performance sexuelle

La Pleine conscience ou l'equilibre sexuel retrouvé. Un renouveau dans la prise en charge sexothérapique ? Par Lionel Strub

Successivement balloté au gré de deux courants de pensée ciblant directement les symptômes, le champ des thérapies comportementales et cognitives est désormais en proie à un véritable océan de renouveau porté par le déferlement de la troisième vague. Cette approche initiée dans les années 1980 s’est en effet singularisée par un changement de perspective thérapeutique radical caractérisé par une reconsidération du rapport entretenu au symptôme, par l’entremise de rouages telles l’exploration expérientielle de l’instant présent au travers d’une attitude de pleine conscience et l’acceptation des émotions.


Ces principes ont investi plusieurs interventions psychologiques, notamment la Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR) et la Mindfulness-Based Cognitive Therapy (MBCT) plus spécifiquement axées sur l’attitude de pleine conscience. Eprouvées auprès de divers populations et contextes psychopathologiques, ces deux interventions ont révélé, au travers de leurs résultats, un réel potentiel tant dans la prévention que dans le traitement de pathologies multiples.

Paradoxalement, l’exploration de la littérature ne fait apparaître aucune recherche ou application dans le domaine de la sexologie bien que cette discipline ait recours, depuis de nombreuses années déjà, aux thérapies comportementales et cognitives qui adoptent un positionnement pourtant comparable, à savoir la reconnaissance de l’implication de distorsions cognitives dans l’apparition et le maintien de dysfonctions sexuelles.

Peut-être pourrions-nous trouver un début d’explication dans l’article de Brotto, Krychman et Jacobson (2008) qui reproche aux techniques thérapeutiques sexuelles contemporaines d’ignorer l’importance de la connexion entre l’esprit et le corps fondamentale à l’approche de la pleine conscience, du fait d’une inclination vers une médecine davantage basée sur les preuves. La littérature scientifique a établi de longue date le lien entre dysfonctions sexuelles et facteurs cognitifs tel, par exemple, l’impact d’une perception négative de son corps ou d’une distractibilité étrangère à des stimuli sexuels sur l’apparition du trouble du désir sexuel hypoactif.

Au regard de ces éléments, les thérapies basées sur la pleine conscience qui accordent un rôle prépondérant au contrôle de l’attention et à la re-perception des pensées représentent ainsi une réelle promesse dans la prise en charge de ce type de problématiques.




Pleine conscience… intoxication médiatique ?

Nul n’a désormais pu échapper à un courant d’intérêt majeur envers les bienfaits incontestés de la méditation de pleine conscience sur la santé et le bien-être à la lecture de magazines des plus populaires et de best-sellers signés par des plumes des plus légitimes, telles celle de Matthieu Ricard ou encore de Christophe André. En effet, la pleine conscience n’a de cesse de fleurir au travers de publications vulgarisées dans l’espoir de se faire connaître du grand public ou encore de livres-outil qui ont pour mission de renvoyer les lecteurs avides de recettes de « mieux-aller » à une prise en charge autogérée.
Si l’on ne peut que louer ces initiatives de diffusion mettant enfin au jour dans notre pays une pleine conscience jusqu’alors dédaignée, il est cependant bon de la recadrer dans son contexte scientifique, de sorte à ne pas faire l’amalgame entre cette approche fondée et d’autres davantage destinées à faire miroiter des solutions miracles à un public malheureusement parfois un peu cupide.
 



Ou approche scientifique à part entière ?

Si derrière l’invitation à, par exemple, s’asseoir dans une position digne et droite avant de porter son attention sur sa respiration et d’expérimenter l’instant présent avec une attitude de bienveillance et d’acception paraît des plus simplistes, c’est néanmoins une rare complexité qui se dissimule derrière les dimensions conceptuelles de la pleine conscience. Nombreux sont effectivement ceux qui se sont essayés à l’exercice définitionnel de la pleine conscience, véritable challenge de restitution sémantique de l’essence même d’un pilier d’une psychologie bouddhiste millénaire et souvent oubliée.
Nous retiendrons néanmoins dans cette course à l’accommodation culturelle entre Orient et Occident l’effort de simplification de Kabat-Zinn (1990-2009) au travers de trois axiomes clés, à savoir « porter son attention de manière intentionnelle, dans l’instant présent, et sans jugement » et l’inclination plus opérationnelle de Bishop et al. (2004) mettant au jour les deux déterminants principaux d’une pratique formelle de méditation de pleine conscience, autorégulation de l’attention et orientation vers l’expérience.
Le recours à la pratique de la méditation de pleine conscience a fait l’objet d’une abondante littérature scientifique qui a mis en évidence une corrélation entre changements psychologiques et changements d’ordre physiologique ou biochimique. Si les mécanismes sous-jacents à ces modifications restent actuellement pour le moins cantonnés à des conjectures, l’espace ouvert par les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale ne peut que nous laisser espérer en faire la démonstration dans les années à venir.

La dépression sous un jour nouveau

C’est en réponse au désarroi des chercheurs face à une problématique de santé publique des plus préoccupantes, la vulnérabilité chronique à la rechute et à la récidive dépressives, que Segal, Williams et Teasdale (2002-2006) se sont interrogés sur la pertinence d’un outil thérapeutique proposant une nouvelle approche du traitement de cette maladie, la MBCT. En mettant en évidence les processus impliqués dans la rechute dépressive, à savoir le lien entre réactivité cognitive à une humeur triste et style de pensée ruminatif, les auteurs ont conçu leur programme de sorte à favoriser une relation détachée aux pensées et aux émotions négatives incriminées dans la dépression.

Une danse entre deux mondes

La posture théorique MBCT envisage qu’un individu peut fonctionner selon deux modes de gestion de l’esprit radicalement opposés en matière de traitement émotionnel de l’information appelés respectivement mode faire/conceptualiser et mode être/expérimenter.
La configuration faire/conceptualiser, qui reflète largement notre mode de fonctionnement habituel et s’avère incontestablement nécessaire à la réalisation de tâches intellectuelles, a pour conséquence de nous détourner continuellement de l’instant présent en conditionnant nos pensées vers des événements passés et des élucubrations futures, ou de nous emprisonner dans un mode cognitif purement analytique caractérisé par la conceptualisation et une inclination à la résolution des problèmes.
Si cette attitude initie une réaction d’évitement et un processus de rumination à l’origine de l’apparition, puis du maintien de la dépression, le mode être/expérimenter, lui, se distingue par une approche expérientielle de tout événement émergeant dans l’instant présent accompagnée d’une disposition empreinte d’acceptation et d’ouverture qui favorisera un désengagement de ce mode de fonctionnement dysfonctionnel. Le challenge du programme MBCT consistait ainsi à engendrer un processus d’acquisition de compétences qui favoriserait, au quotidien, une alternance appropriée entre ces deux modes.

