Orgasme

Les Couleurs du Plaisir, par Joëlle MIGNOT, Sexologue à Paris

Joelle Mignot

PORTES VERS LE SUBLIME. Fine connaisseuse de l’utilisation de l’hypnose en sexologie, Joëlle Mignot développe les connexions intimes entre couleurs et accès à l’un des grands plaisirs de la vie. Pour une hypnose subtile qui nous redit que le sexe est une relation créative.


Donner une définition du plaisir sexuel commune à la femme et à l’homme est une entreprise complexe tant les vécus sont subjectifs intersexe mais surtout intrasexe. Non réductible à l’orgasme, le plaisir sexuel s’invite dans toute vie individuelle à partir des premières traces corporelles de tout petit bébé en passant par les différentes phases de la construction de la sexualité à l’adolescence, puis à partir des différentes expériences qui vont sillonner l’âge adulte.

Non réductible également à sa dimension physiologique et aux circuits neuronaux, il ne l’est pas plus aux systèmes de récompense comportementaux, même si ceux-ci peuvent avoir des effets de renforcement ou d’inhibition qui ne manqueront pas de s’exprimer ou d’envahir le sujet à la moindre occasion. Hautement sensible aux interdits, aux croyances et aux idées reçues, mais aussi au trauma, le plaisir sexuel dépend donc avant tout du corps, de la sensorialité, de la sensualité et enfin de la souplesse psychique du sujet vis à vis des vécus et des pratiques sexuelles. Enfin la dimension créative de chacun va être à l’épreuve de l’évolution ou de la limitation du plaisir sexuel à sa décharge, du déploiement ou de la restriction à la manière d’un éventail coloré, capable de masquer, de retenir mais surtout de révéler ce qui était enfoui, à l’aune de la rencontre à l’autre qui servira, dans le meilleur des cas, de catalyseur.

L’utilisation, en hypnose, de l’éventail des couleurs va donner accès aux différentes portes du plaisir, corporelles, fantasmatiques et émotionnelles, quand celui-ci est annulé et perdu, nié et donc anesthésié, défensif et renversé en son contraire, la douleur, rendant le corps plaisir inaccessible, par identification à la lignée transgénérationnelle par exemple. Les mécanismes de défenses, boucliers contre l’angoisse mais néanmoins ressources métaphoriques exploitables en hypnose, imprègnent l’expression du plaisir sexuel dans ses aléas et ses souffrances.

PLAISIR SENSUEL ET COULEUR : LES POINTS COMMUNS

La nuance : le récent succès de 50 nuances de Grey interpelle sur cette notion qui fait appel, dans les deux registres de la couleur et du plaisir sensuel, au même mécanisme : l’intensité, le degré de perception, la subtile différence et le lien entre les sens comme le goût et la vue. Mécanisme qui fait dire à Simone de Beauvoir dans ses Mémoires d’une jeune fille en fleur : « Le rose des bonbons se dégradait en nuances exquises »1958, p.11) ; comme à Georges Sand dans Lélia (1839, p.499) : « Les prairies absorbèrent la rosée qui les blanchissait et se firent voir si fraîches et si vertes que toute autre verdure sembla effacée. Il y eut partout des nuances au lieu de teintes... » ; ou encore Colette par ces mots mystérieux : « L’étroit marais fleuri où l’eupatoire1, le statice2, la scabieuse3 apportent trois nuances de mauve » (La naissance du jour, 1928, p.26). Des hommes aussi comme Maupassant dans Contes et nouvelles (t.1, Baiser, 1882, p.607) : « Il nous manque une toute petite chose, le discernement des nuances dans la caresse ». Mais surtout Sartre dans l’Etre et le Néant4. Il définit la caresse comme un « façonnement », une « naissance de la chair de l’autre », « une révélation de soi-même et d’autrui ». « La caresse, dit-il, est l’ensemble des cérémonies qui incarne autrui ».

La vibration et la lumière : la définition même de la couleur implique la qualité de la lumière que renvoie un objet, et qui permet à l’oeil de le distinguer des autres objets, indépendamment de sa nature et de sa forme. Car « Personne ne peut être sûr de voir les couleurs comme les voit son prochain » (Rosenstiehl, Traité de la couleur, in-8o, 1913). Les couleurs impliquent aussi un ressenti, possèdent toutes une dimension affective et évocatrice liée à l’imaginaire. Elles sont donc un support imaginaire très utiles pour les associations d’idées, la mémoire, qu’elle soit corporelle ou au niveau des représentations visuelles. Ce sont ces trois dimensions que nous allons utiliser en hypnose en sexologie : sensations, affects, mémoire du corps et de la pensée.

