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La boulimie, une fausse signature ?

Des troubles du comportement sexuel et alimentaire


Par Noëlle Navarro - Psychologue clinicienne, sexologue

La thérapie est un espace de reconnaissance mutuelle préalable, c’est le contrat de base
sans lequel rien ne peut se passer.


La thérapie sur la base d’un « contrat tronqué » est chose rare, on rencontre des « contrats partiels » où la personne ne se dévoile que petit à petit, mais très rare est le contrat tronqué où la personne nous abreuve, nous nourrit de mensonges et scenarii volontairement faux, à partir desquels le ou la thérapeute et la personne vont travailler activement sans qu’apparaisse la supercherie. Paul Ricoeur évoque lors de la rupture du contrat de reconnaissance mutuelle : « un besoin de vengeance extrême lié à la colère d’un dédain non mérité et à la pression d’une peur de la mort violente qui va contre la pulsion de conservation » ; on pourrait dire qu’il n’y a plus ni foi ni loi.J’ai beaucoup appris d’une jeune patiente qui a mis à mal dans le soin cette imparable notion, d’une manière magistrale, mais qui a été le creuset d’une réflexion féconde malgré le dessèchement relationnel qui aurait pu en découler.

ANABEL

Notre histoire se passe en Centre médico-psychologique où le public peut bénéficier de consultations et psychothérapies, nous travaillons aussi avec un Hôpital de jour et un Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel. Anabel, jeune femme boulimique, se présente avec des troubles des conduites sexuelles, et autres conduites à risque. A environ 30 ans, elle n’a plus de contact avec sa famille depuis plus de dix ans, elle est partie à 18 ans pour un parcours chaotique au début, puis une vie en apparence classique : mariée, deux enfants, un mari qui a une bonne profession, un couple qui réalise quelques bonnes opérations financières, elle peut se permettre de ne pas travailler. Elle me dit assez vite qu’elle vit sur des apparences trompeuses et qu’elle
est détruite à l’intérieur par une boulimie qu’elle n’arrive pas à raisonner et a des conséquences sur sa vie de couple, notamment sur la sexualité, qui se vit dans un cycle : culpabilité/violence/vengeance/pardon insatisfaisant. Elle relie les deux problématiques.


Toute sa libido est prise par le comportement de boulimie vomisseuse incoercible, elle y passe toute son énergie, quinze, vingt crises par jour, elle ne peut être disponible pour la moindre autre mobilisation d’énergie, et sent que la pulsion autodestructrice vers le suicide n’est qu’à ce prix
canalisée, pas de champ non plus pour la pulsion sexuelle qui se traduirait par des manifestations de désir pour son mari. Elle est plutôt maigre, le stress se lit sur son visage. Elle ne supporte d’être touchée par lui que lorsqu’il y a trop longtemps qu’ils n’ont pas eu de rapports et qu’elle s’en sent coupable, elle l’agresse, le provoque, l’insulte, et lorsqu’il en vient à la molester, ils s’effondrent en pleurant de rage dans les bras l’un de l’autre. Elle décrit alors une jouissance importante, comme si elle avait gagné. Quoi ? Sais pas (arriverà rendre violent cet homme au caractère doux et tolérant ?)…


D’autres fois, elle me dit que ces pleurs après les coups sont des pleurs de pardon, et que c’est trop bon, qu’elle a l’impression en étant pardonnée d’être aimée. « Quand on me tape dessus je ressens comme une petite boule d’amour… mon père avait quelque chose dans les yeux quand il me battait qui semblait dire – désolé, je suis obligé – mais mon copain ne me bat pas vraiment, c’est plutôt des blocages qu’il me fait, des clés, on se bagarre, ça me fait du bien. J’ai toujours envie de faire l’amour après. »

Lorsque je reçois son mari au début de la thérapie, il décrit une femme complexe mais très attachante, avec qui souligne-t-il on ne s’ennuie pas, mais qui a une attitude incompréhensible du point de vue sexuel : elle dit à peu près toujours non, mais quand elle a envie, elle est déchaînée, donne et prend un plaisir intense, il ne comprend pas que ce soit si rare et que le reste du temps il ne puisse pas l’approcher. Il confirme que la relation a alors quelque chose d’assez violent qui n’est pas pour lui déplaire, hormis la rareté de la chose.


SON HISTOIRE

Elle évoque une enfance plutôt attristante, elle pleurait sans cesse et son père, personnalité violente, ne le supportait pas. Les repas où systématiquement elle pleurait finissaienttoujours en drame et l’estomac noué elle ne pouvait jamais manger tranquille, elle se souvient de la peur
viscérale qu’il lui inspirait. Il passait son temps à la rabrouer, la secouer, l’insulter, et lui faire peur. Entre stress et sentiment de rejet, elle garde surtout le souvenir d’avoir été méprisée, humiliée par lui devant les autres, et parfois, au mieux, oubliée dans un coin. Sa mère, qu’elle a toujours dit aimer même si elle ne semblait pas répondre à cet amour, est présentée comme quelqu’un de faible, fragile, battue et qui, ellemême, pleurait beaucoup : un nonrecours, pas de protection à en attendre.

De temps à autre, pour rire ou pour amuser la galerie, le père testait son adresse avec diverses armes en la prenant pour cible (style Guillaume Tell), la peur de la mort, de l’assassinat volontaire ou par inadvertance par le père, a tissé la toile de fond de son enfance. Elle s’interroge sur son absence personnelle de réaction lors d’une tentative de suicide de sa soeur avec qui la relation n’était et n’est toujours que jalousie de part et d’autre, cette soeur l’avait prévenue avant sa tentative de suicide et elle n’a rien dit ni fait.Le drame se renforce encore quand elle perd à l’âge de 16 ans sa meilleure amie, tout ce qui lui restait de bon dans la vie : celle-ci meurt dans un accident de mobylette, alors qu’elles étaient parties se balader toutes les deux. La violence du chocdécapite son amie, et lorsque les pompiers arrivent il faut chercher la tête qui a dû rouler quelque part et n’est pas visible. C’est elle qui va la trouver, c’est les yeux hagards et creusés par
l’émotion qu’elle m’en parle.


Lorsqu’elle rentre chez elle ses parents ne comprennent pas à quel point elle est bouleversée, elle reste éveillée toute la nuit, puis le surlendemain elle commence à vomir de manière incoercible, c’est de ce moment qu’elle est devenue boulimique et n’a plus rien pu supporter dans son estomac, dit-elle. La proximité avec la mort imminente la poursuit dans sa vie quotidienne, la menace du drame aussi : un de ces derniers week-ends, par exemple, elle a eu fort à faire avec une de ses amies qui avec son copain a joué à la roulette russe. Elle a tout fait pour essayer de les raisonner, ils n’ont dû leur salut qu’à la chance (cette amie est une autre de mes patientes et elle le sait) : il y a eu une telle tensionqu’elle a repris ses crises de boulimie qui s’étaient un peu calmées (jusqu’à 30 par jour). Nous avons travaillé la place qu’elle avait prise dans cette histoire et celle qu’elle me donnait en me le disant, les liens à faire avec son histoire passée, la peur de « perdre la tête » encore, etc.


LE STRESS ORGANISÉ

Alors qu’elle est aussi une jeune femme sur laquelle d’autres personnes en difficulté sociale et psychologique cherchent à s’appuyer et qu’elle accueille volontiers chez elle pour leur rendre service, il lui arrive de se sauver de chez elle certaines nuits en douce pour rejoindre des gens peu recommandables en ville et passer un moment de « délire », son mari ne se doute de rien, il dort : elle dit avoir besoin de risque, besoin de stress, besoin de fréquenter aussi des gens « destroy », dangereux, qui, en fait, lui ressemblent plus que les gens du milieu dans lequel elle vit. Besoin de ce mélange de peur au ventre et de sentiment d’être marginale, pas comme les autres, retrouvailles avec des équivalents de vécus de l’enfance et du stress qu’elle y a vécu.


