des attitudes inappropriées, soit qui auraient pu encourager l’agresseur, soit pu faire échouer l’agression, ou l’empêcher… ou avoir eu du plaisir). Il y a des mots qui peuvent accompagner cela, à entendre, et des souffrances psychiques inhabituelles (dépression), à ne pas négliger.


Le sexe de l'enfant
L’échographie de la 22e semaine est un moment à risque de grande détresse, l’avenir de l'enfant ne se joue pas qu’au niveau des images qu’il nous montre de lui, avec cette bipolarité redoutée, normalité-anomalies, mais au niveau du diagnostic tant attendu de son sexe. Il est alors utile pour le soignant de ne pas ignorer ce qui se joue autour de lui et au niveau du couple. Il y a des mots, des silences, le langage non verbal de ces visages inquiets ou « inexpressifs ». Prendre alors un temps de parole pour comprendre ce qui se passe autour du sexe de cet enfant, est bienvenu pour ces femmes. La crainte d’attendre une fille est toujours forte, le garçon rassure la femme car il sera moins en danger (1). Il y a des variantes, les sujets d’anxiété de ces femmes (… de ces hommes abusés) sont sans limite.


Le déni de grossesse
L’enfant peut être nié dans son corps, il peut être impossible d’accepter de porter un enfant dans son corps lorsqu’on a été violé dans l’enfance.L’inconcevable devient évidence lors des perceptions des mouvements de l’enfant, du 5e mois à quelques jours avant la grossesse, ou quand surviennent seulement les contractions de l’accouchement… avant il n’y avait rien de notable pour cette femme « chargée d’angoisse, dans l’anesthésie de son corps », n’ayant qu’une prise de poids faible et un ventre « effacé » par une posture adaptée inconsciente.


Le déni de grossesse peut avoir des conséquences catastrophiques : mise en danger du fœtus ou de la mère elle-même, infanticide, abandon, dépression… (11).
Nous savons prendre en charge, remarquablement, les femmes qui se présentent devant le praticien tardivement pendant la grossesse, les examens se succèdent pour rattraper le temps perdu dans la surveillance obstétricale, mais peu de chose est fait pour en comprendre la raison alors que le symptôme est parfois criant.


La peur de l’accouchement
Un constat : depuis quelques années, la désertification du paysage obstétrical atteint des régions entières où il faut faire des dizaines, voire des centaines de kilomètres dans les régions montagneuses pour aller mettre son enfant au monde, les taux d’intervention obstétricale ont atteint des chiffres vertigineux, à croire que dans les pays industrialisés les femmes ont perdu la compétence à mettre leurs enfants au monde.

Les gains en terme de périnatalogie sont plus que modestes et la France régresse même dans le classement en fonction de certains indicateurs. « Les réflexions sur le thème de la naissance raisonnée comme un fait humain, personnel et social, sont qualifiées de dangereuses et rétrogrades utopies » (19). Les médecins, sommés de répondre aux critères de rentabilité de la santé, pratiquent une obstétrique défensive, médico-légale, qui augmente encore l’activisme interventionniste.


L’accouchement est présenté, et donc vécu par les femmes comme « à risques », alors qu’il ne s’agit, pour la grande majorité de femmes, que d’un acte physiologique naturel à accompagner. Qu’en est-il des projets de « maisons de naissance » accolées aux grosses maternités d’aujourd'hui, par sécurité, où l’accompagnement par des sages-femmes sensibles à un accouchement personnalisé permettrait aux femmes de faire des choix.


Quand il s’agit de grossesses à risques, des services spécialisés entassent ces femmes dans un débordement de tâches médicales nécessaires et urgentes, sans avoir le temps pour les soignants de se préoccuper de ce qu’elles peuvent vivre, sinon la peur d’un accident que l’on cherche a éviter, ce qui est censé les rassurer !
Le « bon docteur » devient comme le héros des contes de fées racontés, cette fois aux femmes, quand se met en place la relation médicale, si cette première rencontre répond à leur attente…

Cela n’a strictement rien à voir avec ses compétences, que le patient est bien en peine de pouvoir apprécier. La base de cette relation est ailleurs, dans cette sympathie naturelle et cette implication qui entraîne confiance et sécurité, parfois elle se fonde sur une compétence reconnue et titrée, dans un centre hospitalier où l’empathie peut être devenue facultative.


La peur « panique » de l’accouchement est une phobie trop méconnue des soignants.Elle peut être primaire et précède le premier accouchement, remonte à l’adolescence, les rapports sexuels peuvent être normaux, mais la contraception est excessivement scrupuleuse, mélangeant plusieurs méthodes (signe d’appel) en raison d’une peur panique de la grossesse et de l’accouchement. Elles en parlent assez facilement lorsqu’on les interroge, mais on n’y prête que peu d’importance tant l’impression que « cela va passer avec le temps » est une évidence, pourtant fallacieuse, mais évitant le problème.


La peur panique peut être secondaire à un accouchement difficile, avec la peur de mourir, perdre son bébé, ou d’avoir vécu une douleur traumatisante, en incapacité de bouger ou se défendre, donne l’impression de revivre une violence connue. Pour avoir entendu ces mêmes femmes parler ensuite de leur accouchement difficile ou angoissant, prétendre  qu’on ne les a pas ou à peine averti du problème qui se posait pendant et parfois même quelques jours après (et c’est de plus en plus souvent vrai, par manque de temps et à cause des rotations de personnel), il faut faire un travail d’écoute.

D’humbles explications en suites de couches seront utiles pour éviter qu’elles se culpabilisent encore une fois de plus (mauvaise mère qui n’a su accoucher !). Ces peurs paniques précédent ou accompagnent un syndrome dépressif ou l’anxiété est majeure.Elles peuvent constituer un signe d’appel puissant d’antécédents de violences pendant l’enfance. Ces mêmes femmes réclament avec force une césarienne au début de leur deuxième grossesse, ce qui n’est pas sans poser un problème à l’accoucheur devant toute absence d’indication précise, s’il ne comprend rien de cette peur, encore moins de son mécanisme.


