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Passion amoureuse et opéra : un autre regard sur le mythe de Tristan et Isolde

Par Michel Febvre - Médecin sexologue

Nous continuons l’analyse des oeuvres de Richard Wagner avec l’un des plus beaux opéras du répertoire lyrique : Tristan et Isolde. Archétype du drame de la passion amoureuse, il se prête aussi à une lecture moins conventionnelle.

Cet opéra marque une date capitale dans l’évolution du théâtre lyrique occidental : oeuvre « révolutionnaire » par excellence, où s’abolissent lesanciens principes de l’opéra. La composition musicale ouvre la voie et permettra l’éclosion, une cinquantaine d’années plus tard, du dodécaphonisme de Schönberg.


HISTOIRE DE L’OEUVRE

Comme pour toutes ses oeuvres lyriques, Wagner commence par l’écriture du livret. Celui-ci est rédigé pendant l’été 1857, les partitions musicales sont achevées en 1858 pour le premier acte, 1859 pour les deux autres. Quand il compose cet opéra, Wagner s’est exilé en Suisse. Sa participation aux émeutes de Dresde en 1849, son amitié avec l’anarchiste Bakounine l’obligent à fuir son pays. Après un bref passage par Paris, il rejoint Zurich, où il restera près de douze ans. Les philosophes Schopenhauer aux idées empreintes d’un grand pessimisme et Feuerbach qui célèbre l’Amour-Passion, tout comme Calderon glorificateur des valeurs traditionnelles et de l’honneur, seront parmi ses sources d’inspiration.

Fin connaisseur des légendes et récits médiévaux (qui devaient inspirer la quasi totalité de son oeuvre), Richard Wagner a su réaliser une synthèse des romans bretons et poèmes épiques des XIIe et XIIIe siècles, colportés par des troubadours occitans à l’origine du mythe de Tristan et de l’évolution de l’Amour courtois d’inspiration religieuse à l’Amour Passion avec reconnaissance de la sexualité explicite. Impossible de ne pas évoquer sa relation avec Mathilde Wesendonck, contemporaine de la composition de l’ouvrage. Richard, marié avec Minna Planer, est malheureux en ménage. Il fait la connaissance du couple Wesendonck à Zurich en 1852. Lui est un riche commerçant admirateur de ses oeuvres et l’un de ses mécènes. Mathilde est une jeune et jolie femme écrivain de son état. Leur passion durera près de cinq ans et inspirera à Wagner quelques-unes de ses plus belles pages musicales, les Wesendonck lieder, poèmes de Mathilde mis en musique par Richard, puis repris et étoffésdans le deuxième acte de l’opéra. Incorrigible Wagner qui ne pouvait s’empêcher de séduire la femme de ses amis ! Cette relation fut peut-être platonique, mais une fois la partition terminée, il l’oublia. A peine s’il la reconnut quand elle vint au festival de Bayreuth !

L’OPÉRA

L’opéra fut créé au théâtre de la Cour de Munich le 10 juin 1865, sous la direction musicale du chef Hans von Bülow, ami de Richard dont l’épouse Cosima, fille de Franz Liszt, deviendra la deuxième épouse après le décès de Minna (toujours le séducteur !). L’opéra fut représenté à Bayreuth en 1886, dans le Festspielhaus spécialement édifié pour l’écoute de ses oeuvres. La musique particulièrement suggestive pourrait être qualifiée d’érotique. On peut, sans trop se tromper, reconnaître dans des passages musicaux, la représentation du coït avec la montée de l’excitation se traduisant par des poussées rythmiques et chromatiques ascensionnelles. Au deuxième acte, elle est brutalement interrompue par un « cri de l’orchestre » coïncidant avec l’arrivée du roi Marke qui surprend les amants. Au troisième acte, cette même montée accompagne le chant de mort d’Isolde et aboutit à un véritable orgasme mystique, fusion dans la mort avec Tristan.

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Une approche (méta)philosophique et littéraire de la sexualité

Par Philippe Le Cavorzin, Emilie Leblong et Nathalie Dessaux

La sexualité dérange continûment les représentations que nous avonsconstruites de nous-mêmes. Cet affrontement intime transparaît tout autant chez l’homme « moderne » que chez ses prédécesseurs, qu’il soit écrivain, philosophe ou patient dans le cabinet du sexologue.

INTRODUCTION

Parce que sexologie, philosophie et littérature s’attaquent d’abord à interroger nos croyances, pour permettre peut-être l’émergence ultérieure d’une pensée, il s’offre peut-être là une riche combinatoire, où nos représentations mentales seraient interrogées à la triple
lumière des idées (au travers de la philosophie), de l’émotion (à travers la littérature) et enfin du corps (dans certaines sexothérapies). Se pourrait-il que nos représentations sexuelles soient intimement liées à nos représentations du monde, elles-mêmes manifestations d’une pensée, à son tour inscrite dans le contexte d’une époque ? Une pensée formalisée par le philosophe, exprimée par l’écrivain, « imprimée » dans les corps... Serait-il alors envisageable de construire une « méta-philosophie » de la sexualité, interrogeant les époques successives, usant pour cela de l’optique des idées, de la métaphore des mots pour enfin travailler le corps ?

