Livres Sexologie Sexualité

Lorsque la production ne dure qu'un temps. Clothilde Lalanne

Une quarantaine plus tôt, la pré-adolescente à l’annonce de ses règles entendait « ça y est ! tu es devenue une femme ! ». Presque « bravo ! », comme si elle réalisait une victoire.

Dans certaines familles, il se déroule même une fête. Dans d’autres, la pudeur impose le silence : c’est le secret des femmes. Mais alors, avant ? Non? Apparemment « femme » veut dire apte à la reproduction. Donc, peut créer une famille. Doit ? Le questionnement peut se poser, tant les premières règles sont importantes, en positif ou en négatif. Sinon ? Sinon la femme est soit « égoïste », regardée alors avec désapprobation, soit « handicapée », regardée alors avec pitié : « La pauvre ! » De ce fait, dès que l’homme entre dans le paysage de la dite femme, une liaison se crée, et la phrase surgit : « Alors, c’est pour quand ? Le petit », ou... le mariage pour « le petit... ».

Chez l’homme, quel est le passage, le mot qui dit : « Tu peux organiquement avoir un enfant », « tu peux être productif», « tes spermatozoïdes sont-ils suffisamment vigoureux ? ». Maintenant, imaginez comment certaines femmes – toujours femmes ? – peuvent vivre leur ménopause. Plus bonnes à rien. Plus utiles pour l’homme pour sa descendance. Plus productive !

L’homme, lui, peut aller vers une plus jeune et poursuivre sa reproduction, sa descendance pour continuer à exister après sa mort. La femme ? Terminé ! La limite est atteinte. C’est dans ces situations que nous rencontrons la différence entre se marier pour « construire une famille » ou « construire un couple ». Discours posé souvent dans les «thérapies de couple ». Mais si les deux antagonistes étaient passés devant le maire pour des raisons différentes !

« Bien sûr pour créer une famille, mais également un couple ! » Ou bien « pour créer un couple mais d’abord pour avoir des enfants ! ». Alors, maintenant ? Les enfants partent, peu à peu, alors le « nous » existe-t-il encore ? Bien des séparations se situent là, dans cette phase relationnelle. Autre discours également : « J’ai voulu me marier parce que je l’aimais. » Aimer quoi en lui ? Le bon géniteur ? Le futur père de vos enfants ? Comme compagnon de vie ? Sujets tant traités dans nos cabinets, entraînant de profondes réflexions.

De toutes manières dans le « désir d’enfant », nous retrouvons bien de « l’ego centré », sous diverses formes. Il peut être sécurisant de penser qu’après la mort quelque chose reste, se dit de nous. Nous ne sommes pas tous reconnus comme méritant une rue, une avenue, un boulevard, une tour. Nous ne sommes pas tous célébrés ! Nous pourrions narrer encore beaucoup d’autres exemples, croisés dans notre pratique.


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L'andropause. Patrick Leuillet

Si la réalité de la ménopause est incontestable, en revanche bien des spécialistes ont longtemps douté, et certains doutent encore, de l’existence d’un phénomène
masculin équivalent.


Si l’on parle abondamment de la ménopause et de son hormonothérapie qui font l’objet de recherches constantes, même si les données sont parfois contradictoires, à l’opposé on a, jusqu’à une époque récente, moins volontiers parler de l’andropause, comme si, en étant volontiers provocateur, on en faisait une « maladie honteuse », comme si l’andropause signifiait qu’un homme cesse d’être un homme. Cela s’explique sans doute par le fait qu’elle ne marque pas l’arrêt de la fertilité masculine et que tous les hommes ne sont pas concernés.

L’andropause ne se traduit pas par une frontière bien nette, avec un avant et un après, mais plutôt par une baisse partielle, progressive, inconstante et variable selon les individus de la testostéronémie, pouvant être à l’origine chez certains hommes d’un ensemble de signes cliniques divers dont le collectif doit alerter le clinicien en vue d’une prise en charge. Nous y reviendrons. Par ailleurs, il faut être prudent et ne pas étiqueter andropause ce qui est de l’ordre du vieillissement physiologique masculin.

De fait, le terme d’andropause paraît peu adapté. Il ne devrait plus être utilisé (Wagner et Costa, 2013). C’est à Werner en 1939 que l’on doit la première description du « male climactere» et ce n’est qu’en 1952 que le mot « andropause » est apparu dans le dictionnaire de la langue française, repris par Henker en 1977 pour désigner une symptomatologie clinique masculine pendant de la ménopause chez la femme. De nos jours, on parle plutôt de « Partial Androgen Deficiency of theAging Male » (PADAM), et en France le terme de syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge (SDT) est préconisé par le comité d’andrologie de l’Association française d’urologie (AFU) (Wagner et Costa, 2013). Autre dénomination courante, le « Déficit androgénique lié à l’âge » ou DALA.

Même si les hommes ne souffrent en effet d’aucun arrêt franc ni de la fertilité, ni de l’activité sexuelle, ni de la sécrétion d’hormones mâles par les testicules, néanmoins de nombreuses recherches démontrent que chez une proportion non négligeable de la population masculine peut survenir, avec l’âge, un déficit de la sécrétion de testostérone qui s’accompagne d’un ensemble de symptômes cliniques variés qui peuvent s’avérer délétères pour la qualité de vie. Ceci dit, la baisse générale et progressive des sécrétions testiculaires constatée par les différents travaux ne s’accompagne pas systématiquement d’un déclin brutal des aptitudes physiques et les valeurs de la testostérone plasmatique restent en général au-dessus des valeurs les plus basses observées chez les jeunes hommes bien-portants (Belaïsch, 2007 ;Bondil, 2008 ; Wagner et Costa, 2013).

De ce fait, on ne peut réellement parler d’« andropause » qu’en présence d’un déficit biologique androgénique associé à des signes cliniques évocateurs, notamment sexuels, et non face à une « presbybiologie sexuelle » isolée qui reste tout à fait compatible chez nombre de sujets âgés avec la poursuite d’une vie sexuelle (Bondil, 2008).

QU’EN EST-IL DU DÉFICIT ANDROGÉNIQUE LIÉ À L’ÂGE ?

Avec l’avancée en âge, dans une société où l’amélioration de l’espérance de vie est particulièrement nette dans les pays développés, on voit apparaître chez certains hommes des symptômes ressemblant à ceux observés en cas d’hypogonadisme. Dès les années 1980, plusieurs études transversales ont démontré une diminution de la testostérone circulante au cours du vieillissement chez l’homme en dehors de tout contexte pathologique. Cette diminution de la testostérone avec l’âge a été confirmée par des études longitudinales au début des années 2000 permettant de mieux cerner l’évolutivité de celle-ci. Cette diminution débute tôt, dès la troisième décennie, avec une décroissance constante, progressive, sans cassure brutale, pendant toute la vie, avec des variations individuelles (Lejeune, 2001). Par ailleurs, cette diminution est d’environ 1 % par an pour le taux de testostérone totale et s’accompagne d’une augmentation de la sécrétion de la protéine de transport, le SHBG, et d’une disparition de son cycle nycthéméral. Le taux de testostérone libre diminue aussi, un peu plus tardivement (vers 35 ans), mais avec une pente un peu plus prononcée de 1,5 % par an (Soustelle et al., 2007 ; Wagner et Costa, 2013).