Un jour, alors qu’elle était hospitalisée à l’hôpital de jour qui est au rezde- chaussée du CMP, elle monte sur le toit du 4e étage pour s’amuser, pour nous bluffer et voir si elle ne se jetterait pas en bas : grand branlebas chez les autres patients, et elle y gagne une aura de cascadeuse, elle bouleverse tout le monde, mais ce faisant elle pervertit le lieu de soinspour en faire un lieu de mort potentielle, engageant notre responsabilité d’une certaine manière. Lorsque nous l’évoquons ensemble, elle me dit simplement : « J’ai besoin de ma décharge d’adrénaline, tout est trop clean et trop gentil ici, on s’occupe trop bien de moi, je supporte pas. » Mordre la main tendue, briser le contrat de reconnaissance qui nous lie, cracher ce qui a été donné, vomir ce qui devrait nourrir : nous faisons un lien avec la relation familiale dans son enfance ou rien ne pouvait être franchement bon, où stress, colère, déception et rejet étaient les bases du chagrin qui la faisait pleurer sans cesse, la haine et le désespoir que cela a généré et qui ne trouvent plus
d’issue.

Son monde intérieur est fait de personnages à abattre, on est dans un défi permanent, et elle nous le met sous les yeux. C’est à un long et patient travail de réassurance que nous avons à nous atteler, dans ce contexte de destructivité extrême à partir duquel Myriam David (qui s’est beaucoup occupée des enfants qui ont des parents psychotiques ou des parents carencés) dit qu’il faut surtout chercher à procurer une aide à vivre et à contenir

les crises.

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La sexualité vécue comme un besoin alimentaire

«Mais qu’ont donc les hommes à la place du cerveau?»


Par Armand Lequeux - Professeur et Docteur en Médecine. Université catholique de Louvain.

Le comportement sexuel humain n’est pas régi par un besoin, ni d’ordre physiologique, ni d’ordre psychologique. Il nécessite à l’évidence une base biologique (des organes génitaux, un système nerveux, des hormones…) et un « moteur » psychique (les pulsions, l’attachement, l’emprise…), mais il s’inscrit dans l’ordre du désir impossible à combler et non dans celui de l’instinct.

Si les humains – sans doute les hommes plus que les femmes mais cela évolue – peuvent cependant vivre leur sexualité comme un besoin de
type alimentaire, c’est sous l’effet d’une construction, d’une représentation qui s’impose à eux comme une loi de la nature alors que c’est eux-mêmes qui l’ont bâtie. Dans le champ social cette construction est vivement contestée. Certains dispositifs (les bordels militaires de campagne, les bonnes des familles bourgeoises…) et certains comportements (le harcèlement sexuel, le viol excusé par l’attitude provocante de lavictime…) qui étaient encore justifiés il y a un demi-siècle par les soi-disant besoins impérieux naturels qui habitaient la moitié virile de l’humanité, ne sont absolument plus tolérés de nos jours. Il n’en va pas encore tout à fait de même dans la sphère privée.

Nombreux sont nos contemporains qui restent convaincus qu’ils sont habités par un besoin sexuel à assouvir et une grande part de la souffrance sexuelle personnelle et conjugale y trouve son origine. Il ne suffit pas de contester cette construction pour en supprimer les effets mais nous ouvrirons la réflexion par une histoire clinique et par la réanimation d’un concept qui paraît parfaitement désuet de nos jours : la sublimation. Pas d’angélisme, il s’agitde renoncer non pas au désir mais à l’illusion de son assouvissement.

UNE HISTOIRE DE BESOINS

Aurélie et François ont tous deux 35 ans quand ils me rencontrent suite à la suggestion du gynécologue d’Aurélie à qui elle a « avoué » qu’elle n’avait plus de relation sexuelle avec son époux depuis près d’un an. Ils ont cinq ans de vie commune dont trois ans de mariage. Un fils, Julien, leur est né il y a deux ans. Je retrace ici leur biographie en ordre chronologique en élaguant de larges pans de leur vie. Les relations avec leurs parents respectifs, les amis, l’engagement professionnel, l’achat d’une maison, etc., ne sont pas sans avoir influencé le fil conjugal de leur existence, mais nous en ferons ici délibérément l’impasse.

Une relecture de leur histoire relationnelle acceptable par les deux parties a demandé plusieurs consultations de « défrichage ». Ils tenaient absolument à ce que je les comprenne bien afin que je puisse, espéraient-ils, leur donner les conseils les plus adéquats. En l’occurrence c’est ce travail réflexif qu’ils firent ensemble et dont je me suis contenté d’être un témoin stimulant qui fut thérapeutique !

QUELS ÉTAIENT LEURS ÉTATS D’ÂME AVANT LEUR RENCONTRE ?

 

Ils étaient l’un et l’autre en souffrance mais suffisamment ouverts et disponibles pour que cristallise en eux la magie du sentiment amoureux. Aurélie sort de deux histoires d’amour décevantes Ses attentes romantiques se sont fracassées dans la douloureuse prise de conscience que les hommes ne peuvent répondre que par le sexe à sa demande d’intimité. A ce moment elle croit vraiment, ce sont ses termes, que « les hommes n’ont décidément qu’une bite à la place du cerveau… ». Déçue, désabusée, elle rêve du Prince charmant, le vrai, celui qui viendra la délivrer de ce monde dur et cruel. Et François ? Dès sa première relation sexuelle, il a vécu l’humiliation de se découvrir éjaculateur très précoce. Le scénario s’est répété et il s’en est protégé en ne vivant plus que des relations épisodiques, quasi anonymes, sous l’influence de l’alcool. « L’ivresse m’aidait à éjaculer un peu moins vite mais m’évitait surtout de vivre la honte. De toute façon c’étaient des filles que je ne risquais guère de rencontrer après. C’était juste pour satisfaire un besoin, si vous comprenez… » Déçu, désabusé, il rêve d’une Princesse, une vraie, qu’il pourrait sauver de ce monde dur et cruel.


Leur rencontre est lente, prudente. « C’était comme si je n’osais plus y croire », dit-elle… dit-il ! Puis la fulgurante évidence. « C’est lui. C’est elle. De toute éternité nous sommes faits l’un pour l’autre. » Ils nagent en pleine identification projective. « Grâce à toi je me découvre. Tu m’ouvres à moimême.» C’est l’absolu romantique. « Tu es tout pour moi. Sans toi je ne pourrais vivre… » Ils patientent trois mois entre cette aveuglante évidence et leur première relation sexuelle. C’est un délaiqui, à notre époque et pour deux adultes de 30 ans, relève sans doute de l’exception. Ils en rient, ils en sont fiers. La sexualité à petits pas les aide à se découvrir, les rassure. Pour elle, « il n’est pas comme les précédents, ce n’est pas pour le sexe qu’il m’aime ». Pour lui, « je n’ai rien à prouver. Je suis aimé quoi qu’il arrive, donc il arrive que je n’éjacule pas trop vite… enfin pas chaque fois… et de toutes les façons ce n’est pas important ». Elle aime son côté sérieux et responsable. Il adore sa fantaisie, ses improvisations. Vous avez déjà compris qu’au jour des reproches, les qualités de la romance seront les défauts de la désillusion. « Il est dur, taiseux, radin… » ; « Elle est versatile, désordonnée, dépensière… »

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Réflexions sur la complexité de la relation à la nourriture et au corps

"Ce n'est pas une mince affaire !"


Par Liliane Hirschland - Licenciée en Sciences Psychologiques ULB 1970, Psychothérapeute analytique dans le traitement des troubles alimentaires. Bruxelles.

Pourquoi ce titre... sinon parce que le jeu de mots dit bien la multitude des questions qu’il y a à résoudre et aussi pour insister sur la culture ambiante qui a un impact réel sur chacun(e) d’entre nous.

La boulimie s’est développée dans nos sociétés occidentales d’abondance, certainement depuis le début des années 1970. On peut y voir un ensemble de raisons inhérentes à la pression sociale qui prône la minceur comme mythe idéal de beauté et à notre mode de vie qui s’est profondément modifié avec l’éclosion d’une consommation à outrance dans bien des domaines, reléguant souvent la nourriture au « fast food».