La MBCT ou l’outil aux multiples facettes

La MBCT combine des approches psychothérapiques complémentaires qui permettent d’ébaucher le passage du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter. Ses deux pôles centraux s’articulent respectivement autour d’un entraînement à la pleine conscience qui s’appuie sur le programme MBSR (Kabat-Zinn, 1990-2009) et d’éléments issus de la thérapie cognitive pour la dépression (Beck et al., 1979). Cette relation synergique est motivée par une logique sous-jacente identique qui attribue l’apparition de la perturbation émotionnelle à une considération des pensées et des cognitions comme le reflet de la réalité et non de simples événements mentaux. En agissant selon des mécanismes similaires, ces deux approches de traitement permettent à l’individu d’adopter un positionnement alternatif par rapport à ses problèmes. Par ailleurs, un pôle annexe s’emploie, au travers d’une démarche psychoéducative, à délivrer au sujet une connaissance sur sa pathologie et à le sensibiliser à la surveillance de ses symptômes, de même qu’à la détection des signes prodromiques d’un éventuel assaut de la maladie.

La MBCT se présente sous la forme d’un protocole de groupe où les participants entreprennent, sous l’égide d’un instructeur, un itinéraire jalonné de huit étapes qui les mènera progressivement vers la re-perception de leurs pensées et, conséquemment, la régulation de leurs émotions. Le déroulé des huit séances, d’une durée respective de deux heures hebdomadaires, favorise le développement de la pleine conscience chez les participants en les sensibilisant à la découverte de ses dimensions principales telles que le redéploiement attentionnel, la reconnaissance et l’acceptation de tout événement émergeant dans l’instant présent, ou encore le lâcher prise. Si chaque séance aborde un thème spécifique, elles se déclinent néanmoins toutes selon une ligne directrice commune qui s’initie par un exercice de pleine conscience précédemment enseigné donnant lieu à un échange expérientiel entre participants et instructeur, pour se poursuivre par un passage en revue des pratiques à domicile et aborder le thème propre à la séance du jour. L’un des principes fondamentaux à l’issue positive du programme est l’engagement des patients dans une pratique quotidienne de tâches à domicile.

L’acquisition des différentes compétences nécessaires à la commutation du mode faire/conceptualiser au mode être/expérimenter se fait au travers de pratiques et d’exercices complémentaires ciblant la capacité à se désengager d’un mode de traitement de l’information dysfonctionnel par rapport aux sensations, aux pensées et aux émotions.


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revue sexualite humaine 13

DU SYMPTÔME AU SOUVENIR. Ou quand Monsieur Victor perd son désir sexuel… Revue Sexualités Humaines 13. Steven REICHENBACH

Voici un extrait de la prise en charge par EMDR d’un patient présentant une baisse du désir sexuel associée à une baisse de la rigidité lors de l’érection.
 
 
1- Déroulement des séances suivant le modèle en 8 phases de la thérapie EMDR
 
Première séance
 
Motif de la consultation et anamnèse (Phase 1 de la thérapie EMDR)
Je suivais ce patient, que nous allons appeler Monsieur Victor, de façon occasionnelle pour une symptomatologie anxieuse depuis trois ans. Il était alors dans un travail de séparation d’avec sa femme. Il vivait de façon culpabilisante ce divorce qu’il réclamait d’autant plus qu’il avait un enfant en bas âge. Il présente un style d’attachement anxieux-résistant avec une tendance à chercher une relation très proche. C’est ainsi qu’il me propose, lors d’un de mes voyages, de contacter le copain d’un copain qui pourra m’aider si je devais rencontrer des difficultés dans le pays lointain en question. Il a pu retrouver une femme aimante quelques mois après.
Lorsqu’il revient me voir deux ans après, il me dit présenter une baisse du désir sexuel et une érection moins rigide depuis un an. Sa femme accepte difficilement ces difficultés qui représentent pour elle la preuve d’un manque d’amour envers elle.
Dans ses antécédents, on note une ectopie testiculaire opérée plusieurs fois dans son enfance.
 
Conceptualisation de cas :
 
On peut poser comme hypothèse chez ce patient que son trouble du désir et sa baisse de rigidité à l’érection est multifactorielle :
- psychogène : en raison de son anxiété permanente et qui est centrée sur son sexe et sur ses capacités érectiles ;
- relationnelle : le manque de compréhension et donc de soutien de sa femme rend la résolution des difficultés plus difficile 
- organique : la cryptorchidie pour laquelle le patient a été opéré dans son enfance demande à être contrôlée au niveau urologique et endocrinien à la recherche d’une hypotestostéronémie.
 


 
Plan de traitement :
 
Nous adoptons alors le plan de traitement intégré comme souvent en sexologie en raison des nombreuses facettes constituant le symptôme :       
- recevoir le couple en consultation conjointe après le résultat de la consultation urologique pour associer sa femme à la prise en charge proposée ;
- demander un bilan urologique et hormonal ;
- travailler sur l’aspect émotionnel, c’est-à-dire sur son angoisse d’échec et de performance qui sinon crée, du moins entretient, la symptomatologie. Nous pensons ici à la thérapie EMDR, une thérapie neuro-émotionnelle qui a été développée dans les numéros précédents par le Professeur Cyril Tarquinio (« Sexualités humaines », 2011).
         Le patient accepte le principe du traitement d’autant plus facilement qu’il existe une bonne alliance thérapeutique entre nous depuis les trois années que je le suis.
 