Cette distinction entre testostérone totale et testostérone libre est importante car la fréquence de l’hypogonadisme de l’homme, dans la population générale, est différenteselon que l’on considère la testostérone totale ou biodisponible. Cette dernière fraction, mesurant la fraction de la testostérone disponible pour les cellules cibles, est seule facilement mesurable, contrairement à la fraction libre dont la mesure relève de méthodes très peu disponibles. Selon une étude de Vermeulen et al. de 1996 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), en dosant la testostérone totale, le pourcentage de sujets ayant une valeur inférieure à la normale des jeunes est de 7 % entre 40 et 60 ans, 22 % entre 60 et 80 ans, et atteint 37 % après 80 ans. Selon une étude de Tenover en 1997 (rapportée par Wagner et Costa, 2013), 50 % des hommes de plus de 55 ans pourraient être concernés si l’on se réfère au taux de testostérone biodisponible.

Comme l’attestent de nombreux auteurs, l’hypogonadisme de l’homme vieillissant est donc une réalité. Ceci dit, comme déjà souligné, il n’est pas synonyme de pathologie et l’on parle de contexte d’« andropause » devant un cortège de symptômes évocateurs. Je reprendrai volontiers la définition suivante de l’andropause donnée par l’International Society for the Study of Aging Male : « Syndrome biochimique associé à l’avancée dans l’âge et caractérisé par une diminution des androgènes dans le sérum avec ou sans diminution de la sensibilité aux androgènes. Il peut induire une altération de la qualité de vie et affecter la fonction de plusieurs organes. » (Soustelle et al., 2007 ;Wagner et Costa, 2013). Cette définition met bien l’accent sur la présence ou l’absence d’une éventuelle altération de la qualité de vie chez les hommes concernés, notamment au niveau de la sexualité.

QU’EN EST-IL DE LA QUALITÉ DE VIE ET NOTAMMENT DE LA SEXUALITÉ DES SENIORS ?

Sans vouloir trop insister, il me paraît nécessaire de faire un bref rappel sur l’originalité de la sexualité du senior masculin, afin de mieux appréhender la demande clinique et la prise en charge éventuelle. Les travaux de référence demeurent ceux de Masters et Johnson (1966). Après la cinquantaine, du point de vue purement physiologique, la fonction sexuelle de l’homme subit des modifications caractéristiques.


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"C'est le moment ou jamais" : Ménopause et sexualité.

Par Brigitte Letombe

Si au XVIIIe siècle seulement 30 % des femmes atteignaient l’âge de la ménopause, aujourd’hui, heureusement, elles sont 90 % à l’atteindre, ce qui correspond à 400 000 nouvelles femmes chaque année en France. L’espérance de vie des femmes étant de 85 ans, c’est un tiers de leur vie qu’elles passeront ménopausées.


La ménopause ne sonne plus le glas de la sexualité ni de la féminité pour la « génération pilule ». Il n’est donc pas question
d’occulter les problèmes psychosexuels liés à cette longue période de vie. De nombreuses études internationales se penchent désormais sur la sexualité et ses problèmes, ce dont on ne peut
que se réjouir d’autant qu’enfin elles s’intéressent aussi à la sexualité féminine. La plus importante d’entre elles retrouve une prévalence de problèmes sexuels féminins de 43 % (plus que chez les hommes...), si globalement on y note une amélioration des dysfonctions sexuelles avec l’âge, il n’en va pas de même avec la sécheresse vaginale et de ses conséquences qui augmentent dans la 5e décade.Incontestablement, la symptomatologie climatérique et la carence estrogénique de la transition ménopausique (et la perception de l’âge qui en découle) se conjuguent à des facteurs psycho-socio-professionnels, relationnels (conjugaux, familiaux) pour aboutir à des répercussions sur la fonction sexuelle et la qualité de vie.

La consultation de la transition ménopausique ou de la ménopause confirmée s’avère être particulièrement propice à l’instauration (s’il n’a pas encore eu lieu) d’un dialogue sur la santé sexuelle. Nombre de femmes souffrent de difficultés sexuelles à cet âge. Si certaines s’enhardissent et osent nous en parler, beaucoup avouent qu’elles espèrent que ce soit les professionnels de santé qui les interrogent spontanément sur cet aspect de leur qualité de vie. Les femmes jusque-là satisfaites du fait de toutes ces modifications physiques et psychologiques personnelles (ou de leur partenaire) pourront être amenées à faire face pour la première fois à des difficultés nouvelles. Quant à celles qui jusque-là souffraient mais n’osaient en parler, elles s’enhardissent alors souvent grâce à l’alibi fourni par la ménopause déculpabilisante permettant
une verbalisation de troubles bien antérieurs mais non exprimables jusque-là.

Le rôle du médecin est là majeur pour expliquer la physiologie des phénomènes de vieillissement, évoquer les moyens thérapeutiques éventuels à disposition, mais aussi pour rassurer, autoriser.
L’aménorrhée ménopausique n’est en effet plus vécue au XXIe siècle comme la retraite de l’utérus et de la sexualité ! Le changement d’attitude sociétale et médiatique vis-à-vis de la sexualité « des seniors » et des femmes, juste retombée du phénomène « Viagra », avec l’apparition des femmes « couguar », en est un peutêtre un signe. En France, des études récentes montrent bien par ailleurs que sur ces vingt dernières années, la fréquence des relations sexuelles et la satisfaction sexuelle ont augmenté chez les femmes de plus de 50 ans.Reste quand même que la ménopause est une étape très particulière dans la vie d’une femme, moment d’extrême fragilité où la relation aux enfants, aux parents, au sexe opposé est en pleine mouvance. C’est le temps des changements professionnels, voire de la retraite, du départ des enfants, des modifications corporelles accompagnant l’arrêt des règles. Cette période de changements, de pertes, de dévalorisation (encore souvent lue dans le regard des autres) est une période de crise qui s’accompagne d’un sentiment de danger, d’urgence du temps qui passe, d’urgence à utiliser le temps qui reste : « C’est le moment où jamais. »

Chaque femme, face à ces changements de repères, devra mobiliser ses capacités adaptatives, réagira différemment en fonction de sa structure mentale et de son vécu pour lutter dans une société qui, même si elle s’en défend, supporte encore mal la « maturité » et la vieillesse, synonymes toujours de chute de performance voire de déchéance.

PRÉVALENCE DES DSF


Selon les études, elle varie de 20 % à 50 % tout âge confondu, et pour les femmes de 40 ans et plus, de 33 % à 51 %. Ces prévalences varient très largement en fonction des DSF étudiées, ainsi pour les troubles du désir cela va de 6 % à 43 %, pour les troubles de l’orgasme de 23 % à 34 %.
Les différentes définitions, méthodesd’étude, type de population étudiée (âge transition ménopausique ou ménopause installée), d’instruments employés validés ou non ainsi que l’utilisation ou non de la détresse personnelle en conséquence, expliquent ces grosses variations de chiffres et doivent nous laisser perplexes quant à la vraie prévalence des DSF.