ON DOIT TOUT AVOIR, TOUT, TOUT DE SUITE...

Dès l’adolescence, les jeunes filles sont obsédées par les régimes, refusent leur corps et donc aussi l’image d’elles-mêmes. L’entrée dans la vie adulte et l’identité sexuelle est très souvent camouflée par des préoccupations de poids. Ces préoccupations esthétiques sont souvent trop valorisées par l’entourage, la pression sociale, car femmes et hommes, tous, nous sommes relativement pris dans cette conviction de l’importance de la minceur et cela va dénaturer la relation à la nourriture et au corps, la nourriture véhiculant en fait surtout, si on prend le temps d’y songer, l’amour, la sensualité, la spiritualité... Manger occupe une grande place dans nos vies, au moins trois fois par jour et c’est quand l’on en perd la fonction physiologique et sociale que les troubles commencent.

Les désordres alimentaires touchent plus les jeunes filles et les femmes mais on constate que plus d’hommes sont concernés, leur préoccupation autour de l’apparence étant actuellement plus courante. La boulimie n’a rien à voir avec la simple gourmandise, il y a boulimie quand la personne a le sentiment d’avoir perdu le contrôle de la relation à la nourriture. Elle est très mal à l’aise dans son corps, elle se sent trop grosse, que ce soit ou non objectif, elle est obsédée par son poids et les régimes. Elle ressent honte et culpabilité. Elle mange peu ou pas à table, certainement pas avec plaisir, elle se cache pour manger.

Il y a généralement beaucoup d’ambivalence autour de la nourriture : attirance allant jusqu’à la voracité en même temps que rejet violent. Il n’y a pas toujours excès de poids objectif, la plupart des boulimiques étant constamment au régime, soit font des cures de jeûne, soit vomissent après s’être goinfré (boulimieanorexie). On perçoit ici le redoutable combat vie-mort que mène l’anorexique ; celuici se retrouve chez les boulimiques mais peut-être d’une façon bien plus voilée. Le cadre social joue un grand rôle dans la problématique de la nourriture et du poids. Nous sommes loin de l’époque de Rubens et Botticelli où les canonsde la beauté vantaient la féminité dans l’opulence et les rondeurs. La révolution industrielle et scientifique a totalement bouleversé nos valeurs. Notre mode de vie, les rôles sociaux engendrent une image de la femme androgyne, mince, parfaite, et dynamique, véhiculée par la presse. Nous sommes fascinés et irrésistiblement persuadés que la minceur est la seule beauté, qu’elle garantit succès, amour et bonheur.

LA REPRÉSENTATION DE LA FÉMINITÉ S’EST DRASTIQUEMENT ASEPTISÉE.

Les troubles alimentaires sont plus spécifiquement féminins : la femme porte les enfants, les nourrit ainsi que l’ensemble de la famille. Sa fonction nourricière déjà la met dans une position complexe par rapport à la nourriture, à manger, à s’occuper des besoins des autres et des siens. Etre femme, épouse, mère, travailler à l’extérieur... plusieurs rôles seront souvent en conflit. Préoccupée de son image, de plaire pour être aimée, sa présentation doit être parfaite... Bref, elle est prise dans une infinité d’exigences qui peuvent la couper d’elle-même. La moindre critique sur son physique est très mal ressentie. Elle est, de par sa structure psy-chologique, narcissiquement très sensible à ce sujet, ainsi que dans son besoin du regard de l’homme et du père. La séparation psychologique entre la mère et la fille est une aventure bien différente que pour un fils. La proximité de deux êtres du même sexe rend la définition d’une identité séparée bien périlleuse et semée d’embûches comme la culpabilité, l’ambivalence….

Prendre du poids, tout comme refuser de manger, peut être une manière de s’opposer à trop d’attentes incompatibles, de manifester une difficulté ou même une réelle détresse quant à la façon de prendre sa place, faire certains deuils, lâcher prise, avoir peur d’être abandonnée... Comme la boulimie où on « ravale » les mots, les kilos sont silencieux et paradoxalement si visibles...

La relation à la nourriture est la première relation au monde. En effet, lebébé humain est totalement dépendant de la mère et de son entourage, alors que dans le monde animal, la plupart des nouveaux-nés peuvent très vite se débrouiller par eux-mêmes. La dépendance concerne tous les soins tant physiques qu’affectifs. L’être humain (homme ou femme) développe ses facultés intellectuelles et affectives dans les premières années de sa vie aussi en fonction de la qualité des relations avec les proches : la mère, le père, la fratrie, les grands-parents et autres proches ou substituts parentaux.

Sans tomber dans le mythe de ce que devrait être une mère parfaite, une famille idéale, il est intéressant de réfléchir à tout ce qui se transmet dans une relation si proche, quelle place la nourriture va prendre dans les échanges. On sait que la relation à la mère est centrale dans la problématique nourriture, l’enfant étantavec elle dans un lien fusionnel dès avant la naissance. Plus la mère saura communiquer, comprendre et répondre, en les respectant, aux besoins et désirs de son enfant, mieux se feront les diverses étapes de séparation, de l’autonomisation, de la prise de distance pour apprendre à découvrir le monde : ramper, s’asseoir, se lever, la petite école...

LA NOURRITURE EST PORTEUSE DE TANT DE MESSAGES D’AMOUR, DE HAINE ET D'ATTACHEMENTS... QUE MÊME ADULTE LA NOURRITURE PEUT ENCORE ÊTRE SURINVESTIE.


Si on reprend Winnicott et la notion de « holding » : « L’unité mère-enfant est à la base du développement psychique » ; « l’enfant organise sa spécificité en émergeant progressivement de cette diade et l’organisation psychique de l’enfant sera teintée par les fantasmes inconscients de la mère par rapport à l’enfant et par la relation interne qu'elle noue avec lui » ; « au détour des premiers mois, les relations objectales s’organisent, l’environnement et l’enfant deviennent des entités séparées dont l’existence est fondée l’un par l’autre.

L’objet et le sujet structurent la relation objectale. La relation à l’objet forme le moi, permet d’organiser les mécanismes de résolution des conflits et angoisses. Il y a douleur comme réaction au sentiment de perte de l’objet ; il y a angoisse comme réaction au danger que représente cette perte. La vie psychique commence à l’acquisition du JE. »Melanie Klein : « C’est au moment de la séparation d’avec l’objet, celui-ci reconnu comme tel, que s’instaure la phase dépressive, conséquence du fait que l’objet est vécu séparé. Il s’agit d’un renversement de la situation de naissance, le psychisme humain s’organise pour supporter la dépression inhérente à la séparation et assurer sa continuité. »

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Désordre sexuel et trouble alimentaire

Par Esther Hirch - Médecin sexologue-clinicienne, Service d’Urologie, Hôpital Erasme ; Service de Psychiatrie, Hôpital Brugmann, Université libre de Bruxelles.

La prise en charge d’un patient présentant un désordre sexuel associé à un trouble alimentaire nécessite une approche pluridisciplinaire. Le trouble alimentaire doit être traité de façon spécifique à la fois sur le plan médical, diététique et psychologique. Et là aussi l’approche peut être multiple.

L’approche sexologique nécessite dans un premier temps, comme d’ailleurs dans tous les cas de désordre sexuel dit « malin », mais donc encore plus lorsqu’il y a un trouble alimentaire associé, un travail de compréhension, de clarification de la genèse de ces troubles, le sens historique à leur donner, le lien entre le vécu psychoaffectif et les troubles psychosomatiques dont les désordres sexuels et les troubles alimentaires font partie. Cela relève pour ma part d’un travail sexoanalytique dans la mesure où, en tant que sexologue, je garde le focus sur la genralité et la sexualité.

La sexoanalyse tente de repérer les failles, les perturbations dans le développement psychosexuel.
L’histoire familiale est à cet égardessentielle : quelles ont été les relations avec le père, la mère, la relation des parents entre eux, les messages sur la sexualité, sur la différence des sexes, les idéologies transmises, notamment l’éducation au plaisir, le rang et la relation dans la fratrie.