DES COULEURS DES SEXES Chez la femme, nous nous arrêterons sur ce qui fait à la fois la force et la complexité de la sexualité féminine : son invisibilité. La petite fille construit sa sexualité sans voir son sexe. Elle peut le ressentir, l’explorer dans un premier temps sur un plan clitoridien, la fonction de plaisir vaginal s’appuyant sensoriellement sur les liens anatomo-physiologiques et neurophysiologiques entre clitoris et les muscles périvaginaux actifs dans l’orgasme. Mais comme nous l’avons dit, le plaisir sexuel ne se résume pas à l’orgasme.

La volupté est multiple autant que peut l’être un vécu subjectif lié à une construction, à une histoire, à un rapport au corps global, à la sensualité, à l’excitation, au désir et à la relation. L’induction de la couleur va donc permettre à cette femme venant consulter de rendre visible l’invisible. Et cela dans son sens premier qui est l’ouverture du champ de conscience sexuel. Plusieurs techniques d’utilisation des couleurs peuvent alors être utilisées :

- Tout d’abord la plus simple, la descente de l’arc en ciel qui alterne couleurs primaires et secondaires et qui permet l’approfondissement.

- L’évocation de chaque couleur permet des retours sur des évènements personnels en régression en âge.

- Les couleurs qui voyagent dans le corps, et notamment dans les zones sexuelles qui peuvent se colorer suivant l’intensité des ressentis : donner une couleur au désir, au plaisir, à l’excitation, à l’amour mais aussi à leur absence et à leurs émotion associées, doute, peurs, haine, douleurs.

- Beaucoup de femmes ont des croyances quant à leur capacité de développer un imaginaire érotique, l’attribuant plus fréquemment aux hommes. Or dans la récente étude de Philippe Brenot, Les femmes, le sexe et l‘amour, sur 3282 femmes ayant déjà ressenti un orgasme, 54,9 % des femmes utilisent lors de la masturbation un support d’excitation liées à des scènes imaginaires, 34,7% utilisent des souvenirs, et 22,9% des films X. Reste les 24, 3% qui n’en utilisent aucun. 70,2% déclare être stimulée par l’érotisme et 44,3% par la pornographie (contre 78 ,8% pour les hommes).

Chez l’homme, nous aborderons ici le plaisir sexuel à travers :
- Le lien entre la décharge orgasmique indissociable de l’éjaculation, de la montée de l’excitation et la force de la pulsion érectile plus ou moins vaillante.

- La dimension physiologique dans le mécanisme de l’érection, la turgescence du sexe masculin.

- La dimension « énergétique » de la pulsion sexuelle, la circulation de la libido « colorée » dans le corps global et non pas ciblé sur la zone sexuelle.

- L’ouverture sur les cinq sens en lien avec la vue, sens privilégié chez l’homme.

POUR ALLER PLUS LOIN, NOUS PARTIRONS DU ROUGE ... Symboliquement, le rouge est traditionnellement masculin. Couleur de la force, de l’activité et de l’agressivité, il fait référence au sang et à la gloire. La chaleur, l’énergie, la passion et le plaisir s’activent à partir du de la symbolique du feu associée à la couleur rouge. Nous sommes donc là directement dans le corps, et induire ou proposer la couleur rouge dans une visualisation hypnotique va être à la fois révélateur et dynamisant pour la sexualité. Le sang des règles, mais aussi celui de l’accouchement avec ses différentes tonalités émotionnelles peuvent émerger, et donc c’est avec beaucoup de délicatesse qu’il faut accueillir le vécu du patient face à cette couleur qui est le contraire de la neutralité.

C’est teinté de violet qu’il va évoquer le plaisir sexuel. C’est aussi la couleur du ventre. Le noir contenu dans le violet, couleur symbolique de l’entre-deux du bien et du mal, couleur de l’ambivalence, met en valeur la dimension érotique contenu dans le rouge. Ce n’est pas par hasard que la lingerie féminine rouge suscite chez beaucoup d’hommes des évocations excitantes associé au noir. Plus le rouge est clair, plus il évoque les sentiments, jusqu’au rose qui est franchement la couleur de l’affectivité, de la tendresse et du coeur mais aussi celui de la nudité et de la peau.

Alors quelques rouges pour rêver et pour en multiplier les effets… Pour la vue… le rouge carmin, corail, écrevisse, garance, pourpre ou rubis, le Titien, la Terracotta ou le vénitien, le Bugatti ou le Ferrari.