NOTION DE DÉTRESSE


Les troubles de la sexualité responsables de détresse touchent globalement 12 % des femmes, de façon plus fréquente entre 45-64 ans (14,8 %), contre 10,8 % des femmes plus jeunes et 8 % des plus âgées. On peut en conclure que la période ménopausique semble ainsi être la plus critique.
L’impact de l’âge sur la fonction sexuelle et sur les DSF étudié dans la revue de la littérature par Hayes et Dennerstein montre qu’il existe avec l’âge chez la femme une baisse de la fonction sexuelle, spécifiquement au niveau du désir, de l’intérêt sexuel et de la fréquence de l’orgasme. Le niveau de détresse lié à ces difficultés reste quant à lui stable avec l’âge. Globalement, si l’on s’en tient à l’activité sexuelle, il semble que 75 % des femmes de 40 à 69 ans se déclarent sexuellement actives, dont deux tiers se disent satisfaites, ce qui correspond aux même taux que les plus jeunes femmes.

IMPORTANCE DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE JUSQUE TARD DANS LA VIE


Dans l’enquête de Laumann réaliséesur 26 000 personnes entre 40 et 80 ans dans 29 pays, 79 % des hommes et 65 % des femmes de 60 à 69 ans estiment que la sexualité reste importante pour eux, et c’est toujours important pour 64 % des hommes et 37 % des femmes de 70 à 79 ans. La même enquête confirme la fréquence toujours importante des rapports sexuels à cet âge. 70 % des hommes et 64 % des femmes pensent que la capacité sexuelle diminue avec l’âge, mais lorsque les auteurs les interrogent sur l’âge auquel cela se produit, les réponses sont les suivantes: les 40-49 disent entre 60 et 69 ans, les 50-59 à partir de 70 ans et les 60-69 à partir de 75 ans… donc toujours pour la décennie suivante !

IMPORTANCE DE L’ÉTAT DE SANTÉ GLOBAL ET DU PARTENAIRE DANS LA LONGÉVITÉ DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE


Si l’espérance de vie est de 85 ans pour les femmes en France, il faut modérer l’enthousiasme par l’âge moyen d’espérance de vie sans invalidité qui est chez nous de 63 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes. Une enquête récente sur 3 005 hommes et femmes aux USA montre que 73 % des 57-64 ans, 53 % des 65- 74 et 26 % des 75-85 ans ont une activité sexuelle, le facteur déterminant étant la présence de problèmes de santé, une des raisons les plus fréquentes d’inactivité sexuelle pour lesfemmes de cette étude étant un problème de santé masculin (64 %) ou un manque d’intérêt sexuel (51 %). Ce qui corrobore les conclusions déjà anciennes de Pfeiffer et al. qui montraient que l’arrêt de la sexualité qui se situait à 60 ans pour les femmes et 68 ans pour les hommes était imputable au conjoint et non à l’épouse.

LONGÉVITÉ NOUVELLE DE LA VIE SEXUELLE ET IMPACT DU STATUT CONJUGAL


Quand même, force est de constater, comme l’a montré récemment Beckman et al. dans une population de 1 506 adultes (946 femmes et 560 hommes) suivie entre 1971 et 2001, que les choses changent : les septuagénaires de 2000 sont 54 % à avoir eu une activité sexuelle dans l’année écoulée, ils n’étaient que 30 % en 1971; chez les femmes mariées, le taux est passé de 38 % à 56 %, chez les femmes célibataires de 1 % à 12 %. On note par ailleurs une proportion
de divorces et de nouveaux couples  qui augmente avec une proportion de satisfaction sexuelle qui s’avère élevée.

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La nouvelle ménopause. Marie-Hélène Colson

Au-delà du destin biologique


Quatre femmes sur dix en France, comme dans les autres pays industrialisés, ont plus de cinquante ans. Elles sont donc près de 13 millions à être ménopausées ou sur le point de l’être. Pour la plupart de ces femmes, l’espérance de vie est encore de plus de trente ans. La sexualité, autrefois marginale et cachée après la ménopause, devient aujourd’hui un paramètre de vie comme les autres, voire une revendication qui doit nous faire poser un regard attentif sur cet âge de vie en pleine actualisation de ses repères.

REGARDS SUR LA MÉNOPAUSE

La plupart des civilisations ont longtemps privilégié une image de la féminité principalement centrée sur la fécondité et la reproduction. La sexualité aussi a toujours été partout prohibée en dehors de strictes limites physiologiques, de la puberté au retrait hormonal pour les femmes. Si, en Occident, les attributs liés à la jeunesse, à la beauté ou à la minceur sont fortement valorisés, et seuls capables d’inspirer la séduction, les représentations qui s’attachent à la ménopause varient de manière importante d’une culture à l’autre.

Pour nombre de sociétés traditionnelles, en Afrique et en Amérique latine, l’âge de la ménopause est celui de la sagesse. Les vieilles femmes, débarrassées de la tentation de la séduction et de celle de la sexualité, y jouent un rôle clé dans l’éducation des jeunes femmes, mais aussi au sein de la société des hommes. En Inde, comme dans la plupart des pays d’Afrique, les femmes ménopausées n’étant plus soumises aux contraintes du flux menstruel impur, peuvent librement rejoindre les hommes dans les assemblées et y tenir à parité un rôle décisionneljusque-là interdit. Le terme de ménopause n’existe pas dans la majorité des langues et dialectes asiatiques, les femmes âgées y gagnant un statut implicite spécifique de sagesse particulièrement valorisé, ne nécessitant pas de définition particulière. L’Occident chrétien a, de son côté, plutôt cultivé le côté sombre de la ménopause, la réduisant à ses aspects de perte et de renoncement : perte de la fécondité, de la beauté et de la sexualité. Les vieilles femmes d’antan s’habillent de noir, s’effacent devant leurs filles et leurs belles-filles fécondes, et s’isolent de la vie sociale au lieu d’y prendre une part prépondérante.

Depuis Albert le Grand, et son grimoire au XIIe siècle sur « Les Secrets des femmes », on les considère comme dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres, surtout les enfants, car leur sang ne s’écoule plus et son devenir laisse libre cours à l’imagination sur le thème de l’empoisonnement de l’intérieur]. C’est ce sang accumulé et ne se renouvelant pas périodiquement
qui semble responsable pendant longtemps de l’ensemble des troubles liés à cet âge, mélancolie, bouffées de chaleur, prise de poids...

Ce regard sur la ménopause aura la vie longue, entretenu par le corps médical, qui lie le destin des femmes à celui de leurs hormones, et assimile la ménopause à une maladie. Il est repris par la plupart des psychanalystes, et même Helene Deutsch,dont les travaux nourriront pourtant nombre de féministes dont Simone de Beauvoir, n’y échappe pas. Pour elle, la ménopause est une perte symbolique majeure qui ne permet aucune élaboration ni compensation.