Les perturbations sont de deux ordres :
• d’une part le climat général dans lequel l’individu a dû évoluer, le type d’éducation, l’ambiance familiale, les idéologies, les images masculine et féminine offertes par les parents, la  façon dont ceux-ci ont encouragé ou au contraire entravé le construit de l’identité de genre ;

• d’autre part des faits marquants, des événements sexuels ou non sexuels qui ont pu le marquer, le toucher voire le traumatiser. Ce sont parfois des faits minimes, presque insignifiants et pouvant donc passer inaperçus mais qui, apparus sur ce terrain de base, ont laissé une trace. La plupart du temps, dans ces cas de désordre sexuel « malin », primaire dans leur apparition, les patients sont
amenés à identifier une relation parentale abusive, parfois sexuelle, souvent psychique.


Cela m’est apparu à la suite de consultations de patientes ayant subi des abus sexuels dans leur enfance. Un père ou un beau-père qui arrive dans le lit de sa fille ou de son fils dispose du corps et de l’esprit de son enfant. On peut dire que cet enfant « n’existe pas » du fait que l’adulte ne tient pas compte de son identité. On comprend aisément qu’un enfant apprend à exister à partir de la place que ses parents lui font, lui permettent. Et je dirais que dans le cas d’un abus sexuel, l’enfant se fait « ne pas exister » pour supporter l’horreur. Plus tard, la petite fille devenue femme n’aura pas de désir sexuel pour son mari comme jadis elle n’en avait pas pour son père. Si elle le fait, elle le fera pour lui et pas pour elle, comme jadis pour le père et pas pour elle et aussi pour ne pas qu’il « aille voir ailleurs » c’està- dire pour ne pas perdre son amour comme jadis pour ne pas perdre l’amour du père. Elle fait, en quelque sorte, une photocopie de l’abus et vit donc ses rapports sexuels maritaux comme des abus.

A partir de là, j’ai recensé mes patients souffrant de désordre sexuel malin et je me suis rendu compte que, dans le fond, ils avaient tous subi à des degrés divers des abus,non pas des abus sexuels, mais des abus psychiques, une façon de disposer également de l’esprit et du corps de leur enfant.

Hurni et Stoll dans leur excellent livre intitulé « La Haine de l’amour », aux éditions L’Harmattan, les qualifient même d’incestes psychiques. Souvent ces abus, venant entraver le développement psychoaffectif et sexuel de l’enfant, ne sont pas intentionnels. C’est pourquoi les patients en thérapie ont du mal à les repérer. Dans un grand nombre de cas cependant, si ces abus n’ont pas été directement intentionnels, les patients très souvent finissent par reconnaître que le caractère intentionnel n’était en fait pas si inconscient que cela. C’est ce qui fait le caractère monstrueux de
l’abus. Certains le découvrent à partir d’événements actuels. L’individu va souvent sauver d’abord son identité personnelle de façon à pouvoir assurer sa survie, et la sexualité passe loin derrière.

Or, la sexualité appartient à la vie, du moins la sexualité mature, et non à la survie. Il faut déjà survivre pour se mettre à vivre. La sexualité, ce n’est pas l’entièreté de la vie mais cela en fait partie. Si bien que, si un abus a comme conséquence finale d’entraver la vie sexuelle et affective d’un individu, il apparaît alors comme monstrueux. Hurni et Stoll vont jusqu’à parler de « meurtre psychique » puisqu’il s’agit d’une incapacité à jouir de la vie.

LORSQUE L’ABUS EST IDENTIFIÉ COMME RÉELLEMENT INTENTIONNEL, IL S’AGIT ALORS DE VIOLENCE PERVERSE.


L’objectif d’une perversion morale est de garder le pouvoir par l’installation d’une relation d’emprise qui, en paralysant la victime, l’empêche de se défendre. L’agression perverse est composée de deux volets :

• d’une part une séduction perverse ou alors le fait de susciter un apitoiement en jouant un rôle de victime et ces deux façons d’agir vont désarmer la victime, l’empêcher de comprendre ce qui se passe ;

• d’autre part une violence psychique, souterraine, froide, permanente, subtile, anodine, sans raison, incompréhensible par la victime. Celle-ci, entraînée dans la confusion, perd ses repères, peut même se sentir coupable de ce qui lui arrive, comme l’agresseur essaie de le lui faire croire, et être incapable de réagir. Lorsque la violence perverse vise un enfant, elle prend bien souvent le masque de l’éducation. « C’est pour tonbien ! » Autrement dit : « Je te fais du mal parce que je te veux du bien. » Il s’agit de faire obéir l’enfant par la terreur ou la séduction au lieu de l’éduquer et de lui donner des repères. Et comme un enfant n’a pas la possibilité de nommer cette maltraitance, pas même de la repérer, la violence prend figure de norme.

Le déni de cette violence par l’adulte et la surdité psychique de l’entourage viennent étouffer la parole de l’enfant. Ceci dit, nombre de personnes, tout en créant des relations perverses, ne sont pas pour autant perverses. C’est la relation qui l’est, générée bien souvent par l’angoisse. L’enfant, lui, apprend à exister à travers ce vécu qui apparaît comme la norme. Et cela transparaît dans le discours en thérapie : les gens nous racontent des choses monstrueuses comme s’il
s’agissait de banalités.

Mais du fait que le sujet est dans l’incapacité de repérer la réalité de la violence et de réagir, c’est le corps qui va exprimer cette atteinte psychique interdite d’expression verbale : ce sont différents troubles psychosomatiques dont les troubles alimentaires et les troubles sexuels font partie. Et la gravité du trouble va dépendre du degré de l’abus : un petit abus va générer un petit problème, un gros abus un gros problème. Le patient comprend petit à petit les résultats de cette ontogenèse, à savoir :
• d’une façon générale, comment ilexiste, quels sont ses modes de fonctionnement au niveau de ses relations interpersonnelles, professionnelles, ses activités, son état d’être intérieur, comble-t-il ses besoins fusionnels et d’individuation ?
• d’autre part, quel homme ou quelle femme il ou elle est, comment il ou elle se perçoit, se vit dans son identité sexuelle, comment il ou elle croit être perçu(e) par les autres. C’est l’identité genrale ;
• par ailleurs, quel est son rapport à l’autre sexe, le degré de dysphorie : y a-t-il attirance, timidité, peur, méfiance, hostilité ? C’est le lien intersexuel.


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Psychopathologie, alimentation et sexualité

Par Martin Desseilles - Professeur de psychologie - et Philippe Kempeneers - Psychologue clinicien, sexologue.

L’alimentation et la sexualité entretiennent des liens de réciprocité principalement indirects tant dans les premiers stades de développement psychosexuels de l’individu que dans des mécanismes physiologiques ou physiopathologiques. Dans  cet article, nous passerons en revue ces interrelations en essayant d’y apporter un éclairage nuancé et clinique.

LES REPRÉSENTATIONS DE LA SEXUALITÉ AU COEUR DE L’ALIMENTATION

Lorsqu’il vient au monde, le « petit d’homme » tète sa mère pour s’alimenter. Outre le besoin physiologique d’alimentation à satisfaire, un autre besoin, affectif cette fois, va progressivement naître et se manifester très concrètement par l’augmentation du temps des tétées, bien au-delà de ce qui est nécessaire pour s’alimenter.

Ce comportement de plus grande oralité se poursuit durant la première année de vie et constitue, pour la perspective freudienne, le stade oral de développement psychosexuel de l’individu. Il correspond à une manière de découvrir le monde environnant, à une mise en contact de l’environnement par le tube digestif, la bouche en représentant une extrémité. Ainsi, dès que nous naissons, il nous faut intriquer différents aspects des pulsions, d’abord avaler, puis téter et ensuite mordre. Cette intrication, que reconnaissent bien les mères qui allaitent, nécessite un certain discernement de l’enfant quant à l’objet qu’il choisit de téter ou de mordre.

