L'intimité conjugale. Dr François Parpaix

Plaidoyer pour une séduction au quotidien en pleine conscience

Revue Sexualités Humaines 21

Par le Dr François Parpaix - Médecin sexologue, psychothérapeute et thérapeute de couple. Consultant en onco-sexologie à l’Hôpital privé Pays de Savoie d’Annemasse.
Chargé de cours dans différents DIU de sexologie. Auteur. Amphion-les-Bains.

Chaque individu possède son style pour entrer en intimité. Peu ou mal modélisé depuis l’enfance, il fait comme il peut. C’est de la qualité de l’intimité entre deux personnes, liées sentimentalement et sexuellement, dont il est question dans cet article. Comme il existe des maladies cardiovasculaires, il existe des maladies de l’intimité.

AVANT-PROPOS


L’intimité se bâtit d’abord sur des acquis personnels. Quatre composantes sexuelles demeurent incontournables pour vivre en couple (Parpaix, 2009) : le réflexe d’excitation sexuelle qui se décline à travers les notions de plaisir, d’imaginaire érotique et de sources d’excitations… Le sentiment amoureux qui subit ses propres fluctuations : on y entre, on le vit et on en sort, parfois on en meurt ! La perception de soi en tant qu’être sexué s’appuie entre autre sur son image corporelle, sa réceptivité vaginale ou son intrusivité pénienne (Desjardins, 2007).

La libido, variable selon les individus, se traduit par un désir sexuel à connotation plus ou moins génitale et ou sentimentale, etc. Chacune de ses composantes sont développementales, interdépendantes et sous l’influence du vécu de chacun sur fond d’éducation, de climat affectif, de religion, d’interdits et de transgressions…

Nous en avons tous une perception faussée et surtout une maîtrise variable avec nos dysfonctionnements propres. Elles sont pourtant impliquées en première ligne dans la future relation intime.

L’INTIMITÉ CONJUGALE


Cette proposition de définition de l’intimité conjugale (Parpaix, 2013) en santé sexuelle et non normative, s’élabore comme un puzzle d’une quinzaine
de pièces autour de trois notions : l’entre-deux, l’intimité et la conjugalité.

• La notion d’entre-deux (Sibony, 1991) permet d’insister sur :
• le libre choix d’une intimité souhaitée, acceptée et partagée ;
• l’exclusivité l’un de l’autre : ça se passe « entre » les deux ;
• une distance à franchir pour se rapprocher.
A ce stade, il n’y a rien de sexué, ni de conjugal.

• La notion d’intimité inclut le fait :
• d’accueillir l’autre dans l’ouverture ;
• de ne faire qu’un à deux, une fusion. C’est une chose d’être deux, c’en est une autre d’être « à » deux, tout en restant soi.
A ce stade, l’intimité n’est toujours pas sexuée et encore moins conjugale, mais les conditions sont réunies.

• Dès lors, l’entre-deux intime exprime une double potentialité : dynamique (il n’a de sens que agi) et qualitative (il est une manière d’être) :
• oser aller au contact physique : c’est une chose d’être à quelques centimètres, c’en est une autre quand la proximité confine au peau à peau, les yeux dans les yeux, muqueuse à muqueuse… Il agit comme un ciment ;
• il devient sensuel, pouvant réveiller l’excitation sexuelle et le désir ;
• il se déroule en pleine conscience, par l’attention portée à ce qui se joue dans le moment présent, tous les sens en éveil et focalisé sur le senti et le ressenti. Peu importent les pensées parasites qui surgissent. Cette fois-ci, l’intimité est sexuée.

• L’entre-deux intime conjugal (E2IC) apporte une spécificité supplémentaire. Il s’inscrit dans un engagement tant que ce lien garde son sens. Il dépend de la capacité de chacun à le faire perdurer. L’intimité, sexuée, affective et sentimentale, devient exclusive et s’inscrit dans la durée : un vrai défi culturel pour l’Homme justifiant de la définir
avec précision pour en faire une sémiologie et des outils thérapeutiques efficaces : sans elle, le projet couple devient surhumain.