 
Deuxième séance
 
A la deuxième entrevue (un mois plus tard) : Monsieur Victor vient accompagné de sa femme. Le bilan urologique et endocrinien a montré une hypotestostéronémie et a entraîné la prescription d’injection de testostérone.  Malgré cette supplémentation hormonale à une dose suffisante, Monsieur Victor continue de présenter un manque de désir.
         Nous expliquons à sa partenaire pourquoi ces symptômes existent (séquelles de cryptorchidie, terrain anxieux). Nous l’informons que nous allons travailler sur son anxiété en relaxation mais aussi en EMDR. Nous lui parlons d’emblée des exercices de stimulation sensorielle de Masters et Johnson (sensate focus) que le couple pourra entreprendre une fois que Monsieur Victor sera capable de contrôler ses anxiétés en intégrant les techniques de relaxation et en se libérant de certaines peurs inhérentes à sa personnalité anxieuse.
         La compagne accepte la prise en charge même si elle insiste être contrariée par tous ces problèmes.
         Monsieur Victor paraît soulagé qu’une prise en charge existe même s’il reste sceptique quant à l’efficacité de l’EMDR !
 

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SYMPTÔMES VOISINS, SYMPTÔMES COUSINS…Dyspareunie et vaginisme. Esther Hirch pour Sexualité Humaine 13

Par son regard croisé, l’auteur revient sur des fondamentaux qui seront utiles aux sexologues débutants, mettant ainsi dans une perpective très pédagogique la question délicate du « voisinage » des symptômes dans la sexualité féminine.
 
Très voisins, deux troubles seront traités ensemble à partir de l’idée du réflexe conditionné :
- de contraction involontaire des muscles péri-vaginaux lors de toute tentative de pénétration quelle qu’elle soit (le doigt, le spéculum, le pénis) dans le vaginisme ;
- de douleur pendant les rapports sexuels dans la dyspareunie, douleur tantôt superficielle, tantôt profonde, et ce même si la femme est désirante, réceptive et orgasmique…
 
L’examen gynécologique est bien accepté en général par la femme dyspareunique, avec l’espoir de découvrir la cause organique responsable de la douleur.
Par contre, cet examen est pratiquement toujours impossible chez la vaginique. En effet, dès l’approche du toucher vaginal, la femme vaginique resserre les cuisses en contractant ses adducteurs, se rejette en arrière en poussant sur les étriers de la tableau d’examen voire saute de celle-ci, réactions parfois théâtrales témoignant de sa phobie.
Lorsqu’elle parvient, malgré tout, à se dominer, l’examen permet de discerner un vaginisme superficiel d’un vaginisme profond.
Dans le vaginisme superficiel, il y a contraction des muscles bulbo-caverneux, du muscle constricteur du vagin et des muscles péri-vaginaux, empêchant tout accès au vagin.
Dans le vaginisme profond, il y a contraction du muscle releveur de l’anus, si bien que l’entrée dans le vagin est possible sur 1 centimètre.
 



1. Quelles sont les causes du vaginisme et de la dyspareunie ?
 
La plupart du temps, on retrouve plusieurs causes physiques et/ou psychiques qui se surdéterminent en rentrant dans un cercle vicieux qui enferme la femme dans son trouble.

Classiquement, le vaginisme trouve son origine dans des problèmes psychiques. La dyspareunie serait initiée par une lésion génitale, puis réactivée secondairement par des problèmes conjugaux et/ou personnels. Dans un certain nombre de cas, la dyspareunie existe sans qu’il y ait eu une lésion initiale (Tableau 1).

Dans la réalité, douleur et contraction musculaire se mêlent souvent. Par ailleurs, une cause physique n’exclut pas une mésentente conjugale ou une problématique personnelle. La douleur étant quelque chose de subjectif, il est difficile d’apprécier sa réalité organique.

On pourra dire sans se tromper que le symptôme (dyspareunie ou vaginisme) est psychique s’il n’apparaît qu’avec un seul partenaire, ou si la douleur varie ou si elle n’existe que par le pénis et non par le spéculum (attention cependant aux facteurs organiques cachés).

La douleur est physique si elle est provoquée toujours par la même palpation ou les mêmes manœuvres. Le thème de la douleur occupe donc une place importante dans le discours des femmes vaginiques ou dyspareuniques : « J’ai peur d’avoir mal… » ; « Le pénis est trop grand pour mon vagin, il va me blesser… » ; « J’ai déjà eu de la douleur lors d’une tentative de pénétration. »
 

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LE BAROQUE : de l’extase à l’orgasme mystique. Par Michel Febvre pour Sexualités Humaines 12

De toutes les périodes de l’histoire de l’art, la période du baroque est probablement celle où les émotions, l’instantanéité des attitudes et des mouvements ont été le plus fidèlement reproduites. C’est vrai en musique avec l’utilisation des voix de castrats dans l’opéra, c’est vrai également dans l’architecture et dans la sculpture. C’est cette forme artistique qui sera le sujet de cette chronique.
 
 
Baroque vient du portugais barroco, mot utilisé en joaillerie pour désigner une perle ayant une forme irrégulière. Il désigne également un rocher irrégulier, une grosse pierre. On le retrouve dans le dictionnaire de l’Académie Française avec la même signification à la fin du XVIIe siècle. Un siècle plus tard, dans ce même ouvrage, c’est son sens figuré qui est mis en premier avec toujours ces notions d’irrégularité, d’inégalité et de bizarrerie.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ce mot fut utilisé par les critiques d’art pour définir cette période, avec une connotation nettement péjorative.
                       
Le baroque débute en Italie à  la fin du XVIe siècle, succédant au maniérisme. Il se propage en Europe jusqu’à la fin du XVIIIesiècle et s’achève par la période dite rococo. Dégénérescence du baroque ou forme artistique originale ? Nous laissons cette discussion aux spécialistes. Le baroque va toucher tous les domaines de l’art : peinture, architecture, sculpture naturellement, mais aussi la littérature, la philosophie et également la musique avec la naissance de l’opéra et le passage de la musique des lieux sacrés aux scènes profanes, l’utilisation des voix de castrats dont l’engouement sera inimaginable. Tous les grands compositeurs de cette période écriront pour eux : Monteverdi, Porpora, Vivaldi en Italie ; Lully, Rameau en France ; Haendel en Angleterre.
Le baroque se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, l’art de la mise en scène et de l’illusion.
 