Pour le goût… rouge bordeaux, mais aussi bourgogne ou lie de vin, cerise, cassis, fraise écrasée, framboise, grenadine, paprika ou piment. Pour l’odeur du rouge… le bordeaux aussi… le bourgogne mais aussi le coquelicot, le cyclamen, le géranium, le pavot, la pivoine, le sang de boeuf, le saumon, la tomate… Pour le toucher… le rouge brique, le tomette, le crête de coq, le passe-velours, le queue de renard mais surtout le cuisse de nymphe et l’incarnat… Mais surtout le sexe féminin… Nous passerons par l’orange, couleur de la saveur par excellence…

Couleur de l’exotisme, de la peau chaude et bronzée, gorgée de soleil, de l’anti-conventionnel, de la distraction, du feu sous la braise… Les fruits juteux comme l’abricot ou la pêche à la pulpe tendre et fraîche. Amis aussi le safran ou le curry qui emporte la bouche et les sens, sans parler des taches de rousseur qui ont fait rêver beaucoup d’homme amoureux de Marlène Jobert. Il y a des femmes orange très captivantes… La bascule vers le jaune dans sa contradiction symbolisée par l’or et le souffre. Couleur rayonnante, évocatrice du soleil et de l’été. L’ambre suave, la vanille vibrante, le miel doux, le gingembre piquant autant de parfum évocateurs de sensualité du jaune qui s’épanouit dans le blond associé au solaire de la chevelure.

Symbole de rayonnement, les grecs anciens cherchaient à éclaircir leurs cheveux pour s’approcher des dieux. Dans sa connotation sexuelle, le jaune est la couleur aussi de la prostituée (couleur des exclus) et donc du plaisir pour le plaisir, Brassens dirait du « stupre et de la fornication ».
Le vert est la couleur ambivalente par excellence. Aimé ou détesté, il est pour notre propos, celui de la nature, des ébats champêtres, de la fraîcheur mais surtout la couleur de la fécondité. Le jade chinois est considéré comme le sperme du dragon céleste, symbole de force vitale et de fertilité.

Vénus, déesse des jardins aux multiples nuances de vert est aussi celle de la beauté. L’évocation en hypnosexologie de la couleur verte et de toutes les évocations de germination, d’évolution de la sexualité adulte à partir de l’humus de l’enfance, des premières traces de la sensualité, de la mémoire sensorielle, de l’amour naissant pourront être exploitées.

JOËLLE MIGNOT Directrice d'enseignement des D.I.U. de Sexologie et de Sexualité Humaine, Faculté de Médecine de Paris 13 - Bobigny. Co-directrice du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains de l’université Paris 7 Diderot. Présidente de l'A.S.Cli.F. Vice-présidente de l’Institut Milton Erickson Avignon Provence. Rédactrice en chef de la revue Sexualités Humaines. Membre du Comité Stratégique de la chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l’Unesco. Auteur et conférencière.


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LANCER LES NÉCESSAIRES DÉBATS - Dr Thierry Servillat
Ça y est, les temps ont changé : l’hypnose – au moins la chirurgicale – entre dans tous les hôpitaux ou presque, et de nombreuses cliniques s’y mettent. Et en « ville », comme on dit, de plus en plus de thérapeutes brefs utilisent l’hypnose, consciemment ou non. Une sorte de consensus s’installe, renforcé par l’avis plutôt favorable récemment émis par l’Académie de Médecine.


TERRA HYPNOSIA - Dr Dominique MEGGLÉ Conférence donnée au VIII° Forum de la CFHTB à Strasbourg le 18 mai 2013
LES VIEILLES CARTES SONT PRÉCIEUSES
Dans un style de plus en plus affirmé, Dominique Megglé proclame ses convictions sur ce qui lui paraît essentiel de l’hypnose thérapeutique. En reparcourant le travail d’Erickson qu’il vit lui-même dans son propre voyage vital. Avec lui, HYPNOSE & Thérapies brèves est heureuse de lancer le

LA BELLE ET LA BÊTE - Marilia BAKER
S’IMPLIQUER À DEUX. Conte d’origine française, La Belle et la Bête est très connu outre Atlantique. Marilia Baker, thérapeute brésilienne vivant en Arizona, nous montre comment il peut être richement utilisé en thérapie de couple.


ÊTRE THÉRAPEUTE - Jean-Philippe VERON
UN FILM D’ERREURS EN 3D Ostéopathe devenu psychologue, Jean-Philippe Veron aborde sous trois angles comment l’erreur fait partie intégrante de la vie de thérapeute. Sur le mode de l’humour, une question éthique centrale est posée. Un texte publié avec l’accord de l’association Paradoxes.