L’entreprise semble difficile, ne serait-ce que parce que : « La sexualité est la question qui soit la plus occultée en philosophie. Elle y est souvent vue comme un obstacle à
la pensée, voire comme un empêchement politique. L’amour d’un individu singulier favorise en effet la particularisation, qui empêche le souci du genre humain en son
ensemble. [...] Ainsi jusqu’à une période récente aucun philosophe n’a osé parler crûment de son sexe, et ce depuis Platon. » Il est vrai que, pour aborder la singularité d’une situation ou d’un individu, l’abord conceptuel de la philosophie ne semble pas suffire. Il aurait bénéfice d’être complété d’un abord plus narratif, c’est-à-dire d’un abord plus littéraire.

Roland Barthes écrivait : « Il faut affirmer le plaisir du texte contre les indifférences de la science et le puritanisme de l’analyse idéologique ; il faut affirmer la jouissance du texte contre l’aplanissement de la littérature à son simple agrément ». La mimésis d’Aristote faisait ainsi émerger en nous, d’après sa peinture d’une action et à travers le texte, une représentation originale qui n’y était pas d’emblée contenue. Et c’est là même la source du plaisir que le texte suscite. C’està- dire que la littérature nous emmène,
et dans le plaisir par surcroît (dans la jouissance, dirait Roland Barthes), à revisiter nos représentations, à les réécrire en nous-mêmes.Pour se comprendre, faudrait-il alors
revenir aux origines de la langue : « Le feu couve sous la langue. Gaude mihi (Réjouis-moi) devint « godemiché ». Cunnus, con [...]. Sans cesse la langue souche, la langue protomaternelle est celle de l’outrage, c’est-à-dire est la langue où l’obscénité se désire le plus. La sépulture de Musa n’est jamais refermée. C’est la langue latine. Ce qui
est avant notre langue renvoie à ce qui est avant notre naissance. La couche la plus ancienne (le latin) dira la scène la plus ancienne. »

LE COMMENTAIRE DU SEXOLOGUE :

Le langage, celui-là même utilisé par les philosophes, interroge la raison, il est vecteur de la rationalité, il nourrit des concepts, des abstractions, produits de la pensée, là où le langage utilisé par les poètes et les littérateurs l’est pour créer l’émotion, éveiller des images, des sons, des sensations, comme la sexualité. Les philosophes peuvent discourir sur la sexualité, ils ne sauront jamais parler de l’émotion sexuelle : leur langage est trop abscons, il parle à la tête, alors que la sexualité parle au corps, aux sens. Comme la poésie, la littérature.

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L'éducation à la sexualité en danger ! Catherine LEBOULLENGER


En 1907, Sigmund Freud répondait, dans une lettre à un médecin français, à des questions sur le sujet : « Peut-on d’une façon générale donner aux enfants des explications sur ce qui concerne la vie sexuelle ? A quel âge et de quelle manière cela peut-il être fait ? » Il répondait ainsi : « … L’intérêt intellectuel des enfants pour les énigmes de la vie sexuelle… se manifeste en effet même à un âge étonnamment précoce… »

Il relate alors l’analyse du petit Hans (5 ans) dans laquelle il découvre l’angoisse de castration propre à cet âge et l’appréhension de la différence des sexes par les enfants. Il ajoute : « C’est à l’école d’abord qu’il appartient de ne pas éluder la mention qui a trait au domaine sexuel. La curiosité de l’enfant n’atteindra jamais un niveau très élevé pourvu qu’elle soit satisfaite de façon appropriée à chaque niveau de l’enseignement». Des psychanalystes plus contemporains (Françoise Dolto, Didier Dumas) avaient constaté que les parents éprouvaient des difficultés à parler sexualité avec leurs enfants. De même, les enfants peuvent éprouver quelques réticences à aborder le sujetque ce soit dans des familles très privilégiées ou d’origine immigrée.

ET À L’ÉCOLE ? QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?

Dans l’enseignement primaire, l’éducation à la sexualité, prise en charge par des professionnels volontaires (infirmières, professeurs, partenaires agréés), n’est pas pratiquée partout. Tout dépend de la volonté des professionnels, du chef d’établissement et de la bienveillance des parents. Certains, hostiles, s’y opposent, empêchant la parution du guide « Repères à l’éducation à la sexualité » pour l’enseignement maternel et primaire.


