Selfie...Mon beau selfie. L'édito de Joëlle Mignot

Phénomène en expansion, au point où l’Association américaine de psychiatrie vient de le répertorier comme un nouveau trouble, au grand dam et à juste titre des associations défendant les Droits de l’homme, le selfie interroge sur l’impact des nouvelles technologies sur les mentalités et les relations entre les individus.

Dans une première étape, il s’agit de se « tirer le portrait » soi-même en toutes circonstances, ce geste auto-centré renvoie certes au Narcisse qui sommeille en chacun de nous, à la fascination par l’image de soi (appuyée sur la pulsion scopique), mais aussi à une forme de plaisir solitaire d’autosatisfaction.

La deuxième étape du selfie est le partage sur les réseaux sociaux. Et si on y regarde de plus près… mises en scène du Soi à la manière de Winnicott (vrais et faux selfies !), exhibitions de toutes sortes circulent à la vitesse de l’éclair. La fonction de se rassurer est alors à l’oeuvre dans cet aller et retour entre l’amour de soi et la recherche de l’amour des autres. Fonction marchande aussi, fonction d’excitation virtuelle quand il s’agit de selfies « intimes » pratiqués à distance… Miroir magique, mais aussi miroir parlant, le selfie renvoie avant tout à une vérité sur le changement à l’oeuvre. « Miroir, mon beau miroir… », disait la marâtre de Blanche-Neige, face aux assauts du temps.

Une porte ouverte sur notre dossier…

Joëlle Mignot Rédactrice en chef Psychologue et Sexologue clinicienne.
Co-directrice d'enseignement du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains, des Diplômes Inter universitaires (DIU) de Sexologie et de Sexualité Humaine, Université Paris Diderot USPC (Université Sorbonne Paris cité)
Rédactrice en chef de la revue « Sexualités Humaines »
Membre du Comité Exécutif de la Chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l'Unesco

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