DESTIN BIOLOGIQUE ET SEXUALITÉ FÉMININE


Le terme ménopause est utilisé pour la première fois en 1821 par un médecin français, Charles Pierre Louis de Gardanne, dans un livre au titre prometteur : « De la ménopause ou de l’âge critique des femmes ». Il décrit sous ce terme, destiné à remplacer celui de « retour d’âge », moins médical, les inconforts qui s’installent avec le retrait hormonal. Les bouffées de chaleur sont les symptômes les plus incriminés, avec les prises de poids, l’irritabilité ou les troubles de l’humeur. Bizarrement la symptomatologie classiquement corrélée à la ménopause semble finalement assez peu reproductible, et suivant les cultures, les pays et les origines ethniques, la ménopause pourrait aller de l’absence totale de symptomatologie à un inconfort majeur. Les sociétés qui valorisent le statut et l’image de la ménopause sont aussi celles dans lesquelles elle s’avère assez peu symptomatique. 80 % des Américaines en souffrent, mais seulement 20 % des Japonaises. Une certaine vulnérabilité psychologique, ou encore des facteurs somatiques comme l’obésité, ou bien encore le maintien d’une activité physique semblent pouvoir tout autant moduler l’incidence de la symptomatologie à la hausse comme à la baisse.

Dès lors, la légitimité d’un supposé destin biologique inhérent à la qualité de femme semble posée dans ce domaine comme dans les autres, ainsi que le suggérait Simone de Beauvoir. Et les femmes d’aujourd’hui semblent bien faire la démonstration qu’en matière de sexualité aussi, il est possible d’échapper à un destin qui limite leur âge de femme à celui de la procréation.


MÉNOPAUSE ET CRISE DE VIE

C’est au sociologue canadien Elliott Jaques que l’on doit l’idée de la crise de milieu de vie, dans la droite ligne des réflexions d’Erikson à la même époque]. Il définit ainsi en 1965 la première rencontre consciente et réfléchie de l’individu avec la mort, la période de déclin, contemporaine des années du milieu de vie, et qui, autour de la cinquantaine, accompagne la prise de conscience du vieillissement : « L’individu a fini de grandir et il a commencé à vieillir. »


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Ménopause et sexualité. Michèle Lachowsky

Enfants, nous avons tous bien du mal à imaginer que nos parents fassent l’amour…

Puis vient le stade où, forts de notre savoir, nous les créditons d’un rapport par enfant... ensuite celui où notre propre corps et la découverte de ses possibilités nous passionnent bien plus que leur très aléatoire vie amoureuse. Leur corps nous paraît alors d’autant plus vieux que le nôtre est plus jeune. Devenus adultes, plus en moins en situation de parents nous-mêmes, leur sexualité ne nous concerne plus, sauf peut-être si elle est éclatante et nous gêne, ou à tout le moins nous étonne.

Notre manière d’envisager la séduction et la sexualité à la cinquantaine – ou de ne pas les envisager ! – procède un peu de la même démarche. Bien sûr, le problème médical existe, avec
deux questions majeures : la carence hormonale de la ménopause affectet-elle la vie sexuelle, comment et dans quelle mesure pouvons-nous y remédier par nos thérapeutiques ? Mais, sous-jacente à cette fort scientifique question, il y a l’autre, que nous nous posons tous, hommes et femmes, et qui passe, selon notre âge et nos angoisses, de « peut-on encore faire l’amour à la ménopause et après » à « comment peut-on encore faire l’amour à la ménopause, et surtout avec qui ? ».

Il est vrai que la sexualité comme la ménopause sont affaires individuelles et intimes, aussi impossibles à quantifier et à étalonner l’une que l’autre, même si la rue et les médias s’en sont emparées au moins autant que les médecins. Modèle de consommation, nécessité de performance, la sexualité se veut scientifiquement mesurable, comparable et « étalonnable ».
Penchant partagé par les médecins, puisque le nombre de fantasmes érotiques avant et après traitement hormonal, par exemple, a fait à plusieurs reprises l’objet de publications statistiques.
En pratique, quel qu’en soit le motif apparent ou officiel, la « consultation de ménopause » est souvent une « consultation de vie », où féminité, sexualité et âge sont remis en question.



Vue seule en consultation, la patiente (qui n’est pas une malade…) parlera peut-être plus facilement de ce qui la trouble, de ces inquiétants changements allant d’une baisse de désir à
une absence de plaisir, en passant par gêne, douleur et intranquillité pour l’avenir.Vue en couple, ce qui est moins fréquent, elle nous donnera l’occasion d’expliciter les difficultés physiques rencontrées par son partenaire et elle.



Si la responsabilité de la sécheresse douloureuse, de la lenteur à l’excitation, de la moindre qualité des contractions vaginales incombe à une carence plus hormonale qu’amoureuse, leur relation en sera revalorisée. Un schéma simple des quatre phases de la physiologiesexuelle (excitation, plateau, orgasme et résolution) donnera une explication physique et physiologique aux différentes situations et devrait permettre de dépasser avec tact une gêne souvent partagée. Parler le même langage, poser les bonnes questions, trouver les bonnes réponses, afin de remettre les problèmes dans leur contexte, donner des explications précises, voilà qui rendra médicale et non plus intrusive cette ouverture dans leur vie privée et même intime. Les prescriptions hormonales, heureusement un peu moins diabolisées ces derniers temps, feront alors partie d’une logique thérapeutique, bien comprise par nos consultants, ou du moins par la majeure partie, ce d’autant plus que les traitements locaux y ont une place privilégiée, tant par leurs effets que par leur fiabilité. Leur efficacité sur la sécheresse vaginale, cause de douleur physique mais aussi morale tant elle évoque la triste image d'un assèchement général, est rarement en défaut. Estrogènes (vaisseaux, muqueuses, lubrification) et androgènes (asthénie, libido) ont leurs domaines d’efficacité maintenant bien connus, au gynécologue d’en mesurer la balance bénéfice/ risque, comme dans toute pratique de soignant.

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Selfie...Mon beau selfie. L'édito de Joëlle Mignot

Phénomène en expansion, au point où l’Association américaine de psychiatrie vient de le répertorier comme un nouveau trouble, au grand dam et à juste titre des associations défendant les Droits de l’homme, le selfie interroge sur l’impact des nouvelles technologies sur les mentalités et les relations entre les individus.

Dans une première étape, il s’agit de se « tirer le portrait » soi-même en toutes circonstances, ce geste auto-centré renvoie certes au Narcisse qui sommeille en chacun de nous, à la fascination par l’image de soi (appuyée sur la pulsion scopique), mais aussi à une forme de plaisir solitaire d’autosatisfaction.

La deuxième étape du selfie est le partage sur les réseaux sociaux. Et si on y regarde de plus près… mises en scène du Soi à la manière de Winnicott (vrais et faux selfies !), exhibitions de toutes sortes circulent à la vitesse de l’éclair. La fonction de se rassurer est alors à l’oeuvre dans cet aller et retour entre l’amour de soi et la recherche de l’amour des autres. Fonction marchande aussi, fonction d’excitation virtuelle quand il s’agit de selfies « intimes » pratiqués à distance… Miroir magique, mais aussi miroir parlant, le selfie renvoie avant tout à une vérité sur le changement à l’oeuvre. « Miroir, mon beau miroir… », disait la marâtre de Blanche-Neige, face aux assauts du temps.