L’intimité conjugale se décline autour de quatre compétences (Parpaix, 2009):
• l’entre-deux intime érotique (E2IE) ou l’intimité érotique ;
• l’entre-deux intime amoureux (E2IA) ou l’intimité tendresse ;
• l’entre-deux intime conversationnel (E2IC) est l’attention portée à ce que ressent et exprime l’autre ;
• l’entre-deux intime ordinaire (E2IO) s’exprime à travers la complicité dans les tâches, les décisions et les projets ordinaires de la vie quotidienne conjugale.


DE L’AVANTAGE D’AGIR EN PLEINE CONSCIENCE


Il ne suffit pas d’avoir saisi l’importance de l’intimité conjugale, encore faut-il penser, oser et savoir l’agir. C’est un art dans lequel nous sommes plutôt ignorants, qui se développe et s’entretient. Agie en pleine conscience, elle gagne en puissance et apporte le petit plus qui change tout. Elle endigue les effets délétères de l’usure, de la routine et des tensions. Outre la mémorisation de sensations agréables, elle crée du lien et redonne sens au couple ! Elle nourrit autant qu’elle nous transforme. Agir au quotidien l’entre-deux intime conjugal est un viatique pour freiner, ralentir, éviter la dégradation du lien amoureux, sinon de risquer d’évoluer de façon irréversible vers une extinction
du désir sexuel.

UNE MODÉLISATION DU COUPLE AUTOUR DE L’INTIMITÉ


L’attirance, le jeu de séduction et la phase d’élan amoureux ont joué en plein : un nouveau couple est né. Chacun à son rythme, règle autant que faire se peut, son pas sur celui de l’autre, ni trop à côté, ni trop devant ou trop en arrière. Rares sont ceux qui ont une idée précise de ce qu’est « vivre une intimité de couple au quotidien». Surtout pas vivre sur ses acquis. La performance n’y a pas sa place, mais bien plutôt une manière d’être au quotidien. C’est là qu’agir l’E2IC prend tout son sens. Reste à en faire un jeu, une habitude, un réflexe, quel que soit l’âge du couple. « Tendre vers » serait déjà bien. Je vous propose une modèle intégratif (Parpaix, 2009) simple et pratique de l’intimité conjugale en pleine conscience.

L’INTIMITÉ SPÉCIFIQUE À CHACUN DES PILIERS DU COUPLE


L’entre-deux intime érotique (E2IE) est l’art de conduire à deux, l’excitation sexuelle jusqu’au plaisir… par petites touches en pleine conscience, des préliminaires jusqu’à l’orgasme en passant par le jeu du coït. Pas systématiquement une décharge sexuelle directe, rapide et sans nuance, mais plutôt une simple communion érotique toute de sensualité et de volupté. Cela implique un savoir-faire passant par le repérage de son excitation sexuelle et l’art de la faire monter par paliers. La question étant : « Comment en jouer à deux en respectant les goûts et les attentes de l’autre, ni trop vite, ni trop lentement ? ». C’est bien d’art érotique qu’il s’agit, sans contrainte, ni norme, avec droit à
l’échec, quels que soient les moyens mis en oeuvre : caresses, positions, supports, contextes, sextoys, médicamenteux, psychiques, fantasmatiques, chakras… tenant compte de l’expérience et de la vulnérabilité de chacun.

Dès qu’on parle d’entre-deux intime  érotique, il s’agit pour chacun de porter, par petites touches, son attention sur les signes directs et indirects de la montée de son excitation sexuelle et sur ceux de la volupté l’accompagnant. Comment gérer et se focaliser au mieux sur cet équilibre subtil, entre les sensations
de plaisir et d’excitation, dans un climat de tendresse et de confiance et tenant compte des réactions de l’autre,de soi, s’abandonner et se lâcher pour jouir… et laisser sur le bord de la route les pensées parasites qui interfèrent ?

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