Les soins au bébé
Ils entraînent un désarroi intense, « lui donner le sein, voir son enfant nu, le laver, le toucher, changer sa couche, peut la persuader qu’il s’agit d’un acte incestueux » (1), qui peut l’entraîner par la lourdeur de la tâche qui s'impose à elle dans une dépression. La mère a honte et se cache, ne demandant pas souvent de l’aide, se considérant perverse, elle ne peut échanger, le personnel sent bien qu’il y a une difficulté mais peut être repoussé pour éviter un jugement, c’est de nouveau l’abandon d’un soutien.Entendre une demande d’aide, proposer son aide ne peut se faire que si on a en tête, « comme une obsession », la conscience que ces violences ressurgissent douloureusement avec la grossesse et l’accouchement.


En suites de couches tardives
Une hyper vigilance envers son entourage rend la femme, mais aussi l’homme abusé méfiant (les hommes ayant subi l’inceste ne sont pas rares, mais quelle place accordons-nous à l’homme lors de la grossesse de sa femme ? Comment pourrions-nous dépister et aider s’il est aussi transparent pour les soignants ?). Il faudra qu’ils puissent contrôler progressivement cette méfiance pour permettre l’autonomie de leur enfant, la tâche reste ardue et… périlleuse (16).


Alors, on pourra parler d’une sortie du déni par la grossesse.Il est d’autant plus déstabilisant quand il arrive sans prévenir durant la grossesse, pendant l’accouchement ou peu de temps après. La sortie du déni reste douloureuse, peut entraîner la dépression alors que l’on vit l’un des moments les plus heureux de notre vie. Acquérir le statut nouveau de parent fait tout « remonter », comme disent de nombreuses victimes (8) (1). Il est de ce fait difficile d’être une mère sereine.


Etre attentif, avoir connaissance de ces signes d’appels multiples quand on est praticien de la grossesse, poser des questions, interroger sur une « quelconque violence sexuelle pendant l’enfance, ne pas écarter ce diagnostic aussi simplement si la réponse est négative car le déni ou l’oubli n’est pas rare. En cas de dévoilement, pouvoir évoquer la répercussion de l’inceste sur la future parentalité de la victime serait tout bonnement lui apporter l’aide qu’elle est en droit d’attendre de nous. Quel gain de temps ce serait : pour le père, la mère mais aussi pour l’enfant à venir !Il est vital pour les soignants de « parler ».


Mais il y a alors deux réflexions paralysantes qui nous étreignent :

Il faut faire la « distinction jamais facile entre des signes d’alarme éventuels et une pathologie avérée » et on peut même vite passer« de la prévention à la maltraitance institutionnelle en étant suspicieux et peu empathique » (11).Alors comment faire sinon demander l’avis du psychologue, l’avis d’un sexologue en la matière n’étant jusqu’à présent que rarement envisagé.


En cas de troubles psychiques sévères, le recours au psychiatre et aux médicaments est nécessaire. Bien sûr, le reste du temps notre accompagnement doit s’exercer préalablement pour plusieurs raisons : l’empathie et l’implication dont nous avons fait preuve en surveillant cette grossesse nous restent utiles pour qu’il puisse y avoir un dévoilement ou une reconnaissance de la violence passée : le « bon docteur » des contes de fées gagne alors sa place.


En cas de violence connue et avouée, notre rôle est de parler de ces difficultés qui l’attendent pour commencer à déminer le terrain de la souffrance.Quand pour la première fois les victimes d’abus sexuels évoquent leurs antécédents, les adresser sans attendre au psychologue va provoquer des réactions de méfiance de leur part, elles disent se sentir abandonnées, elles pensent qu’on ne les croit pas (assimilant la proposition de psychothérapie de la part du médecin comme une vérification de l’authenticité de ce qu’elles disent). Elles peuvent enfin vouloir prendre du temps avant d’accepter le lien entre leurs symptômes et l’abus sexuel (refus de la souffrance provoquée par la réémergence de l’abus qu’elles ont passé tant d’années à essayer d’oublier).


Etre un témoin lucide permet à nos patientes d’accepter leurs émotions, comprendre leur intensité et les transformer en sentiments conscients, qui vont laisser de nouvelles traces mémorielles, préparant une thérapie. Deux questions se posent alors : le recours au sexologue, quand la plainte est faite de dysfonction sexuelle, intervient-il à n’importe laquelle des étapes de la périnatalité ? Pourquoi un soignant de la maternité, qui en a la compétence, ne serait pas capable d’évoquer avec une patiente, devant l’addition des symptômes, ses difficultés sexuelles en couple ? On peut « parler de choses compliquées avec des mots simples », lorsque l’alliance thérapeutique est engagée. Cela pourrait compléter le tableau symptomatique et il est utile de s’y attarder.


La vie sexuelle peut être normale
Le dialogue de la femme (ou de l’homme) avec son corps peut redevenir normal, malgré la violence sexuelle de l’inceste.
En tant que professionnels, nous ne voyons que ceux qui vont mal, pas ceux qui ont réussi à dépasser leur problème et qui n’ont pas besoin de nous. Lorsqu’il nous arrive d’entendre les récits de ces femmes, moralisateurs, féministes ou subjectifs, nous pouvons ne pas admettre ni la violence révoltante et encore moins la possibilité d’une récupération ou d’un bien-être sexuel.

La violence sexuelle est « spectaculaire », mais elle affecte moins que la carence affective insidieuse qui est associée à l’inceste et… elle affecte moins que la réaction négative de l’entourage qui peut survenir lors du dévoilement.
Mais malgré une vie sexuelle qui peut être normale, on assiste à des réactivations, si bien que près des deux tiers des patientes se plaignent de dysfonctions sexuelles, dues à des reviviscences du traumatisme pendant les relations sexuelles.


Quand la sexualité va mal
La sexualité est marquée par la peur et la violence, l’hyper contrôle et l’hyper vigilance rendent alors tout abandon impossible et vont jusqu’à engendrer de l’agressivité.L’agressivité à la place de l’intimité !


Les conduites à risque en sont un exemple, pour soi, avec des fugues (adolescence), une sexualité compulsive avec prise de risques sexuels, des IVG et des grossesses jeunes…Il peut aussi y avoir des risques pour les autres, des délits, agressions…


Le désir peut être ressenti comme dangereux, avec une phobie du rapport sexuel associant un manque de confiance vis-à-vis du partenaire pour ne plus risquer le scénario de l’abus.On soustrait alors le corps au désir de l’autre, soit par des habits trop larges ou informes cachant le corps, soit en perdant du poids pour obtenir un corps sans forme, ou encore en ayant un comportement agressif et non féminin. Le désir remplacé par le dégoût et sa suite, la souillure, la honte et la culpabilité, la femme ne pouvant pas aimer son corps.