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Rôle du désir dans la durée de vie d'un couple

Les facteurs favorisant son maintien

Par Marc Nicoué, Praticien Hospitalier - Chef de Service - Médecin des Hôpitaux, Thionville

Pour tous ceux qui en ont fait l’expérience, la naissance, sans contrainte, d’un couple est d’un enrichissement émotionnel sans nulle autre comparaison pour les partenaires impliqués dans cette aventure. Cet envahissement émotionnel n’a d’autre nom que le désir. Le ressenti de cette attirance est si agréable qu’il encourage au rapprochement régulier à l’origine d’un lien qui, s’il est suffisamment fort, s’habillera d’un sentiment d’amour pour l’installer dans une durée que le couple souhaite à ce moment éternelle, mais qui est en réalité à cette étape des plus hypothétiques.La base de notre réflexion s’est fondée sur la puissance de ce phénomène que peut être le désir et avons souhaité lui adosser certains critères alimentant nos vies quotidiennes et en apprécier la contribution quant à son maintien.

La fragilité croissante observée au niveau de la stabilité des couples a suggéré un temps de réflexion. Ce phénomène est probablement en rapport direct ou indirect avec les transformations sociétales incluant la confusion apparente des rôles entre les hommes et les femmes et surtout l’allongement de la durée de vie nousamenant à revoir nos stratégies pour stabiliser nos couples sur la durée.

INTRODUCTION

L’intérêt porté à cette thématique de la durée de vie d’un couple sur le long terme, à travers le désir, repose sur la difficulté récurrente de mener à bien les projets de vie commune dans nos populations, dont nous limiterons la dimension et la réflexion au mode culturel judéo-chrétien. Le cadre juridique de cette délimitation culturelle nous rappelle en ses articles 212 du Code civil que les époux se doivent fidélité, secours et assistance, 215 une obligation de communauté de vie. Le désir semblerait être le moteur initial de toute relation humaine, ainsi nous avons souhaité lui donner un rôle de pivot autour duquel s’articuleront les notions de couple et de durée de vie de celui-ci sur le long terme.

Rappelons que la formation des premiers couples humains remonte à près de deux millions d’années, validant ainsi l’intérêt et la nécessité d’attachement entre deux individus, au-delà de l’unique but de la préservation de l’espèce. Nonobstant la fonction motrice du désir et cette nécessité d’attachement à l’autre, il est souvent fait le constat que la réalité quotidienne tend davantage à éloigner les protagonistes du couple qu’à les maintenir dans le lien, si l’on n’y prête garde. Notre réflexion a également pris en considération la modification de l’espérance de vie, passant en près d’un siècle de 35 à 80 ans, la mort jouant naguère le rôle de divorce. Les critères régissant la longévité des couples en ont été, de fait, modifiés, suscitant tout notre intérêt.

En nous appuyant sur le rôle moteur et pseudo-magique du désir dans le processus de rapprochement entre deux individus, sa place dans la vie relationnelle du couple au long cours, sur l’intérêt de l’attachement, contrastant avec l’évolution d’une majorité de couples vers la séparation, après une période initiale décrite par certains auteurs comme une phase passionnelle illusoire,
nous nous sommes attachés à cibler des paramètres aidant au maintien de ce désir initial.

Six critères ont retenu notre adhésion, au terme d’une revue de la littérature, malheureusement moins étoffée sur la thématique du maintien du désir (5) que de son manque, constituant en revanche un motif fréquent de consultation en sexologie. Ces critères sont le respect, l’admiration,
la confiance, la tendresse, les qualités relationnelles et le sexe.


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Solitude et sexualité : une possible rencontre ?

Les souffrances du lien à travers Peter Pan

Par Camille Lauer - Psychologue clinicienne. Docteur en psychopathologie et psychanalyse

Drôle d’idée que d’associer Peter Pan, ce petit personnage fantasque créé par l’écrivain écossais James Matthew Barrie au début du XXe siècle et… sexualité ! L’étude approfondie de ce mythe littéraire peut nous apporter beaucoup pour penser certaines douleurs d’une surprenante modernité que nous pouvons rencontrer dans notre pratique clinique.

INTRODUCTION

Peter Pan nous parle de solitude, de cette solitude impensable, abyssale, véritable puits sans fond qui malmène toute relation intersubjective. Se sentir seul avec les autres, se sentir seul avec l’autre, en présence de l’autre, avec celui ou celle qui partage notre vie, se sentir seul malgré l’apparente intimité, c’est dans cette solitude trop peuplée que nous pouvons rencontrer Peter Pan, et réfléchir sur la difficulté pour certains de nos patients à rencontrer l’autre.

BRÈVE PRÉSENTATION DE L’OEUVRE

Le personnage de Peter Pan, qui emprunterait le « Pan » de son patronyme en référence à la divinité inquiétante du Grand Dieu Pan, fait sa première apparition en 1902 dans le roman The Little White Bird (traduit en français par Le Petit oiseau blanc) et il fut la source d’inspiration de Barrie pour créer par la suite la pièce de théâtre Peter Pan or The Boy Who Wouldn’t Grow Up (traduit par Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir). La première représentation eut lieu à Londres le 27 décembre 1904. En 1906, la partie de The Little White Bird concernant Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens, traduit en français par Peter Pan dans les jardins de Kensington, et illustrée magistralement par Arthur Rackham qui révèle la tristesse de l’oeuvre de Barrie, repérant avec poésie et sensibilité la solitude tragique de son personnage principal.