HYPNOSE ET NEUROSCIENCES - Dr Luc FARCY et Dr Adrien LORETTE
UN DIALOGUE FRUCTUEUX ET SÉCURISANT Fini le temps où le clinicien ne pouvait appréhender les neurosciences que sous l’angle d’une fascination bien souvent stérile et d’ailleurs généralement temporaire ou intermittente. Une nouvelle manière de voir est présentée ici, où le clinicien peut trouver dans les résultats des chercheurs des résonances de sa pratique quotidienne qui vont le rassurer et stimuler sa créativité.


Petites poucettes - Dr Thierry SERVILLAT
Printemps 2013, France, un jeune philosophe de 83 ans est en tête des ventes avec un essai1 écrit pour « ce nouvel écolier, cette jeune étudiante » d’aujourd’hui, qui – c’est « une des plus fortes ruptures de l’histoire depuis le néolithique »- habitent la ville tout en s’efforçant de ne pas polluer, vivent dans un « monde plein » de presque 7 milliards d’individus, et qui peuvent en moyenne espérer atteindre l’âge de 80 ans. A peu près l’âge de l’auteur justement.


« Encore heureux ! » Dr Stefano COLOMBO
Frédéric ne possède ni voiture, ni moto. Encore heureux d’avoir un vélo, se console t-il en l’enfourchant pour se diriger vers la forêt toute proche. Il a une profonde envie de se remplir les poumons des parfums des arbres et du sous-bois.


Avancées et limites - Antoine BIOY
Nous commençons cette rubrique par deux jolies publications françaises. Citons d’abord celle de Patrick Catoire et al. qui étudient le transfert d’embryons avec une préparation incluant l’hypnose par rapport à une préparation standard (médicament et relaxation). Ils montrent l’absence de différence tant sur le niveau d’anxiété, que sur le ratio de naissance.


Hypnose musicale DE BACH À DEBUSSY - Dr Stephane OTTIN PECCHIO
En présentant aux congrès de Brème et de Strasbourg les processus hypnotiques que l’on trouve dans les oeuvres de Bach et Debussy, j’ai associé deux compositeurs qui, à première vue, s’opposent.
La musique de J-S. Bach, comme toute la musique baroque, exerce un effet apaisant.


Le Certificat d'Hypnose Clinique - Dr Patrick BELLET
UN ENJEU PROFESSIONNEL POUR LA CFHTB !
Nous sommes à un moment clé de notre développement. Le 8ème Forum à Strasbourg a marqué une évolution européenne de notre travail, 2015 à Paris verra son exposition internationale.
En 1996, la CFHTB s’est créée à partir d’une prise en considération de notre identité et de sa spécificité. Simple, simplissime même !
Les différents « acteurs » francophones étaient dispersés, sans contacts les uns avec les autres, aucune structure ne les réunissait et pourtant les potentialités existaient. Isolées.

DU SYMPTÔME AU SOUVENIR. Ou quand Monsieur Victor perd son désir sexuel… Revue Sexualités Humaines 13. Steven REICHENBACH

Voici un extrait de la prise en charge par EMDR d’un patient présentant une baisse du désir sexuel associée à une baisse de la rigidité lors de l’érection.
 
 
1- Déroulement des séances suivant le modèle en 8 phases de la thérapie EMDR
 
Première séance
 
Motif de la consultation et anamnèse (Phase 1 de la thérapie EMDR)
Je suivais ce patient, que nous allons appeler Monsieur Victor, de façon occasionnelle pour une symptomatologie anxieuse depuis trois ans. Il était alors dans un travail de séparation d’avec sa femme. Il vivait de façon culpabilisante ce divorce qu’il réclamait d’autant plus qu’il avait un enfant en bas âge. Il présente un style d’attachement anxieux-résistant avec une tendance à chercher une relation très proche. C’est ainsi qu’il me propose, lors d’un de mes voyages, de contacter le copain d’un copain qui pourra m’aider si je devais rencontrer des difficultés dans le pays lointain en question. Il a pu retrouver une femme aimante quelques mois après.
Lorsqu’il revient me voir deux ans après, il me dit présenter une baisse du désir sexuel et une érection moins rigide depuis un an. Sa femme accepte difficilement ces difficultés qui représentent pour elle la preuve d’un manque d’amour envers elle.
Dans ses antécédents, on note une ectopie testiculaire opérée plusieurs fois dans son enfance.
 