Si nous replaçons le baroque dans son contexte historique et religieux, il est intéressant à remarquer qu’il succède à la Réforme et qu’il en est probablement une des réactions. Calvin et Luther ont prêché pour le retour aux sources de l’Eglise, le besoin d’une plus grande rigueur, d’une austérité, le retour à la pauvreté, à une plus grande religiosité. Le mouvement réformé a eu une très large audience et a amené l’Eglise catholique à évoluer ; le Concile de Trente, qui s’est tenu de 1545 à 1563, a essayé d’apporter des réponses à ce qu’elle considérait comme une hérésie. Il faut accueillir les fidèles dans des lieux majestueux, les instruire aussi par l’imagerie religieuse qui pourra traduire des émotions tant par la sculpture que par la peinture.
On a utilisé pour désigner l’art baroque les expressions « d’art jésuite » et d’art de la contre-Réforme. N’oublions pas que ce fut en France une période de guerre civile et d’atrocités (les guerres de religion, Louis XIV réprimant très durement les camisards).
 


 
L’ère baroque prend naissance en Italie vers 1600. D’abord à Naples puis à Rome, où trois noms dominent : Pietro da Cortona, peintre, Francesco  Borromini, architecte, et surtout Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, artiste complet, sculpteur de formation mais aussi architecte et peintre. C’est à ces deux derniers artistes que l’on doit la plupart des monuments baroques civils et religieux de cette ville. Puis c’est Gênes, avec le travail du Français Pierre Puget, pour atteindre enfin le Piémont. Le mouvement baroque va se propager en Europe suivant un croissant flirtant avec la côte méditerranéenne. C’est à Marseille que l’on retrouve encore Pierre Puget. L’hospice de la Vieille Charité, qu’il réalisa dans le quartier du Panier, est un des plus beaux monuments emblématiques de cette période avec sa vaste cour rectangulaire bordée sur trois côtés de galeries dont les colonnes se superposent sur trois étages, et sa chapelle toute rose, au toit ovoïde qui s’y dresse en son centre. A l’intérieur, aucun artifice ni simulacre, la pierre rose et la lumière remplissant tout l’espace. Ce monument vient d’être restauré, il accueille maintenant des expositions.
 
Notre croissant se prolonge en Suisse (région de Saint-Gall), en Allemagne du sud (Bade-Wurtemberg et région du lac de Constance), avec son foisonnement d’abbayes et d’églises : Ottobeuren, Birnau, Salem, Zwiefalten, en Bavière, en Souabe-Franconie avec Wurtzbourg et les peintures de Tiepolo à la Résidence, Bayreuth, le château de Pommersfelden, le lieu de pèlerinage de Vierzehnheiligen. Il gagne l’Autriche avec les abbayes de Melk et de Saint-Florian, la ville de Vienne (le Graben ou colonne de la Peste, l’église Saint-Charles Borromée). Il atteint et se termine vers 1750 en Tchécoslovaquie, haut lieu du baroque avec deux grands sculpteurs : Matyas Braun et Jan Brokof. La ville de Prague était (est toujours, je l’espère) un musée à ciel ouvert (pont Charles et quartier de la Mala-Strana).
 
Cent cinquante ans pour la mise en place de l’architecture et de la sculpture baroque dans ces régions d’Europe. Nous pouvons superposer cette carte de géographie avec l’histoire de la religion catholique. C’est là que la Réforme a pris un grand essor, conduisant à cette forme d’art en réaction. Curieusement, la France n’a pas été une grande terre d’accueil pour le baroque. On peut l’expliquer en grande partie par l’opposition du roi Louis XIV qui n’appréciait pas ce type d’architecture. Le Bernin, pressenti pour réaliser la façade orientale du palais du Louvre, fut très mal accueilli lors de son séjour en France, la statue équestre du roi Louis XIV qu’il sculpta ne fut jamais installée.
 
La peinture baroque connut une expansion plus forte en Europe : Pierre Paul Rubens en Flandre, les peintres français Pierre Mignard, Simon Vouet, Nicolas Poussin et La Tour, Murillo et Vélasquez en Espagne.
 
Dans la deuxième partie de ce travail, nous tenterons d’illustrer les différentes caractéristiques du baroque par des exemples découverts lors de nos voyages. En premier, nous évoquerons un personnage emblématique retrouvé aussi bien dans l’art sacré que profane : le putto.
« Ce mot italien intraduisible désigne un jeune garçon, un préadolescent, quelquefois un bambin, qui tient des cupidons païens ses joues dodues, ses fesses potelées, et des anges chrétiens ses mines pâmées. » « Ces putti sourient, cabriolent et virevoltent sur les retables, dans des débauches de stucs et de marbres. » Un exemple : le putto sculpté par Feuchtmayer appelé Honigschlecker, le Tâte-Miel. La statue date de 1750, se trouve dans l’église de Birnau, au bord du lac de Constance. Elle se situe sur un petit socle en marbre à gauche de l’autel. La jambe droite repose sur le socle, la gauche cherche un appui sur le montant du retable. Il est délicieusement potelé et tient une ruche sous son bras. De cette ruche s’échappent une multitude d’abeilles qui pendent en grappe à l’entrée. Il suce un des doigts de l’autre main, on peut imaginer  qu’il l’a trempé au préalable dans le miel et qu’il le goûte. C’est frais, charmant, sensuel, très théâtral. Les anges ou angelots peuvent se retrouver suspendus aux corniches des plafonds, les jambes pendantes dans le vide, ou accrochés aux chaires des églises.
 


 
Le baroque, c’est l’art del’illusion, le triomphe du trompe-l’œil. Andrea Pozzo, père jésuite auteur d’un traité de la perspective, a peint un chef-d’œuvre, le plafond de l’église Saint-Ignace à Rome représentant le saint en gloire au sommet d’architectures fictives de colonnes et d’arcades, envoyant ses missionnaires sur les quatre continents. Un ciel rayonnant, une coupole feinte complètent cette illusion parfaite.
Un souvenir personnel : visitant et admirant le plafond, je remarquai un pigeon qui essayait de s’échapper par cette coupole peinte. Il se cognait invariablement au plafond, trompé lui aussi par les savantes perspectives de l’artiste.
Une autre anecdote sur l’illusion : visitant à Prague l’église Saint-Nicolas de la Mala-Strana, je m’interrogeai sur la nature du matériau recouvrant les hauts piliers, marbre véritable ou peinture ? Amorçant une chiquenaude d’un doigt sur un pilier, je fus arrêté par la voix d’un sacristain cerbère qui me lança : « Primitivo ! » Je pense avoir retenu la leçon.