Pour Abraham (1924) la morsure et ses déclinaisons font partie de ce qu’il nomme le « second stade oral ». Ce stade annonce la dévoration et la disparition de l’objet externe, nécessaire à son internalisation dans un second temps, en vue d’un développement psychique équilibré. Ainsi, à un certain stade, pour le « petit d’homme », ce qui est porté à la bouche l’est pour être mangé et l’acte de s’embrasser sera pris pour une intention de dévorer s’il ne s’accompagne pas d’explications langagières de l’acte affectif.


Rapidement, les représentations du sexe de l’homme et de la femme donneront lieu à des fantasmes qui ne seront adéquatement gérés que lorsqu’une saine et progressive confrontation à la réalité aura lieu. Reconnaissant les représentations primitives du sexe féminin et masculin,
l’enfant généralisera rapidement leurs schématisations dans les choses et objets naturels ou artificiels. Ainsi, l’alimentation n’échappe pas à cette représentation signifiante de la sexualité. En témoignent par exemple les expressions populaires (« brouter le minou », « s’en taper une bonne
tranche », etc.) qui soulignent avec une certaine « saveur » la polysémie du signifiant, image ou mot. Le corps et le sexe peuvent ainsi être pris comme aliments au niveau langagier; par exemple, la prune, les miches, les pastèques, etc. Inversement, les aliments peuvent être pris comme des sexes ; par exemple la banane, le saucisson, les fruits de la passion, etc.

Notons qu’à l’âge adulte, lors de régressions – conscientes ou pas –, les pulsions orales peuvent venir satisfaire un besoin alimentaire et affectif, comme à l’époque des premiers mois du nourrisson. C’est le cas notamment lors des préliminairesérotiques, mais aussi, d’un point de vue pathologique lors d’une décompensation psychotique, tel que cela a été proposé par Melanie Klein (1930), laquelle cherchait à expliquer les psychoses par des fixations orales.

DES LIENS DE RÉCIPROCITÉ ENTRE ALIMENTATION ET SEXUALITÉ

L’alimentation et la sexualité entretiennent des liens de réciprocité à différents niveaux. Classiquement on les modélisera selon l’impact direct ou indirect et le type régulation qu’elles exercent l’une sur l’autre. Nous utiliserons dans cet article le terme « alimentation» pour désigner toute ingestion de substances solides ou liquides, certaines éventuellement à doses considérées comme pathologiques, comme c’est par exemple le cas dans l’alcoolisme.

Envisagons tout d’abord les liens allant de l’alimentation vers la sexualité.

• Premièrement, la prise d’aliments peut « augmenter » la sexualité. Il s’agit du champ des aphrodisiaques, c’est-à-dire des substances ingérées qui vont augmenter le désir, les capacités sexuelles ou, à tout le moins, la perception que l’on en a, notamment du fait de représentations
liées à une certaine forme de puissance sexuelle. Ainsi, certains aliments supposés agir sur le volume testiculaire, sur le taux de testostérone ou sur la quantité et la qualité du sperme sont fréquemment associés, dans l’imaginaire populaire, à une action dite aphrodisiaque. Cependant, aucune de ces substances n’a d’effet direct (réel) sur la puissance sexuelle des individus car ce
n’est ni la qualité du sperme qui détermine la qualité d’un orgasme ni la quantité de testostérone qui détermine la libido individuelle (Travisonet al., 2006).


Quant aux substances pro-érectives, comme le sildenafil, le tadalafil ou le vardénafil, elles n’ont aucun effet direct sur le désir. Elles ne font qu’améliorer la réactivité érectile en cas de stimulation sexuelle. Toutefois, en engendrant un regain de confiance en soi, leur absorption peut avoir un impact positif indirect sur la libido. Notons pour la petite histoire que certains restaurants ont proposé de mélanger Viagra et aliments, estompant de cette manière la frontière virtuelle entre produits pharmaceutiques et aliments aphrodisiaques.

• Deuxièmement, la prise de substances peut « diminuer » la sexualité. Il s’agit du champ des inhibiteurs sexuels, agissant tantôt sur le désir, tantôt sur la rigidité des érections, leur durée, tantôt sur la latence des orgasmes, tantôt encore sur l’ensemble de ces paramètres. Ces substances peuvent être des médicaments dont l’effet sexo-inhibiteur est secondaire à une indication d’une autre nature en médecine allopathique. C’est le cas par exempledes inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La « diminution» de la sexualité qui leur est souvent associée peut s’avérer tout à fait désirable lorsqu’elle s’adresse à une population qui présente des traits d’hypersexualité, en particulier – mais pas seulement – lorsque cette hypersexualité s’exprime par une rapidité excessive de l’éjaculation qui empêche l’homme de soutenir des coïts d’une durée qui lui soit agréable et désirée.

Ainsi, chez les personnes souffrant d’éjaculation précoce, un traitement médicamenteux peut se révéler une option séduisante, surtout lorsque des alternatives sexothérapeutiques n’ont pas donné de résultats satisfaisants (Kempeneers et al., sous presse). Si cet effet sexo-inhibiteur secondaire peut s’avérer une indication primaire dans le cas spécifique de l’éjaculation précoce, il faut toutefois noter qu’il n’est habituellement pas souhaité par la majorité de la population utilisatrice de ces molécules. Une diminution de performances sexuelles peut par exemple n’être guère appréciée lorsqu’on les utilise principalement pour leur effet antidépresseur. Tout en améliorant la libido éventuellement moribonde de la personne déprimée, le traitement peut aussi ne pas lui permettre de recouvrer les avantages de son amélioration symptomatique.

Dans le cas des médicaments, une notice décrira leur impact potentiel sur la sexualité. Observons toutefois que les perturbations du désir sexuel peuvent aussi amplement dépendred’une suggestion, à telle enseigne que cet effet secondaire pourrait très bien apparaître de manière non spécifique sur de nombreuses notices médicamenteuses, au même titre que les céphalées ou la fatigue.

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Silhouette féminine: de l'origine au XXIe siècle

Par Philippe Brenot - Psychiatre et anthropologue, Directeur des enseignements de Sexologie et Sexualité humaine à l’Université Paris-Descartes. Paris.

Dans un monde contemporain dominé par l’image, la silhouette surgit comme un reflet de l’idéal, une représentation de soi-même et, très naturellement, un révélateur des fantasmes ou des insuffisances. Notre confrontation de la silhouette à l’idéal de soi et aux archétypes médiatisés nous mène aujourd’hui à un sentiment soit d’adéquation, soit d’insuffisance, rarement de supériorité, dans la mesure où l’image médiatique, aseptisée et canonisée, semble à la plupart d’entre nous inaccessible voire culpabilisante.

La silhouette du sujet reflète la morphologie personnelle, le terrain génétique, familial, les habitudes alimentaires mais également les tendances esthétiques et morales de la société, c’est-à-dire son acceptation des formes corporelles en raison de la symbolique, relationnelle et donc sexuelle, qu’elles recouvrent.

Les formes corporelles sont en effet des attracteurs sexuels extrêmement puissants (seins, fesses, hanches...) et la tolérance de la société s’exprime plutôt sur des éléments extérieurs et indirects d’une dimension érotique acceptée, acceptable, ou refusée, plutôt que par l’effet direct du comportement érotique et sexuel. Ces tendances à l’expression ou non des formes corporelles sont repérables à toutes les époques de l’histoire de l’humanité, surtout en ce qui concerne les représentations féminines. Dès la préhistoire apparaît une dichotomie entre deux types de figures, les formes généreuses liées à l’enfantement et à la fécondité ; les formes érotiques liées à la féminité. Au cours des millénaires suivants, l’alternance entre ces deux tendances (féminité/fécondité) reflètera l’évolution morale des sociétés.


