Soignez votre image ! Trouver les bonnes voies de traitement psychocorporel. Par Josy Ghedighian - Page 2

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Les pathologies de l’image du corps et leur incidence sur la sexualitéjosy-ghedighian
 
Pour certaines personnes, la conscience du corps reste une notion abstraite et celle d’image du corps est encore plus inconnue. Ce « blanc » présente alors le risque d’être à la source de différentes formes d’inhibitions et de troubles du désir. Par exemple, cet homme est un trentenaire qui souffre de n’être qu’un gentil confident incapable d’exprimer son  désir. Voici ce qu’il dit : « Jusqu’à 16 ans, c’est ma mère qui choisissait mes vêtements, maintenant mes copines me disent que je suis mignon mais que je ne sais pas m’habiller. C’est quoi tous ces trucs auxquels elles voudraient que je m’intéresse ? De toute façon, je me déteste ! » L’absence de conscience de son corps peut également conduire à des dépendances qui, à leur tour, auront un effet négatif sur le désir du ou de la partenaire. Elle dira notamment : « Le matin, il me demande toujours comment il doit s’habiller et après il s’étonne qu’il ne m’excite pas ! »
 
Une partie du corps peut également occuper tout le champ de l’image et faire obstacle à l’idée même qu’une sexualité soit possible. Cet homme a plus de 35 ans, il vit de manière très solitaire, obsédé par le fait que son érection présente une courbure vers la gauche. Sa sensation d’anormalité inhibe jusqu’à l’éventualité qu’il puisse consulter un médecin, lequel diagnostiquerait vraisemblablement une maladie de Lapeyronie.
Sans aller jusqu’à cette extrémité, une longueur du pénis perçue comme insuffisante a conduit un homme de plus de 40 ans à être un expert des préliminaires. Cela le console du fait qu’il se sent incapable d’envisager la pénétration, alors même qu’il prend secrètement du viagra.
 
Lorsque la pensée domine l’esprit, elle écarte les sensations pour favoriser les images visuelles et les jugements qui seront le plus souvent négatifs. Ces déconsidérations peuvent surgir de manière impromptue et figer immédiatement toute capacité à se laisser vivre des sensations de plaisir, voire même à rester en contact avec ce que l’on éprouve. Ce parasitage risque d’intervenir à n’importe quel moment de la relation sexuelle. Voici un exemple que décrit une jeune femme de 42 ans : elle ne perçoit pas consciemment que les changements de position trop fréquents au cours de la relation sexuelle ne sont pas en accord avec son propre rythme, c’est une pensée négative qui se substitue à ce qu’elle éprouve et elle se dit : « Je suis trop petite alors il s’imagine qu’il peut faire de moi ce qu’il veut ! » Or, comme précisément elle entend encore sa mère lui dire : « tu choisis toujours des hommes trop grands », elle s’enferme dans son amertume en essayant de donner le change car en plus elle est persuadée d’être frigide. Ce type de processus constitue une véritable clôture sur soi et se répète avec des variantes aussi longtemps qu’il est impossible d’accorder un minimum de respect à ce qui est éprouvé et qui permettrait de dire tout simplement : « Non, ça je n’aime pas. »
 
Le trouble du contact avec l’image du corps devient encore plus dommageable quand la perversion, narcissique ou pas, est une composante de la relation. Une image du corps dégradée est une porte ouverte aux risques d’humiliation que le ou la partenaire pervers(e) franchit allègrement car il ne trouve en face de lui ou d’elle qu’un être vulnérable aux jugements et déconsidérations. Il est facile de glisser insidieusement : « Une nana comme toi, non je dirais plutôt une femme… une femme d’un certain âge », le jour de l’anniversaire des 40 ans de sa compagne !
 
josy-ghedighianTout comme il sera relativement aisé d’imposer des situations sexuelles non consenties à un être qui perd de plus en plus le contact avec ses désirs et sensations en affirmant d’un ton péremptoire : « Tout le monde fait cela ! » Cette personne, très déprimée, peinera à dire lors d’une consultation : « Je me sens ridicule, je n’ose pas dire que je n’en peux plus de tous ces partenaires qu’il m’impose, mais j’ai peur de le perdre. » Dans la situation que je viens d’évoquer, les fantasmes du partenaire dominent la personne sous emprise et le risque d’une perte de lien avec elle-même la met en danger. Avant tout autre questionnement, la relation empathique du sexologue avec ce qu’elle relate de sa vie sexuelle doit être le témoin de la légitimité de ce qu’elle ressent ; en l’occurrence, dans son cas il s’agit du dégoût que son partenaire classe dans ses innombrables inhibitions. Son dégoût a besoin d’être validé car c’est une émotion et nos émotions sont incontournables. La première phase, la plus fondamentale pour que cette personne puisse renouer avec une émotion authentique d’elle-même, consiste en une lutte contre le clivage qui la livre sans réactions instinctuelles aux interprétations. L’analyse des causes et origines de sa situation ne peut intervenir que dans un second temps.
 
Il est encore un trouble qui mérite d’être étudié même s’il est plutôt rarement évoqué. Les préoccupations mentales qui parasitent les ébats font obstacle au surgissement des fantasmes érotiques, or ils sont un moteur de l’excitation. Les personnes dont le patrimoine fantasmatique est ainsi séquestré ont tendance à considérer cela comme un fait, voire comme un univers inconnu auquel elles se sentent incapables d’avoir accès, quand elles ne le rejettent pas tout simplement en le confondant avec la pornographie.
 

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Sexualités Humaines 14