Les remaniements psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles

Une approche typologique d’angoisses et de profils d’hommes à partir d’une pré-enquête hospitalo-universitaire faite entre 2011-2013.

Par Dominique Lefèvre, Psychologue Sexologue clinicienne, Docteure en droit à Nogent-sur-Marne

Une enquête hospitalo-universitaire innovante

Les trois années d’études universitaires sur la sexualité humaine (sexologie), que j’ai achevé en septembre 2013 au sein de l’Université Paris 13 – sur le site de la faculté de médecine de Bobigny – ont abouti par un trépied évaluatif : l’examen national, un compte-rendu de titres et travaux et la soutenance d’un mémoire professionnel. Pour le mémoire, j’ai choisi une problématique rencontrée lors du suivi régulier des consultations de sexologie avec Gérard Tixier, médecin sexothérapeute psychanalyste, au CHU Henri-Mondor de Créteil.
Ces consultations se déroulent au sein des services d’urologie et d’oncologie dans le cadre des soins de confort et s’adressent à tout public s’y présentant. 95 % des consultants sont des hommes et 80 % des plaintes concernent les troubles érectiles. Les étiologies organiques, iatrogènes ou psychogènes de ces troubles sont relativement bien circonscrites dans le milieu médical clinique et de la recherche.
Par contre, les conséquences des troubles érectiles sur le psychisme des hommes restent méconnues. J’ai donc voulu explorer l’étendue de ces perturbations psychiques.
 
A partir de nos connaissances et des réalités du terrain, Gérard Tixier et moi-même avons construit un entretien suivi d’un questionnaire de sexualité (annexes 1-A et 1-B) validant l’existence d’angoisses engendrées par les troubles érectiles de l’homme sur lui-même et sur son couple. Un protocole de trois entretiens a été formalisé : le premier entretien inclut le questionnaire et le troisième fait l’objet d’un compte rendu personnalisé auprès du patient. J’ai rencontré plus de 300 situations, fait passer une centaine de questionnaires et choisi un échantillonnage de quarante hommes dans ce protocole d’enquête.
 
L’homme ou le couple se présente à la consultation avec une plainte liée aux troubles de l’érection. Dans notre binôme thérapeutique, nous avons pu repérer deux niveaux d’angoisses. En recherchant la motivation derrière ce motif, il s’avère qu’un premier niveau d’angoisses secondaires émerge, principalement dans la peur de perdre son couple ou de ne pas trouver de partenaire. Le deuxième niveau d’angoisses plus archaïques, est  perceptible dans l’écoute des propos tenus de manière récurrente par les consultants. Elles concernent principalement l’angoisse de castration : « C’est comme si j’avais perdu un bras » ; l’angoisse de mort : « Il vaut mieux que je meure que de ne plus pouvoir » ; et l’angoisse de féminisation : « Je suis comme une femme ». L’apparition évidente de ces angoisses a orienté subtilement notre questionnaire avec un souci de simplicité afin de le rendre transmissible.

Des constats toujours d’actualité : l’érection conforte l’identité masculine


Si l’érection est essentielle pour le rapport sexuel avec pénétration, elle fait partie aussi de l’identité masculine. Ses défaillances se mesurent par un double triptyque, d’abord par celui des dimensions psychologique, sociale et culturelle, et ensuite dans leur intrication aux peurs de « perte, de performance et de perfection » (2). La virilité – telle la féminité – est victime de constructions socio-culturelles dont l’érection reste emblématique de la puissance masculine. Si l’identité masculine se fonde sur une rencontre fondatrice sécure avec des images parentales et se poursuit dans une série d’identifications multiples de la petite enfance à l’âge adulte, elle véhicule des stéréotypes aliénant la personne. Le couple aussi a une importance considérable dans la démarche de prise en charge des troubles érectiles. Si pendant longtemps on a pensé que l’érection fait l’homme, nous dirons « que c’est l’homme (et la femme) qui font l’érection ».
Et pour parachever ce propos, la réhabilitation et l’investissement du corps érotique masculin contribuent à l’équilibre d’une prise en charge de l’homme et de son partenaire.


Quelle prise en charge psychologique des conséquences psychiques de l’homme souffrant de troubles érectiles ?


Les aspects physiologiques, organiques sont médicalement bien circonscrits avec une série de réponses mécaniques, chimiques, chirurgicales et prochainement cellulaires (recherche Inserm avec le CHU Mondor). Par contre, la question des effets des troubles érectiles sur l’homme a été peu étudiée. J’ai relevé, dans la revue de littérature scientifique, deux enquêtes, l’une en 2002 et l’autre en 2012, évoquant les influences négatives des troubles érectiles sur la qualité de vie et l’estime de soi sur les hommes ainsi que sur le bien-être émotionnel du partenaire. Les romans de Romain Gary témoignent aussi à quel point le psychisme masculin est imprégné de la puissance érectile comme moteur de vie et d’énergie.
Lors des consultations, la récurrence des propos sous-jacents à la plainte signale de réelles inquiétudes, craintes et angoisses face à cette perte ou de développement avec difficulté de pénétration ou de maintien d’érection, donc de ne pouvoir durer dans le rapport sexuel. Ces troubles induisent psychiquement une insatisfaction et une perte de gain de jouissance, ce qui en fait un symptôme différent des autres.
Les hypothèses de ce travail sont de démontrer l’existence des remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles et d’en vérifier le bien fondé. A partir de deux niveaux psychiques d’angoisses repérés, des profils se sont dessinés. Les réalités de terrain et le cadre théorique ont dû s’articuler pour l’entretien et le questionnaire de manière pertinente. Il nous semble essentiel d’évaluer sérieusement et de prendre en charge concrètement les remaniements psychiques des hommes souffrant de troubles érectiles.


Résultats des statistiques du questionnaire


Par le biais des trois entretiens et de l’enquête statistique sur cet échantillon restreint de 40 hommes, 21 questions ont été élaborées. Le premier entretien se composait du questionnaire et le dernier de la retransmission des résultats auprès de chacun. Des statistiques ont été faites sur ce panel. Il s’agit d’une pré-enquête intéressante qui nécessiterait des moyens plus importants pour approfondir ces hypothèses novatrices.

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