Enfin, devant le succès rencontré par lapièce, Barrie adapta celle-ci en un roman publié en 1911, intitulé Peter and Wendy, connu actuellement en France sous le titre Peter Pan. Loin du héros édulcoré de Disney devenu si célèbre dans l’imaginaire collectif, le Peter Pan de l’oeuvre originale est un enfant sombre et troublant. Bébé sans mère et enfant sans mémoire, Peter Pan est d’abord un nourrisson qui, tombé du berceau, s’est enfui à Neverland, traduit par le « Pays du Jamais-Jamais », au nom déjà lourdement équivoque. Cette première chute est en soi un drame d’une tristesse écrasante et porteur d’un chagrin à jamais inconsolable. Car comment imaginer la chute d’un bébé insuffisamment « porté » au sens winnicotien, un bébé si insuffisamment aimé qu’il peut en tomber d’affliction ? Barrie luimême n’exclut pas que cette chute précoce symboliserait la mort.


C’est ainsi qu’il explique dans ses notes sur le programme de la pièce en 1908 : « De Peter vous pouvez penser ce que vous voulez. Peut-être était-il un petit garçon qui mourut jeune et c’est ainsi que l’auteur conçut ses aventures. […] » Prisonnier de son no man’s land intérieur, Peter Pan est revenu quelques années plus tard dans le monde réel et a volé vers sa maison pour retrouver une mère qu’il n’avait jamais pu complètement oublier. Mais il a trouvé fenêtre close. Seul dans la nuit glacée, Peter Pan s’est confronté à l’impensable : sa mère l’avait remplacé par un autre enfant et l’avait oublié.

Ce second traumatisme fut insupportablepour Peter Pan qui s’exila à jamais à Neverland. Dans ce Pays imaginaire, Peter Pan vit dans une temporalité éclatée, en miroir avec sa mémoire détruite dans laquelle rien ni personne ne peut venir s’imprimer. Soustrait au temps qui use le corps et à la gravité qui ancre dans la réalité, Peter Pan virevolte sans jamais se poser à travers d’incessantes aventures et des combats avec son ennemi juré, le Capitaine Crochet. Ce dernier est le seul adulte présent à Neverland. Le seul donc condamné à vieillir et à mourir…

Terrifié par sa mortalité, le Capitaine Crochet est par opposition à Peter Pan déjà « grignoté » par le temps, et ce vain combat contre cet ennemi invisible est symbolisé par l’amputation de son bras, tranché par un Peter Pan triomphant qui l’a jeté en pâture au Crocodile. Peter Pan est entouré d’enfants perdus, d’autres enfants également tombés de leurs landaus qui ont été recueillis par Peter Pan qui leur assure protection et assistance. Pourtant, ce sont en particulier les rapports qu’entretient Peter Pan avec ces enfants qui viennent jeter une lumière crue sur l’aura tragique qui entoure le personnage de Barrie : Peter Pan massacre en effet ces enfants sans pitié dès que ces derniers grandissent, car cela est contraire au règlement qu’il a institué. Ces actes barbares représentent ainsi l’horreur de l’existence de cet être qui évolue dans l’univers désertique et hostile de sa propre désertification psychique.


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La place du féminin dans la culture Valdivia. Sandra Eyraud

« Dans les cultures non occidentales, les effigies féminines incarnent souvent des ancêtres. En relation avec le monde des esprits, d’un au-delà dont elles sont les figures tutélaires, elles représentent aussi des déessesmères ou des divinités farouches, protectrices, porteuses de sagesse, nobles ou hiératiques, gracieuses ou sensuelles, le plus souvent symboles de fertilité. (…) »

En Equateur, dans quelques boutiques dédiées à l’artisanat local, parmi des tricots, écharpes, étoffes, masques et une infinité d’objets divers et très colorés, on peut trouver à des prix abordables des reproductions de statuettes qui mesurent moins de 18 centimètres. La majorité de ces figurines est de sexe féminin, elles font partie d’un ensemble
de pièces constitutives de la céramique de la culture Valdivia, du nom d’un petit village de pêcheurs de la côte équatorienne.

Ces figures féminines des temps préhistoriques, selon quelques spécialistes,seraient « l’un des héritages artistiques les plus importants de l’humanité » et feraient partie de « l’artplastique le plus ancien du continent américain ». Elles sont les « Vénus » équatoriennes, les « Vénus » brunes, plus connues sous le nom de « Vénus » femmes, mères déesses ou prêtresses ?