La dépression, avec son engourdissement sensoriel, son comportement de fuite et d’évitement, supprime généralement le désir.L’excitation est contrariée : des zones touchées par l’agresseur sont devenues insensibles, ou au contraire des zones cibles génératrices de flashbacks. Il y a la mémoire d’odeurs insupportables, de sons, d’un goût…
Il y a aussi l’anticipation de la douleur (terrible, déjà vécue) qui bloque avec la honte la congestion et l’acceptation de la pénétration…


Le plaisir
Il peut être absent avec un corps qui souffre fréquemment de nombreuses somatisations (problèmes génitaux urinaires, douleurs pelviennes, colites spasmodiques…). Un corps qui souffre et qui ne peut éprouver de plaisir.
Et quand il y a du plaisir, il se paie avec de la douleur tant la culpabilité peut être lourde (dyspareunies, vaginites récidivantes, vulvodynies…). La douleur plonge dans l’anxiété et réactive la violence vécue.Le plaisir peut encore être angoissant, l’orgasme signifiant la perte de la maîtrise (déjà perdue) et de nouveaux dangers à venir.


Avec le partenaire
-       D’un côté, céder une fois de plus pour le plaisir de l’autre en se retrouvant dans le rôle de la victime place aussi le partenaire dans le rôle de l’agresseur sans qu’il en soit vraiment conscient. Les réactivations sont alors fréquentes.
-       De l’autre,fuir en entretenant des relations conflictuelles voire violentes avec le conjoint, en consommant des produits psychoaffectifs avant les rapports (alcool et surtout cannabis), avoir des partenaires multiples ou des préférences homosexuelles secondaires ou intermittentes.


En conclusion


 

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Se laisser séduire, permettre de se laisser toucher.Parole de Sexologue, Véronique LOVENS Sexologue Paris

Se laisser séduire
Permettre de se laisser toucher.

 
Se laisser séduire ; permettre, se permettre de se laisser toucher. Touché par ce qu’il y a de touchant. Cela peut être : un morceau de musique, une peinture, une œuvre d’art, un paysage, un sourire, une personne…
Se laisser séduire, c’est laisser entrer un étranger que cela soit sous la forme d’une idée, d’une sensation, d’une impression, d’une personne… dans son espace à soi et aller à sa rencontre.
La séduction ; jeu qui peut se jouer à deux ou à plusieurs. Nous parlerons de cette approche à deux, nous allons tenter d’aborder la question.
 
 

Illustration : Any Kash
Terres et encre de Chine sur canevas, 2010

 
 
«La séduction ; illusion ou réalité ?»
 
Le séducteur/ la séductrice va laisser à montrer une part de ce qu’il est ou souhaiterait être. Une part de ce qu’il peut, de ce qu’il veut ou voudrait offrir à l’autre. Croire à ses avances à tort ou à raison, habituellement le temps et le vécu préciseront s’il s’agit d’une illusion ou d’une réalité.

Lorsque l’on parle de séduction la notion de jeu y est omni- prégnante. Ce jeu est non-imposé, il est proposé. Dans le cas contraire lorsqu’il est imposé on ne parlera plus de séduction.

Souvent l’acceptation de ce « jeu » des charmes se fera par divertissement, l’entrée en matière par le séducteur/ la séductrice se fera de façon légère ce qui généralement sera le premier élément qui entraînera l’adhésion du séduit à se laisser aller dans ce divertissement récréatif.

Se laisser séduire peut être dû au hasard, hasard de la rencontre avec le charmant, mais aussi suite à l’appât donné à voir par le séducteur ou la séductrice.
 

 
 

«Douce est la séduction ! Ces sensations et émotions vont ouvrir la voie de l’imaginaire»

Que se laisser séduire peut-être doux !

Que l’on soit homme ou femme il reste plaisant de se laisser « appâter », se sentir validé dans un statut d’importance, d’attirant, d’intérêt par celui ou celle qui séduit. Dans cet état le séducteur crée chez sa « victime » une illusion du « tout possible ». Il n’y a dans le début de cette rencontre que du potentiellement faisable, le séducteur/ la séductrice offrant toutes les promesses dans l’instant.

Ces sensations et émotions vont ouvrir la voie de l’imaginaire. Dans cette chimère le séducteur est en tous points à la merci du séduit, tout en étant entièrement orienté vers celui pour lequel il a démontré son intérêt et pour lequel il a manifesté attentions et actions. Le séducteur est idéalisé comme pouvant combler tous les manques, toutes les attentes de celui qui est séduit.

Le vide n’existe plus, il n’y en a plus. Une sensation de complétude est éveillée et rêvée, elle est ressentie dans cet espace crée ! La saveur est dans l’imaginaire mais cette saveur qui accompagne les pensées va conditionner l’envie d’y retourner.
 
 
«Où est ce jeu de séduction dans le quotidien du couple ?»
 
 
Et qu’en est-il de la place de ce jeu de séduction dans le quotidien du couple ?
Quelles sont les chances du « petit mari », de la « bonne épouse » en regard du séducteur/ la séductrice qui lui offre une histoire d’inédit en marge d’un quotidien connu et répété, une histoire sous la joute de l’interdit qui par là même va en pimenter le/les scénarios possible(s) et que l’on sait par essence passagère donc s’inscrivant dans une intensité du présent.
 
L’idée du jeu dont la définition nous précise ceci « Une action non imposée, à laquelle on s’adonne pour se divertir et en  tirer un plaisir » Petit Larousse, 2010 C’est probablement un concept à cultiver dans les couples aux fins de garder la séduction entre les partenaires.
 
 
«Les femmes désirent, les hommes revendiquent»
 
Les femmes réclameront souvent des maris qui les désirent et non un homme qui « réclame » un dû. Un mari qui les charme qui à l’instar du séducteur saurait les toucher là ou elle vibre, qui saurait leur rendre même pour un instant l’image qu’il n’attendait qu’elle et que seule elle, peut de cette manière ouvrir les portes de la volupté.

Pour les hommes, ils aborderaient bien des revendications où quantité et qualité dans la relation sexuelle sont recherchées. Qualité de la femme amante qui saura susciter le désir en exhibant avec finesse et légèreté son envie de plaisir charnel, qui saura le laisser arriver vers elle, qui lui donnera le pouvoir à cet homme de l’emmener vers et dans la luxure où elle s’adonnera et s’y abandonnera.
 