Le baroque c’est la théâtralité, le sens de la mise en scène du plaisir, de la souffrance et de l’extase.
Le Saint Sébastienréalisé par Antonio Giorgetti, un élève du Bernin, en est une illustration. Il se trouve dans l’église Saint-Sébastien, hors les murs à Rome, sous l’autel reposant sur un lit de marbre. C’est un jeune homme presque nu, allongé sur le dos, tête et buste relevés. Un drapé recouvre partiellement cette nudité. La tête est renversée, les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte. Sa chevelure bouclée se répand en abondance sur ses épaules. Il n’a pas de barbe mais est pourvu de favoris. Son bras gauche est étendu le long du corps, le bras droit replié, la main sur la poitrine. On retrouve les stigmates de son supplice, quatre flèches plantées dans l’abdomen, les cuisses et le bras gauche. S’ils n’étaient présents, on pourrait penser qu’il dort ou se repose. Son visage est serein, les traits détendus, presque souriant ou extatique, le corps alangui. Il ne paraît pas souffrir ou a déjà transcendé cette souffrance. Je pense que cette mise en scène était là pour parfaire l’éducation religieuse des fidèles. Sébastien était un archer romain, supplicié sous Dioclétien du fait de sa conversion au christianisme. Laissé pour mort, il fut recueilli et soigné par Irène, venue pour l’inhumer. Le martyr de saint Sébastien a été très souvent représenté, en peinture ou en sculpture. Ce qui est très rare, c’est de le représenter couché et dans cette attitude voluptueuse. En général, il est debout et attaché pour son supplice. De même cette attitude extatique est exceptionnelle chez un homme, réservée le plus souvent à une femme.
 
C’est ce que nous allons voir maintenant avec les personnages de la bienheureuse Ludovica Albertoni et de sainte Thérèse d’Avila.
Nous retrouvons notre bienheureuse Ludovica dans une alcôve de la chapelle Altieri, de l’église San Francesco a Ripa, au bord du Tibre, à Rome. Sculptée par Bernini, elle repose sur un lit de marbre la tête appuyée sur un coussin lui-même richement ciselé. Allongée sur le dos, jambes légèrement repliées, recouverte d’un foisonnement tumultueux d’étoffes lui prenant également la tête, elle est manifestement en pâmoison : tête à demi renversée, yeux clos, bouche légèrement entrouverte, elle presse vigoureusement son sein de sa main droite au comble d’une exaltation lui faisant perdre les sens. Son visage est doucement ravagé par l’extase, son corps secoué de frissons. Elle est observée par une dizaine d’angelots qui se détachent du mur au-dessus d’elle.
Nous sexologues pourrions retrouver l’attitude du lâcher prise émotionnel avec ce mouvement du haut du corps accompagnant la décharge orgasmique… Née dans une famille noble, elle fut mariée à 20 ans contre son gré, eut trois filles. Devenue veuve, elle entra en religion, consacrant son temps et sa fortune aux pauvres. Elle était connue pour ses extases religieuses et ses dons de lévitation.
 

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Rencontres sous le tipi. Par Pierre-André Bizien pour Revue Sexualités Humaines 12

Le Far West : méchants cow-boys, gentils Indiens, bisons sauvages, danses autour du feu… Que de prismes simplistes assiègent nos consciences dès qu’il s’agit d’évoquer les civilisations septentrionales du Nouveau Monde.
 
Œuvrons donc à contre-courant et daignons, au prix d’un dernier cliché, faire circuler le calumet de la paix… Place aux étreintes, aux caresses et à la grande question qui nous taraude : quels types de pratiques sexuelles avaient cours au sein des tribus indiennes ancestrales ?

Mouvante au fil des siècles et selon les territoires considérés, la libido du peau-rouge s’avère suffisamment caractéristique pour que nous puissions l’appréhender au singulier. Ici, valeurs traditionnelles et contrôle social se conjuguent à une incontestable permissivité charnelle.

Cette dernière frise à certains égards notre fameux concept de tolérance occidentale, et encourt par-là même le péril d’un certain travestissement. Gardons-nous de l’angélisme et n’omettons pas de considérer l’envers du tipi : entre colons blancs et Indiens d’Amérique, Abel et Caïn se confondent. Déprédations mutuelles, tractations commerciales et intérêts bien compris…

Plus d’une fois, l’agresseur européen fut soudoyé pour exterminer une tribu adverse, nettoyer un territoire convoité. Ici comme ailleurs, la déviance sexuelle occasionnait bien des rigueurs : dans certaines communautés, la femme adultère avait le bout du nez coupé.

 


Chez les Comanches, comme en Asie du Sud, les veuves pouvaient être tuées sur la dépouille de leur mari ; chez les Crees et les Lakotas, comme en Afrique subsaharienne, les filles nouvellement pubères étaient considérées impures et reléguées dans une hutte spéciale à l’écart du campement, afin de protéger la communauté. Exceptées ces pratiques qui effrayèrent plus d’un jésuite, les Indiens d’Amériques surent façonner des codes sexuels d’un caractère très novateur : les missionnaires chrétiens rapportent notamment que la liberté sexuelle des femmes était équivalente à celle des hommes, et que les pratiques homosexuelles n’étaient pas réprimées.

Chez les Sioux, les Yucatan et au sein de nombreuses autres tribus, un certain nombre d’hommes vivaient comme des femmes ; les berdaches, travestis homosexuels, jouissaient d’un statut religieux de premier ordre. Aussi les grands guerriers les prenaient-ils souvent comme épouse secondaire (ce fut par exemple le cas du chef Crow Iron Bull, avec une certaine Miakate Jim).

Partout, la jalousie était considérée comme une indignité, et les hommes évitaient de se quereller pour des femmes. Ils convoitaient tout spécialement les jeunes veuves et les femmes mûres, plus aptes à gérer correctement le foyer ; le travail des peaux et la préparation de la nourriture nécessitaient un certain savoir-faire, qui ne s’improvisait pas. Avant d’être mariée vers 16 ans contre quelques chevaux, la jeune Indienne pouvait entretenir de multiples aventures à l’extérieur du campement ; là, dans le secret de la végétation, elle consommait son plaisir avec quelque guerrier imberbe, qui en demanderait une autre en mariage quelques mois plus tard. Le contrôle social restait souple, assuré tout au plus par quelque aïeule édentée dont les soupçons n’atteignaient pas le quart des forfaitures de la demoiselle.

