Violences conjugales. Sylvie Osterreicher

Intérêt du dépistage systématique pour la prise en charge


Par Sylvie Osterreicher - Praticien Hospitalier, CPEF/CIVG. Blois.

INTRODUCTION

Les violences conjugales sont graves et considérées par les instances médicales, politiques et judiciaires comme un problème de santé publique de par leur fréquence et leurs conséquences physiques, psychologiques et économiques à court, moyen et long terme. L’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France en 2000 (Enveff) a révélé l’ampleur du phénomène.

Une femme sur dix avait déclaré subir des violences au sein de son couple et 68 % d’entre elles en parlaient pour la première fois. Prendre en charge une personne dont la plainte serait un symptôme sexuel nécessite une approche globale du patient sans occulter les violences subies au sein du couple dont on peut penser qu’elles aient un retentissement sur la sexualité.


HYPOTHÈSE ET OBJECTIFS

L’hypothèse est de dire qu’une personne qui a subi des violences conjugales peut avoir un risque de présenter des symptômes sexuels. Un desobjectifs de ce travail serait de repérer d’éventuels facteurs de risque d’apparition de symptômes sexuels, notamment l’existence d’antécédents de violences conjugales dans une précédente relation de couple, et d’analyser si le degré de violence et la durée d’exposition des violences ont une influence sur la sexualité future de la personne. Un deuxième objectif serait de savoir si le dépistage systématique des violences conjugales peut avoir un intérêt en consultation de sexologie.

PATIENTS ET MÉTHODE

Cette enquête qualitative est réalisée à l’aide d’un questionnaire anonyme et semi-dirigé portant sur les violences subies dans une relation de couple antérieure et la sexualité lors d’une nouvelle relation de couple. Quatre situations cliniques (un homme et trois femmes) ont été recrutées au Centre de planification et d’éducation familiale (CPEF) et au Centre d’interruption volontaire de grossesse (CIVG) du centre hospitalier de Blois. Ce recrutement a été réalisé au mois de novembre 2012. Les entretiens ont été enregistrés avec l’accord des patients afin de garantir une meilleure transcription. Le questionnaire comportait deux parties : l’une sur les violences conjugales et l’autre sur la sexualité.


RÉSULTATS

Sur 96 consultations au total durant la période du recrutement, 21 personnes ont dit avoir été victime de violences conjugales, mais seules 4 personnes ont pu être incluses dans l’enquête. Quinze d’entre elles ne répondaient pas aux critères d’inclusion car il s’agissait de personnes qui, soit étaient encore en couple avec le conjoint violent, soit ne s’étaient pas engagées dans une nouvelle relation de couple. Deux personnes n’ont pas pu se déplacer : l’une habitait en dehors du département du Loir-et-Cher et l’autre déménageait dans un département éloigné. Sur le ressenti par rapport à la question posée des violences conjugales, trois personnes ont répondu ne pas être gênée par cette question et une personne a été gênée par la question mais elle a dit que c’était important d’être écoutée. Les violencesconjugales étaient toujours verbales, psychologiques et physiques, une personne a subi des violences économiques et deux personnes ont subi des violences sexuelles.


La durée de la relation avec le conjoint violent était de plus de trois ans pour trois personnes et de six mois pour une personne. Chez les quatre personnes les relations sexuelles avec le conjoint violent étaient consenties au début de la relation de couple, puis les relations sexuelles étaient soit non consenties, soit absentes. Les activités de loisirs partagées n’existaient pas chez trois personnes et étaient imposées par le conjoint violent pour une personne. Trois personnes avaient porté plainte et une personne avait déposé une main courante. Les quatre personnes ont pu en parler à un proche. Deux personnes sur les quatre ont éprouvé de la colère. Les loisirs personnels sont différents d’une personne à l’autre. L’âge du premier rapport sexuel était entre 14 et 18 ans.
Trois personnes ont estimé avoir une éducation satisfaisante dans l’enfance et une personne a dit que ses parents ne s’étaient jamais occupés d’elle. Les quatre personnes ont dit qu’elles se trouvaient plutôt agréable à vivre. Les quatre personnes ont dit être amoureuses de leur partenaire actuel. Une d’entreelles connaissait son nouveau partenaire depuis six mois et les autres depuis plus de deux ans.

Sur la question de la sexualité, c’est le plaisir et le désir des deux partenaires qui sont cités à chaque fois. Les activités de loisirs avec le nouveau partenaire sont partagées pour les quatre personnes et se concentrent en des sorties autour du sport ou du cinéma. Les quatre personnes ont du désir pour leur partenaire actuel. Deux personnes ont eu des difficultés à avoir des relations sexuelles au début de leur nouvelle relation, mais les quatre personnes expriment que grâce à la confiance qu’elles ont de leur partenaire, les rapports sexuels sont possibles et satisfaisants.

Toutes éprouvent du plaisir lors des rapports sexuels, et deux d’entre elles ont dit que le plaisir existe mais serait apparu progressivement. Les quatre personnes ont dit avoir ressenti des orgasmes. Les préliminaires existent chez les quatre personnes. La sexualité épanouie est définie par les quatre personnes par la relation qu’elles ont actuellement, le bonheur à deux, être à l’écoute de l’autre et une relation sans violence.

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