Une porte ouverte sur notre dossier…

Joëlle Mignot Rédactrice en chef Psychologue et Sexologue clinicienne.
Co-directrice d'enseignement du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains, des Diplômes Inter universitaires (DIU) de Sexologie et de Sexualité Humaine, Université Paris Diderot USPC (Université Sorbonne Paris cité)
Rédactrice en chef de la revue « Sexualités Humaines »
Membre du Comité Exécutif de la Chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l'Unesco

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Education sexuelle. Stéréotypes de rôles

Par Catherine LEBOULLENGER - Conseillère principale d’éducation. Poissy. Formatrice académique en éducation à la sexualité. Chatou.

En classe de 3e, nous avons choisi de travailler cette année les stéréotypes de rôles afin de permettre aux adolescents de mieux comprendre comment ces stéréotypes sexuels pouvaient influencer leurs attentes.

Cette décision est venue de l’institution s’interrogeant sur la façon de s’habiller des filles, surtout lorsqu’elle lui demandait un effort d’élégance lors des journées organisées lors de soutenance de rapports de stage. La plupart des filles revêtaient ces jours-là des tenues très « féminines », minijupes dénudant largement leurs jambes et talons très hauts, décolletés « ravageurs» les transformant en « objets sexuels » désirables, cette tendance se renforçant dans la filière professionnelle.

Les garçons, prosaïques, s’habillaient de costumes noirs, bleus ou gris, les transformant en comptables affairés. En séance, nous avons opté pour le groupe de discussion. Nous avons donné
la consigne de constituer deux groupes, l’un de filles et le second de garçons, devant lister les avantages et les inconvénients d’être de l’autre sexe. Un des garçons, Sean, est resté un moment au milieu de la salle, pour finalement regagner son groupe de pairs, après notre question : « Alors, Sean, chez les filles ou chez les garçons ? » Un petit clin d’oeil au genre.

Les réponses des filles ne nous ont pas surprises. Les garçons sont forts, musclés, ont la possibilité de « faire pipidebout », ils peuvent sortir le soir, ne font pas le ménage mais ils se battent, ne pensent qu’à « ça », leurs érections involontaires peuvent les gêner... Les garçons pensent que l’élégance et la séduction sont réservées aux filles mais elles sont fragiles, elles pleurent souvent, elles « ont leurs règles », portent les enfants dans leur ventre, accouchent (« ça fait mal »), restent davantage à la maison, ont des salaires moins élevés que les hommes, peuvent être violées…

Les trois dimensions de la sexualité humaine, physiologique, psycho-affective et sociale. Nous en profitons « pour tordre le cou » aux stéréotypes et interroger les préjugés. Il apparaît évident et observable que les femmes sont plus petites que les hommes : phénomène naturel ou culturel ? Tous les élèves présents ont répondu « naturel ». Nous leur faisons part des derniers résultats des recherches. Si les femmes depuis des générations sont plus petites, cela est dû au fait qu’elles auraient été moins bien nourries que les hommes alors qu’elles ont en général besoin de plus de
protéines pour enfanter et allaiter. Cependant, de l’Inde au Burkina Faso, en passant par la Dordogne, les femmes mangeaient les restes laissant les morceaux maigres aux hommes, particulièrement en période de disette.

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Impuissances. Phases du couple et troubles sexuels

Par Frédéric Berben - Psychologue clinicien, hypnothérapeute, thérapeute familial, instructeur en méditation pleine conscience.


Tant d’impossibilités, de changements irréalisables sont allégués par les couples consultants ! Quels sont ces vécus d’impuissance ? Le thérapeute peut en identifier trois types qui correspondent à autant de phases de la vie du « couple impuissant », ils se traduisent par des symptômes sur le plan de la sexualité. Dans ces situations particulières, la thérapie brève et l’hypnose sont des outils précieux, particulièrement de nouvelles approches en hypnose instantanée de couple.


« Depuis seize ans que ça dure, je n’en peux plus. Il a l’emprise sur moi ! Il m’a fait faire des choses… que je ne voulais pas. Je n’arrivais pas à dire non. Maintenant, c’est fini, j’ai dit : stop ! Je devrais le quitter mais je n’y arrive pas.» (Claudine et Pascal)

« Je n’en pouvais plus de ses crises de colère et de son trouble bipolaire. Je l’ai quitté. Nous avons été séparés pendant un an. Il s’est bien soigné. Durant la séparation, j’ai eu une liaison avec un autre homme et la sexualité était vraiment épanouie. Et puis il avait trop de défauts, j’ai rompu. Jesuis revenue avec Guy il y a deux ans, je ne sais pas pourquoi. Après toutes ces années, je ne suis pas arrivée vraiment à me séparer de lui… et il avait changé. Le problème, c’est que je n’ai plus d’orgasmes comme avant depuis que nous sommes à nouveau ensemble. Il est devenu un peu vieux et mou… » (Jocelyne et Guy)

« Il buvait le samedi soir et devenait jaloux, il me faisait des crises impossibles. J’ai pris un appartement, ça a été horrible. Après six mois, je suis revenue à la maison. Je vois bien qu’il a changé, il partage les tâches domestiques, il est prévenant, il est patient mais je n’ai plus de désir sexuel, c’est comme éteint. » (Jean-Paul et Emilie)

 

IMPUISSANCE À S’ÉCHAPPER

De nombreux couples consultent lorsqu’un événement intervient tels une hospitalisation ou un début de thérapie individuelle. A cette occasion, un conjoint commence à se confier et se plaint d’une « emprise » de l’autre. La thérapie de couple débute alors comme un procès. Une litanie de reproches est énoncée, la défense se déploie, la symétrie des relations rigidifie tout dialogue et empêche les contacts. L’un réalise qu’il a été jusquelà dans l’incapacité de s’extraire d’une relation de dépendance, d’emprise, d’enfermement, d’humiliation. L’autre reconnaît des excès, cherche à changer sans y parvenir. Le pattern relationnel se répète, créant une souffrance chez chacun des conjoints. L’un comme l’autre se voit dans l’impossibilité de stopper une spirale souvent conflictuelle voire violente.

La sexualité est touchée immédiatement par un retrait total du conjoint qui développe une aversion sexuelle. Tout contact, des bisous du matin aux petits gestes d’apaisement et de tendresse sont dorénavant bannis du quotidien. L’autre oscille entre colère et neutralisation mais plus il s’oppose au blocage, plus il alimente le comportement vécu comme maltraitant. Il finit le plus souvent par s’adapter au symptôme de retrait. Les consultations de couple regorgent ainsi de situation où l’impuissance à stopper un pattern dysfonctionnel de distance depuis des années constitue la définition de la relation.