Cette grisante liberté des grands espaces se conjuguait cependant à de rigoureux impératifs de pudeur, démontrant par là même que la collectivité conservait en définitive la mainmise sur le quotidien charnel de ses membres : baisers et caresses étaient bannis en public, tout comme les rapports sexuels en certaines périodes liturgiques (notamment chez les Wendats). Parvenus à la puberté, les frères et sœurs Iroquois ne devaient plus jouer ensemble et ne s’adressaient plus la parole. La débauche elle-même, y compris lorsqu’elle paraissait flagrante, répondait en vérité à une scrupuleuse codification culturelle : ainsi n’était-il pas rare de constater certains élans pour le moins équivoques entre beaux-frères et belles-sœurs.

Cette apparente licence découlait en vérité d’une institution culturelle majeure : celle qui imposait le lévirat et le sororat au cas où l’un des époux viendrait à disparaître. Dans cette perspective, les fougueux parents anticipaient leur apprivoisement mutuel. Au fond, tout le génie de la culture sexuelle indienne réside en cette improbable – et pourtant si juste – symbiose entre liberté et pudeur.

Loin de déboucher sur les affres de la concupiscence et autres débauches babyloniennes, la permissivité tribale amérindienne était génitrice d’ordre et de morale. Flamboyant paradoxe, qui n’échappa pas aux scrupuleux pères jésuites. Un observateur pouvait ainsi constater : « Même si l’adultère n’était pas légalement une offense, les maris ne s’y adonnaient en aucune façon évidente (…) les hommes s’abstenaient de leurs épouses durant de longues périodes chaque année et des couples restèrent unis même dans les cas où des maris devinrent définitivement impotents à cause de maladie. »

D’autre part, monogamie et polygamie s’enchevêtraient souplement, hormis au sein des quelques peuplades exclusivement régies par la première (Iroquois, Hurons). Il arrivait fréquemment qu’en raison de l’ampleur des tâches domestiques qui lui incombait, l’épouse demande à son mari de prendre une autre femme ; dès lors, le travail au sein du tipi serait partagé plus équitablement. Certains guerriers et chefs Indiens pouvaient cumuler cinq épouses, en raison de l’abondance des services qu’ils devaient à la collectivité (présents, festins…).

Le fait est clair : c’est bien le statut économique qui conditionnait avant tout le statut marital, comme l’attestent de nombreux exemples. Ainsi, à l’occasion des longues périodes de chasse, il était fréquent qu’un chasseur déjà marié contracte une nouvelle union : il s’agissait d’un mariage temporaire avec une « femme de campagne » qui troquait alors services sexuels contre nourriture. Lorsque l’absence de l’époux s’éternisait, la femme restée au campement pouvait s’offrir un concubin de circonstance. Dès lors, libre à elle de garder l’homme de son choix lorsque le mari serait enfin de retour ; le divorce était permis, et la proximité de la fratrie anéantissait tout risque de violence conjugale en retour. Fasciné par ces étonnantes pratiques culturelles qu’il observait au XVIIIe siècle, l’abbé Lafitau alla jusqu’à parler de… gynécocratie…

 

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Le vaginisme ou le langage du corps. Laure Mourichon pour Revue Sexualites Humaines 12

L’expérience de la kinésithérapeute (Par Laure Mourichon)

 
De nombreuses femmes osent aujourd’hui consulter pour ce qu’elles considèrent souvent comme une incapacité voire un handicap. L’approche proposée par le spécialiste du corps qu’est le kinésithérapeute est la première porte concrète qui ouvre ce dossier.
 
 
Le vaginisme est une contraction réflexe, inconsciente de la musculature périnéale que la femme met en place pour se protéger par peur de la pénétration lors du rapport sexuel ou de la consultation gynécologique. Cette hypertonie périnéale rend alors la pénétration difficile et douloureuse, voire impossible en cas de vaginisme sévère.
La psyché et le corps forment un tout indissociable, ils ne fonctionnent pas l’un sans l’autre. Les affects, les émotions vont avoir une incidence sur le corps. Le corps est un miroir qui traduit l’expression de notre ressenti, de notre vécu. Chaque être humain se construit à partir de son histoire familiale, de l’amour qu’il a reçu ou non, de son éducation, des principes religieux parfois. Sa route est parfois sinueuse, parsemée de doutes, d’interdits, de non-dits, de traumatismes.
Le vaginisme peut être primaire ou secondaire faisant suite parfois à des dyspareunies orificielles après infections vaginales répétitives ou après accouchement traumatisant.
 
Les causes d’un vaginisme primaire sont multiples :
- abus sexuels, attouchements sexuels ou climats incestueux dans l’enfance ;
- éducation très rigide où la sexualité est vécue comme quelque chose de sale, de malsain ;
- éducation religieuse stricte où le plaisir a peu de place dans la sexualité et où la virginité est primordiale ;
- relation très fusionnelle à la mère empêchant la femme de s’accomplir et de s’épanouir sexuellement.
 
Le corps est étonnant, il traduit en symptômes ce que la violence du traumatisme a empêché de verbaliser, refoulant au plus profond de la psyché, allant à oublier parfois l’acte lui même pour continuer à vivre.
Il devient l’expression d’une souffrance muette. Le corps a une mémoire, il se referme, se replie sur lui même. C’est un fonctionnement logique, protecteur que la femme met alors en place pour se protéger sans en avoir conscience.
 