Conceptualisation de cas :
 
On peut poser comme hypothèse chez ce patient que son trouble du désir et sa baisse de rigidité à l’érection est multifactorielle :
- psychogène : en raison de son anxiété permanente et qui est centrée sur son sexe et sur ses capacités érectiles ;
- relationnelle : le manque de compréhension et donc de soutien de sa femme rend la résolution des difficultés plus difficile 
- organique : la cryptorchidie pour laquelle le patient a été opéré dans son enfance demande à être contrôlée au niveau urologique et endocrinien à la recherche d’une hypotestostéronémie.
 


 
Plan de traitement :
 
Nous adoptons alors le plan de traitement intégré comme souvent en sexologie en raison des nombreuses facettes constituant le symptôme :       
- recevoir le couple en consultation conjointe après le résultat de la consultation urologique pour associer sa femme à la prise en charge proposée ;
- demander un bilan urologique et hormonal ;
- travailler sur l’aspect émotionnel, c’est-à-dire sur son angoisse d’échec et de performance qui sinon crée, du moins entretient, la symptomatologie. Nous pensons ici à la thérapie EMDR, une thérapie neuro-émotionnelle qui a été développée dans les numéros précédents par le Professeur Cyril Tarquinio (« Sexualités humaines », 2011).
         Le patient accepte le principe du traitement d’autant plus facilement qu’il existe une bonne alliance thérapeutique entre nous depuis les trois années que je le suis.
 
 
Deuxième séance
 
A la deuxième entrevue (un mois plus tard) : Monsieur Victor vient accompagné de sa femme. Le bilan urologique et endocrinien a montré une hypotestostéronémie et a entraîné la prescription d’injection de testostérone.  Malgré cette supplémentation hormonale à une dose suffisante, Monsieur Victor continue de présenter un manque de désir.
         Nous expliquons à sa partenaire pourquoi ces symptômes existent (séquelles de cryptorchidie, terrain anxieux). Nous l’informons que nous allons travailler sur son anxiété en relaxation mais aussi en EMDR. Nous lui parlons d’emblée des exercices de stimulation sensorielle de Masters et Johnson (sensate focus) que le couple pourra entreprendre une fois que Monsieur Victor sera capable de contrôler ses anxiétés en intégrant les techniques de relaxation et en se libérant de certaines peurs inhérentes à sa personnalité anxieuse.
         La compagne accepte la prise en charge même si elle insiste être contrariée par tous ces problèmes.
         Monsieur Victor paraît soulagé qu’une prise en charge existe même s’il reste sceptique quant à l’efficacité de l’EMDR !
 

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SYMPTÔMES VOISINS, SYMPTÔMES COUSINS…Dyspareunie et vaginisme. Esther Hirch pour Sexualité Humaine 13

Par son regard croisé, l’auteur revient sur des fondamentaux qui seront utiles aux sexologues débutants, mettant ainsi dans une perpective très pédagogique la question délicate du « voisinage » des symptômes dans la sexualité féminine.
 
Très voisins, deux troubles seront traités ensemble à partir de l’idée du réflexe conditionné :
- de contraction involontaire des muscles péri-vaginaux lors de toute tentative de pénétration quelle qu’elle soit (le doigt, le spéculum, le pénis) dans le vaginisme ;
- de douleur pendant les rapports sexuels dans la dyspareunie, douleur tantôt superficielle, tantôt profonde, et ce même si la femme est désirante, réceptive et orgasmique…
 
L’examen gynécologique est bien accepté en général par la femme dyspareunique, avec l’espoir de découvrir la cause organique responsable de la douleur.
Par contre, cet examen est pratiquement toujours impossible chez la vaginique. En effet, dès l’approche du toucher vaginal, la femme vaginique resserre les cuisses en contractant ses adducteurs, se rejette en arrière en poussant sur les étriers de la tableau d’examen voire saute de celle-ci, réactions parfois théâtrales témoignant de sa phobie.
Lorsqu’elle parvient, malgré tout, à se dominer, l’examen permet de discerner un vaginisme superficiel d’un vaginisme profond.
Dans le vaginisme superficiel, il y a contraction des muscles bulbo-caverneux, du muscle constricteur du vagin et des muscles péri-vaginaux, empêchant tout accès au vagin.
Dans le vaginisme profond, il y a contraction du muscle releveur de l’anus, si bien que l’entrée dans le vagin est possible sur 1 centimètre.
 



1. Quelles sont les causes du vaginisme et de la dyspareunie ?
 
La plupart du temps, on retrouve plusieurs causes physiques et/ou psychiques qui se surdéterminent en rentrant dans un cercle vicieux qui enferme la femme dans son trouble.