Sylvie et Jean-Louis sont mariés depuis vingt-deux ans. Ils consultent à l’initiative de Sylvie qui s’inquiète de n’avoir pas de vie sexuelle de couple depuis des années. Elle a eu plusieurs relations extra-conjugales, « pour le sexe », acceptées par son mari. Ils sont d’accord pour affirmer que leur première année de couple connut une sexualité épanouie. Ils avaient 25 ans lors de leur rencontre. Un an après le mariage, ils ont conçu leur premier enfant et dès ce moment « j’ai ressenti un problème de sexualité, dit Sylvie, tu t’es enfermé, l’affectif aussi s’est transformé. J’ai été surprise de choses sexuelles surprenantes pour un homme de ne pas aimer, comme les fellations. » Pour Jean-Louis, il n’y a pas de soucis. « Je n’ai pas la même appétence que toi pour le sexe. Pendant ces dernières années, on a été comme des frère et soeur et avec une fusion familiale. Mon seul problème, c’est que tu te plains de la sexualité et que je ne te sens pas heureuse avec moi. Tu veux revenir d’un coup à une situation du départ, tu es trop rapide. »

Monsieur explique qu’il aime ce qui est « borné » et qu’il a « peur de lâcher prise car peur de déprimer ». Il parle de la naissance de sa fille aînée comme d’un « sacrement ». Il dit « faire avec la distance » et si Sylvie ne s’en était pas plainte, il « n’aurait pas cherché à changer quoi que ce soit ». Sylvie s’écroule en pleurs durant la seconde séance. Elle dit : « Soit je vais trop vite, soit je tourne en rond, je ne veux pas me résigner mais rien ne change. » Elle a questionné la relation il y a quelques mois suite à l’apparition de tremblements essentiels et d’une suspicion de maladie de Parkinson. Avec son autonomie qui se réduit, elle craint la distance, ce qui amène à questionner l’équilibre du couple autour de l’asexualité.

Nous constatons l’impuissance à changer une définition de la relation rigide et enkystée. Chacun se questionne, voudrait évoluer vers autre chose mais rien ne bouge. L’impuissance à signer un nouveau contrat de vie affective amène un maintien de symptômes sexuels marqués par la baisse voire la disparition du désir sexuel (Jean-Louis), l’adaptation au symptôme sexuel de l’autre (Sylvie) et son transfert de désir à l’extérieur du couple.


IMPUISSANCE À SE SÉPARER


Des couples viennent en consultation alors qu’ils n’habitent plus ensemble. Parfois, ils envisagent de reprendre la vie commune, d’autres fois ils se sont à peine réinstallés ensemble. D’autres fois encore, ils sont séparés et hésitent à rompre totalement. C’est le fameux « break pour voir ». Ce qui frappe le plus le thérapeute dans cette phase de la vie conjugale, c’est le chaos qui règne à la fois chez chaque conjoint et au sein de la relation de couple. Le couple est en crise. Celle-ci peut se produire également suite à une thérapie individuelle ou bien à une relation extra-conjugale. Un
des membres du couple se trouvebrusquement en révolte, refuse de continuer la relation. Chacun connaît beaucoup de souffrance, que la position soit celle de la victime ou celle du briseur de ménage culpabilisé. Quelle que soit la situation, une impuissance à se séparer fige la situation. Le désir sexuel est toujours présent mais des symptômes se font jour liés à l’impossibilité de consommer la relation du fait du conflit relationnel et de la culpabilité liés aux actes commis. Les troubles de l’excitation sexuelle, troubles de l’érection, dyspareunies sont les symptômes les plus courants.


Yann et Elise sont un couple de trentenaire. Ils ont une petite fille âgée de 3 ans. Ils consultent car depuis un an, ils sont séparés. Elise est partie suite à une énième dispute, un soir, Yann alcoolisé
et vindicatif. Les disputes étaient fréquentes mais sans violences. Durant la dernière année, chaque conjoint s’étonne de continuer à se voir chaque jour, même en ayant des logements séparés. Ils mangent ensemble, dorment dans le même lit. Ils ont décidé de faire une thérapie car ils ne comprennent pas leur incapacité à se séparer. De plus, quelques tentatives sexuelles se sont soldées par une dyspareunie chez Elise et des troubles de l’érection chez Yann, tous symptômes nouveaux après des années de sexualité satisfaisante. Ils se sentent perdus, dépités, des affects et comportements dépressifs apparaissent et croissent. Ils se disent très attirés sexuellement l’un par l’autre mais Yann ne supporte pas l’attitude parfoisindépendante et distante d’Elise tandis que cette dernière est malheureuse les soirs où Yann peut rester chez lui et s’alcooliser. Elle s’en rend responsable et en même temps estime que ces actes ont précisément contribué à la séparation.

Nous notons une relation marquée par l’impuissance à se séparer ou à se réengager. Le lien est en plein marasme, changeant et en même temps répétitifs. Les ingrédients qui ont amené l’éloignement perdurent alors que chaque partenaire voudrait les changer. Ils contribuent à maintenir la définition chaotique et ambivalente de la relation. Chacun désire et doute en même temps. Il s’ensuit une situation inconfortable et oscillante.


IMPUISSANCE À RECONSTRUIRE

Une troisième phase de la vie du couple se situe lors de la reprise d’une vie commune suite à une séparation. Les conjoints ont communiqué, négocié la reprise de vie commune. Bien souvent,
un nouveau « contrat de couple » est en vigueur, qui évacue les comportements de l’un ou de l’autre désignés comme responsable de la crise précédente. Le plus souvent, il s’agit d’une femme
qui s’est estimée victime et a pris de la distance. Elle revient en exigeant des changements : thérapie individuelle quand il existe des troubles psychologiques, arrêt de conduites addictives,
réduction du rythme de travail, sorties, voyages, attentions, communication, témoignages de tendresse, etc. La plupart du temps, malgré des modifications majeures des conduites duconjoint et des gains affectifs dans la relation, la femme se bloque sexuellement, elle développe une aversion sexuelle. Une distance s’installe, génératrice de nouveaux conflits. La femme est culpabilisée de ses freins alors que la situation est devenue agréable, l’homme ne comprend pas qu’il soit repoussé alors qu’il a changé en tous points pour satisfaire sa compagne. Lui-même entre dans le doute et développe parfois une baisse du désir sexuel et des symptômes secondaires de « castration ».

Myriam et Stéphane ont la cinquantaine. Après une séparation d’un an, Myriam est revenue habiter dans la maison commune. Immédiatement, elle a fait chambre à part. Elle parle de nombreuses années où elle s’est sentie « la bonniche » et « sous l’emprise » de Stéphane. Ce dernier reconnaît une personnalité « dure », jaloux lorsqu’il fêtait la troisième mi-temps après les matchs de rugby. Il regrette les conflits et disputes fréquentes qui se réconciliaient toujours « sur l’oreiller ». Le couple a de nombreux souvenirs agréables, des albums emplis de voyages et sorties plaisantes. Myriam
parle de 80 % agréable dans la relation du couple. Stéphane a changé et correspond maintenant à ce qu’elle souhaite. Mais les 20 % négatifs sont constitués de griefs : « S’il était capable de changer, pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant !? Je ne crois pas du tout que ça va durer donc je préfère ne pas céder pour ne pas me faire encore avoir. » De son côté, Stéphane reste patient mais commence à se désespérer: « Ça ne va pas durer éternellement. Je commence à m’apercevoir
que je ne pense même plus au sexe pendant des semaines. J’ai perdu tout désir sexuel, je suis comme un vieux. »


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Violences conjugales. Sylvie Osterreicher

Intérêt du dépistage systématique pour la prise en charge


Par Sylvie Osterreicher - Praticien Hospitalier, CPEF/CIVG. Blois.