 
«Un homme qui prend une femme»
 
Et pour terminer une réflexion sur l’acte sexuel proposée par Jean Peyranne Médecin- Sexologue «  Faire l’amour (ou le sexe), c’est fort, c’est violent, c’est un homme qui prend une femme qui se livre, un homme qui désire une femme qui s’offre, un homme qui s’enfonce au creux de son ventre et se perd en elle, femme et fièvre faites femme, qui se fait et se défait et s’abandonne… » Revue Sexualités Humaines n°8 p 32



Véronique LOVENS Sexologue à Paris


Par Véronique LOVENS, Maître-assistant, Sexologue, Sexothérapeute à Paris et Liège
www.sexotherapeute-sexotherapie.com

 

Les jeunes et la prise de Viagra. Puissance et compétence sexuelle masculine. Sexualité aujourd'hui, par Veronique LOVENS Sexologue à Paris et à Liège

viagra«Assumer ce qui est communément appelé une relation sexuelle»
 
L’une, la compétence va souvent demander l’autre, la puissance sexuelle pour être réalisée.
Avoir une érection, pouvoir assurer une pénétration et vivre une éjaculation est ce qui est requis chez le garçon pour assumer ce qui est communément appelé une relation sexuelle. C’est ce que l’on nomme la puissance sexuelle masculine.
Dans la découverte de son organe sexuel le jeune garçon expérimente tout d’abord la présence de cette érection, puis la découverte de l’éjaculation, tout ceci se réalisant dans l’intimité de l’aventure de son corps sexué.
Lorsqu’il va être amené à une rencontre sexuelle, un élément va alors devoir être « assumé » qui est dans le chef de l’homme : la pénétration. Cette dimension requière la présence d’une érection suffisante pour assurer celle-ci.
Nous sommes devant une « expérience », expérience tant physique, que narcissique, qu’émotionnelle. Dès lors il n’est pas rare de voir poindre des craintes. Crainte de ne pas se voir à la hauteur de ce qui est attendu, crainte de sa propre image d’homme,…
 
 
« 1ères relations sexuelles, un rite de passage... »
 
 
Souvent chez les ados, le premier acte sexuel est vécu comme un « rite de passage ». Passage vers le monde des adultes. Cela aura donc des conséquences sur l’individu lorsque cette relation sexuelle ne sait pas se réaliser comme attendu.
Ce qui va amener certains à demander ou à rechercher à se procurer ces petites pilules bleues qui vont agir comme une « assurance » à cette performance.
 
Une fois les premiers ébats passés, la pression sur sa capacité à être puissant sexuellement est moins forte car expérimentée. Ce paramètre va donner plus d’espace à notre jeune premier pour trouver spontanément la confiance dans ses propres moyens. Cependant alors que la prescription de ce style de médicament peut parfois aider à dépasser l’angoisse de 1ère fois il ne faudrait pas que s’installe une dépendance par rapport à cette molécule. Dans ce scénario cela demandera alors à être accompagné.
 
 
«Une fois le stress des 1ères fois passé, la voie vers le développement des compétences sexuelles est ouverte»
 
 
Souvent passé le stress des 1 ères fois, si une relation émotionnelle et de tendresse s’est installée entre le jeune homme et sa ou son partenaire, la crainte par rapport aux performances diminue et ouvre la voie vers le développement de compétences sexuelles. Celles-ci sous entendent les qualités érotiques du jeune homme envers sa/son partenaire. Sa capacité à s’harmoniser avec l’autre, à aller à la découverte tant de ses propres sensations ressenties que données, de s’y laisser aller, de s’y abandonner. On retrouvera également cette capacité à donner sa confiance à l’autre qui permettra d’être mené, d’être emmené.
 
Nous passons d’un doute sur ses propres capacités physiques dans un premier temps à un doute de confiance. Confiance à se laisser aller, à lâcher prise, à suivre ses propres sensations, confiance encore accordée à l’autre. Dans ce cas-ci le viagra n’aura aucune action.
 
Le viagra aidera l’individu à obtenir une qualité érectile qui va le conforter dans la confiance de ses capacités physiques et par voie de conséquence dans son estime de soi. Ceci permettant à sa puissance masculine de s’exprimer et de se vivre. Ceci étant la voie de la compétence sexuelle est alors accessible à l’exploration.
A priori le recours à cette prescription ne doit pas être systématiquement refusée mais demande à être évaluée au cas par cas et peut aider certains jeunes à dédramatiser voire dépasser les pressions et ses conséquences néfastes sur les premières fois.
 
 
Véronique LOVENS, Maître-Assistant, Sexologue Clinicienne à Parisveronique lovens sexologue paris

www.sexologue-sexotherapeute.com





 

Sensorialité et sexualité en devenant père. Revue Sexualités Humaines 10. Geneviève WROBEL

Par Geneviève Wrobel
L’expérience de la psychologue clinicienne et psychanalyste spécialisée en maternité, et au travers des « groupes de paroles », nous permet d’entrer dans le monde des pères…
 
sensorialite sexualiteIntroduction
Pendant des siècles les jeux étaient faits d’avance. « L’ordre sexuel (…) et l’ordre patriarcal façonnaient les collectivités et les individus dans leurs doctrines et leurs pensées » (1) et réservaient à la femme passivité et sensorialité dont la société masculine devait surtout libérer l’enfant. A l’homme étaient dévolues l’activité et l’ouverture au monde de la spiritualité. Les progrès scientifiques et médicaux ont modifié les représentations du corps souffrant, du corps en vie et du corps mort, de la sexualité par la disjonction entre sexualité de reproduction et sexualité de récréation. Les découvertes de Freud sur l’inconscient et la sexualité infantile, bouleversant les notions d’activité et passivité, d’un au-delà du sexe biologique et de l’intrication vie et mort par le jeu des pulsions, ont largement contribué au changement du rapport de l’individu à son corps.
Les portes des lieux de naissance se sont ouvertes aux futurs pères d’abord, aux psychanalystes ensuite. Les uns furent invités à accompagner leur conjointe aux consultations, aux échographies et pendant l’accouchement. Les autres ont commencé à écouter ce qui agitait les premiers. Des phénomènes complexes d’origine socioculturelle ont poussé les pères, de plus en plus nombreux, à participer-assister au « déroulement des opérations », selon leur expression, qui entourent la naissance. Mes propres interrogations sur leur présence assidue -parfois omniprésence - se sont conjuguées à leur demande d’une « préparation à accompagner » pour aboutir à la création d’un groupe de pères. En effet, ils évoquaient leur difficulté à parler à leurs proches ou amis de leurs émois, de leurs craintes, de leurs angoisses, de leurs fantasmes. Tabou disaient certains, honte ou pudeur formulaient d’autres, ils se sentaient assignés au silence jusqu’à la création d’un espace de parole désigné comme tel. Le choix de ces mots « tabou, honte ou pudeur » ne renvoie-t-il pas à la sexualité et à l’indicible des fantasmes arrimés à un corps pris à parti quand le réel du corps de la femme s’impose à leur regard dans le temps de la grossesse et de l’accouchement ?
 