Dans la deuxième moitié du XXe siècle (après quelques prémices, en 1920 avec « la Garçonne » et en 1960 avec les silhouettes hamiltoniennes) apparaît une troisième figure, celle de l’intersexe,
de la chimère homme/ femme, avatar moderne de l’androgyne.Cette figure inter-sexuée est contemporaine de la reconnaissance et de l’acceptation de l’homosexualité puis d’une libération des orientations et des identités sexuelles. La période actuelle récente (depuis une dizaine d’années) semble plutôt s’orienter vers un renouveau des genres mieux affirmés, d’une part une masculinité non machiste assumée et surtout une féminité aujourd’hui détachée des préoccupations de fécondité et des interrogations sur son identité.


QU’EST-CE QU’UNE SILHOUETTE ?

Etienne de Silhouette était un homme politique français très impopulaire, ministre des Finances en 1759, qui avait l’habitude de dessiner lors des séances à l’Assemblée et qui croquait des profils stylisés, attitudes et allures de ses collègues, si bien que ses caricatures, très rapidement emblématisées, ont naturellement été désignées par son patronyme, silhouette. Le nom a ensuite vécu sa propre vie et qualifié tout d’abord une ombre passagère, un dessin aux contours schématiques, puis un croquis à l’économie, peut-être inspiré des fonctions – financières – de ce
ministre si impopulaire. L’histoire des mots est toujours complexe, elle emprunte à la réalité et au fantasme.


La silhouette, qui est un principe d’économie minimale du trait et un dessin à peine suggéré, va ainsi représenter l’allure générale du sujet et, d’une façon plus directe, le type humain qu’elle représente : leptosome (grand maigre), fin, moyen,lourd, enrobé, obèse... La silhouette sera donc un indice de la ligne ou de l’embonpoint selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre des variations pondérales. Et l’on sait combien le culte actuel du corps implique des canons terroristes aux hommes et aux femmes quant à leur poids idéal et donc leurs formes idéalisées.


PREMIÈRES SILHOUETTES

Dès le paléolithique supérieur, cette dernière période des glaciations qui a vu naître Homo sapiens, on peut remarquer la très forte asymétrie entre les silhouettes masculines qui sont extrêmement rares (à l’exemple de l’homme du puits de Lascaux) et les silhouettes féminines qui sont nettement plus fréquentes. On pourrait faire un parallèle avec la représentation des sexes, rare en ce qui concerne le pénis, extrêmement fréquente en ce qui concerne la vulve féminine. Tout ceci dans une époque se situant entre 30 000 et 12 000 avant J.-C.


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Lisez cette histoire. L'édito de Joëlle Mignot

Une fois n'est pas coutume, je vous demanderai de commencer votre lecture de ce n°22 par la fin…

Lisez cette histoire…

Une façon de remonter le temps pour trouver l’origine même de cette revue, les idées et les engagements de l’équipe enseignante de Bobigny, qui sont aujourd’hui plus qu’actuelles dans un monde où la sexualité, le corps, le plaisir, les désirs sont écartelés entre exhibition et inhibition, entre pression sociale normative et interdits liés aux croyances et autres fanatismes.

Certes les moyens d’enseignement pour permettre d’aborder la sexualité humaine aux professionnels de santé sont en pleine évolution et il faut intégrer ces nouveaux apports qui révolutionnent l’apprentissage.

Mais la connaissance de la sexualité humaine dépasse la transmission de maître à élève de savoirs académiques. L’enseignement de Bobigny était basé sur ces échanges constants entre les praticiens de toutes origines (du champ de la santé, de l’éducation, du champ social) mais aussi, dans le même temps, par de mystérieux échanges (changements?) à l’intérieur même de chacun d’eux. Rares sont les formations universitaires qui permettent ces deux mouvements simultanément et qui le revendiquent. C’était un pari sur l’avenir... il a été gagné !


Joëlle Mignot
Rédactrice en chef
Psychologue sexologue clinicienne, hypnothérapeute. responsable d'enseignement du DIU de Sexologie Paris 13 Bobigny.
Co-directrice du DU de Conseil en Santé Sexuelle et Droits Humains, Université Paris 7-Diderot.
Vice-Présidente de l'Institut Milton Erickson d'Avignon Provence.
Ex-Présidente de l'ASCliF (Association des sexologues cliniciens francophones). Auteur.


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Redécouvrir l'intimité érotique dans son couple.

Le couple en toute intimité

Par Brigitte LAHAIE - Animatrice sur RMC

Revue Sexualités Humaines n°21

La sexualité humaine est assez peu comprise. J’ai surtout constaté, en écoutant les confidences des auditeurs au fil du temps, que la majeure partie d’entre eux confondaient sexe, amour, tendresse, intimité et sexualité. D’ailleurs, ils ne s’intéressent au fonctionnement de leurs organes génitaux que lorsqu’ils rencontrent des difficultés, plus particulièrement les hommes.

La femme, quant à elle, aura tendance à subir. Tant mieux si la jouissance est au rendez-vous puisqu’elle aura envie de faire l’amour régulièrement. Sinon, elle tentera rapidement de trouver de bonnes raisons d’éviter les rapports. La sexualité et surtout l’intimité sont nécessaires au bien-être individuel mais pratiquement indispensable au bien-être du couple. Faire l’amour aplanit les conflits si fréquents dans une vie à deux et renforce le lien.Bien sûr, certaines personnes préféreront privilégier l’amour platonique, les relations amicales, et bien sûr la tendresse avec leurs enfants. Mais cette absence de sexe les handicape dans leur évolution personnelle et dans leur construction identitaire. Ce manque d’évolution personnelle provoque une animosité plus ou moins marquée envers
l’autre. Comme si, il ou elle était responsable des inhibitions qui entravent leur construction intime. En fait, l’identité masculine ou féminine passe par le sexe. Sans cette expérience sexuelle que j’ose appeler initiatrice, nous aurons tendance à régler nos comptes vis-à-vis de l’autre genre qui continue à nous faire peur.

LA SEXUALITÉ SACRÉE

Il n’y a pas dix mille solutions pour maintenir une bonne entente sexuelle entre deux êtres au fil des ans. Rares sont les individus qui savent continuerà éprouver du désir pour leur partenaire naturellement. Pour moi, il y a trois grands axes :
• le jeu et la fantaisie qui conduisent vers une sexualité ludique ;
• la fantasmatique, univers particulièrement vaste mais pas toujours facile à faire coïncider avec celle de son partenaire. De toute façon, tout le monde n’y a pas accès ;
• la sexualité sacrée.

J’ai choisi de m’attarder sur cette troisième solution parce qu’elle me semble la plus intéressante. D’abord parce qu’elle est trop peu évoquée en sexologie et trop souvent associée au Tantra, ce qui, nous allons le voir, n’a justement rien à voir. La sexualité sacrée non seulement améliore les relations intimes, mais permet aussi une évolution personnelle qui rend la vie plus sereine. Je fais une réelle distinction entre sexualité sacrée et Tantra, je ne suis pas fan de cette appellation trop souvent mal utilisée en Occident. D’ailleurs, dans son pays d’origine le Tantra n’est pas spécifiquement sexuel. C’est plutôt une philosophie spirituelle qui a pour but d’élever notre conscience. La sexualité sacrée n’est pas une démarche ésotérique réservée à quelques initiés.

C’est une sexualité entre humains qui profitent de leurs échanges pour s’améliorer dans leur construction psychique. Ce qui me fait dire que le couple est un excellent chemin spirituel ! Contrairement au sexe qui n’engage, si je puis dire, que nos organes sexuels, la sexualité engage également notre affect. C’est toute la différence entre la pornographie qui ne montre que deux
sexes qui se rencontrent, et tout autreoeuvre qui utilise la dimension psychique des antagonistes qui font l’amour. Mais dans la sexualité sacrée, il y a ce petit plus qui nous échappe : la sexualité sacrée permet de réunir l’être dans sa globalité.

Lorsque les organes génitaux se rencontrent, les autres centres énergétiques des partenaires se mettent plus ou moins au diapason. Si vous mettez un homme et une femme allongés l’un sur l’autre, les deux sexes à peu près au même niveau, vous aurez ensuite les coeurs au diapason mais également les plexus solaires, la gorge, etc.