Leur variété fait que, bien souvent, l’interprétation de leurs fonctions est très difficile à établir, d’autre part, beaucoup d’entre elles ont été ramassées, trouvées ou pillées en faisant fi de leur environnement, privant ainsi les chercheurs des précieux éléments d’investigation et de compréhension. Ces figurines seraient faites à l’image des femmes de Valdivia : elles sont jeunes, belles, fines, mais aussi mûres, sensuelles, voluptueuses. La nudité de ces jolies dames met en avant leurs attributs féminins tels que les cheveux, les seins et le pubis. Elles portent les cheveux longs ou courts mais toujours arrangés avec soin, les coiffures sont compliquées et de toutes les tailles. On dit que plus la coiffe était haute, plus la femme faisait montre d’un rang social élevé. Quant aux seins, ils sont naissants ou très développés et peuvent représenter ainsi les étapes physiologiques du développement féminin. Le pubis est parfois mis en évidence grâce à des incisions. Elles n’ont pas de pieds, rarement de bras ou ceux-ci sont soit plaqués le long du tronc, soit croisés sur le ventre sous des seins très volumineux.

Peut-on associer ces « Vénus » à la représentation des déesses ou des divinités ? Apparemment, ce serait peu probable, car le panthéon préhispanique est plutôt zoomorphique. Aujourd’hui encore, les femmes Shuar (nom d’une communauté de l’Amazonie équatorienne, qui pourrait avoir un lien avec la culture Valdivia) vont dans des endroits secrets de la forêt, et demandent la permission à la déesse « Nungui » de prendre un peu de terre glaise dont elles se servent pour fabriquer une céramique, avec la même technique que le faisait autrefois la culture Valdivia, mais les « Vénus » ne ressemblent pas à la déesse Nungui.

Façonnées à la main, ces statuettes étaient d’abord faites en pierre, puis en terre glaise. La base est constituée de deux cylindres d’argile parallèles, unis par la tête et le corps et séparés généralement au niveau des jambes. Toutes ont leur sexe très marqué. Le grand nombre de figurines trouvées serait l’indice de la fréquence de leur utilisation, elles auraient été créées pour un usage unique, peut-être dans le cadre de rituels religieux et liés à la fertilité de la femme et de la terre ; ensuite, elles auraient été brisées intentionnellement et jetées dans la nature ; ou bien enterrées sciemment dans les champs, elles seraient ainsi une sorte d’offrande à la Mère-Terre que l’on nomme partout en Equateur « Patchamamma », en échange d’une bonne récolte. Placées dans les tombes, elles pourraient être aussi celles qui accompagnaient les morts.

Dans les deux cas, on leur a attribué des pouvoirs supra-humains. Le pouvoir était-il féminin ? Les croyances religieuses et l’organisation sociale de ce peuple tournent  autour du monde qui les entoure et, comme beaucoup de sociétés agricoles dans le monde et à cette étape du développement humain, elles évoluent et deviennent de plus en plus sophistiquées.

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Les traditions de comportements sexuels violents habituels sur les femmes

Par Noëlle Navarro, Psychologue, diplômée de sexologie

Dans un livre intitulé « Histoire du viol, XVIe-XXe siècle », Georges Vigarello se propose de voir comment la violence sexuelle en France et les jugements portés sur elle se sont modifiés au fil du temps. Il montre que l’on est passé dans la société occidentale d’une relative tolérance à une intolérance qui ne se discute plus, le viol n’ayant plus seulement le caractère d’une agression physique mais pouvant être à l’origine d’un véritable « meurtre psychique ».

Il a fallu pratiquement attendre la Révolution française (1789) pour que la société qui s’organise alors sur la reconnaissance de l’individu considère le
dommage personnel et spécifie la violence corporelle, sexuelle. Les victimes qui jusque-là ne se plaignaient pas,pourront maintenant le faire. Mais encore fréquente au XIXe siècle, la violence sexuelle va de pair avec un corps qui n’est qu’un objet manipulé et manipulable, et surtout socialement différemment représenté : il y a un total irrespect vis-à-vis des humbles, et l’idée qu’il puisse y avoir souffrance chez eux aussi à être forcé, ou désir d’un libre choix pour vivre sa sexualité, n’est pas de mise. On a affaire à des propriétaires qui disposent à leur gré du corps des enfants du voisinage, de celui de la servante, soulevant les draps ou les jupes, sans se soucier d’un quelconque respect des individualités (Jean-Clément Martin, Violences sexuelles, étude des archives, pratiques de l'histoire). De nos jours, dans la société occidentale, subir des violences sexuelles est reconnucomme un traumatisme, mais ce n’est pas le cas partout sur la Terre.

Sur l’échelle des traumatismes dont on a connaissance par Liliane Daligand, médecin lyonnaise spécialiste de la question de la violence, il y a des niveaux de gravité du traumatisme selon le type de violence subie et l’on constate que le viol figure en la position la plus grave, après les catastrophes naturelles, après les blessures de guerre, au même titre qu’une prise d’otage. Car comme dans une prise d’otage, l’agresseur est présent, est proche. Il y a intention délibérée de faire violence à l’autre. Le lien direct, la proximité avec l’agresseur majore la gravité du traumatisme.