1 - Le temps de l’attente
« Voué aux caresses de surface, il se contente d’écouter attentivement les nouvelles des profondeurs. »(2)
Entre sentir et ressentir
Le discours des pères laisse entendre un projet de maîtrise des événements alors qu’ils évoquent ce qui, dès l’origine, leur échappe. Ils se vivent parfois comme absentés de la conception de l’enfant car il leur manque le savoir qu’ils ont fabriqué un enfant. Vient l’annonce de la grossesse. Le flou demeure sur l’union décisive, même quand l’échographie semble leur offrir, a posteriori, une date exacte. La majorité des pères parle de la grossesse comme d’un événement privilégié pour la femme, sans se sentir exclus pour autant. Mais la suite de leur discours vient démentir cette affirmation, quand ils font de leur présence à l’accouchement, la continuité de l’acte procréateur.
L’idée de sortir le temps de la grossesse des « parenthèses » qui les laissent sur la touche, contribue à leur présence assidue aux consultations prénatales et aux échographies. Ils se demandent quel est l’effet produit par les mouvements du fœtus, et souvent ils aimeraient les ressentir. A défaut de sentir l’enfant bouger en eux, ils construisent des scénarii, pour certains via l’haptonomie, au cœur desquels l’enfant bouge et répond à leur voix, leurs appels, la chaleur de leurs mains. Ils s’imaginent, plus tard, le porter en kangourou pour ressentir quelque chose de similaire. Pour sortir de cette exclusion, ils accompagnent le suivi de la femme, et surtout investissent le champ de la sensorialité. Ils disent communiquer avec l’enfant, à leur manière, ils lui parlent, ils le calment, ils le font bouger… et l’enfant leur répond. Tout en parlant, ils forment avec leurs mains un creux qui évoque le creux maternel. Ils font entendre leur voix à l’enfant, ils l’appellent, ils le font venir à eux.
« Je l’appelle, je parle avec lui. Comme d’habitude il bouge. Parfois même je dis son prénom. Il change beaucoup de position, il bouge beaucoup et fait mal à sa maman. J’essaie de le caresser, de lui dire qu’il se calme et qu’il dorme. Après, je vérifie et je sens qu’il dort vraiment, voilà ! Je sens qu’il y a un lien entre lui et moi. Aussi, quand on allume la radio ou la télévision trop fort, il réagit au bruit. Il n’aime pas le bruit. Parfois j’ai les mains froides, si je les pose sur le ventre de ma compagne, alors il réagit d’un seul coup, il ressent la fraîcheur. Je sais qu’il ressent ! »
 
Masculin / féminin
« Le père, ce n’est pas le père romain d’autrefois. Toute paternité était volontaire ; on était père si on le voulait, toute paternité était adoptive. C’est fini ; on reçoit cette place vide de la parole d’une femme. (…) On l’occupe à sa manière. » (3)
Aujourd’hui l’homme occupe une place très différente de celle du passé. Son investissement pendant la grossesse et le partage dans les soins au nourrisson suscitent une sensorialité très précoce entre lui et l’enfant. Mais les hommes ne s’y trompent pas et, pour la plupart, ne revendiquent rien de similaire à la sensorialité mère-enfant. Ils savent que la gestation, l’accouchement et l’allaitement sont spécifiques à la femme et qu’ils ne l’expérimenteront jamais. Le même acte pratiqué par la femme ou par l’homme - donner un biberon, le changer, le bercer - est nommé maternage par l’une, paternage par l’autre. Interprétations maternelles et paternelles se confondent rarement. L’homme dit volontiers que son regard porté sur le nourrisson fait rire celui-ci, que ses mains le calment, le rassure, que sa voix le ravit. La femme dit plus facilement que l’enfant anticipe, en reconnaissant ses gestes, le moment de la tétée, qu’il lui sourit, qu’il s’agrippe et se blottit contre elle, qu’il reconnaît son odeur et sa voix.
« Quelqu’un entre nous »
Pendant la grossesse, l’homme rencontre une limite, celle qui ramène à la frontière entre intérieur et extérieur. Tout geste intrusif est banni et la sexualité éveille parfois les craintes. L’homme peut avoir peur d’atteindre l’enfant avec son pénis ou il aimerait que le médecin lui explique si l’intérieur du corps de la femme est bien cloisonné. Les fantasmes destructeurs œdipiens émergent et nous ramènent à la joute père-fils ou à l’abîme sans fond du corps maternel.
La relation duelle se modifie au sein du couple. La configuration la plus fréquente présente un rapproché attentionné de la part de l’homme et un éloignement sexuel. Sa manière de protéger mère et fœtus évoque l’expression de tendances maternelles, mais toujours empreintes de virilité. Alors que l’activité sexuelle du couple est soutenue par le potentiel de reproduction, la sexualité se trouve vécue tout autrement quand l’enfant s’annonce. La réalisation de l’acte sexuel peut devenir transgression « en présence de l’enfant ». Un homme écoute les autres parler des changements survenus depuis le début de la grossesse, au sein du couple. Il prend la parole ainsi : « Ma libido décline depuis le début de la grossesse. C’est comme s’il y avait quelqu’un entre nous, impossible d’oublier ce ventre. »
Comment ne pas penser alors au retour de l’infantile et à l’exclusion de la scène primitive ? L’enfant qu’il était ne peut voir. De plus, son désir désintriqué des composantes reproductrices l’autorise-t-il à la jouissance « pour rien » ?
Evoquons maintenant l’illusoire complétude de la femme enceinte. Fantasme au féminin ou au masculin ? La façon dont les futurs pères parlent du changement de leur conjointe pendant la grossesse demeure frappante : elle change physiquement, elle change aussi de comportement, elle est plus fatigable ou plus active, plus tendre ou plus irritable, moins nerveuse ou moins patiente… Bref, ils en parlent presque tous avec passion. Une aura particulière enveloppe celle qui vit une expérience aussi insaisissable pour eux ; image évocatrice s’il en est : ils n’osent « la rejoindre dans sa bulle ». Pour quelques-uns seulement, un sentiment proche de l’aversion transparaît, le plus souvent liée au ventre arrondi, comme si la femme s’était éclipsée derrière cet organe monstrueux. « J’aime les femmes rondes, mais là c’est différent. Seul le ventre est proéminent, c’est intrusif ! »
 
