La santé sexuelle en oncologie, formation pour les soignants hospitaliers : tabou ou réalité… une nécessité

Par Lysiane Pelleger, Cadre Supérieure de Santé, Pôle Oncologie au Centre Hospitalier des Hauts-Clos de Troyes

Revue Sexualités Humaines, n°20
 
Actualiser les connaissances des professionnels de santé est une obligation réglementaire. Enrichir les acquis des agents exerçant en oncologie pour optimiser la qualité de prise en charge des personnes soignées est une préoccupation permanente de l’équipe d’encadrement soignant du pôle cancérologie du Centre hospitalier de Troyes.
 
En 2008, au moment du recensement des besoins en formation auprès des professionnels non médicaux, des difficultés concernant l’accompagnement des patients lors de l’annonce du diagnostic ou au décours d’hospitalisation ont émergé. Les infirmières, notamment, expriment l’importance au-delà de l’annonce du diagnostic et des traitements parfois mutilants, d’aborder la dimension relationnelle, la nécessité de trouver des mots justes, de permettre au patient d’exprimer son désarroi, ses angoisses, les non-dits.
 
La relation privilégiée instaurée avec le patient lui permet de parler de son vécu face à la dégradation de son corps et de son désespoir parfois face aux conséquences qui vont perturber sa vie quotidienne (mutilation, dégâts esthétiques, modification de l’image qu’il a de lui et de l’estime qu’il se porte).
 
Simultanément, à la réception d’enquête de satisfaction et/ou lors de rencontres avec des patients pris en soin dans les services d’oncologie-radiothérapie, les personnes soignées sont très reconnaissantes de la qualité de leur prise en charge mais estiment manquer de conseils et d’informations sur les troubles sexuels liés au cancer et/ou aux traitements. Ils décrivent les médecins, le personnel comme très accueillants, très disponibles, mais assez distants et parfois fuyants pour répondre à une demande de précisions sur ces questions liées à la sexualité.
 
Lors de réunions de travail avec les infirmières qui exercent à mi-temps au dispositif d’annonce et l’autre temps de travail dans les unités de soins d’hospitalisation complète, ces problématiques sur la résonance que peut avoir la maladie cancéreuse sur la représentation de la sexualité sont abordées. Ce sujet « tabou » est encore trop peu évoqué spontanément. Néanmoins, les infirmières expriment plus aisément leurs manques de connaissances pour répondre aux besoins des patients dans ce domaine.

Enrichir le panel des soins de support à offrir aux patients qui nous confient leur santé pour « améliorer l’organisation des soins en cancérologie », axe fort du 1er Plan cancer et du projet du pôle de cancérologie, est une préoccupation constante des équipes.
Les cancers du sein, gynécologiques et de la prostate font partie des cancers les plus fréquemment soignés dans notre pôle. Leurs traitements sont aussi les principaux pourvoyeurs de dysfonctions sexuelles. Offrir aux professionnels une formation sur la prise en compte de la sexualité pour dispenser des soins personnalisés et adaptés nous est apparu comme une réelle nécessité. Il nous fallait vérifier si ce besoin était identifié par les différentes catégories de professionnels.
 
Il est alors apparu important en réunion d’encadrement soignant du pôle cancérologie de demander à l’ensemble des infirmières, aides-soignantes, psychologues des unités d’oncologie médicale hospitalisation complète, hospitalisation de jour, du dispositif d’annonce, d’oncologie thoracique, de soins palliatifs et aux manipulateurs en électroradiologie de radiothérapie, de formuler leurs attentes, pour bénéficier en 2009 d’une formation que nous avions à ce moment-là intitulée : « Prise en charge des patients en sénologie, gynécologie et urologie cancérologique ».


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