Classiquement, le vaginisme trouve son origine dans des problèmes psychiques. La dyspareunie serait initiée par une lésion génitale, puis réactivée secondairement par des problèmes conjugaux et/ou personnels. Dans un certain nombre de cas, la dyspareunie existe sans qu’il y ait eu une lésion initiale (Tableau 1).

Dans la réalité, douleur et contraction musculaire se mêlent souvent. Par ailleurs, une cause physique n’exclut pas une mésentente conjugale ou une problématique personnelle. La douleur étant quelque chose de subjectif, il est difficile d’apprécier sa réalité organique.

On pourra dire sans se tromper que le symptôme (dyspareunie ou vaginisme) est psychique s’il n’apparaît qu’avec un seul partenaire, ou si la douleur varie ou si elle n’existe que par le pénis et non par le spéculum (attention cependant aux facteurs organiques cachés).

La douleur est physique si elle est provoquée toujours par la même palpation ou les mêmes manœuvres. Le thème de la douleur occupe donc une place importante dans le discours des femmes vaginiques ou dyspareuniques : « J’ai peur d’avoir mal… » ; « Le pénis est trop grand pour mon vagin, il va me blesser… » ; « J’ai déjà eu de la douleur lors d’une tentative de pénétration. »
 

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LE BAROQUE : de l’extase à l’orgasme mystique. Par Michel Febvre pour Sexualités Humaines 12

De toutes les périodes de l’histoire de l’art, la période du baroque est probablement celle où les émotions, l’instantanéité des attitudes et des mouvements ont été le plus fidèlement reproduites. C’est vrai en musique avec l’utilisation des voix de castrats dans l’opéra, c’est vrai également dans l’architecture et dans la sculpture. C’est cette forme artistique qui sera le sujet de cette chronique.
 
 
Baroque vient du portugais barroco, mot utilisé en joaillerie pour désigner une perle ayant une forme irrégulière. Il désigne également un rocher irrégulier, une grosse pierre. On le retrouve dans le dictionnaire de l’Académie Française avec la même signification à la fin du XVIIe siècle. Un siècle plus tard, dans ce même ouvrage, c’est son sens figuré qui est mis en premier avec toujours ces notions d’irrégularité, d’inégalité et de bizarrerie.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ce mot fut utilisé par les critiques d’art pour définir cette période, avec une connotation nettement péjorative.
                       
Le baroque débute en Italie à  la fin du XVIe siècle, succédant au maniérisme. Il se propage en Europe jusqu’à la fin du XVIIIesiècle et s’achève par la période dite rococo. Dégénérescence du baroque ou forme artistique originale ? Nous laissons cette discussion aux spécialistes. Le baroque va toucher tous les domaines de l’art : peinture, architecture, sculpture naturellement, mais aussi la littérature, la philosophie et également la musique avec la naissance de l’opéra et le passage de la musique des lieux sacrés aux scènes profanes, l’utilisation des voix de castrats dont l’engouement sera inimaginable. Tous les grands compositeurs de cette période écriront pour eux : Monteverdi, Porpora, Vivaldi en Italie ; Lully, Rameau en France ; Haendel en Angleterre.
Le baroque se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance, l’art de la mise en scène et de l’illusion.
 
Si nous replaçons le baroque dans son contexte historique et religieux, il est intéressant à remarquer qu’il succède à la Réforme et qu’il en est probablement une des réactions. Calvin et Luther ont prêché pour le retour aux sources de l’Eglise, le besoin d’une plus grande rigueur, d’une austérité, le retour à la pauvreté, à une plus grande religiosité. Le mouvement réformé a eu une très large audience et a amené l’Eglise catholique à évoluer ; le Concile de Trente, qui s’est tenu de 1545 à 1563, a essayé d’apporter des réponses à ce qu’elle considérait comme une hérésie. Il faut accueillir les fidèles dans des lieux majestueux, les instruire aussi par l’imagerie religieuse qui pourra traduire des émotions tant par la sculpture que par la peinture.
On a utilisé pour désigner l’art baroque les expressions « d’art jésuite » et d’art de la contre-Réforme. N’oublions pas que ce fut en France une période de guerre civile et d’atrocités (les guerres de religion, Louis XIV réprimant très durement les camisards).
 