Les alertes d’Amnesty International :
les violences sexuelles faites aux femmes (agressions, violences, viols, viols collectifs, inceste) courent dans tous les pays du monde malheureusement sans exception. Sur le site d’Amnesty International, on trouve pêle-mêle de multiples propositions d’actions à mener en faveur des femmes sexuellement maltraitées :
Haïti : viols de mineures couramment pratiqués ;
Bosnie : violences sexuelles massives lors de la dernière guerre et viols impunis ;
Ouganda : la violence sexuelle reste impunie ;
Algérie : de nombreuses femmes violées ou réduites à l’esclavage sexuel pendant les années 1990 attendent justice ;Honduras : violences sexuelles contre des femmes qui auraient été commises par des membres des forces de sécurité depuis le coup d’Etat de juin 2009 ;
Tchad : on attend un plan précis et global qui établisse clairement que le viol et les violences sexuelles sont des crimes inacceptables ;
Sierra Leone : les victimes de violences sexuelles n’ont toujours pas obtenu justice et réparation (la guerre civile de la Sierra Leone se déroula du 23 mars 1991 au 18 janvier 2002) ;
Mexique : une femme sur quatre au Mexique subit des violences physiques, notamment des violences sexuelles, imputables à son compagnon ;
Guinée : plaintes de violences sexuelles commises durant le massacre de septembre 2009. Savez-vous que de nombreuses prostituées en France viennent de Guinée équatoriale et sont le continuum de ces violences-là ?
Turquie : il faut mettre un terme aux violences sexuelles contre les femmes en détention. Halte aux violences sexuelles contre les femmes en détention !
Zimbabwe : des milices se rendent coupables d’agressions et de violences sexuelles ;
République démocratique du Congo : violences sexuelles, un urgent besoin de réponses adéquates, un grand nombre d’hommes ont également subi des violences sexuelles;
Alaska : une femme amérindienne ou autochtone de l’Alaska sur trois sera victime d’un viol au cours de sa vie. Etc., etc.De la chambre à coucher au champ de bataille, de la cour de récréation à l’atelier ou au bureau, les femmes et les fillettes courent le risque de subir des violences sexuelles.

Pour Amnesty International, il n’y a pas de violence sexuelle sans violence tout court. Claude Balier, dans Psychanalyse des comportements sexuels violents, l’avait déjà enseigné en remarquant que la violence sexuelle n’avait à peu près rien de sexuel mais qu’elle était l’expression d’une pulsion destructrice se servant du sexuel comme outil. Il rappelle aussi que la dépression, voire la mélancolie, sont souvent la toile de fond des actes sexuels violents. Dépression ou mélancolie qui ne sont pas toujours liées aux circonstances mais qui peuvent être structurelles. Nous allons voir comment elles peuvent s’installer par un climat de violences familiales délétère, extrême, ne permettant pas à l’enfant de se construire en dehors d’une détresse majeure contre laquelle il lutte.

Les violences sexuelles et l’adolescence : les « tournantes » (viols collectifs d’ados par des ados) étudiées par Laurent Mucchielli ont toujours existé, et n’ont, loin de là, pas toujours été considérées comme des délits. Cet auteur met en évidence le profil de la jeune fille qui serait une victime potentielle : à la recherche d’un groupe d’appartenance, voulant faire l’affranchie alors qu’elle est naïve, mal assurée d’un vrai soutien dans sa famille. On sait que les garçons agresseurs y voient un rite d’entréedans la vie sexuelle et ne se sentent la plupart du temps pas du tout coupable, ce qu’illustre un ado de 17 ans reçu en obligation de soins au Centre médico-psychologique pour ce cas de figure : lorsque je lui demande comment il voit les choses après coup sur ce qu’il a fait : « Ce que je vois c’est que les femmes il faut s’en méfier » (sous-entendu, c’est à cause d’elles que je suis là).

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L'édito de Joëlle Mignot. Numéro 24

Au crépuscule de 2014 et à l'aube de 2015...l'équipe de Sexualités Humaines » vous souhaite une bonne année !

Une fois n’étant pas coutume, en cette fin d’année, quelques messages… Tout d’abord à Daniel notre éditeur, l’homme de tous les risques, que vous rencontrez dans les congrès et qui est là, fidèle, et qui veille à vos abonnements, seules ressources de la revue.

A Nicolas, notre graphiste qui met en valeur les articles de nos auteurs et les photos que je lui propose, qui met sa patte et son grain de sel, toujours si agréablement disponible.

A Pascal, l’homme de l’ombre, notre correcteur, qui relit tous les textes avec son oeil de lynx sur la moindre virgule, toujours à l’heure pour les retours de textes et ses mots d’encouragement.

Et puis à nos rédacteurs invités, qui s’engagent dans le dossier avec rigueur et un peu de stress...

Enfin à tous nos auteurs, tous professionnels en Santé Sexuelle, qui nous aident à relever le défi de faire vivre notre revue, de faire circuler la parole des sexologues de toutes couleurs qui nourrissent nos lignes… Car notre revue est celle de la diversité, de la rigueur intellectuelle et de la compétence pratique. « Sexualités Humaines » vit grâce à vous tous… et donc… merci à nos abonnés !