INTRODUCTION

Les violences conjugales sont graves et considérées par les instances médicales, politiques et judiciaires comme un problème de santé publique de par leur fréquence et leurs conséquences physiques, psychologiques et économiques à court, moyen et long terme. L’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France en 2000 (Enveff) a révélé l’ampleur du phénomène.

Une femme sur dix avait déclaré subir des violences au sein de son couple et 68 % d’entre elles en parlaient pour la première fois. Prendre en charge une personne dont la plainte serait un symptôme sexuel nécessite une approche globale du patient sans occulter les violences subies au sein du couple dont on peut penser qu’elles aient un retentissement sur la sexualité.


HYPOTHÈSE ET OBJECTIFS

L’hypothèse est de dire qu’une personne qui a subi des violences conjugales peut avoir un risque de présenter des symptômes sexuels. Un desobjectifs de ce travail serait de repérer d’éventuels facteurs de risque d’apparition de symptômes sexuels, notamment l’existence d’antécédents de violences conjugales dans une précédente relation de couple, et d’analyser si le degré de violence et la durée d’exposition des violences ont une influence sur la sexualité future de la personne. Un deuxième objectif serait de savoir si le dépistage systématique des violences conjugales peut avoir un intérêt en consultation de sexologie.

PATIENTS ET MÉTHODE

Cette enquête qualitative est réalisée à l’aide d’un questionnaire anonyme et semi-dirigé portant sur les violences subies dans une relation de couple antérieure et la sexualité lors d’une nouvelle relation de couple. Quatre situations cliniques (un homme et trois femmes) ont été recrutées au Centre de planification et d’éducation familiale (CPEF) et au Centre d’interruption volontaire de grossesse (CIVG) du centre hospitalier de Blois. Ce recrutement a été réalisé au mois de novembre 2012. Les entretiens ont été enregistrés avec l’accord des patients afin de garantir une meilleure transcription. Le questionnaire comportait deux parties : l’une sur les violences conjugales et l’autre sur la sexualité.


RÉSULTATS

Sur 96 consultations au total durant la période du recrutement, 21 personnes ont dit avoir été victime de violences conjugales, mais seules 4 personnes ont pu être incluses dans l’enquête. Quinze d’entre elles ne répondaient pas aux critères d’inclusion car il s’agissait de personnes qui, soit étaient encore en couple avec le conjoint violent, soit ne s’étaient pas engagées dans une nouvelle relation de couple. Deux personnes n’ont pas pu se déplacer : l’une habitait en dehors du département du Loir-et-Cher et l’autre déménageait dans un département éloigné. Sur le ressenti par rapport à la question posée des violences conjugales, trois personnes ont répondu ne pas être gênée par cette question et une personne a été gênée par la question mais elle a dit que c’était important d’être écoutée. Les violencesconjugales étaient toujours verbales, psychologiques et physiques, une personne a subi des violences économiques et deux personnes ont subi des violences sexuelles.


La durée de la relation avec le conjoint violent était de plus de trois ans pour trois personnes et de six mois pour une personne. Chez les quatre personnes les relations sexuelles avec le conjoint violent étaient consenties au début de la relation de couple, puis les relations sexuelles étaient soit non consenties, soit absentes. Les activités de loisirs partagées n’existaient pas chez trois personnes et étaient imposées par le conjoint violent pour une personne. Trois personnes avaient porté plainte et une personne avait déposé une main courante. Les quatre personnes ont pu en parler à un proche. Deux personnes sur les quatre ont éprouvé de la colère. Les loisirs personnels sont différents d’une personne à l’autre. L’âge du premier rapport sexuel était entre 14 et 18 ans.
Trois personnes ont estimé avoir une éducation satisfaisante dans l’enfance et une personne a dit que ses parents ne s’étaient jamais occupés d’elle. Les quatre personnes ont dit qu’elles se trouvaient plutôt agréable à vivre. Les quatre personnes ont dit être amoureuses de leur partenaire actuel. Une d’entreelles connaissait son nouveau partenaire depuis six mois et les autres depuis plus de deux ans.

Sur la question de la sexualité, c’est le plaisir et le désir des deux partenaires qui sont cités à chaque fois. Les activités de loisirs avec le nouveau partenaire sont partagées pour les quatre personnes et se concentrent en des sorties autour du sport ou du cinéma. Les quatre personnes ont du désir pour leur partenaire actuel. Deux personnes ont eu des difficultés à avoir des relations sexuelles au début de leur nouvelle relation, mais les quatre personnes expriment que grâce à la confiance qu’elles ont de leur partenaire, les rapports sexuels sont possibles et satisfaisants.

Toutes éprouvent du plaisir lors des rapports sexuels, et deux d’entre elles ont dit que le plaisir existe mais serait apparu progressivement. Les quatre personnes ont dit avoir ressenti des orgasmes. Les préliminaires existent chez les quatre personnes. La sexualité épanouie est définie par les quatre personnes par la relation qu’elles ont actuellement, le bonheur à deux, être à l’écoute de l’autre et une relation sans violence.

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La boulimie, une fausse signature ?

Des troubles du comportement sexuel et alimentaire


Par Noëlle Navarro - Psychologue clinicienne, sexologue

La thérapie est un espace de reconnaissance mutuelle préalable, c’est le contrat de base
sans lequel rien ne peut se passer.


La thérapie sur la base d’un « contrat tronqué » est chose rare, on rencontre des « contrats partiels » où la personne ne se dévoile que petit à petit, mais très rare est le contrat tronqué où la personne nous abreuve, nous nourrit de mensonges et scenarii volontairement faux, à partir desquels le ou la thérapeute et la personne vont travailler activement sans qu’apparaisse la supercherie. Paul Ricoeur évoque lors de la rupture du contrat de reconnaissance mutuelle : « un besoin de vengeance extrême lié à la colère d’un dédain non mérité et à la pression d’une peur de la mort violente qui va contre la pulsion de conservation » ; on pourrait dire qu’il n’y a plus ni foi ni loi.J’ai beaucoup appris d’une jeune patiente qui a mis à mal dans le soin cette imparable notion, d’une manière magistrale, mais qui a été le creuset d’une réflexion féconde malgré le dessèchement relationnel qui aurait pu en découler.

ANABEL

Notre histoire se passe en Centre médico-psychologique où le public peut bénéficier de consultations et psychothérapies, nous travaillons aussi avec un Hôpital de jour et un Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel. Anabel, jeune femme boulimique, se présente avec des troubles des conduites sexuelles, et autres conduites à risque. A environ 30 ans, elle n’a plus de contact avec sa famille depuis plus de dix ans, elle est partie à 18 ans pour un parcours chaotique au début, puis une vie en apparence classique : mariée, deux enfants, un mari qui a une bonne profession, un couple qui réalise quelques bonnes opérations financières, elle peut se permettre de ne pas travailler. Elle me dit assez vite qu’elle vit sur des apparences trompeuses et qu’elle
est détruite à l’intérieur par une boulimie qu’elle n’arrive pas à raisonner et a des conséquences sur sa vie de couple, notamment sur la sexualité, qui se vit dans un cycle : culpabilité/violence/vengeance/pardon insatisfaisant. Elle relie les deux problématiques.