Ne pas ça voir
Le regard de l’homme est sollicité tout au long de la grossesse du fait des métamorphoses du corps de la femme. Il peut se sentir contraint à voir le ventre rond, excité de voir le contenu du ventre maternel à l’échographie, désireux de voir l’enfant naître, émerveillé de voir l’enfant sur le ventre de sa mère, parfois sidéré par le premier regard de l’enfant accroché à celui de sa mère, voire horrifié par la vision de l’enfant au sein. Certains témoignent du conflit interne par l’érection d’un écran. Pendant la grossesse, ils disent leur préférence pour les drapés d’étoffes fluides cachant les rondeurs indiscrètes. Ceux qui aiment les jeux vidéo soulignent l’accroissement du temps qu’ils passent devant leur écran. Il est possible de penser que l’engouement pour le jeu vient témoigner d’une activité solitaire en place de la sexualité du couple. Mais la dimension virtuelle du jeu, l’interposition de l’écran entre les personnages et eux-mêmes, et le fait qu’ils se trouvent simultanément dans et hors l’écran, un peu comme les spectateurs de leurs propres rêves, représentent probablement un moyen de se détourner de la réalité.
 


 
2 - Le temps de la naissance
« Il y a la secrète déchirure, la solitude singulière de celui qui va être père d’un instant à l’autre mais dont le souci ne parvient à s’accrocher à aucun de ces détails de l’apparence concrète qui rendent si précieux les êtres aimés. Le père voudrait voir vraiment quelqu’un, et ne pas tâtonner ainsi dans l’indécis. » (4)

Lsexualite du peree sexe du rêve
Certains hommes parlent clairement du conflit qui les agite face à l’obligation qu’ils ressentent d’être présents à l’accouchement. « Il faut » est l’expression qui revient le plus souvent : il faut assister à l’accouchement, il faut voir naître l’enfant qu’on a fait à deux, il faut voir ses premiers moments de vie. A l’inverse, d’aucuns expriment ne pas vouloir« voir le sexe s’ouvrir pour laisser passer l’enfant », car ils ont peur de« ne plus la désirer ensuite ». Ils ne regarderont pas et se tiendront à la tête de leur compagne. « Voir en face, pour deux, il n’y a probablement rien de plus violent. »
 L’un d’eux raconte qu’il ne voulait pas assister à l’accouchement. Il craignait pour sa sexualité. Il s’imaginait voir le sexe déformé de sa compagne. Il avait peur de garder cette image en tête. La nuit qui suivit une échographie à laquelle il « assistait », il fit un rêve : il « assistait » à la naissance de son enfant (enfant dont le couple n’avait pas souhaité connaître le sexe). Tout se passait « merveilleusement bien ». Au réveil, il « savait » qu’il serait présent en salle de naissance. Quelques jours plus tard, il raconte son rêve aux autres pères et leur dit que depuis ce rêve, il a la certitude qu’il peut assister à l’accouchement. Soudain, il s’aperçoit qu’il a oublié le sexe de l’enfant du rêve qu’il avait pourtant vu. Il n’en dit rien de plus. Au groupe suivant, il reparle de son rêve. Il ajoute qu’entre-temps, sa mère à qui il avait raconté son rêve, lui a rappelé que c’était d’une fille dont il avait parlé.
Qu’il puisse ainsi effacer la vision du sexe… de la femme, lui donne l’assurance qu’il peut assister à l’accouchement. Quand sa mère entre en scène pour lui rappeler ce qu’elle n’a pas oublié, c’est à la fois la lignée féminine qui fait irruption et l’idée que lui aussi est sorti du ventre d’une mère. Avait-il oublié le sexe qu’il avait vu en rêve ou voulait-il oublier ce savoir qu’il était né d’une femme ? Quant à l’échographie, elle avait donné corps à l’enfant. Lui avait-elle permis de briser l’identité épouse-mère qui le confrontait à une représentation incestueuse pour aller vers l’identité femme-fille qu’il pouvait médiatiser ?
Alors qu’il souhaitait assister à l’accouchement de son épouse, un homme s’inquiétait de ne pouvoir supporter la vue du sang. Il se représentait l’expulsion du placenta comme quelque chose d’insupportable. Les autres lui avaient signifié qu’il pouvait s’autoriser soit à sortir, soit à ne pas regarder, mais il lui semblait impossible d’éviter cette vision. Il « ne verrait pas venir le moment fatidique », donc il « verrait à son corps défendant ». Après la naissance de son enfant, il raconta comment l’installation du drap (champ opératoire) l’avait rassuré. Son regard ne s’était pas trouvé piégé de manière inattendue. Observer la scène aurait nécessité qu’il contourne ce champ. Il ne l’a pas fait.
 
La fonction des écrans
Ils peuvent assister à l’accouchement de leur compagne, cachés derrière la caméra ou l’appareil photographique. Ils se coupent ainsi de la scène. L’un d’eux utilise une caméra acquise pour la circonstance, et filme la naissance de son enfant. Lors d’une réunion, il évoque le prétexte du souvenir fabriqué hic et nunc. La suite de son discours laisse deviner l’effet protecteur de la caméra. L’instrument lui permet de sortir de la passivité et de se sentir à distance de l’événement. En montrant le film à ses proches, il répétera la situation. Alors en position de témoin actif, il proposera à celui qui regardera son film, d’occuper celle de spectateur passif. Lors de la même réunion, une jeune femme émet l’idée qu’un objectif figé devant le visage de son conjoint prend pour elle le sens d’un œil indiscret. Elle préfère l’écran invisible et naturel que représente la limite entre deux places possibles : celle de l’homme qui accompagne, le regard tourné vers le visage de sa compagne, et celle de l’homme qui regarde l’enfant sortir du sexe de la femme.
Les devenants pères sont fréquemment fascinés par le tracé du monitoring salvateur, qui rompt l’interminable du temps et désamorce leur angoisse. De même que les machines vectorisent les anxiétés, elles se font parfois le support du désir insatiable d’en savoir toujours plus. Certains cependant parlent de surtechnicisation. Au-delà de la réalité du déploiement parfois excessif des techniques, s’expriment simultanément leur désappointement d’enfant à l’égard des questions demeurées sans réponse et le débordement pulsionnel qui les guette. « On fait des actes et on n’explique rien, ça sonne de partout, on est inquiet. On guette le visage de la sage-femme pour lire s’il se passe quelque chose de grave. La technique a ses avantages, mais elle peut donner un caractère violent à la naissance quand tout pourrait se dérouler naturellement. »
 