 
L’ère baroque prend naissance en Italie vers 1600. D’abord à Naples puis à Rome, où trois noms dominent : Pietro da Cortona, peintre, Francesco  Borromini, architecte, et surtout Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, artiste complet, sculpteur de formation mais aussi architecte et peintre. C’est à ces deux derniers artistes que l’on doit la plupart des monuments baroques civils et religieux de cette ville. Puis c’est Gênes, avec le travail du Français Pierre Puget, pour atteindre enfin le Piémont. Le mouvement baroque va se propager en Europe suivant un croissant flirtant avec la côte méditerranéenne. C’est à Marseille que l’on retrouve encore Pierre Puget. L’hospice de la Vieille Charité, qu’il réalisa dans le quartier du Panier, est un des plus beaux monuments emblématiques de cette période avec sa vaste cour rectangulaire bordée sur trois côtés de galeries dont les colonnes se superposent sur trois étages, et sa chapelle toute rose, au toit ovoïde qui s’y dresse en son centre. A l’intérieur, aucun artifice ni simulacre, la pierre rose et la lumière remplissant tout l’espace. Ce monument vient d’être restauré, il accueille maintenant des expositions.
 
Notre croissant se prolonge en Suisse (région de Saint-Gall), en Allemagne du sud (Bade-Wurtemberg et région du lac de Constance), avec son foisonnement d’abbayes et d’églises : Ottobeuren, Birnau, Salem, Zwiefalten, en Bavière, en Souabe-Franconie avec Wurtzbourg et les peintures de Tiepolo à la Résidence, Bayreuth, le château de Pommersfelden, le lieu de pèlerinage de Vierzehnheiligen. Il gagne l’Autriche avec les abbayes de Melk et de Saint-Florian, la ville de Vienne (le Graben ou colonne de la Peste, l’église Saint-Charles Borromée). Il atteint et se termine vers 1750 en Tchécoslovaquie, haut lieu du baroque avec deux grands sculpteurs : Matyas Braun et Jan Brokof. La ville de Prague était (est toujours, je l’espère) un musée à ciel ouvert (pont Charles et quartier de la Mala-Strana).
 
Cent cinquante ans pour la mise en place de l’architecture et de la sculpture baroque dans ces régions d’Europe. Nous pouvons superposer cette carte de géographie avec l’histoire de la religion catholique. C’est là que la Réforme a pris un grand essor, conduisant à cette forme d’art en réaction. Curieusement, la France n’a pas été une grande terre d’accueil pour le baroque. On peut l’expliquer en grande partie par l’opposition du roi Louis XIV qui n’appréciait pas ce type d’architecture. Le Bernin, pressenti pour réaliser la façade orientale du palais du Louvre, fut très mal accueilli lors de son séjour en France, la statue équestre du roi Louis XIV qu’il sculpta ne fut jamais installée.
 
La peinture baroque connut une expansion plus forte en Europe : Pierre Paul Rubens en Flandre, les peintres français Pierre Mignard, Simon Vouet, Nicolas Poussin et La Tour, Murillo et Vélasquez en Espagne.
 
Dans la deuxième partie de ce travail, nous tenterons d’illustrer les différentes caractéristiques du baroque par des exemples découverts lors de nos voyages. En premier, nous évoquerons un personnage emblématique retrouvé aussi bien dans l’art sacré que profane : le putto.
« Ce mot italien intraduisible désigne un jeune garçon, un préadolescent, quelquefois un bambin, qui tient des cupidons païens ses joues dodues, ses fesses potelées, et des anges chrétiens ses mines pâmées. » « Ces putti sourient, cabriolent et virevoltent sur les retables, dans des débauches de stucs et de marbres. » Un exemple : le putto sculpté par Feuchtmayer appelé Honigschlecker, le Tâte-Miel. La statue date de 1750, se trouve dans l’église de Birnau, au bord du lac de Constance. Elle se situe sur un petit socle en marbre à gauche de l’autel. La jambe droite repose sur le socle, la gauche cherche un appui sur le montant du retable. Il est délicieusement potelé et tient une ruche sous son bras. De cette ruche s’échappent une multitude d’abeilles qui pendent en grappe à l’entrée. Il suce un des doigts de l’autre main, on peut imaginer  qu’il l’a trempé au préalable dans le miel et qu’il le goûte. C’est frais, charmant, sensuel, très théâtral. Les anges ou angelots peuvent se retrouver suspendus aux corniches des plafonds, les jambes pendantes dans le vide, ou accrochés aux chaires des églises.
 