Toute sa libido est prise par le comportement de boulimie vomisseuse incoercible, elle y passe toute son énergie, quinze, vingt crises par jour, elle ne peut être disponible pour la moindre autre mobilisation d’énergie, et sent que la pulsion autodestructrice vers le suicide n’est qu’à ce prix
canalisée, pas de champ non plus pour la pulsion sexuelle qui se traduirait par des manifestations de désir pour son mari. Elle est plutôt maigre, le stress se lit sur son visage. Elle ne supporte d’être touchée par lui que lorsqu’il y a trop longtemps qu’ils n’ont pas eu de rapports et qu’elle s’en sent coupable, elle l’agresse, le provoque, l’insulte, et lorsqu’il en vient à la molester, ils s’effondrent en pleurant de rage dans les bras l’un de l’autre. Elle décrit alors une jouissance importante, comme si elle avait gagné. Quoi ? Sais pas (arriverà rendre violent cet homme au caractère doux et tolérant ?)…


D’autres fois, elle me dit que ces pleurs après les coups sont des pleurs de pardon, et que c’est trop bon, qu’elle a l’impression en étant pardonnée d’être aimée. « Quand on me tape dessus je ressens comme une petite boule d’amour… mon père avait quelque chose dans les yeux quand il me battait qui semblait dire – désolé, je suis obligé – mais mon copain ne me bat pas vraiment, c’est plutôt des blocages qu’il me fait, des clés, on se bagarre, ça me fait du bien. J’ai toujours envie de faire l’amour après. »

Lorsque je reçois son mari au début de la thérapie, il décrit une femme complexe mais très attachante, avec qui souligne-t-il on ne s’ennuie pas, mais qui a une attitude incompréhensible du point de vue sexuel : elle dit à peu près toujours non, mais quand elle a envie, elle est déchaînée, donne et prend un plaisir intense, il ne comprend pas que ce soit si rare et que le reste du temps il ne puisse pas l’approcher. Il confirme que la relation a alors quelque chose d’assez violent qui n’est pas pour lui déplaire, hormis la rareté de la chose.


SON HISTOIRE

Elle évoque une enfance plutôt attristante, elle pleurait sans cesse et son père, personnalité violente, ne le supportait pas. Les repas où systématiquement elle pleurait finissaienttoujours en drame et l’estomac noué elle ne pouvait jamais manger tranquille, elle se souvient de la peur
viscérale qu’il lui inspirait. Il passait son temps à la rabrouer, la secouer, l’insulter, et lui faire peur. Entre stress et sentiment de rejet, elle garde surtout le souvenir d’avoir été méprisée, humiliée par lui devant les autres, et parfois, au mieux, oubliée dans un coin. Sa mère, qu’elle a toujours dit aimer même si elle ne semblait pas répondre à cet amour, est présentée comme quelqu’un de faible, fragile, battue et qui, ellemême, pleurait beaucoup : un nonrecours, pas de protection à en attendre.

De temps à autre, pour rire ou pour amuser la galerie, le père testait son adresse avec diverses armes en la prenant pour cible (style Guillaume Tell), la peur de la mort, de l’assassinat volontaire ou par inadvertance par le père, a tissé la toile de fond de son enfance. Elle s’interroge sur son absence personnelle de réaction lors d’une tentative de suicide de sa soeur avec qui la relation n’était et n’est toujours que jalousie de part et d’autre, cette soeur l’avait prévenue avant sa tentative de suicide et elle n’a rien dit ni fait.Le drame se renforce encore quand elle perd à l’âge de 16 ans sa meilleure amie, tout ce qui lui restait de bon dans la vie : celle-ci meurt dans un accident de mobylette, alors qu’elles étaient parties se balader toutes les deux. La violence du chocdécapite son amie, et lorsque les pompiers arrivent il faut chercher la tête qui a dû rouler quelque part et n’est pas visible. C’est elle qui va la trouver, c’est les yeux hagards et creusés par
l’émotion qu’elle m’en parle.


Lorsqu’elle rentre chez elle ses parents ne comprennent pas à quel point elle est bouleversée, elle reste éveillée toute la nuit, puis le surlendemain elle commence à vomir de manière incoercible, c’est de ce moment qu’elle est devenue boulimique et n’a plus rien pu supporter dans son estomac, dit-elle. La proximité avec la mort imminente la poursuit dans sa vie quotidienne, la menace du drame aussi : un de ces derniers week-ends, par exemple, elle a eu fort à faire avec une de ses amies qui avec son copain a joué à la roulette russe. Elle a tout fait pour essayer de les raisonner, ils n’ont dû leur salut qu’à la chance (cette amie est une autre de mes patientes et elle le sait) : il y a eu une telle tensionqu’elle a repris ses crises de boulimie qui s’étaient un peu calmées (jusqu’à 30 par jour). Nous avons travaillé la place qu’elle avait prise dans cette histoire et celle qu’elle me donnait en me le disant, les liens à faire avec son histoire passée, la peur de « perdre la tête » encore, etc.


LE STRESS ORGANISÉ

Alors qu’elle est aussi une jeune femme sur laquelle d’autres personnes en difficulté sociale et psychologique cherchent à s’appuyer et qu’elle accueille volontiers chez elle pour leur rendre service, il lui arrive de se sauver de chez elle certaines nuits en douce pour rejoindre des gens peu recommandables en ville et passer un moment de « délire », son mari ne se doute de rien, il dort : elle dit avoir besoin de risque, besoin de stress, besoin de fréquenter aussi des gens « destroy », dangereux, qui, en fait, lui ressemblent plus que les gens du milieu dans lequel elle vit. Besoin de ce mélange de peur au ventre et de sentiment d’être marginale, pas comme les autres, retrouvailles avec des équivalents de vécus de l’enfance et du stress qu’elle y a vécu.


Un jour, alors qu’elle était hospitalisée à l’hôpital de jour qui est au rezde- chaussée du CMP, elle monte sur le toit du 4e étage pour s’amuser, pour nous bluffer et voir si elle ne se jetterait pas en bas : grand branlebas chez les autres patients, et elle y gagne une aura de cascadeuse, elle bouleverse tout le monde, mais ce faisant elle pervertit le lieu de soinspour en faire un lieu de mort potentielle, engageant notre responsabilité d’une certaine manière. Lorsque nous l’évoquons ensemble, elle me dit simplement : « J’ai besoin de ma décharge d’adrénaline, tout est trop clean et trop gentil ici, on s’occupe trop bien de moi, je supporte pas. » Mordre la main tendue, briser le contrat de reconnaissance qui nous lie, cracher ce qui a été donné, vomir ce qui devrait nourrir : nous faisons un lien avec la relation familiale dans son enfance ou rien ne pouvait être franchement bon, où stress, colère, déception et rejet étaient les bases du chagrin qui la faisait pleurer sans cesse, la haine et le désespoir que cela a généré et qui ne trouvent plus
d’issue.

Son monde intérieur est fait de personnages à abattre, on est dans un défi permanent, et elle nous le met sous les yeux. C’est à un long et patient travail de réassurance que nous avons à nous atteler, dans ce contexte de destructivité extrême à partir duquel Myriam David (qui s’est beaucoup occupée des enfants qui ont des parents psychotiques ou des parents carencés) dit qu’il faut surtout chercher à procurer une aide à vivre et à contenir

les crises.

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