Joëlle Mignot Rédactrice en chef
Psychologue et Sexologue clinicienne.
Co-directrice d'enseignement du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains, des Diplômes Inter universitaires (DIU) de Sexologie et de Sexualité Humaine, Université Paris Diderot
USPC (Université Sorbonne Paris cité)
Rédactrice en chef de la revue « Sexualités Humaines »
Membre du Comité Exécutif de la Chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l'Unesco

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Education sexuelle : de l'amour à la biologie à 14 ans

Coup de projecteur sur l’éducation sexuelle en pratique

Par Catherine LEBOULLENGER

En classe de 4e, nous séparons les garçons et les filles et leur demandons de formuler oralement ou sur un post-it, selon les sensibilités de chacun, deux ou trois mots sur le thème de la sexualité. D’un groupe à l’autre, les questions ont peu évolué. Elles ont été les suivantes : Sexe, amour, relation, rapport sexuel, préservatif, contraception, spermatozoïde, prostitution, ovule, affection, plaisir, puberté, vagin, virginité, fécondité, érection, éjaculation, sperme, père, foetus, testicule.

Il a fallu parfois retrouver le mot juste, par exemple faire des enfants, est devenu fécondité, bander, avoir une érection.

Les questions des groupes de ce niveau ont été riches et nombreuses :

• Où s’est développé le sida ?
• Comment ça se fait que notre pénis se met en érection dès que nous voyons une femme ?
• Qu’est-ce qu’un ménage à trois ?• Qu’est-ce que l’orgasme ?
• Existe-t-il un préservatif féminin ?
• Que fait-on si un garçon ne veut pas mettre de préservatif ? (on lui met une claque, a-t-on entendu).
• Est-ce qu’avec notre mari on doit mettre un préservatif ?
• Pourquoi certains préservatifs sont-ils parfumés ?
• Est-ce qu’on a le droit de faire mal ?
• A quel âge peut-on tomber amoureux ?
• Qu’est-ce que la masturbation ?
• Comment font deux hommes ensemble ?
• Pourquoi les filles saignent, la première fois ?
• Si l’hymen est déchiré, est-on toujours vierge ?
• Quand les filles n’ont plus d’hymen, ont-elles toujours du plaisir ?
• Pourquoi les garçons sont-ils des obsédés ?

Les garçons : dans une classe où les garçons sont majoritaires, la sexualité évoque pour eux des représentations mécanistes et uniquement biologiques.

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La sexologie française ne s'est-elle construite qu'à travers une succession en modes ?

Par Gilles Formet

Ce texte n’est pas un écrit scientifique dans le sens des sciences exactes ou du scientisme. Ce sont les réflexions d’un sexologue psychiatre et psychanalyste qui depuis quarante ans a vécu la naissance et le développement de la sexologie en France. Certains pourront y voir peut-être un billet d’humeur, d’autres une certaine provocation : ils le peuvent…

NAISSANCE DE LA SEXOLOGIE FRANÇAISE

La sexologie française a 40 ans, elle est née du premier congrès mondial de sexologie à Paris en 1974 avec la SFSC, puis quelques années plus tard avec l’AIHUS devenue AIUS, l’Asclif... Le terme « clinique » se retrouve dès le départ avec la SFSC, première société savante française de sexologie, puis plus tard lors de la création de l’Asclif. Mais existe-t-il toujours une sexologie clinique française ? L’acte sexologique ne risque-t-il ou n’est-il pas dénaturé parles idées et les pratiques issues du scientisme renaissant et par l’infiltration hégémonique de l’économie dans la médecine ?

Dès le début, il y a quarante ans, nous avons eu des écueils du même type, à savoir la recherche du tout expliquer en un, du tout guérir en un, mais à ce moment-là c’était le tout psychanalyse ou le tout massage. La sexologie clinique française a tenu bon pour ne pas se limiter à cette vue partielle totalisante ; elle a toujours su et défendu que le sexe ne se trouvait pas uniquement « entre les jambes » ou uniquement dans la tête mais entre les jambes et dans la tête.

En reprenant l’histoire de la sexologie française au cours de ces quarante années, on constate qu’il y a eu une succession de modèles, de théories, d’idées comme si la sexologie n’était qu’une succession de modes réductionnistes.

A LA RECHERCHE DE TECHNIQUES

Ainsi nous avons vu apparaître les sténoses artérielles avec les artériographies sélectives de ce qu’on appelait encore artères honteuses internes. Puis on s’est rendu compte qu’une image n’était pas pathognomonique d’une pathologie car certains n’avaient plus de difficultés érectiles après une artériographie montrant une sténose, alors que d’autres avaient des dysérections bien que la sténose avait été levée. Ensuite, ce furent les fuites veineuses avec cavernographie, débitmètrie et plicatures veineuses qui eurent leur heure de gloire pour retomber dans l’exception.

Après les injections intracaverneuses, l’arrivée du Viagra a fait croire que la bonne chimie allait tout résoudre, certains le croient encore et, s’étant accaparés d’un nouveau produit à mettre sur leur ordonnance, se déclarent sexologues et attendent que cette bonne chimie, toujours elle, donne du désir et guérisse ce qu’ils appellent les TSF (troubles sexuels féminins).