Ces zones, véritables centres énergétiques (appelés chakras), sont situées tout le long de notre colonne vertébrale. Intéressons-nous tout particulièrement aux sept principaux, chacun vibrant plus ou moins. En examinant comment chaque centre fonctionne chez un individu, nous pourrons aisément voir quels sont ses atouts et quelles sont ses inhibitions sur le plan général mais qui forcément auront des répercussions sur le plan sexuel. Ensuite, il suffira de lui indiquer comment il peut renforcer ceux qui circulent bien et débloquer les autres.

Ainsi, en examinant attentivement chaque partenaire dans son fonctionnement, on peut, de manière presque rationnelle, expliquer pourquoi sa sexualité rencontre un dysfonctionnement. En fait, lorsque j’entends un auditeur, je tente très rapidement de comprendre où se situe le blocage. En règle générale, il ou elle va rapidementcritiquer la façon de faire l’amour de son ou sa partenaire. C’est bien connu, il est plus facile de remettre l’autre en cause que soi-même, tous les thérapeutes le savent bien. Mais la manière dont son partenaire va être critiqué est assez révélatrice de la problématique de la personne que j’ai au bout du fil. Il suffit d’entendre les plaintes, les critiques, la victimisation, la colère, toutes ses émotions ne proviennent pas du même centre.

En étudiant les centres énergétiques, nous pouvons accéder à cette lecture nouvelle et donner au patient des exercices adaptés afin qu’il libère son être. Car accéder à une sexualité harmonieuse, c’est d’abord se libérer de son carcan. Le corps, tout particulièrement dans notre monde occidental, est vécu de l’extérieur alors qu’il doit être vécu de l’intérieur. Ceux qui pratiquent le yoga, par exemple, le comprennent bien. Mais je peux vous donner un exemple très concret, l’éjaculateur précoce ne ressent pas, il est focalisé sur sa partenaire et réagit de manière mécanique. Dès qu’il prend conscience de ce qui se passe en lui, il parvient à des résultats intéressants.

LES CENTRES ÉNERGÉTIQUES

Le premier centre, situé au niveau du périnée, symbolise nos besoins primaires. Il nous relie à la terre. Surnommé « chakra racine ». Blocage : s’il n’est pas éveillé, l’individu ne peut pas se sentir en vie, il sera dans l’incapacité de se construire une identité. Il aura tendance à se perdre dansles autres et sa sexualité sera souvent instinctive. Nous sommes dans un plan,de conscience primaire. Il ne fait pas l’amour, il fait du sexe. Sa satisfaction est plus importante que son ou sa partenaire et d’ailleurs il y a souvent une agressivité assez forte. Au fond, n’importe quel partenaire peut lui convenir. Si le chakra racine n’est pas respecté par le partenaire, l’individu ne pourra pas se sentir en sécurité et n’aura pas la capacité d’assouvir ses besoins élémentaires.

Il sera toujours sur ses gardes et l’abandon nécessaire à une sexualité harmonieuse sera compliqué. L’auditeur qui est bloqué à ce niveau est souvent très revendicatif et critique de manière agressive son partenaire. La solution : lui faire prendre conscience qu’il a peur de vivre. Sans doute n’a-t-il pas été assez sécurisé durant son enfance. Il doit développer son émotionnel en repérant ses accès de colère ou de déprime qui sont toujours dus à une insécurité. Il doit apprendre à ne plus être d’un corps animal. Le sport est un bon moyen de canaliser cette énergie encore très brute.

Le couple : il doit veiller à satisfaire ses besoins de sécurité. Le manque d’argent par exemple est souvent néfaste pour ce niveau et provoque une absence de sexualité ou une sexualité avide sans réceptivité au désir du partenaire.

Le second plan est le centre sexuel par excellence mais il est aussi le centre de nos émotions. Il contient donc une énergie importante et il est évidemment essentiel dans la vie de couple. Ce centre se trouve dans le bas-ventre, au centre même de notre corps. Tracez une ligne entre l’anus et le nombril ; au milieu de cette ligne se trouve ce centre énergétique. S’il est vécu de manière encore immature, le partenaire recherchera la fusion et aura tendance à devenir dépendant de son partenaire. Cela peut entraîner des jalousies ou des instincts de possession. Bien vécu, la construction de l’identité sexuelle permet une assise et une force pulsionnelle positive.

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Violence sexiste. Catherine LEBOULLENGER

Revue Sexualités Humaines 21


Par Catherine LEBOULLENGER - Conseillère principale d’éducation. Poissy. Formatrice académique en éducation à la sexualité. Chatou

A l’approche de l’entrée dans la vie amoureuse, il convient de mener des actions de prévention de la violence dans les relations amoureuses des jeunes. Je présente alors une saynète à jouer sur une forme de contrôle abusif :

Charlotte attend que son copain vienne la chercher pour aller ensemble chez des amis. Elle est impatiente et joyeuse d’arborer la jupe qu’enfin sa mère a accepté de lui acheter, cette jupe, Denis,
son petit copain, l’avait particulièrement admirée quand une de leurs copines la portait… Denis arrive, la regarde des pieds à la tête d’un air furieux. Il n’admet pas qu’elle sorte habillée comme ça… après un petit échange, il conclut : sur Julie, c’était très bien mais toi, c’est pas pareil; tu es ma copine ! Alors c’est simple, si tu veux qu’on sorte, tu m’enlèves ça tout de suite et tu mets ton jean !


Je propose à des élèves de 3e de jouer la scène. Ils le font littéralement sans se poser de questions. Différents « acteurs » se succèdent, tellement ils se montrentfriands de jouer. En ZEP, j’ai affaire à d’excellents « acteurs ». Un débat suit, très animé. La distinction entre conseil judicieux et contrôle obligation se fait jour. Des jeunes filles se risquent à affirmer la peur de Denis que Charlotte, trop sexy, séduise d’autres personnes. D’autres affirment que les filles doivent se montrer discrètes et s’habiller « convenablement ».

Sur la question de savoir si « on a le droit » ou « non », les positions sont claires : « on n’a pas le droit d’imposer aux filles de s’habiller de telle ou telle façon. Elles doivent être libres de s’habiller comme elles le désirent et de se voiler si elles le décident toutes seules. » J’aborde alors les
injonctions inconscientes dictées par une religion, une famille, une société, une façon d’aborder les normes. Le lien entre deux types de situation, privée entre deux copains et politique, entre pouvoir
masculin et soumission imposée aux femmes, s’est imposé. Les jeunes ont utilisé des éléments de connaissance donnés par leurs enseignants dans leur programme d’histoire et d’éducation civique.

La scène est rejouée différemment plusieurs fois en tenant compte des dimensions nouvelles abordées. Le plus souvent, Charlotte parvient à convaincre Denis de sortir avec sa jupe.

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Education à la vie affective et sexuelle en primaire

Revue Sexualités Humaines 21

Par Anne Claret - Conseillère conjugale et familiale - Sexologue. Rabasstens.

Pourquoi la majorité des interventions d’éducation sexuelle s’adresse aux adolescents scolarisés en collège et lycée ? Pourquoi est-ce si difficile d’introduire ces thématiques dans les écoles primaires ?

L’éducation sexuelle en classe de primaire n’est pas un sujet qui fait consensus comme cela peut être le cas au collège et au lycée. La peur de la réaction des parents, l’idée très répandue que ce sujet relève du domaine privé, la crainte de « sexualiser » les enfants mais aussi la réticence des instituteurs à traiter des notions qu’ils n’ont jamais abordées en public, rendent la mise en place très difficile sur le terrain. Pourtant, les enfants ont très tôt une image de la sexualité, notamment àcause de la télévision, d’Internet, de la publicité... Cette sexualité vue et non parlée peut avoir des conséquences sur leur évolution d’Etre sexué. Intervenant avec l’association du Planning familial dans tous les niveaux de classe de l’Education nationale, je vais vous faire partager mon expérience d’intervenante en éducation à la vie affective et sexuelle auprès d’une classe de CM1-CM2.