 
Trois histoires cliniques
Marie, 30 ans, est pour la première fois amoureuse de Pierre. Les rapports sexuels sont impossibles.
 « Je ne peux pas regarder, ni toucher, ni sentir son sexe. Je me sens physiquement mal et des maux de tête m’envahissent. Pour moi la sexualité c’est sale, son sexe me dégoûte. »
Mon histoire est difficile car mon frère a violé ma petite cousine quand elle avait 4  ans. Mes parents ne m’ont rien dit et du jour au lendemain il a disparu de la maison. Il a été emprisonné et est mort à 22 ans d’un cancer. Je ne l’ai jamais revu.
« Avec lui, je ne m’étais jamais sentie sexuellement en danger, mais il était très violent. Dès que mes parents étaient partis, il me frappait avec des gants de boxe et une fois il a failli m’étrangler. »
 
Pascale, 25 ans, vit depuis six ans avec Serge. Ils ont du mal à avoir des rapports sexuels avec pénétration.
« Dès qu’il me touche, je me bloque. Pourtant il est très gentil et très compréhensif, je m’en veux de lui faire vivre cela mais c’est plus fort que moi. S’il m’embrasse, cela va, mais dès qu’il commence à me toucher la poitrine et le sexe, c’est comme une cassure en moi, des images apparaissent en premier plan et je ne peux plus rien faire. Mon beau-père m’a harcelée physiquement à la puberté. Il me réveillait dans mon sommeil, me disait j’ai envie de toi, je t’aime. Il me touchait la poitrine et se pressait contre moi. Je sentais son sexe en érection et j’étais morte de peur. Il ne m’a jamais pénétrée. Un jour, j’ai osé en parler à ma mère car je n’en pouvais plus, mais elle ne m’a pas cru.Une autre fois, alors que j’essayais de lui en reparler, elle m’a dit une phrase qui m’a choquée : il n’y a pas eu de pénétration, alors c’est bon. »
 
Sylvie, 30 ans, mariée depuis quatre ans, est envoyée par sa gynécologue. Elle l’a consultée pour insémination artificielle car elle veut absolument avoir un enfant mais n’arrive pas à avoir de rapports sexuels avec pénétration.
« J’ai été élevée dans les principes de la religion, on ne fait pas l’amour avant le mariage, la virginité est un cadeau précieux que l’on fait à son mari. Il peut me caresser mais si j’éprouve du plaisir, il faut que j’aille ensuite me laver, je me sens mal. J’ai regardé une fois mon sexe, je n’aimais pas voir cette partie molle qui ressemblait à un morceau de viande rouge rempli de sang. Je voyais quelque chose bouger, c’était sale, dégoûtant. »
 
La consultation sexologique va tenir compte de ces deux éléments indissociables, corps et psyché. En partant de son histoire, de son vécu, en lui permettant de mettre en mots sur ce qui n’a jamais parfois pu être verbalisé, en donnant du sens à son symptôme, c’est une première étape vers une ouverture, un lâcher prise, une perte de contrôle.
Et puis doucement intégrer ce corps et faire comprendre à la patiente pourquoi la pénétration est aujourd’hui impossible en repassant par des cognitions, et des explications à l’aide de planches anatomiques.
Nous avons vu précédemment que le vaginisme était un spasme de la musculature périnéale, mais c’est également tout le corps de la patiente qui est très contracté, particulièrement au niveau des fessiers, des adducteurs et des abdominaux. La région pelvienne est anesthésiée, cette partie du corps n’existe pas.
Alors, partons avec elle à la découverte de cette région sexuelle.
 



Le vagin
Tapi au plus profond de l’intimité féminine se cache une région, le plus souvent méconnue des femmes, que l’on nomme le vagin. Ce lieu est entouré de mystères, de tabous, d’interdits.
Le vagin vient du mot latin vagina, qui signifie « fourreau », « gaine ». Il relie l’utérus à la vulve. Il permet le coït et c’est une voie de passage du fœtus lors de l’accouchement. Il se situe entre la vessie en avant et le rectum en arrière et se fixe en haut sur le col utérin. C’est une cavité souple, humide, chaude dont les parois ne sont pas lisses mais ridées, permettant ainsi lors de l’excitation sexuelle de s’agrandir comme une amphore. Il est très extensible, s’adapte sans aucun problème à la taille du pénis. Son élasticité devient maximale pour laisser passer la tête du fœtus.

Le vagin est plus étroit au niveau de son tiers inférieur au niveau de la vulve à cause de la présence des élévateurs de l’anus. Chez la femme vierge, il existe à l’entrée du vagin un repli de peau appelé hymen. Cet hymen présente peu d’intérêt sauf sur le plan religieux et idéologique. Il permet le passage des menstruations. Lors du rapport sexuel ou d’une pénétration avec un doigt, il se déchire et cicatrise ensuite.
Il est riche en vaisseaux sanguins, veines et artères, mais pauvre en terminaisons nerveuses, sauf au niveau des élévateurs de l’anus.
Il est dépendant de l’imprégnation œstrogénique, perd de sa trophicité au moment de l’allaitement et à la ménopause, devenant sec et sensible.
Il ne contient pas de récepteurs superficiels et s’irrite vite lors des frottements. Par contre, il contient des récepteurs profonds appelés tenso et presso-récepteurs, qui permettent quand on les sollicite de déclencher des sensations très agréables.

Chez la femme vaginique, le creux vaginal est peu investi voire inexistant. Elles ont une véritable phobie de la pénétration : « S’il me pénétrait, le sang jaillirait et mes organes génitaux sortiraient. »
Elle voit souvent le sexe de leur partenaire surdimensionné, ne pouvant pénétrer une région fermée sans notion de creux.
Elles n’ont pas conscience également du creux utérin, ce qui provoque une peur de la grossesse et de l’accouchement par voie basse.
Si la pénétration est possible, elle est vite douloureuse car le bassin est bloqué par la contraction de tous les muscles entourant le petit bassin, et le rapport va se faire dans des mouvements de va-et-vient entraînant forcément des frottements sur la muqueuse vaginale responsables de brûlures et de douleurs.
La respiration abdominale, la prise de conscience de la bascule du bassin d’avant en arrière, vont permettre à la patiente de s’approprier cette région, de solliciter ses récepteurs profonds et de découvrir des sensations nouvelles et très agréables dans son vagin.

 
Le périnée
C’est un muscle qui est tendu du pubis au coccyx, qui s’insère sur les ischions et qui est un véritable plancher. Sorte de trampoline, il va amortir les pressions abdominales et maintenir les organes génitaux. La contraction des élévateurs de l’anus permet la continence urinaire et anale et joue un rôle capital dans la sexualité. C’est la porte d’entrée de la vulve et du vagin. Quand il se contracte, il referme cette région rendant le rapport sexuel difficile voire impossible ; quand il se relâche, la vulve s’ouvre et la pénétration est facilitée.
Il permet dans la sexualité de repérer l’excitation sexuelle, de la faire diffuser en se contractant dans des rythmes allant de lents à rapides. Au moment de l’orgasme, il se contracte fortement de façon rythmique.
Chez la femme vaginique, le périnée est hypertonique et le bassin en antéversion. La pénétration devient impossible car d’une part on est plus dans l’axe du vagin pour faciliter la pénétration, et de plus la porte d’entrée est fermée par la contraction des élévateurs de l’anus.
 