« Un monde qui s’arrête »
D’autres futurs pères écartent d’emblée l’idée d’une crainte pour leur sexualité future ou de la violence inhérente à la vision de l’accouchement. Leurs arguments tiennent au naturel de la situation qu’il n’y a pas lieu d’ignorer ou au caractère désexualisé que l’événement naissance confère au corps de la femme.
Un père exprime ainsi le moment de la naissance : « C’est un moment impressionnant, de voir sa petite touffe de cheveux sortir, impressionnant, saisissant ! Juste avant la sortie de la petite, il y eut peut-être trois à cinq secondes de vide, le monde s’était arrêté. Ensuite, le médecin l’a posée sur le ventre de ma femme et ça m’a complètement retourné ! Je n’avais pas pensé mais tout était trop beau ! » Le saisissement, le vide, le monde qui s’arrête et le trop beau évoquent pourtant la question de la castration. Le retour du refoulé semble inaccessible au conscient au moment de l’acte médical pratiqué sous le regard des pères.
Ils disent parfois se concentrer sur l’apparition de l’enfant, comme s’ils effaçaient le lieu d’où sort cet enfant. Lorsqu’ils témoignent après la naissance, ils sont effectivement nombreux à formuler le clivage effectué entre la vision du sexe de la femme et celle de l’enfant qui apparaît, comme s’ils s’aveuglaient pour voir quand même. Mais se sont-ils absentés du lieu féminin ou se sont-ils convaincus qu’ils avaient jeté le voile sur une partie de la scène ? En effet, dans un mouvement paradoxal, les mêmes s’identifient à la femme en train d’accoucher, jusqu’à en ressentir des troubles corporels.
Il attend son deuxième enfant et il a assisté à la naissance du premier qu’il nous raconte ainsi : au moment de l’expulsion, il fut assigné à rester à distance. « On ne peut pas s’occuper des pères qui s’évanouissent. » Il n’a pas transgressé l’injonction. Des crampes abdominales l’ont alors terrassé. Centré sur son corps tétanisé, il s’est absenté de la scène dont il ne se souvient plus. Quand lui sont parvenus les cris du bébé, il s’est aperçu de l’agitation qui régnait autour de lui. Tout semblait se remettre en mouvement. Son regard s’est posé sur la mère et l’enfant et, rassuré, il est sorti précipitamment.
 
Avoir ou faire un enfant
Quand survient un incident ou un accident obstétrical, le corps de la femme risque de se métamorphoser en une chose étrange et aveuglante au point, parfois, d’envahir l’homme jusque dans son propre corps. Cependant, malgré les fantasmes qui enrobent la scène de l’accouchement, il est impossible d’en rester à l’horreur produite par la vision du sexe féminin. En effet, la réticence des hommes à assister à l’accouchement de leur conjointe laisse entendre d’autres craintes. Ils peuvent nous faire part de leur peur de rencontrer un fœtus ou un enfant, lors des rapports sexuels après une naissance. Conjugué à la crainte de rétorsion de la part de cet enfant, ce fantasme évoque le retour de l’infantile avec le pénis du père et l’angoisse de castration. De plus, la femme détient une forme de puissance. Allié à la femme, l’homme a le pouvoir de procréer. La femme a seule le pouvoir de dispenser le vie. Sans la femme, l’homme n’a pas d’enfant, sans l’homme, la femme ne fait pas d’enfant. Parfois, au bout du parcours, ce n’est pas la vie mais la mort qui se profile. La catastrophe n’a rien d’une défaite, pourtant la vie se dé-fait. C’est ainsi que suite à certaines situations traumatiques, survient la duplication de l’accouchement suivant. A celui de la femme se conjugue, souvent en un même lieu et en un même temps, « l’accouchement » de l’homme (incision d’abcès, extraction de calcul…). 
 
3 - L’enfant au sein
« Je veux vous dire que je ne connais rien de plus beau que cette image de la mère et de l’enfant, cette image où les deux sont perdus l’un dans l’autre. C’est la plus belle scène au monde. » (5)
Le premier échange
Auparavant le père assistait rarement au premier échange de regards entre mère et nouveau-né. Certains jeunes pères parlent de la fascination éprouvée quand ils y furent confrontés. Avec délicatesse, la plupart préservent cet instant d’intimité des deux acteurs, instant ressenti par le père comme la continuité de la fusion corporelle, à peine « entamée ». La première parole exprimée avec hésitation par les pères semble rompre la magie du moment, mais le désir de participer à l’échange est le plus fort. Puis, sollicités par la sage-femme pour donner le premier bain, ils retrouvent l’usage de leur corps et vont enfin pouvoir s’approprier le nouveau-né. Ils souhaitent profiter de ce moment fugace et privilégié, « entre-deux », où le nouveau-né n’est pas encore nettoyé, pas encore habillé, « comme dans le ventre de sa mère ». Bernard Fonty remarque que les pères manifestent le sentiment de « créer les premiers liens » avec leur enfant. Ils accompagnent leurs gestes maladroits de paroles qui consistent à projeter l’enfant vers le futur : « Son regard brille d’intelligence… Ce sera certainement un intellectuel ! » (6)
Une fois habillé, il devient un bébé, « il est déjà dans l’autre monde », d’ailleurs il est temps de prévenir la famille. Ce temps entre-deux, entre le ventre de la mère et l’autre monde, un père le nomme le « no man’s land ».
 