 
Le baroque, c’est l’art del’illusion, le triomphe du trompe-l’œil. Andrea Pozzo, père jésuite auteur d’un traité de la perspective, a peint un chef-d’œuvre, le plafond de l’église Saint-Ignace à Rome représentant le saint en gloire au sommet d’architectures fictives de colonnes et d’arcades, envoyant ses missionnaires sur les quatre continents. Un ciel rayonnant, une coupole feinte complètent cette illusion parfaite.
Un souvenir personnel : visitant et admirant le plafond, je remarquai un pigeon qui essayait de s’échapper par cette coupole peinte. Il se cognait invariablement au plafond, trompé lui aussi par les savantes perspectives de l’artiste.
Une autre anecdote sur l’illusion : visitant à Prague l’église Saint-Nicolas de la Mala-Strana, je m’interrogeai sur la nature du matériau recouvrant les hauts piliers, marbre véritable ou peinture ? Amorçant une chiquenaude d’un doigt sur un pilier, je fus arrêté par la voix d’un sacristain cerbère qui me lança : « Primitivo ! » Je pense avoir retenu la leçon.


Le baroque c’est la théâtralité, le sens de la mise en scène du plaisir, de la souffrance et de l’extase.
Le Saint Sébastienréalisé par Antonio Giorgetti, un élève du Bernin, en est une illustration. Il se trouve dans l’église Saint-Sébastien, hors les murs à Rome, sous l’autel reposant sur un lit de marbre. C’est un jeune homme presque nu, allongé sur le dos, tête et buste relevés. Un drapé recouvre partiellement cette nudité. La tête est renversée, les yeux clos, la bouche légèrement entrouverte. Sa chevelure bouclée se répand en abondance sur ses épaules. Il n’a pas de barbe mais est pourvu de favoris. Son bras gauche est étendu le long du corps, le bras droit replié, la main sur la poitrine. On retrouve les stigmates de son supplice, quatre flèches plantées dans l’abdomen, les cuisses et le bras gauche. S’ils n’étaient présents, on pourrait penser qu’il dort ou se repose. Son visage est serein, les traits détendus, presque souriant ou extatique, le corps alangui. Il ne paraît pas souffrir ou a déjà transcendé cette souffrance. Je pense que cette mise en scène était là pour parfaire l’éducation religieuse des fidèles. Sébastien était un archer romain, supplicié sous Dioclétien du fait de sa conversion au christianisme. Laissé pour mort, il fut recueilli et soigné par Irène, venue pour l’inhumer. Le martyr de saint Sébastien a été très souvent représenté, en peinture ou en sculpture. Ce qui est très rare, c’est de le représenter couché et dans cette attitude voluptueuse. En général, il est debout et attaché pour son supplice. De même cette attitude extatique est exceptionnelle chez un homme, réservée le plus souvent à une femme.
 
C’est ce que nous allons voir maintenant avec les personnages de la bienheureuse Ludovica Albertoni et de sainte Thérèse d’Avila.
Nous retrouvons notre bienheureuse Ludovica dans une alcôve de la chapelle Altieri, de l’église San Francesco a Ripa, au bord du Tibre, à Rome. Sculptée par Bernini, elle repose sur un lit de marbre la tête appuyée sur un coussin lui-même richement ciselé. Allongée sur le dos, jambes légèrement repliées, recouverte d’un foisonnement tumultueux d’étoffes lui prenant également la tête, elle est manifestement en pâmoison : tête à demi renversée, yeux clos, bouche légèrement entrouverte, elle presse vigoureusement son sein de sa main droite au comble d’une exaltation lui faisant perdre les sens. Son visage est doucement ravagé par l’extase, son corps secoué de frissons. Elle est observée par une dizaine d’angelots qui se détachent du mur au-dessus d’elle.
Nous sexologues pourrions retrouver l’attitude du lâcher prise émotionnel avec ce mouvement du haut du corps accompagnant la décharge orgasmique… Née dans une famille noble, elle fut mariée à 20 ans contre son gré, eut trois filles. Devenue veuve, elle entra en religion, consacrant son temps et sa fortune aux pauvres. Elle était connue pour ses extases religieuses et ses dons de lévitation.
 

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LOVENS Veronique Sexologue Clinicienne Sexotherapeute Liege 4020

Master en Sexologie à l’Université de Liège (Belgique)

Titulaire d’une maitrise en  sexologie

Formée aux tests de personnalité  par le Professeur C.MORMONT (Test de Rorschach système intégré selon EXNER et Test Aperception Thématique T.A.T selon Murray)

Formée à la thérapie relationnelle
 
- Nombreuses publications dans des revues scientifiques
 
- Obtention du prix Edouard- Jean Leblanc en 2006 (Décerné par la Société des Sexologues Universitaires de Belgique)
 
- Participation à des débats radiophoniques
  Invitée en qualité d’expert à une émission télévisuelle sur France 2 « Toute une histoire »


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