INTERVENIR DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE

Bénéficier d’une éducation sexuelle est un droit universel pour chaque être humain. Si le jeune enfant ne peut par lui-même défendre ce droit, c’est à nous, professionnels de la sexualité, de le faire pour lui. Je suis persuadée qu’avoir accès à une réelle éducation permet aux enfants de développer des attitudes positives face à la sexualité et permettra d’atténuer les comportements négatifs. L’absence d’éducation sexuelle, les non-dits, provoquent peur, crainte et culpabilisation. L’éducation sexuelle doit contribuer à l’épanouissement d’une vie sexuelle heureuse, satisfaisante et enrichissante. Les informer tôt leur permet de comprendre que la sexualité est une belle expérience mais soumise à des règles, des lois et que chaque personne doit être respectée dans ses différences, ses attitudes et ses opinions.

L’éducation sexuelle permet aux enfants de découvrir ses propres désirs, ses peurs. Il doit comprendre la différence de l’autre, la sphère intime et permettra de prévenir des comportements violents. Je rejoindrai en cela le point de vue de Laura Beltran : l’éducation sexuelle a un réel rôle dans la prévention des troubles sexuels chez l’adulte 2. En
effet, des consultations peuvent être liées à un manque d’information sur la sexualité, et d’une image très négative de son corps, entraînant des troubles sexuels.

UNE LOI ENCADRANT L’ÉDUCATION SEXUELLE À L’ÉCOLE

Faire de l’éducation sexuelle dans les écoles primaires ne devrait pas être une option mais une obligation comme le rappelle la loi réglementant l’éducation sexuelle en milieu scolaire du 4 juillet 2001 : « Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et leslycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène ». Cependant, malgré cette loi encadrante et des circulaires de l’Education nationale, l’organisation des séances se heurte à des difficultés de mise en place selon le rapport de l’Igas. Pourtant, la place de l’école dans l’éducation sexuelle est primordiale car elle permet de toucher la quasi-totalité des enfants et pallier ainsi les inégalités éducatives dont ils peuvent être victimes dans leur famille.

LES PARENTS ET L’ÉDUCATION À LA VIE AFFECTIVE ET SEXUELLE

Il n’est pas rare que les parents refusent l’éducation sexuelle dans les classes de leurs enfants. Ils le font principalement parce qu’ils refusent une éducation sexuelle qui n’est pas répressive et moralisatrice, soit parce qu’ils s’opposent à un partage de pouvoir à propos de l’éducation de leur enfant. Ces parents ont la crainte qu’éduquer leur jeune enfant à la sexualité les inciterait à avoir plus précocement une relation sexuelle. Or, d’après l’expérience de Marie-Paule Desaulniers, il n’en est rien. L’idée que l’éducation
sexuelle est une « initiation aux plaisirs de la sexualité » repose sur une méconnaissance de la sexualité infantile et sur une projection d’adulte qui confond initiation érotique adulte et éducation sexuelle enfantine. D’après Marie-Paule Desaulniers, la famille est le premier lieu de l’éducation sexuelle parce qu’elle est la première cellule sociale. Elle est le foyer de la vie affective par le témoignage de la vue du couple des parents, les marques d’affection et d’attrait sexuel.

Nous pourrions penser – comme de nombreuses personnes – que la sexualité ne relèverait que du domaine de la vie privée, et par conséquent l’éducation sexuelle aussi. Elle ne serait réservée qu’à la maison et la famille. Cependant, cela n’a pas la même signification dans toutes les familles et les classes sociales. Les parents ne font que rarement cette éducation. Certains même profitent de leur pouvoir d’autorité et de la loi du silence pour utiliser leur enfant comme objet sexuel, l’inceste étant beaucoup plus fréquent que l’on ne voudrait le croire. Si la vie commence dans la famille, elle ne s’y limite pas. Il semble important que l’école prenne le relais. J’ai établi une étude (questionnaire anonyme) auprès de 92 parents d’enfants scolarisés en classe de primaire. La majorité d’entre eux ont entre 31 et 40 ans. 72 % d’entre eux estiment parler facilement de sexualité avec leur enfant et ne se sentent pas gênés lorsque leur enfant leur en parle.

Néanmoins, 46 % des parents n’abordent la sexualité que si leur
enfant leur en parle. 76 % des parents interrogés n’ont pas eu d’éducation sexuelle de la part de leurs propres parents. Il semblerait que cela ait influencé leur mode d’éducation car 59 %des parents interrogés parlent aujourd’hui de sexualité avec leur enfant comme l’exprime ce témoignage d’une mère de famille : « C’est parce que j’ai
souffert (entre autre dans mes premières relations sexuelles avec les hommes) et de ne pas avoir reçu un minimum d’infos sur la sexualité (alors que mes parents étaient naturistes !) que j’ai choisi d’aborder le sujet de la sexualité et de l’amour avec mes enfants très tôt et de rendre ce sujet abordable des deux côtés. » D’autres parents pensent que la sexualité est encore tabou : « Nous parlons avec mon fils plus de vie affective quand il s’agit d’humain (le sentiment amoureux, les baisers). Nous abordons la
sexualité quand il s’agit des animaux sans pour autant faire le rapprochement avec la sexualité des hommes. »

Pour 63 % des parents, l’école n’a pas à s’immiscer dans ces questions-là : « Education à la vie affective et sexuelle en primaire ? Je trouve cela exagéré, la très grande majorité des enfants sont encore innocents à cet âge-là, leur enparler si jeune à mon avis n’est pas la meilleure chose. » Ou encore : « L'éducation à la sexualité et son usage relève strictement du droit des parents : je n'autoriserai jamais l'école à venir interférer dans cette relation avec mes enfants et je lui dénie le droit d'inculquer à mes enfants des principes contraires aux valeurs morales que nous souhaitons leur transmettre. »Une enquête de l’Observatoire Vania a observé que pour 37 % des parents, le sujet de la sexualité était plus délicat que la mort, le divorce ou la maladie.

D’après Robert Neuburger, malgré une surexposition de la sexualité (média, cinéma, vidéo...), la sexualité reste un sujet tabou. La banalisation de l’information sexuelle semble avoir joué un
rôle négatif sur les communications entre les parents et les enfants. Les parents pensent que les enfants ont la réponse à toutes leurs questions grâce aux médias de sorte qu’ils n'ont plus besoin de se lancer dans des explications gênantes. Les parents disent intervenir uniquement sur l’aspect préventif de la sexualité (IST, contraception...). Le plaisir, la masturbation, le désir sont rarement abordés car l’enfant est censé l’apprendre via les médias.


INTERVENIR, OUI, MAIS COMMENT ?

A mon sens, l’éducation sexuelle doit reprendre les fondements principaux de la définition de l’OMS. Cependant, beaucoup d’efforts doivent être consentis afin d’assurer que les politiques et les organismes de santé publique reconnaissent cet état de fait et en tiennent compte. Pour faire découvrir la beauté de la sexualité, de manière positive et bienveillante, j’ai choisi d’intervenir avec la littérature jeunesse qui est un outil adapté à un public jeune. Utilisée comme outils d’animation, elle se révèle être pertinentes à double titre : ils permettent une projection immédiate à travers les personnages et les situations racontées, et grâce à cetteidentification directe, une réflexion
critique émergera chez les enfants. Pour aborder la puberté, j’utilise « Poils partout » de Babette Cole qui raconte avec beaucoup d’humour la transformation des enfants en adultes à cause de Mr et Mme Hormones qui préparent des potions magiques.

La thématique de la reproduction, de la grossesse et de l’accouchement est abordé avec « Comment on fait les bébés » du même auteur qui emploie un graphisme drôle pouvant être lu aux enfants dès l’âge de 5 ans. Pour aborder les sentiments amoureux et l’homosexualité, le livre de « La princesse qui n'aimait pas les princes » . Les enfants apprécient beaucoup la lecture de ces livres. Il n’est pas rare que des classes applaudissent la lecture d’un livre qui les a touchés. Je laisse les livres dans les classes et la plupart des élèves les relisent et demandent à leurs parents de se les procurer.

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