L’INVASION DES THÉORIES DE LA MÉDECINE SCIENTIFIQUE

Le DSM IV puis V, présenté comme athéorique, s’est vite révélé être un manuel diagnostic comportemental et a permis le développement des TCC mais a exclu les autres approches. En effet, à défaut d’obtenir un consensus diagnostic à partir des causes, le DSM IV vise à établir un consensus sur la notion de syndrome par la description fine du syndrome en cochant les symptômesleur durée et leur intensité. Le diagnostic par la coche laisse penser qu’il s’agit d’entités naturelles dont on connaîtra un jour le dysfonctionnement biologique sous-jacent qui les produisent.

Le DSM n’est plus seulement un livre de classification, c’est aussi un manuel thérapeutique découlant de chaque diagnostic. La description du symptôme est factuelle, le diagnostic détermine une thérapie standardisée du symptôme ou du syndrome. Ce manuel s’adresse non seulement aux psychiatres mais aussi aux médecins, aux psychologues, travailleurs sociaux, conseillers et autres professionnels de la santé et de la santé mentale qui incluent les gestionnaire de la santé, les politiques et assureurs qui ont ainsi un outil pour permettre un contrôle plus strict de l’activité médicale sous couvert scientifique (ainsi aux USA ce manuel est déterminant pour le remboursement des soins). De cette nouvelle clinique du DSM est éliminée toute référence au sens, aux signifiants propres du sujet, à l’inconscient. Cette clinique s’articule aux médicaments et aux TCC et permet au sujet de se libérer de toute explication causale, de tout sens et donne une illusion de toute puissance. L’homme du DSM est un homme à qui est refusé toute subjectivité.

Les TCC s’harmonisent très bien avec le DSM avec cochage des comportements et s’inscrit dans la logique comptable bureaucratique puisque les standards de la méthodologie des TCC permettent de quantifier. C’est ainsi que la promotion est faite actuellement par des organismes bureaucratiques. Cela correspond à l’effort de normalisation d’une administration de plus en plus puissante dont l’objectif principal n’est pas la personne, son bien-être, sa santé, mais l’économie,
administration ayant comme vision des pratiques thérapeutiques le modèle stimulus-réponse.

La folie évaluative et normative bat son plein avec l’arrivée en France de l’EBM : la médecine basée sur la preuve. Ce concept né au Canada dans les années 1980 se veut une démarche explicite de recherche des meilleures preuves disponibles pour résoudre un problème clinique en formulant le problème médical en une question claire, précise, puis en recherchant les articles les plus pertinents, en faisant des étu-des phases 2 et 3 avec les plus grandes cohortes possibles et en faisant la méta-analyse de tout cela. A chaque problème médical la médecine basée sur la preuve pourrait ainsi apporter la bonne réponse. Le miroir aux alouettes d’outre-Atlantique a rapidement ébloui certains médecins en France.

Cependant cette méthode est critiquable scientifiquement. Ainsi les éléments de base, c’est-à-dire les études cliniques, ont leurs limites (biais, sélections, conditions expérimentales…) ainsi que les méta-analyses (bien-fondé des regroupements d’études, pertinence clinique des résultats). L’accès
aux sources et le temps nécessaire à leur interrogation est aussi sujet à critique et induit une suspicion de perversionmarchande, car les moyens financiers pour mettre en oeuvre ce type de travail sont énormes et seule l’industrie pharmaceutique la plupart du temps a les moyens de la faire. Cela laisse planer un doute de l’objectivité de ce qu’il peut en ressortir car alors la vérité médicale est établie par les marchands dont le but est bien de vendre. Il existe d’autres réserves plus fondamentales.

Les réponses toutes faites apportées par la médecine basée sur la preuve sont-elles pertinentes au vu de l’attente des patients qui n’aspirent pas à une réponse uniquement technique de la part du médecin ou du sexologue ? Cette réponse toute faite, universelle est-elle transposable à toutes
les situations, à tout contexte socioculturel, à toute éthique ? Ce principe de la médecine basée sur la preuve abandonne la pratique médicale fondée sur l’expérience individuelle, sur le compagnonnage, abandonne la confiance en l’intelligence, la formation et l’expérience des médecins et sexologues pour remplacer tout ceci par une politique de codification et de contrôle de la pratique, car elle est fondée sur des référentiels précis. La médecine basée sur la preuve est une médecine qui oublie que tous les malades ne sont pas formatés EBM, qu’ils sont uniques et que le médecin ne soigne pas des maladies mais des malades.


RETOUR AU SOMA ET AU PSYCHISME

Plus récemment, la dysfonction érectile, devenue signe de dysfonction endothéliale, nous a fait craindre pourtous nos patients un accident cardiovasculaire dans les cinq ans, heureusement il n’en fut rien pour eux, sauf sans doute pour certains parmi ceux ayant un syndrome métabolique.


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