Un monde presque parfait
« L’amour de la mère pour le nourrisson qu’elle allaite (…) est de la nature d’un rapport amoureux pleinement satisfaisant (…) Le père sent que l’enfant, particulièrement le jeune fils, est devenu son rival. » (7)
Que la première tétée ait lieu avant ou après le bain donné par le père, c’est à nouveau un moment d’intimité entre la mère et l’enfant. Le père se sent très fier d’un enfant déjà capable de donner autant de la voix, de fixer le regard de sa mère, de téter à peine sorti de son ventre… Il trouve la scène merveilleuse, ce mot revient et traduit l’ambivalence dont l’homme est saisi. Il n’est pas rare qu’il témoigne de son sentiment d’exclusion, lors des moments où son regard embrasse mère et enfant dans un tel état d’abandon l’un à l’autre. Interdit, il reste parfois à l’écart et silencieux. Que ravivent de telles images ?
Quand je me représente la scène qu’ils décrivent, c’est aussi Joseph, l’enfant dans le grenier (8) que j’entends : « … Cette image où les deux sont perdus l’un dans l’autre. C’est la plus belle scène au monde… » L’analyste auquel l’auteur devenu adulte s’adresse a entendu la nostalgie attachée à ces paroles. Et plus loin dans l’écriture de son ouvrage, advient l’enfant dans l’adulte. Désespoir et violence ont retrouvé droit de cité. « Il se produit aussitôt une déchirure radicale chez l’enfant laissé pour compte (…) il réalise soudain qu’il n’existe plus pour elle. Incapable de tolérer cette perte, seul le retour à l’état antérieur pourrait le calmer ; se souder à sa mère, se fusionner avec elle (…) Il voit que tout son désir (à elle) se déverse dans le corps du nouveau venu. Alors le cri est lancé (…) c’est le cri de l’assassin. »
Lorsque Roland Gori définit les deux conceptions de la haine (9) qui émerge dans l’œuvre freudienne, il reprend les mots de saint Augustin cité par Lacan : « Il ne parlait pas encore, et déjà il contemplait, tout pâle et d’un regard empoisonné, son frère de lait. » L’idée de l’empoisonnement revient fréquemment dans les textes de Freud (10), et notamment quand il évoque le sevrage de l’enfant et la naissance d’un puîné.
 


 
Le féminin dans l’homme
La question de la préférence accordée actuellement par la majorité des femmes à l’allaitement maternel, permet parfois à l’homme d’exprimer son ambivalence, voire la frustration qu’il peut sensorialiteressentir. S’il accepte le choix de sa conjointe, en s’identifiant au nourrisson qu’il imagine ravi de ce contact privilégié avec la mère, il déplore de ne pouvoir lui aussi partager ce moment d’intimité avec l’enfant. « Allaiter » son enfant, que ce soit par l’intermédiaire du biberon, n’est-il pas, de surcroît, un moyen pour l’homme de métaboliser la haine ressurgie d’un passé révolu ? Un homme raconte le plaisir qu’il prend à donner le biberon depuis que son épouse a arrêté l’allaitement. Il ajoute qu’avant la naissance de son enfant, l’envie qu’il ressentait de devenir une femme le temps d’une grossesse et le plaisir qu’il anticipait à « materner » son enfant lui apparaissaient presque déplacés, comme s’il renonçait à une part de sa virilité. Il s’est permis d’en parler, pendant nos réunions, parce qu’il sentait que d’autres pères partageaient les mêmes pensées. Mais il n’a jamais osé à en parler à l’extérieur. Maintenant qu’il donne régulièrement les soins à son enfant, il dit reconnaître une différence entre les postures, les gestes, les regards et les paroles de son épouse et les siens, entre la façon dont l’enfant réagit à l’un ou à l’autre. En somme, il « paterne » même si cette fonction convoque la part féminine en lui.
 
Conclusion
Depuis plus d’un siècle, les représentations quelque peu figées du couple parental sont bouleversées. L’une des représentations du partage de l’activité et de la passivité était la suivante : la femme, au sein du foyer, était travaillée au corps par les menstruations et par les maternités dont naissaient les enfants. Le corps de l’homme travaillait, dans la cité, pour subvenir aux besoins du corps des premiers. Les représentations attachées à la sexualité ne pouvaient se forger que sur ce modèle social. Aujourd’hui, la « paire contrastée » s’agence différemment, ce qui ne veut pas dire que la différence des sexes et des fonctions symboliques de chacun en soit obligatoirement altérée. Aux yeux de la société, le monde des sens n’est plus réservé à la femme seule. L’homme peut s’autoriser à exprimer et transmettre sa propre sensorialité. Quant à l’accès de l’enfant au monde du sens, la part de la femme y est reconnue.
Notons enfin qu’il est fort probable que la présence de l’homme en maternité, avant et pendant l’accouchement, son investissement aussi envers sa conjointe durant cette période, modifient les processus psychiques du devenant père : fantasmatique singulière, identifications variées, abaissement des défenses...
                                                              
Geneviève Wrobel - Paris
                                                     
Psychologue clinicienne – Psychanalyste

                          
Enseignante dans le DIU de Sexologie Paris 13 Bobigny

 
Bibliographie
(1) Jacqueline Rousseau-Dujardin, « Distribution des rôles », in « Le Père, Le bloc-notes de la psychanalyse » n° 13, Genève, éd. Georg, 1995.
(2) Pierre Péju, « Naissances », p. 38, Paris, Folio Gallimard, 1998.
(3) Philippe Julien, « Repérer la fonction paternelle » in « Devenir père, devenir mère. Naissance et parentalité », p. 128,Ramonville-Saint-Agne, Erès, 1999.
(4) Pierre Péju, ibid., p. 104.
(5) Julien Bigras, « L’Enfant dans le grenier. Le récit comme thérapeutique des terreurs infantiles précoces », p. 111, Saint-Amand-Montrond, Aubier-Montaigne, 1987.
(6) Bernard Fonty avec Jacques Huguenin, « Les Pères n’ont rien à faire dans la maternité », p. 199, Paris, Générales First, 2003.
(7) Sigmund Freud, « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », Gallimard.
(8) Julien Bigras, ibid., p. 173.
(9) Roland Gori, « Le Réalisme de la haine », p. 231, in « Inconscient et destin, Logos et Ananké », n° 2/3, Publication d’Espace analytique, Paris, 2000.
(10) Sigmund Freud, « De la sexualité féminine » (1931), in « Œuvres complètes XIX », Paris, PUF, 1995.

 

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