 
Une mise au travail
Pour ces patientes, c’est très rassurant de comprendre l’incidence du psychisme sur le corps, de leur donner un lieu d’écoute. Tout le travail corporel devra être développé à la maison :
-       Apprendre à se regarder de façon positive en développant son narcissisme, en regardant son vagin non plus comme un lieu sale mais en le comparant à un fruit mûr, juteux, onctueux, ou à une fleur sensuelle au pistil fier.
-       Apprendre à se toucher, en introduisant à l’aide d’un gel lubrifiant un doigt lentement pour partir à la découverte de son vagin comme un explorateur en terre inconnue.
-       Masser son périnée avec de l’huile pour le détendre.
-       Introduire des dilatateurs vaginaux en silicone, en commençant par la plus petite taille, à son rythme.
-       Sentir que la contraction du périnée ferme l’entrée du vagin et que le relâchement l’ouvre.
-       Prendre conscience que si le bassin est antéversion, la pénétration est impossible.
-       Erotiser ce creux vaginal plein de vie et en jouer. Prendre le temps de déguster, de sentir, de toucher, de savourer.

 

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Les jeunes et la prise de Viagra. Puissance et compétence sexuelle masculine. Sexualité aujourd'hui, par Veronique LOVENS Sexologue à Paris et à Liège

viagra«Assumer ce qui est communément appelé une relation sexuelle»
 
L’une, la compétence va souvent demander l’autre, la puissance sexuelle pour être réalisée.
Avoir une érection, pouvoir assurer une pénétration et vivre une éjaculation est ce qui est requis chez le garçon pour assumer ce qui est communément appelé une relation sexuelle. C’est ce que l’on nomme la puissance sexuelle masculine.
Dans la découverte de son organe sexuel le jeune garçon expérimente tout d’abord la présence de cette érection, puis la découverte de l’éjaculation, tout ceci se réalisant dans l’intimité de l’aventure de son corps sexué.
Lorsqu’il va être amené à une rencontre sexuelle, un élément va alors devoir être « assumé » qui est dans le chef de l’homme : la pénétration. Cette dimension requière la présence d’une érection suffisante pour assurer celle-ci.
Nous sommes devant une « expérience », expérience tant physique, que narcissique, qu’émotionnelle. Dès lors il n’est pas rare de voir poindre des craintes. Crainte de ne pas se voir à la hauteur de ce qui est attendu, crainte de sa propre image d’homme,…
 
 
« 1ères relations sexuelles, un rite de passage... »
 
 
Souvent chez les ados, le premier acte sexuel est vécu comme un « rite de passage ». Passage vers le monde des adultes. Cela aura donc des conséquences sur l’individu lorsque cette relation sexuelle ne sait pas se réaliser comme attendu.
Ce qui va amener certains à demander ou à rechercher à se procurer ces petites pilules bleues qui vont agir comme une « assurance » à cette performance.
 
Une fois les premiers ébats passés, la pression sur sa capacité à être puissant sexuellement est moins forte car expérimentée. Ce paramètre va donner plus d’espace à notre jeune premier pour trouver spontanément la confiance dans ses propres moyens. Cependant alors que la prescription de ce style de médicament peut parfois aider à dépasser l’angoisse de 1ère fois il ne faudrait pas que s’installe une dépendance par rapport à cette molécule. Dans ce scénario cela demandera alors à être accompagné.
 
 
«Une fois le stress des 1ères fois passé, la voie vers le développement des compétences sexuelles est ouverte»
 
 
Souvent passé le stress des 1 ères fois, si une relation émotionnelle et de tendresse s’est installée entre le jeune homme et sa ou son partenaire, la crainte par rapport aux performances diminue et ouvre la voie vers le développement de compétences sexuelles. Celles-ci sous entendent les qualités érotiques du jeune homme envers sa/son partenaire. Sa capacité à s’harmoniser avec l’autre, à aller à la découverte tant de ses propres sensations ressenties que données, de s’y laisser aller, de s’y abandonner. On retrouvera également cette capacité à donner sa confiance à l’autre qui permettra d’être mené, d’être emmené.
 
Nous passons d’un doute sur ses propres capacités physiques dans un premier temps à un doute de confiance. Confiance à se laisser aller, à lâcher prise, à suivre ses propres sensations, confiance encore accordée à l’autre. Dans ce cas-ci le viagra n’aura aucune action.
 
Le viagra aidera l’individu à obtenir une qualité érectile qui va le conforter dans la confiance de ses capacités physiques et par voie de conséquence dans son estime de soi. Ceci permettant à sa puissance masculine de s’exprimer et de se vivre. Ceci étant la voie de la compétence sexuelle est alors accessible à l’exploration.
A priori le recours à cette prescription ne doit pas être systématiquement refusée mais demande à être évaluée au cas par cas et peut aider certains jeunes à dédramatiser voire dépasser les pressions et ses conséquences néfastes sur les premières fois.
 
 
Véronique LOVENS, Maître-Assistant, Sexologue Clinicienne à Parisveronique lovens sexologue paris

www.sexologue-sexotherapeute.com





 

LOVENS Veronique Sexologue Clinicienne Sexotherapeute Liege 4020

Master en Sexologie à l’Université de Liège (Belgique)

Titulaire d’une maitrise en  sexologie

Formée aux tests de personnalité  par le Professeur C.MORMONT (Test de Rorschach système intégré selon EXNER et Test Aperception Thématique T.A.T selon Murray)

Formée à la thérapie relationnelle
 
- Nombreuses publications dans des revues scientifiques
 
- Obtention du prix Edouard- Jean Leblanc en 2006 (Décerné par la Société des Sexologues Universitaires de Belgique)
 
- Participation à des débats radiophoniques
  Invitée en qualité d’expert à une émission télévisuelle sur France 2 « Toute une histoire »


Dernières publications:
- Invitation Sexuelle, entre Joute et Détente
- Se laisser séduire, permettre de se laisser toucher.Parole de Sexologue
- sexualite et viagra. Les jeunes hommes, puissance et compétence sexuelle masculine

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